VI' LEÇON
la Faculté des Sciences, conjointement avec M. Leroy d’Étiole, qui avait recueilli l’air à l’Hotel-Dieu. Vçus rappelez d’abord que ces messieurs n’avaient pas trouvé d’altération.
Je vous avais dit que pour plusieurs raisons je conservais des doutes à cet égard. Aujourd’hui ces messieurs ont répété la même expérience avec plus ! de soin et de manière à ne point laisser d’incertitude sur le résultat. Un gardien de l’Hôtel-Dieu a été frappé d’un choléra grave qui a produit la mort en vingt-six heures ; l’air expiré par ce malade a été recueilli à deux époques différentes ; d’abord six heures après l’invasion durant le froid le pluS' grand, et cela au moyen d’un tube dans lequel le malade soufflait,|et qui se rendait sous une cloche pleinei d’eau. Ce procédé a l’inconvénient de dissoudre une-i certaine quantité d’acide carbonique; une cloche' remplie de mercure eût été préférable; cependant cet air a donné deux et demi d’acide carbonique, quantité que je rapproche de celle de l’état sain; on en recueillit de nouveau par le même moyen quinze ou dix-huit heures après l’invasion, lorsqu’une apparence de réaction s’était montrée. On a trouvé de nouveau deux et demi d’acide carbonique ; mais cette fois la bouteille était plus grande, et, pour l’emplir, le malade a dû souffler plus longtemps, et l’air a dû sortir des dernières parties des poumons. Ainsi voilà deux expériences qui établissent d’une manière positive que la respiration des
' cholériques ne diffère pas autant qu’on l’aurait I pensé de celle de l’homme en santé.
M. Perseau, préparateur de chimie au collège
(de France, vient de faire les mêmes expériences avec des résultats semblables, c’est-à-dire que l’air |: expiré par les cholériques se rapproche de celui ' d’une personne bien portante, au moins quant à l’acide carbonique.
) Voilà des faits bien extraordinaires, et qui semblent entièrement opposés à toutes les connaissauces chimiques et physiques qui se rattachent à 4 la respiration. Tout ce que nous savons sur lapro- I duction de la chaleur et la coloration du sang dans i|l les poumons est complètement modifié.
< Vous vous rappelez que dans la séance dernière nous nous sommes occupés du sang cholérique dui rant la période algide, et nous avons vu qu’il diffère al du sang ordinaire en plusieurs rapports remarqua- >Ii blés; d’abord la quantité : tout annonce qu’elle est 0: considérablement diminuée. Après la mort, il est lil difficile d’en recueillir plus de huit ou dix onces sur ai un cadavre, quelquefois je n’ai pu en obtenir que ni moins de six onces ; ce fait s’explique par les évali cuations abondantes qui ont leur source dans la 1 masse du liquide sanguin. Aussi en général plus les évacuations sont copieuses et prolongées, et plus le choléra est fatal. Vient ensuite sa couleur plus foncée, qui le fait paraître noir. C’est à la stagnation du sang ainsi coloré qu’est due la teinte
bleue et livide des choloriques. Si le sang conservait sa teinte ordinaire, sa stagnation ne produirait pas la couleur bleue des membres et du visage. 11 offre encore ce phénomène, que celui des artères est en apparence le même que celui des veines, phénomène bien inexplicable d’après les connaissances physiologiques actuelles. Comment comprendre en effet que, la respiration continuant, la transformation du sang veineux en sang artériel, écarlate, vermeil, ne se fasse pas? Je ne sache pasqu’aucun chimiste ait tenté d’en donner une explication.
