MESSIEURS
Nous avons consacré la dernière séance à l’exposé de ce qu’on appelle depuis long-temps la réaction cholérique. '
Nous avons fait remarquer que' ce mot réaction est inexact dans beaucoup dé cas. A plus forte raison blâmerai-je 1 expression œstuositë, récemment proposée dansunrapport à l’Académie de Médecine, puisque plusieurs états cholériques qui succèdent au froid’ ne sont ni une réaction, ni une période brûlante,, ni une æstuosité. 11 faut avoir acquis bien
vin* LEÇON.
peu d’expérience sur l’épidémie pour conserver de pareilles idées.
Nous avons énuméré les diverses transformations du froid que nous avons vues ; et comme nous avons observé et traité un grand nombre de cholériques, notre opinion â ce sujet peut mériter quelque confiance.
Vous avez dû remarquer qu’en sortant du froid, certains cholériques, loin d’éprouver une réaction véritable, ressentaient un affaiblissement plus grand encore.
Nous avons exposé les six nuances que présente la transformation cholérique : en premier lieu, la réaction véritable , réaction accompagnée d’une circulation active, de fièvre, de chaleur, de sueurs abondantes, etc. ; puis la réaction incomplète^ celle qui ne paraît que pour céder à un nouveau froid, et qui revient encore pour y céder de nouveau. Nous avons appelé ensuite votre attention sur la réaction adynamique.
Nous avons aussi décrit la transformation typhoïde, état fort remarquable en ce que c’est celui dans lequel les malades tombent le plus souvent au sortir du froid et celui qui cause la plus grande mortalité. Nous vous avons ensuite exposé cette autre transformation, que caractérisent une violente oppression à la région épigastrique, à l’estomac, au cœur, de vives douleurs qui n’ont cédé à aucun moyen thérapeutique. Nous vous avons enfin
païlé de cette espèce de réaction qui produit des! palpitations dans chaque fibre musculaire^ et que j’ai appelée palpitante , fibrUlaire„ Deux fois cette espece de transformation s’est offerte à nous, et deux fois elle s’est terminée d’une manière heureusej N.OUS l’avons citée plutôt à cause de sa singularité qu’à cause de son importance dans l’histoire de la maladie. . '
Aujourd’hui nous allons nous occuper du traitement du choléra considérié dans ses divers états. Nous allons examiner ce qu’un médecin consciencieux peut entreprendre contre cette maladie.
Avant que j’entre dans l’examen de cette question hérissée de difficultés de tous genres*, permettez-moi de vous dire la position dans laquelle je me trouvais quand l’épidémie est venue fondre sur la capitale. Comme tous mes confrères, j’avais cherché à m’instruire par la lecture des ouvrages publiés sur l’épidémie; de plus, j’avais eu, comme membre du comité polonais, l’avantage d’envoyer en Pologne bon nombre de jeunes médecins qui s’étaient dévoués à la cause de ce pays, toujours héroïque et toujours malheureux. [Sensation), J’avais reçu d’eux des communications; quelques-uns même. quDétaient revenus m’avaient rendu compte de leur mission, et donné des renseignements sur la nature de la maladie et les divers traitements employés. Plus tard, envoyé moi-même par l’Académie des Sciences j j’étais allé à Sunderland. J’y
avais vu un assez bon nombre de malades. C’est là que, frappé des symptômes étrangers et inouïs du mal, j’avais ditqu’d cadavérise en quelques instants ses victimes, expression qui d’abord parut hyper- , bolique, et qui aujourd’hui, de l’aveu de tout le monde, est plutôt au-dessous delà réalité.
Là j’avais vu mettre en pratique le traitement de l’Inde, par des médecins venus de ces contrées, et le traitement proposé par les médecins anglais. J’avais pu ainsi me former quelques idées, et j’étais dans une position avantageuse relativement à d’autres médecins, qui n’avaient pu s’instruire qu’en lisant des ouvrages.
Je i^ois dire cependant que, malgré ces circonstances heureuses, je n’avais pas d’idées bien positives ni sur la maladie, ni sur le système curatif; je n’avais pas de traitement arrêté. IN’ayant pas moimême soigné de malades, et surtout n’ayant pas fait d’autopsies comme nous’ les faisons d’habitude à Paris dans les hôpitaux, j’étais encore dans une sorte de vague lorsquel’épidémie vint éclater à Paris.
Et cela n’a pas de quoi vous surprendre, car vous voyez qu’aujourd’hui encore , après avoir étudié avec vous et devant vous cette étrange maladie, nous ne sommes pas arrivé à des points de doctrine bien positifs. Nous avons bien exposé tous les’ faits que nous avons vus , mais nous serions fort embarrassé pour les grouper de manière à en déduire quelques principes sur la cause et le mode d’action de la
maladie, encore moins sur la transformation des symptômes.
