‹ Leçons sur le choléra-morbusChapitre 14 sur 15 · XI* LEÇON · texte numérisé non relu

XI* LEÇON

Mous avons ensuite parlé de ce cpie les médecins appellent la nature de la maladie , et nous avons dit qu elle n’est point connue, que seulement on a exprimé les symptômes même delà maladie en des termes différents. Pour nous, la véritable nature du choléra, si elle était connue, serait l’appréciation physique ou physiologique des phénomènes principaux qui constituent la maladie, par exemple l’altération du sang ou du système nerveux, et le caractère particulier appréciable aux sens de cette altération.

Vous avez pu voir dans les leçons que nous avons faites, que notre objet principal était non seulement de faire un cours pratique du choléra, mais d’en offrir une sorte de physiologie pathologique. En effet, c’est en étudiant successivement toutes les fonctions^ en recherchant quelles lésions elles éprouvent, que nous sommes arrivés à quelques connaissances précises sur la maladie. Comme nous étions dans la position la plus favorable, et que le zèle ne nous a pas manqué, nous avons pu faire une physiologie du choléra , physiologie bien différente de celle qu’une certaine secte prétend appliquer à la médecine, et dans laquelle elle s’attache à une seule idée, dont elle déduit jusqu’à l’absurde nombre de conséquences forcées.

Ayant accompli cette tâche, ayant successivement examiné l’état des diverses fonctions de l’économie dans le choléra, nous pourrions nous dis-

penser de rien ajouter. INous pourrions éviter aujourd’hui les questions qui ne mènent à rien, c’est-à-dire qui ne conduisent qu’à des conséquences négatives, comme nous l’avons fait dans les précédentes leçons.

Nous n’avons examiné qu’en passant, et nous ne croyons pas devoir examiner avec plus de soin aujourd’hui, si le choléra est une inflammation du tube intestinal. En effet le sens du mot inflammation varie suivant les écoles et les doctrines : en niant l’inflammation , nous satisferions quelques personnes ; en l’admettant, nous jetterions un grand

nombre d’esprits dans le vague. ^

Cette question me paraît être du ressort d ouvrages spéciaux j pourtant je dirai qifil est impossible de voir dans le choiera une affection inflammatoire du canal intestinal. Dans les animaux compliqués qui composent la classe dont 1 homme fait partie, le tube digestif joue un rôle secondaire , et c’est une erreur grossière que de s’imaginer que cet organe est le siégé de la plupart des maladies. Si l’on avait affaire à un polype, qui n’est lui-même qu’un .simple canal digestif, sans doute qu’il faudrait y chercher le siégé de la maladie. Mais dans l’homme, l’appareil de la digestion, et spécialement la muqueuse de l’estomac ou des intestins, est loin d’avoir cette importance : ses fonctions sont subordonnées aux grandes fonctions vitales, telles que la circulation, la respiration, et à cet ensemble de

afcio

pliénomènes que nous uomuious fonctions du système nerveux , tellement que Je canal alimentaire peut être gravement altéré, transformé dans son tissu, couvert de pustules, de végétations, d’ulcères, chez des individus qui pourtant vivent plu- ■ sieurs années dans cet état. J’en ai vu des exemples. Assurément le canal intestinal participe aux lésions générales, il s’altère surtout au déclin de la maladie ; mais on ne peut admettre qu’il en est le premier et le principal point de départ : c’est dans le système nerveux, c’est dans les fonctions générales qu’il faut chercher l’origine et le siège des maladies graves.

J’arrive, messieurs, à une autre et dernière question, que nous traiterons fort rapidement, car elle ne peut être discutée à l’aide d’expériences et de preuves immédiates : je veux parler de la propagation de la maladie, du phénomène remarquable par lequel la maladie développée dans l’Inde s’est montrée successivement dans les contrées du nord et dans les climats tempérés.

Dans le sens métaphorique, propagation indique que le mal s’est mis en marche, a traversé des diverses contrées d’Asie, s’est avancé vers le nord de l’Europe, puis a gagné divers pays jusqu’aux rives de la Seine. Cette expression est vraie en ce sens que le mal n’a pas d’exi&tencc par lui-même, et n’est sensible que par les caractères pathologiques des individus qui en sont atteints. Ainsi donc, dire

que le mal s’est propagé dans tel et tel pa}’^s, c’est dire qu’à des époques plus ou moins rapprochées, il a été vu dans divers pays. Cette définition était nécessaire, car il faut établir directement que la maladie ne se développe pas, ne se gagne pas comme une maladie contagieuse.