Sept malades me sont arrivés hier à l’Hôtel-Dieu comme cholériques ; quatre avaient seulement la cholérine ; trois étaient atteints d’un choléra prononcé, bleu, froid. L’un de ces trois, une femme, était frappée d’un choléra si intense qu’elle est morte ce matin. Pour avoir la conscience en repos, je voulus tenter quelque médicament, savoir si je n’obtiendrais pas quelque avantage par le camphre. Cette substance n’est pas vénéneuse, mais elle agit assez fortement sur le système nerveux. Sachant par expérience qu’en boisson ou en lavement il serait sans effet, je voulus l’injecter dans le système veineux; au moment d’ouvrir la veine, je m’aperçus que l’artère brachiale contenait du san-g. J’y fis une légère piqûre et j’obtins une petite quantité de sang; il n’était pas aussi foncé que d’ordinaire, et rappelait un peu la couleur artérielle ; en
contact avec l’air il rougit visiblement. Il faut donc qu’il y ait quelque chose de particulier qui empêche le sang de rougir dans les poumons, puisqu’il rougit dans une fiole dès qu’il est en contact avec l’air.
Je tentai sur cette femme une injection de camphre. Je poussai dans ses veines environ six onces de dissolution aqueuse et alcoolique de camphre. La circulation est demeurée la même, et je n’ai pas aperçu de traces de l’influence du camphre sur le système nerveux. Ce résultat est digne de remarque, car sur une- personne en santé un lavement contenant au - delà de quelques grains de camphre^ produit des effets surprenants. J’ai vu un médecin qui en éprouvait un sentiment de légèreté extraordinaire : il lui semblait qu’il allait s’élancer dans l’espace. Noiis n’avons remarqué sur cette femme aucune action de la part du camphre, seulement nous en avons reconnu l’odeur dans l’air expiré. Je regarde la perte de cette malade comme certaine. Nous verrons à l’autopsie si cette odeur se retrouvera dans les vaisseaux du cerveau, ce qui nous fera connaître si la circulation cérébrale avait lieu. Comme nous avons senti les battements de l’artère brachiale , il est à croire que la circulation se faisait dans le cerveau.
Nous vous avons exposé diverses atérations du sang chez les cholériques. Nous avons dit que le sérum se perdant parles évacuations, il n’en restait
que fort peu dans ce sang; qu’il contenait fort peu de fibrine, la quatorzième partie environ de ce qu’il contient dans l’état sain. La diminution de la fibrine tient-elle à la sécrétion du mucus sur la surface intestinale? Cela se pourrait, car plusieurs chimistes considèrent le mucus comme de la fibriiiej et ces deux principes immédiats ont en effet la plus grande analogie. Nous avons dit aussi qu’il offre une quantité considérable de matière colorante. Cela doit tenir à ce que les évacuations des cholériques n’en contiennent pas , si ce n’est dans quelques cas où elles prennent l’apparence de lavures de chair ; mais alors le sang contient cette matière colorante en moindre abondance. Mais pour avoir sur des questions de cette nature des données positives, il faudrait faire des expériences par centaines. Il aurait été à^désirer que tous les chimistes de l’Europe en fissent l’objet de leurs recherches pendant la durée de l’épidémie. Presque tout est encore à faire sur cette question grave, mais difficile.
Je vous ai dit que d’après ces notions sur la nature du sang cholérique. J’avais essayé de rétablir l’équilibre dans sa composition, en y injectant une certaine quantité de sérum artificiel.
Un homme, un animal peut vivre avec une fort petite proportion de fibrine dans le sang. Nous avons fait à ce sujet beaucoup d’expériences sur les animaux. Ils peuvent vivre avec une quantité dix fois
moindre que celle que le sang contient d’ordinaire.
D’après cela, nous avons pensé qu’il n’y aurait pas de graves inconvénients [à introduire dans le sang cholérique une certaine quantité de sérum artificiel dans la circulation. Nous en avons fait l’expérience, et nous devons dire que nous n’avons sauvé aucun malade par ce moyen. Nous l’avons employé deux fois sur une femme expirante qui a repris quelque force, prononcé quelques paroles, dont les yeux ont offert quelque brillant, verse même quelques larmes, mais qui n’en est pas moins morte dans la journée, bien qu’elle eût reçu un litre de sérum factice dans son système circulatoire.
Tels sont, je crois, les faits, que nous avons étu-
>i diés dans la séance dernière. Nous allons ajouter ü, quelques mots sur la composition du sang, puis 0' nous passerons à l’étude de quelques autres phénou mènes de la vie aussi modifiés par l’état choléi)i rique algide.
