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r messieurs/ i
Dans la dernière séance nous nous sommes occupés du traitement du choléra durant la période algide. Nous avons vu que les indications curatives de ce mal terrible se tirent moins des connaissances que son étude approfondie a fournies aux médecins que de 1 état apparent des malades. Quelle que soit en effet l’opinion que l’on a du choléfa, il est difficile, en voyant un individu froid , sans pouls , dont 1 l’aspect est si étrangement modifié , il est difficile, dis-je, de ne pas s’attaquer d’abord à ces phénomènes principaux. Or, les moyens de les combattre sont, avons-nous dit, plus instinctifs que médicaux.
Ce froid cadavérique est le premier phénomène
IX' LEÇON. iq
>qu’il faille combattre; aussi, dans tous les pays où a sévi le choléra, a-t-on commencé par réchauffer le malade, à lui donner quelques boissons chaudes , à le frotter, pour exciter la circulation dans ses membres. Rechercher la nature du mal, raisonner, calculer sur ce qui se passe dans l’économie, serait perdre son temps, etle malade périrait souvent avant votre décision. Agissez donc, agissez sans retard. Ces indications de l’instinct sont urgentes à remplir, indépendamment de ce que vous y joindrez plus tard, suivant vos idées théoriques.
Le choléra algide s’accompagne quelquefois de convulsions. Cette forme est plus rare , nous l’avons vue moins souvent, et nous aurons peu de chose à vous en dire. Ces convulsions sont d’une violence extrême; les membres font entendre des craquements effrayants , lés extrériiités se tordent, les genoux viennent s’appliquer violemment sur la poitrine. C’est là un état désespéré, et le malade expire au milieu d’affreuses douleurs.
Dans de semblables circonstances le traitement doit avoir pour but de rappeler la chalèür, puis de calmer cette agîtation convulsive par les antispasmodiques les plus énergiques et les opiacés les plus actifs.
Mais s’il est vrai que les médicaments n’aient point d'action, à cette période du mal, sur le système nerveux , quel espoir peut-on raisonnablement fonder sur leur emploi?
Nous allons aujourd’hui passer à l’exposé du traitement des diverses formes cholériques qui succèdent à la période algide. J’ai déjà dit, et je crois utile de le répéter, que je n’ai pas dessein d’indiquer tous les traitem|nts qui ont été employés, mais seulement ceux que j’ai mis en usage, et dont j’ai personnellement l’expérience.
Dans la réaction véritable, dans là transformation complète, le traitement est facile; il est le même que dans les accès fébriles, avec lesquels cet étata tant d’analogie. Quelquesboissons délayantes, chaudes ou froides suivant l’appétence du malade, quelques antispasmodiques, s’il y a des mouvements nerveux, voilà tout ce que comporte cette période. 11 faut bien se garder d’arrêter celte réaction; modérez-la si elle est trop forte, mais il importe qu’elle dure un certain temps. Si elle ne se montre qu’une demi-heure ou une heure, elle n’est pas complète, ellesera bientôt suivie de nouveaux symptômes algides, ou d’un état d’affaissement qui se prolonge durant un temps indéterminé. Nous en avons eu plusieurs exemples dans notre service; nous avons encore une femme qui a été atteinte du choléra il y a six semaines, dont la réaction a été faible, et qui est demeurée dans une prostration extrême, avec contraction à la vessie et une sorte de congestion cérébrale.
Mais si la réaction est trop énergique, sans l’arrêter, il faut la modérer. Chez certains cholériques
la réaction est violente, le pouls se développe avec ‘ force, le sang devient abondant; alors, l’indicatioii i 1 est précise, il faut employer la saignée; et ce que ! je n’ai pas besoin d’ajouter, parce que ce précepte vous est connu, il faut propoÿ:ionner les évacuations sanguines à l’intensité des symptômes et à l’individualité du malade.
J’ai déjà dit, en parlant du sang cholérique, qu’il faut avoir égard à ses qualités dans la réaction, comme procurant un des pronostics les plus certains touchant l’issue du mal. Le sang redevient-il rouge, se prend-il en caillot, se couvre-t-il d’une certaine couche couenneuse, c’est un indice des plus favorables. Dans tous les états de réaction, ce doit être un signe considéré avec soin.