Ainsi, voilà une maladie nouvelle qui, développée dans l’Inde, s’est successivement montrée sans eause appréciable, pour ainsi dire, sur tous les points du globe, mais avec une lenteur qui déjoue toutes les explications; car remarquez que s’il y avait propagation par contact ou autrement, elle n’aurait pas mis quinze ans à venir jusqu’à nous: es communications entre l’Inde et l’europe sont rop fréquentes. J’ai dit une maladie nouvelle, car )n ne peut dire que le choléra décrit par les aueurs ressemble à celui que nous observons. 11 ;st facile de s’en convaincre.

L’épidémie arrivée à Paris a éclaté tout-à-coup ans qu’on puisse dire par quelles raisons. Assuréiient, les personnes qui veulent des explications )ourront en trouver; les unes diront qu’elle est enue avec le vent du nord-est, qui en a transporté le rincipe du nord de l’Angleterre; d’autres diront u elle a été produite par des émanations terresresou des animalcules venus de pays portés, comme 3s dieux du paganisme, sur les nuages ; ou bien U elle est née d'un état électrique de l’atmosphère

U de la^ présence de marchandises infectées de

germes contagieux. Mais il ne suffit pas d’avancer de pareilles assertions, il faudrait les asseoir sur des preuves. Que ceux qui pensent que le choléra a été transporté par l’air expliquent comment il se fait què le vent, qui, à cette époque, avait une rapidité de huit lieues à l’heure, ce qui résulte des observations faites alors à l’Observatoire de Paris, comment il se fait, dis-je , que ce vent qui soufflait sur plusieurs contrées à la fois, ait développé le choléra exclusivement à Paris et non ailleurs; comment encore il ne l’a pas développé dans le pays situé entre Paris et les côtes d’Angleterre ; ni cette explication, ni les autres ne sont admissibles.

Pourtant cette question, quoique fort difficile, pourrait être abordée, je crois, à l’aide des connaissances et des moyens d’investigation que nous possédons aujourd’hui. Je conçois que dans l’antiquité, et même encore à deux cents ans de nous, les médecins se soient jetés dans le vague des cauçes finales : les sciences alors étaient à leur naissance ; mais aujourd’hui qu’elles ont grandi, qu’elles brillent avec éclat, les savants possèdent des moyens propres à étudier les phénomènes les plus délicats. Si les hommes de l’Europe les plus distingués dans les sciences chimiques, physiques et physiologiques, se réunissaient en congrès, s’ils apportaient en commun leurs connaissances et leurs observations, il en résulterait un faisceau de lumières capables peut-être d’éclairer l’origine de l’épidéinh

et les procédés de sa propagation. Mais si des savants, livrés à l’étude spéciale des sciences naturelles, accoutumés à la rigueur des expériences et cà la sévérité des déductions ne parvenaient pas à saisir de tels phénomènes, assurément ce ne sont pas des médecins livrés à la pratique de leur art, et dépourvus des moyens de précision, qui pourraient y parvenir.

Le développement subit et simultané de l’épidémie dans tous les quartiers de la capitale est un événement tout-à-fait inexplicable. Je délie d’en proposer une raison plausible ; je délie encore de dire pourquoi depuis trois ou quatre jours la maladie a repris une intensité nouvelle. On pourra bien répondre que le temps est plus froid , })lus i humide, qu’on mange plus de fruits ; mais la preuve I que c’en est la cause? L’épidémie peut reparaître i dans trois mois avec^ine force nouvelle, vous n’au- I rez plus les mêmes raisons à donner.

Il existe, messieurs, dc5r hommes plus habiles que nous, hommes connus sous le nom de contagionistes. Ces personnes ont l’immense avantage de connaître les causes qui font que la maladie née dans l’Inde s’est lentement avancée vers le nord de l’Europe pour gagner l’Angleterre et la France ; et ces personnes sont parvenues à rendre leur opinion légale pour toute l’Europe, et même pour le monde civilisé

En el'iet, il y a quelques années, une loi fut rendue en France qui consacra la doctrine de la contagion, et prescrivit des mesures sanitaires sous les peines les plus sévères, même sous peine de mort. Et cette loi est en vigueur !

Dans cette doctrine, on explique comment l’épidémie est arrivée de l’Inde à Paris. Elle a été, dit-on, apportée par des voyageurs, par des caravanes, par des vaisseaux, ou des marchandises qui en contenaient le germe. Cette expression àe germe, messieurs, je ne remploie pas au hasard, c’est l’expression consacrée par la loi sanitaire ; et cette expression mérite d’être discutée, car c’est pour empêcher l’arrivée de ces êtres subtils, de ces moffettes insaisissables appelées germes que les moyens d’isolement, les lazarets, les cordons sanitaires, les quarantaines sont mis en usage.