J’étais donc dans une grande incertitude quand l’épidémie lit éclat à Paris. Ce que je savais des divers traitements n’était pas de nature à me donner une grande confiance sur leur succès; je les avais vus aussi souvent impuissants que favorables. J’avais vu employer à forte dose, en Angleterre, l’opium, le laudanum, le calomel, quelquefois avec avantage, le plus souvent sans résultat. J’avais vu faire d’abondantes saignées et les malades succomber rapidement. Je n’ignorais pas que la saignée avait été employée dans le Nord; et que bientôt, reconnaissant son inutilité, la plupart des médecins y avaient renoncé. Je savais enfin que tous ces spécifiques que l’on avait vantés, l’oxide de bismuth, l’huile de cayeput, l’oxigène , le chlore , et autres, étaient restés sans efficacité. J’avais eu des relations en Angleterre avec les hommes qui , par leur savoir , leur position et leur'expérience, devaient avoir des idées saines sur le traitement de l’épidémie; mais je, n’avais aperçu nulle part de science certaine (i).
(j) Parmi les personnes qu’il est de mon devoir et de ma reconnaissance de nommer ici, je citerai sir H. Halford, médecin de la cour, et l’un des plus grands humanistes de notre époque, le docteur (’lark, si connu par sa politesse et son savoir, IMM. les membres du conseil de santé, qui m’ont fait l’accueil le plus bienveillant; parmi ceé messieurs, je nom-
Dans cette profonde incertitude, c’est plutôt par une sorte d’instinct et par la nécessité où je me suis trouvé de soigner tout-à-coup un grand nombre de cholériques, que j’ai tracé un système de traitement, système de traitement que je n’ai presque pas modifié depuis. Et pourtant, si quelqu’un a un penchant à faire des essais, c’est assurément moi ; peut-être même ai-je à cet égard une certaine réputation, Eh bien! je n’ai point fait presque d’expériences, malgré le grand nombre de cholériques que j’ai eu à soigner; si ce n’es't dans ces derniers temps, que j’ai tenté quelques moyens dont je vous ai déjà parlé ou dont je vous rendrai compte. Je
merai M, le doQteur Rusetl , qui a vu la maladie dans l’Inde et eu Russie, et qui a bien voulu me communiquer les résultats importants de sa grande expérience, et le docteur Dawn, qui, pendant paon séjour à Sunderland, où il était envoyé par le gouvernement anglais, fut non-seulement pour moi d’un empressement dqnt je ne saurais trop le remercier, mais qui dans tous nos rapports voulut bien me traiter comme un ancien ami. Enfin, je me fais un véritable plaisir de remercier NM. les médecins de la ville de Sunderland, qui m’ont obligeamment procuré toutes les occasions possibles de voir des cholériques, et qui, pendant mon séjour parmi eux, ont eu pour moi les attentions les plus délicates et les plus amicales. Je dois ajouter que M. le ministre des relations extérieures et M, Fambassadeur de France à Londres m’ont fourni tous les
moyens de remplir la mission dont j’étais chargé. J’ai d’ail*leurs trouvé bon accueil et toute facilité auprès du gouverne-i ment anglais.
me suis donc arrêté dès l’origine de la maladie à un traitement pour ainsi dire instinctif.
Presque tous mes malades qui m arrivaient à l’hôpital étaient dans le froid le plus prononcé ; j ai eu peu ou point de cholériques légèrement atteints. Ceux-ci d’ailleurs n’auraient point été reçus; dès qu’un malade pouvait marcher on l’envoyait, surtout au début de l’épidémie, dans un hôpital éloigné, n’admettant chez nous que les cas les plus graves. Je n’ai donc eu que des choléras graves à soigner ; et sous le rapport de mon instruction et de la vôtre, je n’en suis point fâché.
Sans arrêter mes réflexions à des principes théoriques j»sans rechercher la cause du mal, j ai examiné avec soin les phénomènes qu il présente. ,En cela, je me suis conduit à peu près comme fait un homme raisonnable qui éprouve quelque souffrance de la part de causes extérieures : j’ai employé les moyens les plus simples.’ Ainsi , un homme a été long-temps à une température basse, à une atmosphère humide : c’est un voyageur. Ses membres sont glacés, engourdis ; le sang n’y circule plus, tout son corps est transi, il souffre de mille manières, il se soutient à peine : eh bien ! que faitil quand il arrive au logis? Son instinct ne lui dit-il pas quels moyens sont corivenables pour rétablir ses fonctions troublées? Ne demandera-t-il pas un lit bien chaud? Ne sera-t-il pas satisfait si on Iricr tionne ses membres engourdis, si on lui présente quelques boissons chaudes et excitantes?
De inêuïe un individu cholérique arrive; il est bleu, d'une nuance plus ou moins foncée, selon qu'il est frappé depuis un temps plus ou moins long; il a froid, ses membres sont glacés, il a des crampes, des vomissements, des évacuations alvines, sa circulation est suspendue : il s’agit de remédier à tous ces symptômes.
Eh bien l il m’eût été impossible de ne pas suivre vis-à-vis du malade le traitement que j’ai établi dans mon service ; j ’y étais comme obligé , par un véritable instinct que mon jugement n’improuvait pas.
Voici quel fut ce traitement qu’avec des peines infinies et avec le secours de toutes les personnes qui se dévouèrent avec moi à cette œuvre d’humanité je parvins à faire exécuter :
1®. A l’arrivée du malade, le faire coucher dans un lit bien bassiné.
2®. Frictions sur les membres autant que possible simultanément par plusieurs personnes avec un mélange par parties égales de :
Alcool camphré,
Ammoniaque,
Huile essentielle de térébenthine.
Ces frictions renouvelées le plus souvent possible jusqu’au réchauffenaent.