Ainsi, dans la réaction véritable, le traitement consite à satisfaire la soif du malade, donner au besoin quelques lavements pour tempérer la chaleur intérieure, et faire une ou plusieurs saignées si l’indication est précise ; du reste, la maladie marche d’elîe-même. Je dirai à ce propos que. dans les maladies graves ou légères, le temps est le principal élément de transformation. Il faut se garder de croire et d’affirmer que c’est parce que tel ou tel médicament a été employé que la maladie change de face; à l’aide d’une longue expérience, le médecin reconnaît que la plupart des traitements ont surtout pour résultat de faire patienter , de tranquilliser le malade et de satisfaire les préjugés des as-
sistants. Dans ces maladies qui marchent d’ellesmêmes , le médecin est impuissant à les arrêter; heureux s’il peut quelquefois les modifier!
Un autre caractère de la réaction complète dont il faut tenir compte, c’est que le sang reparaît en quantité convenable. Vous vous rappelez que l’un des symptômes essentiels que nous avons reconnus au choléra, c’est l’altération et la* diminution du sang. Les selles, les vomissements, qui n’ont lieu qu aux dépens du sang, en diminuent tellement la quantité qu’il reste à peine la dixième partie.
Passons au traitement des autres espèces de transformations; d abord a celui de la réaction incomplète. Dans cette forme, il s’établit chez le malade une sorte de lutte entre l’énergie vitale, qui tend à faire cesser le mal, et la cause morbide, qui tend à faire périr le malade. En eÛet, nous voyons les phénomènes algides faire place aux phénomènes de la reaction, puis se montrer de nouveau pour disparaître encore. Durant ces alternatives, on voit paraître une sueur tantôt chaude, tantôt froide, mais toujours acide (i), qui produit cette viscosité dont est empreinte toute la surface du corps, cette imbibition molle et séreuse de l’épiderme, comme
(i) L’acidité que conserve la sueur est digne de remarque quand on se rappelle q.ue la sécrétion intestinale a perdu comrlélcmeni ce caractère pour dcveirir alcaliac.
notés, on aurait parlé du trouble général et du volu me du corps. Pourtant je ne peux pas nier l’expérience; car, à toute rigueur, il n’est pas physiquement impossible, je crois, de faire entrer quarante livres de liquide dans le corps d’un homme, surtout si on procède lentement, et si les doses introduites le sont à des intervalles de plusieurs heures : alors une partie du liquide injecté précédemment a pu s’échapper, soit par la voie de l’exhalation pulmonaire, soit par celle des reins. Au reste, un de nos confrères 'm’a promis d’écrire en Écosse pour avoir les détails; s’ils arrivent à temps, je voiis les communiquerai.
Nous avons fait plusieurs autres essais pour rendre au sang sa quantité et sa qualité. Nous n’avons pas été assez heureux pour réussir. Un des caractères du sang cholérique étant la couleur noire, nous avions pensé que si on employait l’oxigène en boisson on obtiendrait quelques effets. Vainement on l’avait fait respirer, nous n’eûmes pas plus de succès en l’employant en boisson ; l’eau oxigénée que nous avons fait boire n’a rien produit. Ainsi cet état du sang dans la réaction incomplète est encore un problème sur lequel il faut que les médecins s’exercent et qui doit fournir peut-être la clef d’un traitement rationnel. Si quelqu’un prétendait l’expliquer par l’inflammation, je dirais encore ; Cherchez ailleurs, car cette inflammation , si elle existe, est plutôt un effet qu’une cause; elle ne vous fait
pas connaître pourquoi le sang est noir dans les > artères et dans les veines. D’ailleurs ceux qui ont parlé d’inflammation l’ont vue dans l’etat de reaction , comme dans l’état algide , ou plutôt ils l’ont aussi bien rêvée dans un cas que dans l’autre.
Je dis donc que dans la réaction incomplète, il faut continuer les moyens qui ont réussi dans la période algide : les excitants à l’intérieur, comme à l’extérieur, les boissons chaudes ou à la glace, suivant le goût des malades ; quelquefois des bains , des sinapismes, etc.