D’abord^ je demanderai quds sont ces germes, et sur quoi leur existence est établie. C’est une chose curieuse que de voir des personnes raisonnables parler de ccs germes, comme si c’était des êtres avérés, des corps dont l’existence fût connue de tout le monde, et prouvée par des expériences sans réplique. Un certain M. Papon, qui écrivait au commencement de la révolution française l’histoire de la peste, et qui avait le désir louable d’empêcher que des malheurs semblables à l’épidémie de Marseille reparussent en Europe, a merveilleusement traité de ces germes; il va même

jusqu’à indiquer dans leurs moindres détails les moyens de les détruire. Dans sa vaste prévoyance, il ne se fait point faute de mesures sévères, car il ne trouve pas mauvais qu’une ville où il existe des germes soit cernée rigoureusement , et qu au besoin même elle soit détruite ainsi que ses habitants , afin d’anéantir avec eux les semences de

contagion.

Cet auteur, tant est grande sa conviction, n’a pas même la pensée de se demander si ces germes existent, s’ils peuvent adhérer aux marchandises, aux personnes. Il ne traite pas le moins du monde cette question, mais toujours des moyens de détruire les germes et d’empêcher leur propagation. Pourtant le développement des pestes par des germes contagieux serait un fait scientifique des plus curieux et permettant des preuves directes et expérimentales aussi bien que l’inoculation de la petite vérole, aussi bien^ï^ie la vaccine, aussi bien que la contagion de la siphilis.

Eh bien , messieurs, les auteurs du code sanitaire connaissaient aussi l’existence de ces germes des maladies contagieuses, ils en connaissaient même les diversités, car ils les ont rangées en cinq espèces : ceux de la peste d’orient, ceux du choléramorbus, ceux de la lèpre, ceux de la lièvre jaune et ceux du typhus. Sur ce nombre de maladies pourtant , il en est quatre dont la contagion est au moins douteuse ; mais les réglements sanitaires n’ont

point de doute : ils savent que ces germes sont coutagieux, qu’ils seront détruits si pendant quelque temps les marchandises restent exposées à l’air ou à des vapeurs de soufre ou de chlore, etc. , si elles sont trempées dans le vinaigre. Ces germes, selon la doctrine, peuvent rester long-temps cachés dans le sein delà laine, du cuir, du coton, etc., etc., et éclore au bout de six mois, un an, et même plus. Alors on dit que ces germes ont été couvés^ et qu’ils ont éclos après un certain temps à.'' incubation. Ainsj, voilà des germes de contagion, dont l’existence est connue, qui peuvent s’attacher à telle ou telle marchandise, caria nature delà marchandise n’est pas indifférente; les voilà qui peuvent être couvés, puis éclore et enfin développer des maladies. Si donc une maladie se développe long-temps après l’arrivée de certaines marchandises, on dit : les germes ont été couvés; si elles se développe à une époque rapprochée de l’arrivée, on dit : les germes i^nt pas eu besoin d’incubation, ils sont éclos de suite. Ne trouvez-vous pas, messieurs, qu’il y a dans cette doctrine beaucoup de métaphores et peu de faits, et qu’elle se prêterait admirablement à toutes les illusions d’un esprit prévenu, qui craindrait de recourir aux preuves directes, physiques?

Si j’étais appelé à donner à cet égard un avis scientifique, je dirais qu’il faut s’attacher à savoir si réellement ces germes existent, car personne ne connaît leurs caractères, personne même ne peut ap-

porter des preuves satisfaisantes de leur existence. Demandez à ces contagionistes des preuves de l’existence de ces germes, vous les verrez embarrassés, ou même ne pas répondre, car ils ne discutent pas volontiers. J’ai eu plusieurs fois occasion de remarquer leur mauvaise humeur dans les discussions, où je m’efforcais de les ramener sur le terrain du positif. Et il est des pays où le gouvernement ne vous voit pas d’un œil favorable, si vous n’êtes pas partisan de la doctrine de la contagion. (On rit).

On pourrait demander aux partisans des germes comment il se fait que le choléra a mis quinze ans à venir de l’Inde en Angleterre, et comment il n’a point infecté’ les pays intermédiaires ; comment il a passé de Hambourg à Sunderland sans attaquer la Hollande, comment de l’Angleterre il est venu à Paris sautant par-dessus tout le pays qui s’étend jusqu’à là côte ? Là assurément les communications ne manquent pasj La réponse est difficile.

