‹ Leçons sur le choléra-morbusChapitre 13 sur 15 · X* LEÇON · texte numérisé non relu

X* LEÇON

riture très-succulente, les gourmands, sont principalement disposées à cette dernière ; aussi en les mettant au régime végétal, en leur faisant prendre des dissolvants de l’acide urique, le médecin arrivera à vaincre la maladie. Ce sont bien là des caractères qui tiennent à la nature intime de la maladie; mais aussi la gravelle se distingue des autres maladies, elle est pleinement dans le domaine de la science. Mais si l’on demande la nature des lièvres intermittentes , le médecin de bonne foi répondra qu’il ne la connaît pas. Il pourra bien dire que très-probà^Blement elles sont produites par une certaine altération de l’air, et chez les individus prédisposés. Mais quelle est cette substance qui vicie l’air. Est-ce le gaz bydrogèno carboné? Sont-ce des miasmes? Qui le sait? Examinez les fièvres graves , quelque physiologiste que vous soyez , il vous faudra convenir que presque tous leurs phénomènes vous sont inconnus. De même nous connaissons bien les circonstances qui favorisent le développement du typhus, des fièvres pernicieuses, mais qui pourrait dire le véritable mode de l’altération qu’elles apportent dans l’économie animale.

Pourtant, messieurs, l’Académie de xMédecine, dont au reste j’ai l’honneur d’être membre, n’a pas craint de proposer une définition de la nature du choléra. Elle a dit : <iC’est une altération profonde j>de 1/ innervation^ avec un mode particulier de l’état » catarrhal. »

Bien que donnée par le corps médical le plus respectable de la France, cette définition n’a pas fait, et ne pouvait pas faire fortune. En Angleterre, j’ai eu le désagrément de la voir bafouer dans certains journaux , où elle était qualifiée de solemn nonsens. A Paris, elle a été pulvérisée, ainsi que le rapport qu’elle accompagne , par un critique aussi sage dans la pensée que dans le style. Et vous , messieurs, avec qui noifs avons laborieusement étudié, tous les phénomènes de ce mal bizarre et cruel, en les suivant pas à pas dans chaque fonction, trouvez-vous que cette définition vous satisfasse , ou qu’elle ajoute quelque chose à vos connaissances ; ne tfouvez-vous pas, au contraire, qu’elle est tout-à-fait incomplète , insuffisante, et I surtout d’un vague insupportable ?

Eh quoi! vous voyez un cholérique dans une grande faiblesse, dans de vives souffrances , et vous i me dites qu’il a altérai ion pro fonde du système

nerveux. Mais je le vois 'aussi bien que vous , et chacun le verra comme nous. Si vous prétendez m’instruire, comme c’est votre devoir de le faire, puisque vous êtes consultés par le gouvernement , apprenez-moi quel est le genre de cette altération , et alors je vous rendrai grâces , car vous m’aurez réellement éclairé.

Quant à la seconde partie de la définition, « avec un mode particulier de l’état catarrhal, » elle me paj raît non moins incompréhensible. L’état catarrhal

est une inflammation qui s’accompagne d’une série de sécrétions d’abord séreuses, puis visqueuses jaunâtres, puis jaunâtres verdâtres, etc. ; or, je demande si la sécrétion intestinale du choléra a quelque rapport avec ce genre de sécrétion. IN’est-cc pas plutôt une simple transsudation de la sérosité du sang? '

D’après ce triste résultat des tentatives faites par le corps médical le plus respectable pour arriver à une définition, il est évident que personne ne peut rien dire sur la nature du choléra. Pour avoir une bonne explication de cette épidémie, il faudrait que la physiologie fût plus avancée, qu’aucun phénomène de la vie ne fût inconnu dans sa nature. Si nous connaissions bien les lois qui président à la nutrition , à la circulation et aux sécrétions nous pourrions peut-être expliquer les altérations de ces phénomènes, et, par suite, la nature

du choléra comme celle des autres maladies.

J’avais espéré, messieurs, pouvoir terminer aujourd’hui ces séances sur le choléra , mais je suis dans la nécessité de vous présenter quelques réflexions dernières sur la propagation de l’épidémie; je réclame donc votre attention pour une séance encore. [ApplaudissemeMs.)

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CHAIRE DE MEDECINE

M. MAGENDIE

( Second trimestre de 1832.)

Onzième leçon

LE CHOLERA-MfPBüS.

Messieurs,

Nous avons vu dans la dernière séance qu’il n’y a point de moyens certains d’éviter les atteintes de : l’épidémie, que toutes les substances, recettes, etc., ) conseillées comme préservatives, ne méritent aucune 1 confiance, puisque le choléra s’est développé dans ! les lieux même où se fabriquent ces substances.

Nous nous sommes aussi occupé de la cause du I choléra, et nous avons reconnu qu’il est impossible d’en assif^ner une évidente ni même probable, que ' nous sommes au contraire dans une ignorance proj fonde à cet égard.

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