Mais tous les efforts sont le plus souvent infructueux, c’est dans cette sorte de transformation et dans celle que j’ai appelée typhoïde que la mortalité s’est surtout exercée. Dans la période typhoïde, quelquefois on voit poindre une réaction franche,-puis vient un nouvel accès algide qui anéantit toute espérance; le malade retombe dans un état de prostration extrême, souvent avec congestion cérébrale , trouble dans les idées et regard délirant. En un mot le malade présente tout l’aspect du typhus. Aussi , durant quarante-huit heures, nous avons cru que le typhus s’était déclaré à l’IIôtel- Dieu , et il nous ^failli un examen approfondi pour nous assurer du contraire.
Ainsi dans l’état typhoïde, la congestion cérébrale ^vient se joindre aux caractères de la réaction incomplète, et le sang persiste dans sa couleur noire. Pourtant, en ouvrant l’artère brachiale, j’y
ai quelquefois vu du sang un peu moins noir que dans les veines, mais la différence était à peine sensible. De sorte que dans cette période encore je regarde l’altération du sang comme le phénomène auquel il faudrait appliquer le traitement pour arriver à quelque résultat avantageux.
Je mets sous vos yeux du sang, tiré hier matin, d’une femme offrant un état typhoïde très-prononcé. Cette malade est restée cinq ou six jours dans cette période, et elle a péri malgré tous les moyens que nous avons mis en usage; car dans cette période, je le répète, on ne pourra sauver sûrement les malades tant qu’on n’aura pas des moyens de changer la nature viciée du sang.
Dès les premiers jours de l’épidémie, le traite ment que j’ai établi a eu quelque avantage sur les autres traitements. II en a eu notamment sur le traitement antiphlogistique; car un de nos confrères, qui avait adopté celui-ci, a déclaré en pleine Académie , qu’en l’espace de quarante-huit heures, sur un nombre de quatre-vingt-six cholériques, il en avait perdu quatre-vingt. Les premiers malades qui sortirent de l’hôpital venaient de mon service. Je parvins promptement , à l’aide des moyenJ^j[ue je vous ai rapportés , à réchauffer les malades ; mais c’est après la période algide, que la gravité de l’épidémie se montra tout entière'dans mon service; la plupart de mes malades tombaient dans l’état typhoïde. Je ne sais encore rien qui puisse modifier cet état. J’ai
essayé les moyens recommandés, j’en ai essaye d autres qui me sont venus à l’esprit , et je n en sais encore aucun dont j’osasse espérer quelque succès.
Je n’ai sauvé qu’un fort petit nombre de malades dans ce fâcheux état. Ce n’est pas qu’ils eussent des lésions organiques graves : l’intestin s est trouvé rouge , et fortement injecté d’un sang noir et épais. Mais ce n’était sans doute pas la cause de la mort. Nous avons mis en usage les excitants de toute nature à l’intérieur et l’extérieur, nous avons appliqué sur les bras différents genres de frictions, nous avons essayé des frictions d’alcool et d’essence de térébentbine. Celles-ci sont des plus actives, car la térébenthine s’imbibe dans l’épiderme, y demeure long-temps , et produit un effet prolongé. C eM uiême une sorte de friction dont il faut s abstenir quand on ne veut produire qu’une excitation passagère; dans ce cas, il faut faire usage de l’alcool, qui bientôt s’évapore et n’a plus d’action. C’est lorsqu’on a besoin d’un effet persistant, prolonge comme dans l’état typhoïde, qu’il faut user des résines et des huiles essentielles. Les vétérinaires pour avoir des effets énergiques frictionnent les chevaux avecla térébentbine. J’ai usé encore des sinapismes, des lavements camphres ou ammoniacaux; j ai fait donner des boissons diverses, excitantes ou rafraîchissantes comme les voulaient les malades , des solutions salines telles qu’elles ont été proposées par le docteur Steevens, de Londres ; j’ai donné de for-
tes solutions de sous-carbonatc de soude, etc., etc. Eh bien, je répète que je n'ai pu prendre confiance en aucun moyen.
Nous avons aussi fait usage du gaz protoxide d’azote. Respiré pendant quelques minutes, il a produit chez certains malades une agitation passagère qui a été jusqu’à Thilarité , suivant l’effet connu de ce gaz; mais point de résultat avantageux. J’ai essayé aussi plusieurs fois, et sans plus de succès, de faire prendre une dissolution aqueuse de ce gaz, à la dose d’un litre en vingt-quatre heures.