Étant à Sunderland, je fis des recherches sur le prétendu vaisseau qui avait apporté le choléra de Hambourg : après tous les récits divers que j’entendis , il m’eût été impossible de résumer quelque chose de clair ; je ne trouvai pas deux personnes qui fussent d’accord. On prétendait d abord qu’il y avait des malades à bord , puis on s assura du contraire ; ensuite, le bâtiment n’avait pas fait quarantaine, c’était une*evreur; il en avait fait

une; puis du linge infecté avait été envoyé à une blanchisseuse, laquelle était morte du choléra, et cette blanchisseuse n’était pas morte, mais une vieille femme dans une maison voisine ; j’ai recueilli encore bien d’autres récits, qui bientôt se trouvaient démentis.

Quant à moi, messieurs, je vis parmi les cholériques depuis plusieurs mois, je suis en contact avec eux et le jour et la nuit, j’ai fait de ma main une centaine d’autopsie, j’ai passé des journées entières soit dans mes salles et à l’amphythéâtre , et je n’ai pas vu une seule circonstance qui puisse me faire soupçonner la contagion. J’ai vu des maladies contagieuses, etsi je remarquais dans le choléra quelque chose qui pût me donner des doutes sur la contagion, je n’hésiterais pas à le dire. La contagion est un phénomène naturel, qui s’observe journellement dansplusieurs maladies: pourquoi ne le proclamerais-je pas, si je l’avais remarqué. Je dis plus,, si la contagion existait il y aurait profit pour l’humanité, car il y aurait des moyens de s’en garantir, ainsi que cela se voit pour toutes les maladies contagieuses.

J’ai vu, en i8i5, à l’hospice de la Salpétrière et dans, d’autres lieux où étaient admis les soldats malades, la contagion du typhus; je ne l’ai pas vu transporter d’un endroit à l’autre, mais j’ai vu des élèves venir à l’hôpital une seule fois, et rentrer chez eux avec le typhus. Nombre de mes confrères

et des centaines d’étudiants en médecine périrent. La contagion était là bien évidente; mais il ne s’est heureusement passé rien de semblable pour le choléra, nous n’avons pas vu que personne l’ait contracté pour avoir eu des rapports avec des cholériques. Je ne prétends pas dire qu’on se préserve du choléra en soignant des cholériques, mais je défie de citer aucun fait de contagion bien réel. Au début de la maladie, quelques médecins, craign»3ut la contagion ou s’en croyant déjà frappés, se sont trouvés dans l’obligation de suspendre leur service : ils ont bien fait, car, effrayé ou malade, un médecin est moins propre à remplir ses graves fonctions, et plus apte à contracter la maladie. Un seul médecin de l’hôpital a été assez gravement indisposé; il s’est fait saigner et n’est pasen- I core rétabli, car le moindre danger de la saignée 1 est de prolonger la maladie; parmi les religieuses I deux ont été malades, une seule a succombé.

I Parmi les infirmiers, il y a eu quelques malades et peu de morts; quant aux étudiants en médecine, quelques-uns seulement ont succombé: cependant ils ont montré un zèle admirable. Moi-même, au moment où l’épidémie était la plus intense, j’ai vécu au milieu des cholériques, j’allais trois et quatre fois par jour et même la nuit à l’hôpital, et pourtant je n’ai rien éprouvé qui ressemblât à l’influence épidémique , si ce n’est quelques effets passagers et surtout des éblouis-

sements subits, avec un sentiment de faiblesse et d’insensibilité dans les jambes ; mais ces sensations désagréables passaient comme l’éclair et ne s’expliquent pas plus que la maladie.

On a cité comme preuve de contagion des époux tombés m alades successivement ; un tel fait ne prouve rien , car la cause , quelle qu’elle soit, qui fait succomber l’un existe aussi pour l’autre. On a cité des individus, demeurant dans la même maison , tombés malades les uns après les auties, des maisons entières vidées ainsi par l’effet du choléra. Ces laits ne prouvent pas la contagion, car la cause agit sur tous les habitants d’une maison, et l’on ne voit pas pourquoi tous ne tomberaient pas malades. D’ailleurs, je pourrais citer beaucoup de maisons où il n’y a eu qu’un seul malade : ainsi, dans la mienne une seule personne, femme de chambre, a été atteinte, et a succombé. Aucun autre habitant n’a été frappé.