Le fait de l’existence du sang noir dans les art:: tères est de la plus grande importance, comme déjà 01 nous l'avons dit. Toutes les idées physiologiques sur ' I la coloration du sang doivent être modifiées; Tarti- >' de de Bicbat dans son Traité de La Vie et de La Mort i sur l’influence du sang noir est à refaire. D’après M • Bicbat, il semblerait que toutes les fois que le sang veineux touche un organe, celui-ci cesse ses fonctions, parce qu’il ne reçoit plus de sang artériel. Legallois, dans ses expériences sur la vie. Ta dé-
finie, le contact du sang artériel sur la moelle épinière. Dans ces hypothèses physiologiques , le contact du sang artériel avec les organes a toujours été regardé comme indispensable à la vie. Cependant le choléra nous offre par centaines des malades chez lesquels le sang des artères est resté noir pendant huit jours, sans que la mort en ait été constamment la conséquence.
Il est vrai que Ton ne peut pas établir d’une manière bien positive que le sang noir des artères chez les cholériques soit identique au sang des veines ; mais c’est toujours un fait singulier que l’existence du sang noir dans les artères et les tissus, sans cessation des fonctions vitales. Cela est en contradiction avec toutes les expériences physiologiques. Bichat, dans le traité que je viens de citer , rapporte une expérience dans l’intention de montrer la nuisible influence du sang noir en contact avec le cerveau. Il faisait une transfusion de sang veineux dans l’artère carotide, et il remarquait qu’aussitôt il y avait trouble dans les fonctions cérébrales, et que les animaux périssaient bientôt. Il y aurait une objection à faire à cette expérience ; il se pourrait que la mort fût déterminée par quelque cause physique, comme la coagulation du sang. En tous cas, nous ne pouvons plus admettre l’hypothèse de Bichat, car le sang noir des cholériques circule sans causer une mort immédiate. Chez les animaux, nous avons injecté du sang de cho-
lérique ; ils ont vécu quelque temps, et si la mort I s’en est suivie, ce n’est pasparce que ce sang a été en U contact avec les vaisseaux, mais bien parce qu’il ne t pouvait pas entretenir la vie d’organes sains. Ilfau- -I dra bien que quelque jour on trouve la raison qui il fait que chez les cholériques le sang noir peut péà nétrer les organes et entretenir les fonctions, alors ri que dans l’état sain ce sang aurait des effets si fun nestes. Il y a une maladie, cependant, qui, sous le {il rapport de la coloration du sang, se rapproche du d choléra; c’est l’apoplexie avec forte compression fl du cerveau. Toutes les fois qu’il y a compression i au cerveau, soit par suite de maladie, soit par un moyen artificiel sur les animaux, la respiration (j continuant, le sang des artères est noir ; il n’y a pas d transformation du sang veineux en sang artériel dans 9j les poumons. Je ne manque jamais de monfrer ce f|| fait dans ma clinique, et plusieurs fois je l’ai produit IB sur les animaux. J’ai vu des apoplectiques vivre ^>1 assez long-temps avec un sang noir dans les artères, j Quelle analogie y a-t-il entre le défaut de colorai| tion du sang chez les apoplectiques et ce même état I chez les cholériques? C’est ce que je ne puis dire, car je l’ignore.
J’arrive au dernier fait relatif au sang cholérique :
' l’examen microscopique ; tous ceux qui l’ont examiné y ont trouvé une altération, quoique légère. M. Hermann , dans un travail sur le sang, dit qu’il lui a paru être modifié dans ses globules;
il alTirme qu’ils sont déchirés à leur surface, qu’ils ne conservent pas leur forme accoutumée. A Berlin, on a constaté la même altération dans une partie des globules. Ce matin j’ai fait quelques observations à ce sujet, dans la vue de ne vous rien dire que je ne pusse affirmer. Je me suis servi du sang de cette femme dont je vous ai parlé plus haut; nous avons trouvé que les globules différaient visiblement de l’état de santé; à l’état de santé, les globules sont ronds, terminés par un cercle trèsobscur, avec un petit point noir dans le centre, qui est, suivant les uns, une portion de fibrine, et, suivant les autres, une apparence de lumière. Toutefois, dans le sang cholérique, nous avons reconnu que les globules étaient altérés, que la forme circulaire n’était pas régulière, que le noyau opaque du centre ne se montrait pas dans la plupart, et que la surface de ces globules était fanée, ridée, à peu près comme la surface d’une pomme déjà vieille; car c’est la comparaison qui nous est venue à l’esprit. J’ai fait ces observations avec M. Chevalier, fort exercé à ces expériences délicates. Je me suis servi d’un excellent microscope d’Amici.