Cet état typhoïde, je le répète, a presque toujours une terminaison fatale. Cependant, un certain nombre de ces malades ont échappé à son issue funeste ; nous avons encore dans notre service une femme qui a été atteinte du choléra dans les premiers jours de l’épidémie, qui a passé à un état typhoïde long-temps rebelle , et qui a été enfin sauvée par les toniques, et par l’emploi des frictions camphrées, de la noix vomique et même de la strychnine en solution alcoolique.
L’état adynamique est plus grave en apparence et l’est pourtant moins en réalité. Il produit la prostration des forces, un décubitus immobile sur le dos ; mais le sang a repris ses qualités ordinaires. Cette transformation n’est pas difficile à soigner Presque tous les malades que nous avons eus dans cel état, ont été sauvés par l’emploi dy's toniques-.
s Telle est entre autres une femme qui est restée ï six semaines dans un état de prostration extrême; ; ce n’est qu’à force de vin de Madère et de boissons i; excitantes , de frictions avec une solution alcoojlique de noix vomique, avec la strychnine et les 7 lavements ammoniacés, que nous sommes parvet nus à la rétablir. Dans cette période , la saignée (pourrait avoir des suites bien funestes, nous en avons eu la preuve. Cette même femme, ayant été, par mégarde, soumise à l’action de quelques sangsues, perdit en un instant ce qu’elle avait gagné durant trois semaines de traitement, et ce ne fut qu’en reprenant l’usage sévère des toniques que nous parvînmes à la rétablir.
J’arrive à la transformation que j’ai nommée douloureuse, à la période caractérisée par des douleurs aiguës à l’estomac et persistance dans les vomissements et les évacuations alvines ; elle est fort difficile à traiter. Nous avons encore une femme dans ; notre salle qui depuis plusieurs jours est dans un état d’anxiété extrême; elle a des vomissements, des évacuations continuelles que nous ne pouvons pas 'faire cesser. Nous avons d’abord appliqué des sangsues sur la région épigastrique , nous faisons usage de cataplasmes émollients , de fomentations sur 1 abdomen. Si le malade a de la force, on lui applique un vésicatoire. Nous avons même appliqué, à laide d un linge intermédiaire, la surface d’un marteau chauffé dans l’eau bouillante; la peau se
boursoufile instantanément, et il se forme un vésicatoire qui devient un puissant dérivatif. Nous avons donné aussi Topium à forte dose à l’intérieur. La femme dont je vous parle en prend beaucoup; mais j’ai eu tant de peine à modifier cet état chez d’autres malades , que je n’ose pas affirmer que j’aurai chez celle-ci un succès plus favorable.
Dans ce genre de réaction, il faut se conduire d’après les résultats que l’on obtient jour par jour. Quelques malades se trouvent bien de la glace, d’autres ne peuvent pas la souffrir , et se trouvent mieux des boissons tièdes, antispasmodiques. Il n’y a pas de moyen connu qui puisse sûrement faire cesser cet état. Sur cette femme, nous avons mis en usage cinq ou six sortes de traitements , y compris les vomitifs , sans arrêter les évacuations ni les vomissements. Cependant elle est si faible, qu’elle ne pourrait supporter les moyens antiphlogistiques. J’en ai fait la triste expérience dans des cas semblables. C’est seulement par les calmants, les antispasmodiques, les opiacés qu’on peut traiter cette forme de transformation, une des plus fâcheuses à cause de la difficulté à faire cesser les accidents qui l’accompagnent. Je la place sur la même ligne que la forme typhoïde, pour la difficulté à faire disparaître les accidents; mais elle n’est pas aussi désespérée que celle-ci , dans laquelle le sang demeure noir.
En employant avec persévérance les moyens que
I je viens d’indiquer, en y ajoutant des bains, des « dérivatifs , quelquefois je suis parvenu à faire cesiî ser ces accidents. Ce mode de reaction est assez cut rieux, et j’engage ceux d’entre vous qui voudraient t l’observer à venir dans notre service voir la femme J dont je viens de vous parler.