5®. Application le long du corps et des membres de sachets remplis de sable chaud* renouvelés dès qu’ils se refroidissent.
4®. Boissons chaudes ou glacées, selon le goût
des malades, mais généralement excitantes, telles que :
Infusions de mélisse,
— de menthe, * ; *
— de camomille,
avec ou sans addition d’acétate d’ammoniaque, une demi-once par pinte d’infusion.
Punch fait avec infusion de :
■ Camomille, une pinte;
. Alcool, deux onces;
Sucre, quatre onces ;
Suc d’un citron,.
Vin chaud sucré avec alcool et cannelle , deux onces pour une pinte de vin.
5°. Lavements chauds avec les infusions excitentes, auxquelles on ajoutait souvent le camphre ou l’opium.
Telles «sont les principales bases du traitement que j’ai publiquement employé.
La diminution de la circulation est ici le prin- I cipal phénomène , c’est à l’exciter que d’abord il faut appliquer ses 'soins ; nous y avons toujours ! réussi assez promptement. Pourtant, au commencement c’était un tel trouble, une telle incapacité, de la part de tout le monde , qu’on n’a pas toujours réussi.
A l’égard du réchauffement des cholériques, il faut tenir compte de’' certaines considérations physiques et physiologiques. Le cholérique froid n’est
igo
pas dans les conditions d’un malade ordinaire qui éprouve un froid même très-vif. Ce dernier développe incessamment une certaine quantité de calorique, et si on le couvre de corps non conducteurs, il finira par se réchauffer; ainsi, en l’enveloppant de couvertures de laine, ou de quelque autre étoffe, celles-ci, étant de mauvais conducteurs, lui enlèvent moins de chaleur qu’il n’en développe et peu à peu le malade se réchauffe. Le cholérique, au contraire, ne développe pas de calorique ; de sorte qu’en le couvrant de couvertures, de plumes, d’édredon, on ne pourrait pas obtenir une augmentation de chaleur. Ce point est important à considérer, car j’ai vu proposer, même par des gens instruits, des moyens absurdes de réchauffement. On a vanté, par exemple, des sacs de taffetas gommé. Sans doute ce serait un moyen parfait dans des conditions ordinaires, car les étoffes gommées sont très-mauvais conducteurs du calorique, et concentrent à merveille la chaleur d’un corps qu’on y enferme. Mais appliquez ce moyen au cholérique, il vous sera difficile de concentrer sa chaleur, car il n’en développe pas. Il y a plus, cette étoffe, en s’appliquant sur sa peau, viendra encore en abaisser s’il se peut la température en enlevant la faible portion de chaleur qui existe encore.
Il faut donc que la chaleur qu’on veut procurer aux cholériques leur vienne du dehors; il faut leur appliquer des corps chauds. Les corps mauvais conducteurs ne sont pas convenables à cet usage.
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Linsi , il ne faut pas se servir de couvertures , de .lûmes chaudes; il ne faut pas même, je crois, ;mployer l’air chaud. L’air, comme on sait, est nauvais conducteur du calorique; et c’est aux peites masses d’air interposées entre les poils d’un •eutre fin , que celui-ci doit en grande partie sa jropriété non conductrice. Les .fumigations avec jn air chaud ont ce désavantage de céder difficilement la chaleur. Il faut faire usage de corps bons îonducteurs. Nous avons employé, dans notre service, le sable chaud qui, plus tard, a été employé dans tout l’hôpital. On peut toujours en avoir une chaudière pleine. On l’employait dans de petits sacs de toile, à la température de trente ou quarante degrés. Le sable n’est pas indispensable, on pourrait faire usage de cendres ou de quelque autre corps jouissant d’une faculté conductrice analogue.
Il faudrait, si l’on voulait perfectionner ce moyen, que ces sachets de sable eussent deux surfaces de nature différente; l’une conductrice pour être appliquée sur le corps, l’autre non conductrice pour [s’opposer à la déperdition du calorique rayonnant.
! L’une des surfaces pourrait être de laine, par exem-. iple (i), et l’autre de toile. Nous n’avons pas exécuté !cela à l’Hôtel-Dieu , car c’était beaucoup que de
(i) L’expérience m’a prouvé depuis que ce moyen est défectueux, à raison de la mauvaise odeur que répand la laine éphaujTéc.
192 ■ faire l’indispensable. Nous pourrions l’essayer si' malheureusement l’épidémie reparaissait. J’ai vl • emplir des sacs avec du son chaud. Je n’approuve i pas ce moyen ; le son contient dans sa masse beau- i coup d’air interposé ; il a peu de capacité pour le calorique et le conduit difficilement. Des sachets - i semblables céderont, dans un temps donné, beau- j coup moins de calorique que des sachets de sable i ou de cendr».
Quant à une foule de moyens de réchauffement i tour à tour vantés comme préférables, sans doute i il y en a de fort bons ; mais tout moyen qui exige i l’emploi d’instruments ou de machines, si simples- I qu’ils soient, est impraticable par cela seul qu’il faut aller chercher ces machines, ces instruments,, et qu’en attendant le malade peut mourir.