J’ai fait porter ici l’instrument afin que chacun de vous puisse vérifier cette altération.
Je vais à présent passer à l’exposé d’autres altérations qu’on observe dans les fonctions. Nous irons beaucoup plus rapidement que nous n’avons fait jusqu’ici, car nous n’aurons à vous parler que des
phénomènes pathologiques, et tout le monde les a
vus, ou peut les voir en visitant les hôpitaux qui
malheureusement renferment encore des choie-
riques.
L’une des fonctions importantes, dont le médecin peut tirer parti, V absorption pulmonaire, persiste chez les cholériques. Ce fait est remarquable, et c’est la raison pour laquelle on peut obtenir quelques résultats de la respiration de certains gaz. J’entends dire qu’on tire avantage de la respiration du gaz protoxide d’azote. Je le vérifierai à mon hôpital. On avait essayé la respiration de l’oxigène et du chlore ; mais elle n’a point eu de succès constants, et est, je crois, abandonnée.
Un phénomène que tout le monde a remarqué chez les cholériques, c’est l’alteration de la voix. Si je vous en parle , c’est pour vous faire connaître qu’il ne tient pas à une modification physique du larynx. Dans nombre de cas j’ai examiné cet organe, sans y avoir trouvé aucune* altération , non plus que dans la trachée artère et les bronches. Ce changement de la voix, qui peut aller jusqu’à l’aphonie, ne tient pas à une inflammation, ni à la présence d’une mucosité, mais à ce que les muscles du larynx <1 font mal leurs fonctions. C’est un phénomène qui ^ mérite la plus grande attention, car il éclaire le pronostic. En général , la maladie est d’autant plus grave que la voix est plus altérée ; quelquefois cette altération est fort légère, mais elle n’en est pas moins
im caractère essentiel du choléra. Chaque fois! qu’on me présente un individu comme cholérique, I je le fais parler et je me forme aussitôt une opinion sur la gravité de son état.
Celte paralysie du larynx, au reste, n’est pas par-ticulière au choléra, elle s’observe dans d’autresi maladies.
Les sens chez les cholériques sont généralement i peu affaiblis. Cependant quand la cornée se trouble, la vue diminue. Quant à l’ouïe, j’ai vu ce senss se soutenir jusqu’aux derniers moments de l’exis-tence. Je ne puis dire exactement si le goût n’estt pas altéré, mais au moins il est certain que lesmalades ont la sensation des boissons, que même" ils les choisissent, quelquefois même n’enyeulentt prendre qu’une et repoussent toutes les autres;; quelques-uns sont indifférents au genre deboisson, , mais non à sa température, et ne les acceptent que ; froides ou que chaudes.
Je ne puis rien dire de l’odorat, car je n’ai fait: aucune expérience à son égard. On conçoit que le ■ tact doit être altéré, puisque la circulation est fort : ralentie, et que le sang est en stagnation. Cependant j’ai vu des malades sentir vivement la température à laquelle on les exposait. En Angleterre, j’en ai vu se plaindre de l’excès de chaleur des foyers de charbon de terre devant lesquels ils étaient exposés.