11 reste une dernière transformation, que j ai ap- - pelée fibrillaire, palpitante. Nous ne l’avons vue, que deux fois ; elle a dure deux ou trois jours , et s’est terminée favorablement au moyen des antispasmodiques, de la diète et de quelques bains. C’est : une forme qu’il faut noter,, mais qui ne paraît pas dangereuse. Elle n’empêche pas le sang de reprendre ses caractères naturels.
En jetant un nouveau coup d’œil sur les six états que nous venons de parcourir , nous voyons qu il y en a quatre dans lesquels le sang reprend ses caractères naturels , la réaction simple , la réaction adynamique , la réaction douloureuse avec persistance de vomissents et d’évacuations, la réaction fibrillaire. Dans les deux autres, la réaction incomplète et la réaction typhoïde, le sang demeure noir; aussi ces deux périodes sont les plus graves, et ce sont elles qui entraînent la plus grande mortalité.
Je vous ai rapporté les divers moyens de traitement que nous avons mis en usage; cependant, je dois dire que nous avons fait quelques autres essais, qui pour la plupart n’ont pas été heureux. Dans la période typhoïde, nous avons employé l’acide
fluorique. M. Ampère , mon savant confrère à l’Académie des Sciences, avait espéré quelques bons effets de cet acide puissamment caustique qui traverse et corrode en un instant tous les tissus. Nous en avons fait préparer, et nous l’avons essayé sur quelques malades. Dans un cas nous avons obtenu ou cru obtenir un résultat très-avantageux sur une femme qui, depuis plusieurs jours, était dans un état typhoïde, et qui avait résisté à tous les moyens.
Ap rès lui avoir appliqué sur les deux avant-bras une couche de cet acide, nous l’avons vue revenir à elle-même, reprendre sa connaissance et perdre ce lugubre aspect du typhus. Est-ce qu’elle devait revenir, ou bien est-ce l’effet de l’acide? Je l’ignore. Mais je ne dois pas l’omettre : concurremment, le traitement fortifiant a été continué, et je croismême qu'on lui a fait boire du rum à mon insu après 1 emploi de l’acide fluorique [mouvement d’kitarité dans [auditoire). Une autre fois encore nouâ avons fait usage de cet acide, mais sans succès. Comme nous n’en avons pas toujours à notre disposition , nous avons essayé dans une douzaine de cas de transformation thyphoïde d’appliquer de l’acide sulfurique caustique; mais je ne sache pas que nous en ayons jamais obtenu de résultat. 11 est vrai que ce n’est qu’à la dernière extrémité, en désespoir de tout autre moyen , que nous hasardions de faire ces larges cautérisations sur les bras et les cuisses.
Je vous ai parlé d’injections que nous avons faites dans les veines. Nous en avons tenté un grand nombre, sans bons ni mauvais effets, si ce n’est dans ce cas d’injection de sérum dont je vous ai entretenus. Cela nous a porté à penser, je crois vous l’avoir déjà dit, que les cholériques graves pourraient bien être dans le cas des hydrophobes, chez lesquels les médicaments n’ont pas d’action. Si cela est, vous voyez quïl n’y a rien à espérer de l’emploi d’aucun médicament.
Jusqu’à présent, nous avons parlé du choléra normal, du choléra type ; mais à côté il y a certaines affections qui sont aussi le choléra, quoique ne revêtant pas la forme algide. Il y a une de ces affections que j’ai vue plusieurs fois dans les hôpitaux et dans le monde, et que j’appelle V abattement ou Vidiotisme cholérique. Cet état a frappé des individus de telle sorte qu’il les a rendus nuis au physique et au moral, les a plongés dans un anéantissement complet. Des hommes connuspar leur énergie et leur bravoure sont tomjDés dans un état d’abjection pitoyable ; vous auriez dit des imbéciles ou des crétins, pouvant à peine se lever, n’osant pas faire un mouvement, boire un verre d’eau, dans la crainte que ce ne devînt l’occasion du choléra. Cette étrange af- . fection est d’autant plus sérieuse, qu’elle s’est en général prolongée, long-temps.
Un de mes amis, colonel d’une bravoure éprouvée, est depuis deux mois dans cet état de faiblesse