On a proposé un appareil à vapeur, aussi une espèce de chaufferette , et une lampe en toile métallique , destinées à être placées dans le lit des patients. Tous ces moyens ont l’avantage d’échauffer r plus ou moins promptement; mais quand on ai cent, cent-cinquante malades à soigner à la fois, . on ne peut pas avoir partout un instrument à vapeur ou une lampe, et une personne qui les sur-veille. Ce n’est qu’en ville que de tels moyens peuvent être employés, et nous l’avons fait plusieurs fois : ils réchauffent assez promptement ; mais il faut se procurer ces instruments, et le malade peut succomber avant qu’ils arrivent.
Le procédé que j’ai employé à l’hôpital, le sable :haud, est beaucoup plus simple. On peut le faire chauffer à l’avance, et le faire chauffer plus ou moins, peu importe, puisqu’il ne se décompose pas à une forte température. C’est encore. la un point essentiel que d’employer des corps qui ne soient pas décomposés par la chaleur et qui ne répandent pas d'odeur désagréable; beaucoup de moyens ont été abandonnés, parce qu’ils ne remplissaient pas cette condition. La lampe à l’alcool produit de la vapeur, de l’hydrogène carboné , qui porte à la tête des malades et incommode les assistants.
Comme nous vous l’avons dit, il est fort peu de nos malades qui n’aient point été réchauffés par le moyeu simple dont nous avons fait usage. Si quelques cas réfractaires se sont présentés, c est plutôt durant la semaine dernière, qu’au commencement de l’épidéinie.
Nous venons d’exposer le moyen de combattre le froid; mais, en même temps qu’on réchauffe le malade, il faut aussi chercher à activer sa circulation. Car si la circulation ne se rétablit pas, on n’aura réchauffé que des membres cadaverises.
Il est vrai que l’application d’un corps chaud a la peau y appelle le sang, ce qui procure une cer- ; taine circulation; ainsi, travailler à procurer de la chaleur au cholérique, c’est aussi exciter la circulation. Mais ce 'moyen n’est pas suffisant, et il faut en employer de plus énergique.
Celui que j’ai employé diffère des autres que (’a . vu mettre en uss^-e. Ce moyen , j’en ai fait usage . dès le commencement, et je ne l’ai pas modifie | depuis. Voyant des individus froids , je compris ^ qu’il fallait leur donner une boisson chaude, légè- 4 rement excitante, sans toutefois la faire aussi for- 4 tement excitante qu’en -Angleterre, où j’avais vu f donner de l’eau-de-vie à haute dose, ordinairement < mêlée à trente, quarante, et même cinquante goût- ^ tes de laudanum par prises souvent répétées toutes j les heures ou toutes les deux heures. |
Il serait possible qu’on réussît aussi bien en em- l| ployant l’alcool; j’ai vu même des malades se bien I trouver de boire un demi-litre et même un litre | d’eau-de-vie dans les vingt-quatre heures. |
La boisson que j’ai composée a porté le nom de l| punch, bien que je ne pensasse guère à faire du punch, i en formulant mes premières prescriptions. Je faisais- i ajouter dans une infusion aromatique deux onces i| d’alcool, puis une certaine quantité de jus de ci- | tron, enfin du sucrc^ Cette boisson réussit fort I bien; c’est aussi de mon service que sont sorties I les premières guérisons.. Toutes les personnes qui j venaient voir nos malades étaient frappées des résultats que j’obtenais en employant ce moyen. Je n’ai pas varié à cet égard ; encore aujourd’hui si l’épidémie reprenait de l’intensité, et s’il m’arrivait de nouveaux cholériques froids, je 'ne manquerais pas de les traiter de cette manière ^ de leur don-'
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lier une boisson légèrement excitante et ebaude.
Je dois dire toutefois ce que l’expérience m’a appris à cet égard. Il y a des cholériques bleus qui n’ont aucune appétence pour les boissons chaudes, qui les refusent formellement, et qui au contraire désirent en prendre de froides et même de glacees. Je n’ai jamais balancé à cet égard; toutes les fois que j’ai rencontré un goût aussi prononcé, je n’ai pas hésité à faire donner la boisson à la température désirée parle malade; il me semblait que dans une maladie dont l’origine était aussi obscure, l’instinct du malade était quelque chose qu’il fallait avant tout respecter et écouter, et que peut-être on pourrait y trouver quelque indication importante. De même que l’instinct des cholériques leur faisait désirer et éprouver du bien des frictions, de même il pouvait les porter à demander des boissons froides, qui même dans certains cas produisent une sorte d’excitation. Nous avons accédé nombre de fois à ce désir, et avons donné des boissons froides etmême glacées ; malheureusement nous avons presque toujours vu les individus qui avaient cette ap- I pétence particulière succomber, tandis que ceux qui ontbu avec plaisir des boissons chaudes guérissaient le plus souvent. 11 y a même des cholériques qui ne voulaient boire que du punch. Je citerai une femme dont les doigts ont été gangrenés, qui était ravie, pendant toute la durée du choiera le plus intense, de boire, comme elle le disait, une aussi bonne ti-
sàne. Plusieurs malades n’ont même bu que cette ■ boisson dans la période du froid et pendant toute i la durée de la maladie. 1
On comprend que lorsqu’on est pénétré du sen- | liment de froid que donne le choléra, une boisson j légèrement excitante, d’un goût agréable, doit être i quelque chose qui convient à l’économie. Cepen- \ dant Je viens de dire que plusieurs malades l’ont i refusée formellement; alors ils ont demandé, tantôt i de l’eau pure, tantôt de l’eau à la glace, tantôt de j l’eau et du vin, tantôt de la limonade; leurs diffé- I rentes demandes ont donc été très-variables , il ' n’y a pas eu de ces instincts communs qui les aient î dirigés vers une certaine boisson : ni pour la tem- 1 pérature, ni pour la qualité, rien n’a été fixe. Il est \ bien entendu que l’usage des boissons excitantes n’a | été le plus souvent mis en pratique que pendant la i durée de la période de froid. i
Suivant l’espèce de réaction, nous avons continué l’emploi de la boisson excitante, ou nous avons passé à une boisson d’une autre nature; car on ne pouvait traiter un individu dans une réaction adynamique, comme un individu qui aurait une trans^ formation avec excès de la force circulatoire.