Pourquoi certains individus sont-ils pris par l’épidémie à l’exclusion des autres? Cette question n’embarrasse pas les contagionistes ; il disent, pour être atteint par la contagion, il faut être dans une disposition particulière. Disposition particulière ! Demandez à ces messieurs l’explication de ces mots, vous attendrez long-temps la réponse. Ainsi telle personne aura le choléra, si elle est dans une disposition particulière , mais cette disposition dites -nous donc en quoi elle consiste! Ce n’est pas tout, outre

la disposition particulière de l’individu , on ajoute qu’il faut encore une disposition particulière de l’atmosphère , et cette seconde disposition est aussi obscure que la précédente. De pareilles phrases n’apprennent rien , et ne signifient autre chose, pour toutespritamidela vérité, sinon que nous ignorons complètement comment se propage et se perpétue le choléra. C’est là le fait de toute doctrine, de tout système. Examinez de près; serrez votre argumentation , et vous trouverez au fond : ignorance. Quiconque invente ou adopte une doctrine avoue , bien à son insu sans doute, qu’il ne sait pas, car le véritable sens de doctrine, c’est ne pas savoir.

A Sunderland, le choléra a surtout exercé ses ravages dans plusieurs rues étroites qui longent la rivière, peuplées par un nombre considérable de malheureux dans une profonde misère. Pour expliquer cela , plusieurs médecins contagionistes disaient qu’il y avait là une disposition particulière de l’atmosphère, mais cette disposition ils ne pouvaient la définir. Moi je notais le fait, et je disais que j’en ignorais la raison ou les raisons. Ce que nous disions les uns et les autres n’avait-il pas la même valeur?

Ainsi, on ne connaît pas les causes de propagation de cette maladie. L’influence des rivières s’est fait sentir en beaucoup de pays, mais cette influence n’a pas été générale ; il en est de même des remar-

qucs relatives à la nature du sol. Aujourd’hui cha- • €un devient plus réservé sur tout ce qui se rap- , porte au choléra ; je le remarque même dans une instruction récente de l’Académie de Médecine. ' ]\’est-ce pas là , messieurs, un progrès, un véri- • table et important progrès; car dès qu’un homme reconnaît ne rien savoir , qu’il abandonne ses doctrines, il s’occupera peut-être de faire des recherches, et, s’il a du génie et l’esprit d’investigation, il pourra agrandir tout-à-coup le champ de la science par quelque importante découverte , tandis que s’il croit savoir, ou , ce qui revient au même, s’il a adopté une doctrine, il demeure paisible dans son ignorance , et la science n’a rien à espérer de ■ lui. i

Toutefois, la doctrine de la contagion règne sur ' presque tous les points du globe, mais particuliè- . rement en Europe , où elle produit les plus fâcheux résultats, en mettant des obstacles les plus dispendieux aux relations commerciales, en augmentant, sans motifs que la raison puisse avouer, les dépenses des gouvernements. Dans notre pays elle a été sanctionnée par une loi du 3 mars 1 822. Il existe un code sanitaire aussi sévère que le code criminel. , Par exemple, un soldat en faction pour mesure sanitaire, enfreint-il sa consigne, il est puni de mort; tout individu qui franchit et viole le cordon sanitaire est puni de mort. Et s’il était vrai, messieurs, que toute cette doctrine de la contagion est fondée sur

l’ignorance, la loi qui la sanctionne serait-elle exécutable? Non, sans doute, elle serait frappée de réprobation. Rappelez-vous ce qui s’est passé en Europe à l’occasion des mesures sanitaires, rappelez-vous les massacres de Saint-Pétersbourg, de Hongrie, etc., et vous reconnaîtrez qu’une telle législatiçn a été cent fois plus nuisible que favorable.

Cette vérité a sans doute été sentie par notre gouvernement, car je dirai hautement a sa louange qu’il n'a presque point été question de la loi sanitaire , dont il aurait été si facile d’abuser. Sous ce rapport, c’est un bonheur po.ur la Franec que l’épidémie ait débuté par frapper la capitale. Sans cela l’administration aurait été forcée de prendre des mesures pour, tranquilliser les esprits, et ces mesures auraient pu devenir désastreuses.

Alors même que î’existence des germes serait constatée , que la contagion serait démontrée , je dirais encore que les mesures sanitaires sont sans objet Quelque nombreuses, quelque vigoureuses que soient ces mesures, passez les lettres au vinai- I gre, empêchez l’arrivée des navires, établissez des I cordons, vous ne pourrez pas faire si bien que rien I ne -passe. J’en pourrais citer un exemple remar- I quable. . . "

Avant que le choléra eût éclaté à Paris, il existait I un conseil supérieur de santé chargé de proposer I des mesures pour prévenir son invasion ; déjà l’on ' observait à la frontière du nord un , certain nombre

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