Nous n’avons guère employé d’autres moyens pour .exciter la circulation; cependant quelques malades ayant désiré du vin, nous leur avons donné du vin chaud sucré, auquel même quelquefois nous avions ajouté l’alcool ; d’autres malades ont bu des
infusions de camomille, avec un sirop excitant, comme celui de menthe ou d’écorce d’orange. Nous ne sommes guère sortis des boissons suivantes, le punch, le vin pur ou coupé avec de l’eau, ou méangé avec un peu d’alcool de cannelle. Je ne me rappelle pas d’avoir employé des médicaments, des potions quelconques, si ce n est peut-être pour combattre des accidents fortuits qui auraient pu se présenter. D’ailleurs il y avait un tel trouble dans l’établissement, qu’on ne pouvait guère compter sur les préparations de la pharmacie. Nous avons fait même un usage très-restreint du laudanum et de l’opium pour calmer les vomissements.
Un autre moyen, ce sont les frictions. Partout la nécessité de réchauffer les malades s est fait sentir i ils ont été frictionnés de mille manières différentes, avec des brosses, avec les mains, avec des liqueurs excitantes. Nous avons adopté une formule à cet égard. Nous employons un mélange d’alcool camphré et d’ammoniaque, et quelquefois d’huile essentielle de térébenthine à parties égales. Nous n’ayons pas euà revenir sur l’emploi de ce moyen ; il est encore en usage I dans mes salles depuis, le premier jour de l’épidémie I pour combattre la période de froid. Contre cette même I période nous nous sommes servis avec avantage de
I lavementsd’infusionsaromatiques, avec une certaine
quantité de camphre. Plusieurs fois chez des cholériques très-faibles, très-abattus par la période algide, où la circulationétait à peine visible, nous avons em-
Vin* LBÇON.
ployé des lavements de camomille camphrée, trèschauds. C’est un remède indiqué, puisque le froid ne se fait pas seulement sentir dans les membres, mais dans les différents organes, et surtout dans le canalintestinal : de sorte que l’emploi des lavements chauds est fort logique et a des avantages. Je l’avais d’ailleurs vu employer en Angleterre, et je l’avais noté comme devant être mis en usage à Paris si l’épidémie s’y présentait.
Tels sont les principaux moyens que j’ai mis en
usage pour combattre le choléra dans sa période de
froid. Dans les premiers moments de l’arrivée des
malades, il a existé un grand désordre à l’Hôtel-Dieu;
l’apparition du fléau .avait été si soudaine, que rien n’était prévu ni organisé; nous n’avions presque pas d’infirmiers, ou ce n’étaient que de mauvais sujetsqui s’occùpaientde voler les malades plutôt que de les soigner. C’estavec un sentimentd’horreurque j’aiétété-
moin de pareilles infamies. Nous avions des filles publiques qui, sous le prétexte de soigner les malades , venaient pour leur dérober le peu qu’ils avaient dans leurs vêtements; aussi vous sentez que dans les premiers jours il a fallu beaucoup de volonté et de patience pour faire administrer quelques soins à un certainnombre demalades. Nous avons eu tout-à-coup 3o, 40 5 5o cholériques à soigner le même jour. Les élèves n’étaientpas habitués à ces soins, les religieuses étaient effrayées ou n’étaient pas encore formées, il n’y avait pas d’infirmiers ou ceux qui y étaient
avaient mauvaise volonté. C’est avec bien de la peine que nous avons pu faire usage des secours que je viens de vous indiquer, quoiqu’ils fussent très-simples ; car en pareil cas, et surtout dans les hôpitaux, la chose importante, c’est de donner, par les procédés les plus simples possibles, des soins à un grand nombre de malades. Il y avait d’autres moyens très-raisonnables, par exemple les bains, et dans certains cas des affusions. Mais pour donner un bain à un cbo^rique pendant une épidémie aussi active, vous alle^mployer 4 ou 5 personnes pendant deux heures; vous êtes obligé de déplacer votre malade, de le transporter dans la baignoire , de lé rapporter ensuite dans son lit. Pendant ce temps les personnes occupées pourraient porter des soins fructueux à d’autres patients exposés à périr faute de secours. Aussi n’ai-je employé ces moyens pour les cholériques que huit à dix fois, et même depuis que la maladie s’est apaisée et que nous avons eu des infirmiers plus habiles. Bien qu’ils pussent être avantageux, -je n’aurais pas voulu dans le commencement me servir de ces moyens, à cause des inconvénients qu’ils pouvaient présenter. Mais il y avait encore une autre raison, c’est le déplacement. Rien n’est plus nuisible que ce transport, non-seujlement du lit dans une baignoire, d’un lit dans un I autre, mais même le déplacement du malade dans I son propre lit.
Un de nos confrères, M. Petit, faisait placer le
long du dos, des morceaux de flanelle trempés dans de la térébenthine et chauffés ensuite , par un fer à repasser. Je n’ai jamais voulu employer ce traitement, parce qu’il faut déplacer le malade. Mettre un cholérique sur son ventre c’est l’exposer à périr. Je suis sûr que ce médecin a vu mourir plusieurs cholériques froids, parla seule raison qu’on les plaçait sur le ventre , au lieu de les laisser dans la j)Osition naturelle à l’homme débile, qui ne peut exercer aucun mouvement par liÿ-même.
Des sinapismes à différentes places du corps, quelquefois des lotions corrosives faites le long des membres, sont des moyens accessoires que nous avons employés pour rendre plus actifs ceux dont nous venons de parler, dans la vue d’exciter la circulation du sang; nous y sommes presque toujours parvenus. Sur près de six cents cholériques que j’ai eus dans ma salle Sainte-Monique, excepté trente-huit malades, qui sont morts sur le brancard au moment où on les mettait dans leur lit, tous ont été réchauffés, la circulation s’est montrée d’après l’emploi des moyens dont je viens de parler. Si l’on compare le nombre des personnes cyanosées que j’ai rappelées à la circulation , avec ce qui s’est passé dans d’autres contrées, d’autres services et d’autres hôpitaux, je dis que je n’ai pas de raison de modifier le traitement que j’ai employé.
Quant aux crampes et aux vomissements, il n’est guère possible de les combattre d’une manière
directe. On peut bien exciter la circulation rien que par l’effet de la chaleur , obtenir un mouvement de sang plus rapide, et un battement du cœur plus énergique : il n’en est pas de même pour les crampes et les vomissements. Ces phénomènes sont si étranges , si singuliers : comment attaquer directement leurs causes. Qu’est-ce qui fait que les muscles se contractent si douloureusement dans les crampes? Nous avons dit qu’on ne le savait pas. Le traitement ne peut donc pas être raisonné, il ne peut qu’être empirique. Nous savons que des cataplasmes , des frictions sèches ou humides , ou avec des liniments excitants, ont été utiles pour diminuer ces accidents; voilà tout.
Quant aux vomissements, nous devons dire qu’ils ont été fort difficiles à combattre. Nous ne nous en sommes même que très-peu occupés , car nous avons remarqué qu’ils cessaient du moment que la circulation se rétablissait, bien qu’on n’eût fait aucun usage de médicaments. Les vomissements venaient à cesser le plus souvent du moment que la période de réaction avait lieu.
Ceci est une remarque qu’il ne faut pas négliger. Nous sommes, nous autres médecins, aussi bien que les malades , très-portés à attribuer aux médicaments les modifications heureuses ou fâcheuses qui suivent leur emploi. Si un individu qui a des vomissements prend une cuillerée d’une potion quelconque , et qu’au bout d’une demi-heure ils
viennent à cesser , le malade et le médecin lui attribuent cet effet. Moi-même, quoique très-dou- j teur de mon naturel, je n’ai pu m’empêcher d’at- i tribuer à tel remède les succès qui ont suivi sou j emploi. Peut-être étais-je dans une complète erreur. j
Il serait donc plus sage d’envisager ce que je , viens de noter comme une simple coïncidence qui , doit être remarquée à l’occasion du choléra. N’a- , vons-nous pas viffdes malades qui avaient des vomissements et des déjections très-fortes, qui ont i refusé toute espèce de boisson et même de soins i quelconques, et qui ont cessé de vomir quand la i circulation a repris son mouvement; de sorte que ! ce n’était pas parce qu’on avait employé des médi- •' caments, mais parce qu’il s’était fait une nouvelle !| phase dans la maladie , que les accidents qui ac- | compagnaient la première période devaient cesser.
Ce genre de fait est digne des méditations de tout médecin éclairé et consciencieux.
En général, les boissons adoucissantes, légèrement aromatiques, ont été fort utiles pour com- i battre les vomissements et les évacuations alvines. Très-souvent on a tiré de l’avantage de l’opium. C’est surtout ce qui a eu lieu dans TInde et dans le Nord, On ne peut douter que l’emploi du laudanum, mêlé à des boissons aromatiques, à l’alcool même, n’ait été fort utile. En Angleterre j’ai vu de très-bons effets du laudanum donné à des doses que nous n’emploierions pas ici; j’ai vu ad-
ministrer trois fois cinquante gouttes de laudanum à une heure d’intervalle. Les malades s’en sont bien trouvés; ils ont eu un délire, des rêvasseries, ils ont vu des fantômes, ils ont dormi plusieurs
jours; mais la question n’était pas de dormir ou de voir des fantômes, elle était de vivre ou de mourir de la maladie. J’ai, vu quelquefois des cholériques, traités de cette manière revenir à la santé au bout de deux ou trois jours. Je iVai cependant jamais, senti la nécessité d’employer le laudanum à pareilles doses. Je ne connais pas le chiffre des guérisons opérées par ce moyen , mais pour nous cent cinquante gouttes de laudanum, donné en ‘trois fois, à une heure d’intervalle, pourrait être qualifié d’empoisonnement, etilestpeu d’individus qui résisteraient à une quantité aussi forte, surtout si elle ne les faisait pas vomir.
Telle est la hase du traitement que j’ai employé pour secourir les cholériques dans la période algide; je n’y ai presque rien ajouté depuis le commencement de l’épidémie dans Paris , il est encore en vigueur aujourd’hui dans le service. DJune part,
I des moyens physiques de réchauffement par des ! sachets de sable chaud; d’autre part, des frictions ' avec de l’alcool camphré ou de l’ammoniaque,
I et quelquefois l’essence de - térébenthine ; lave- : ments avec l’infusion de camomille 'chaude et ' camphrée , quelquefois éthérée ; puis , à l’intérieur,
gèrement alcoolisées. C’est avec ces moyens que I nous avons ramené la circulation chez les cho- i lériques portés à l’hôpital : ce n’est que dans cette dernière quinzaine qu’il nous est arrivé quelques cas légers de choléra , nous n’avions eu auparavant que les choléras des plus graves. Quelquefois il en était de si avancés que leur guérison paraissait tenir du ' miracle. Je citerai particulièrement des personnes très-âgées, dans un état de cadavérisation si complet, qu’elles semblaient avoir à peine demi-heure à vivre ; et cependant, à l’aide de notre traitement administré avec persévérance, nous sommes parvenus à réchauffer et à guérir quelques-uns de ces cholériques avancés, qui semblaient voués à une' mort inévitable.
Je ne veux pas parler de la saignée; j’avoue que je ne sais pas comment on peut penserà saigner des cholériques dans cette période de froid. Il faut d’abord s’entendre sur la valeur réelle du mot ; qu’est-ce qu’une saignée? Pou^moi c’est une opération par laquelle on ouvre un vaisseau pour en extraire du sang. Eh bien ! je dis que dans tous les cas de choléra grave, où la circulation est suspendue, vous avez beau faire des tentatives pour saigner, vous ne le pourrez pas. J’ai vu souvent ouvrir des veines aux cholériques sans qu’il en sortît du sang ; comment en sortirait-il, puisque la circulation estsuspendue? Il apparaît bien un peu de sang bleu, noirâtre, en pressant le membre ; vous pouvez en faire sortir |
d’une veine ouverte une certaine quantité; mais ce sang vient du vaisseau que vous avez ouvert et non pas du cœur. Ainsi, vous ne pouvez appeler votre opération une saignée, car saigner c’est extraire le sang de la circulation? Comment saigner quandil
n’y a pas de circulation. Il en est de même de l’application des sangsues. Voiispouvez poser cent, deux cents -sangsues si, cela vous convient; il est possible qu’elles fassent des piqûres sur la peau , ce qui n a pas toujours lieu, mais vous ne voyez pas ces animaux se gorger de sang, si ce n’est de celui du système capillaire circonvoisin, ce qui est une quantité très-minime relativement a la quantité generale du sang. Il en est de même pour les ventouses. J’ai vu des jeunes gens qui voulaient appliquer des ventouses sur la région de l’estomac ; ils faisaient leur scari'fication, ils appliquaient les ventouses , et 'ils étaient confondus de ne pas voir sortir le sang. Commentencore en serait-il sorti, puisque, la circulation étant suspendue, il n y a pas moyen de procurerune évacuationsanguine. Je n aipasmême songé, dans le traitement delà période de froid, à em- • ployer la saignée, parce que, en général, elle est impossible , à moins que vous n’ayez affaire à des cholériques où la circulation persiste ; où elle est seulement affaiblie, modifiée, vous ne pouvez pas y penser. Dans le cas où la circulation se maintient, ce qui s’est vu quelquefois, on peut alors discuter la question de savoir si on peut ou non
saigner. Sans doute, dans cette période, la saignée ne serait utile que pour abattre 1 energie des forces, qui ne sont déjà que trop abattues; à moins de congestion bien apparente et de certitude que le cours du sang n’a pas cessé , il est absurde de tenter un moyen physiquement impraticable. Cependant beaucoup de médecins, inspirés par des idées systématiques déplorables, ont fait des évacuations sanguines la base de leur traitement. Cela n’a rien qui doive surprendre, quand on réfléchit combien les
connaissances de physiologie positives les plus sim-
pies sont peu répandues.
En supposant que la circulation existe, elle est si faible qu’il faut plutôt l’exciter que d’extraire du sang; d’ailleurs dans tous les climats la saignée a été reconnue plus nuisible qu’utile. En Hongrie par exemple, où la maladie a sévi avec beaucoup d’intensité, les médecins y avaient renoncé; il en a été de même en Pologne et en Russie : parce qu’il a été démontré par l’expérience qu’elle avait été trèsnuisible.
Voudrait-on saigner à cause de la qualité du sang? Il y avait un médecin de la capitale , qui saignait pour" cette raison : plus on retire du sang, disait-il, "plus ce sera avantageux, puisque ce liquide est altéré. Il y a des médecins qui prétendent en avoir tiré avantage quand il leur a été possible d’efl’ectuer cette saignée. Quant à moi, je n’ai pas trouvé l’occasion de saigner les
malades dans la période de froid; j ai au contiaiic cherché à les réchauffer, à exciter la circulation, à calmer les douleurs, à faire cesser les vomissements ; mais il ne m’a jamais semblé avantageux de leur extraire du sang; et quand j’ai voulu le faire cela ne m’a pas réussi. Telle est l’opération que j’ai faite sur un. cholérique dans la période de froid, chez lequel il y avait mouvement, parole, déglutition. Un 'médecin qui avait été en Pologne, comme je vous l’ai dit dans une de mes leçons, me conseilla comme un moyen infaillible de faire 4a saignée de l’artère temporale.
A l’instant même, je coupai le tronc même de l’artère, au-dessus de l’arcade zigomatique , il en sortit une seule goûte de sang ; c’était ce qui était contenu dans le bout du vaisseau, parce que la pression des muscles l’avait poussé là. Deux ou trois taches de sang parurent aux endroits où il y avait des bran- • 'ches de l’artère ; le sang n’a pas coulé, il était donc impossible de faire la saignée de la temporale. Vous voyez pourquoi je n’ai ptjs jugé convenable , dans la période froide, d’essayer de la saignée ; d’ailleurs encore une fois c’eût été une tentative inutile, puisque la raison physique qui s’oppose à la circulation du sang s’oppose aussi à ce qu’il y ait véritable saignée dans ces circonstan'ces.
. L’emploi des médicaments dans cette même période, n’est pas une chose bien indiquée ; car, d’après certaines expériences que j’ai faites à cet égard.
il ne me paraît pas que le système nerveux des cholériques soit dans une situation telle qu’il puisse être influencé par les médicaments, même des plus actifs.
J’ai vu employer et employé quelquefois moimême l’opium, le camphre à très -haute dose, l’éther, l’ammoniaque, l’acétate d’ammoniaque. Je suis encore à douter si ces moyens ont eu une action sur des cholériques froids, je ne sais pas si ces médicaments ne sont pas relativement aux cholériques, ce qu’ils sont relativement aux individus enragés. Un fait bien singulier, bien connu, c’est que les individus enragés supportent des doses très-fortes de médicaments. J’ai injecté dans les veines d’un homme hydrophobe jusqu’à sept grains d’opium, sans que ses accès en fussent modifiés. Or, cette quantité sur un individu sain, l’aurait plongé dans un sommeil des plus profonds, dont peut-être il ne se serait jamais relevé.
Il en est de même de l’acide prussiquc, je n’ai pas vu ce poison avoir d’action sur les chiens enragés. Or, dans l’état sain, une goutte d’acide pru*ssique pur tue un chien comme d’un coup de balle. Je suis porté à penser que dans l’état de cholérisation il y a quelque chose d’analogue. J’en ai pour preuve une tentative que j’ai faite il n’y a pas long-temps, et dont je vous ai parlé. Chez une femme cholérique dans la période algide, sans espérance, j’ai tenté, comme moyen d’excitation, d’injecter une certaine quantité d’alcool camphré étendu d’eau.
Si une semblable injection était faite chez un individu bien portant , les effets de l’empoisonnement par le camphre se montreraient d’une maniéré extrême. Il serait dans une agitation extraordinaire, aurait des soubresauts, des mouvements des plus énergiques, comme cela arrive sur les animaux.
Eii effet, si l’on injecte deux grains de camphre dans les veines d’un chat , il fait des bonds de six pieds de haut. Chez cette femme j’ai introduit la totalité de mon injection , qui contenait un demigros de camphre ; il ne s’est pas manifesté le moindre signe de l’action de cette substance sur le système' nerveux ; d’où je conclus que le système nerveux est dans toute autre condition que dans l’étaf ordinaire : c’est un fait important que je chercherai à vérifier, à savoir si dans l’état de choléra algide le système nerveux est insensible à l’effet des médicaments; du reste, je n’en ai pas employé. Mes moyens ont été ceux que le simple bon sens indique, que tout homme emploierait luimême s’il étaif en état de soigner. C’est à peu près ce que fait un homme quand il arrive d’un voyage, et qu’il entre dans une auberge en hiver : il cherche à se réchauffer devant le feu, ou il boit un verre de punch ou de vin chaud, et demande un lit bien bassiné. Ce sont des moyens qui n’appartiennent pour ainsi dire pas à la médecine.
Par ce traitement , aîÜssi simple que possible , je suis arrivé aux résultats suivants :
J’ai d’abord établi en usage, de noter et d’exposer publiquement, dans mes salles , le nom et le nombre des personnes entrantes, ceux des personnes sorties guéries, et ceux des personnes décédées; ce tableau a été affiché tous les jours dans mon service. De sorte que je ne crains pas que, demain on vienne, dans un journal, démentir les nombres que je vais vous donner. (Le professeur, pressé par l’heure, donne des détails incomplets à cet égard, sur lesquels il se propose de revenir dans la séance prochaine. J’ai cru inutile de reproduire des chiffres qu’il a d’une manière iDien plus exacte dans ses matériaux. ) ' ' ^
CHAIRE DE MÉDECINE
M. MAGENDIE, ^o^e^dear.
( Second trimestre de 1832.)
Neuvième leçon