Il est vrai de dire que lorsque la maladie est très-
vancée, la sensibilité générale de la peau est beaucoup diminuée; par exemple, dans les incisions [ue j’ai faites sur les cholériques, soit pour ouvrir es artères, soit pour faire des injections, etc., ’ai plusieurs fois divisé la peau sans qu’ils s’en iiperçussent : cette membrane était insensible tiomme celle des cadavres; c’est ce que j ai fait ce atin à la.femme dont je vous parlais, tout en cauant avec elle, j’ai incisé la peau sans qu’elle l’ait enti ; cependant rien n’avait indiqué qu’il y eût liez elle diminution dans la sensibilité générale.
Les sensations internes chez les cholériques sont lort dignes de remarque. Elles occupent beaucoup le alade dès les premiers débuts de la maladie ; il n’est las de cholérique qui n’ait éprouvé au début un certain malaise, un sentiment d’oppression , de lé(* jères coliques. Plusieurs ont ressenti un anéantislement,' présage d’une mort certaine. Durant l’ac- |;ès, les sensations internes sont très-développées, loit dans les muscles contractés, soit vers la région du cœur et des poumons. L’oppression jointe à une )>rdeur brûlante vers l’estomac se rencontre chez (a plupart des cholériques.
1 II y a beaucoup d’autres phénomènes moins gé- Bîéraux ; ainsi il y a différents genres de douleurs locales, quelquefois une douleur dans un œil, d’au- [res fois dans un côté de la tête, souvent dans les bciiis. Il y a une foule de nuances de sensations i nternes qui] s’observent chez les cholériques, et
cenients pour recevoir des douches, pour lui apuliquerdes sinapismes, des vésicatoires, ou de le tourner sur le dos pour lui faire des frictions sur 1 epine dorsale. Tous ces mouvements sont nuisibles, parce qu’ils nécessitent des efforts de la^circulation, et c’est justement là ce qui manque chez les cholériques et qu’il fautexciter, loin d’employer les moyens qui peuvent con sommer une plus grande quantité de la force des mouvements du cœur. Aussi a-t-on vu des cholériques qui, mis sur leur séant pour être examinés par les médecins, sont morts à l’instant même. Cela s’explique par la nécessité d’un effort plus grand du cœur, puisque le sang doit pour une grande partie de sa masse aller contre son propre poids. Vous voyez qu’il y a là des indicatio'ns directes pour le traitement.
L’un des phénomènes pathologiques les plus remarquables sont les contractions spasmodiques avec crampes douloureuses dans lesquelles les troncs et les membres présentent des contorsions effrayantes, et dont la persistance est telle, qu’elles se voient encore après la mort. Mais ces spasmes violents dans lesquels les malades sont roulés sur eux-mêmes ont été rares ici. Dans l’Inde, ils sont si fréquents, qu’ils ont caractérisé la maladie sous le nom de choléra spasmodique. Cependant nous les avons observés plusieurs fois, et toujours la terminaison a été funeste.
Un autre phénomène cholérique, qui se rattache
üt à la contention volontaire, c’est la paralysie d’un :i' nombre plus ou moins considérable de muscles ; I tantôt ceux de la déglutition, très-souvent ceux de la voix, d'autres fois une moitié du corps ou simpJemenl un membre ont été paralysés au point de : nous faire soupçonner une hémorrhagie cérébrale,
) et cependant à l’autopsie nous n’en trouvions pas f la moindre trace.
^ INous signalerons enfin comme troisième modifi- , , cation importante que le choléra apporte dans les i| mouvements une adynamie telle, que'*les patients i peuvent à peine écarter leurs paupières, ouvrir la L' bouche, et que tout autre mouvement leur paraît )- au-dessus de toute leur puissance musculaire.
X Je dirai quelques mots des fonctions des organes I de la génération. C’est un fait bien général que les 1 fonctions génératrices, et tout ce qui .tient au rap- «prochement des sexes, est singulièrement affaibli,
> non pas seulement chez les cholériques, mais chez tous les individus durant l’existence de l’épidémie >cholérique. C’est une . observation faite dans le imonde et de toutes parts. Il est certain que l’appétence vénérienne a été singulièrement diminuée par effet de l’épidémie. Ces jours-ci, je causais avec un homme très-fort, qui se vantait de n’avoir nen éprouvé de l’épidémie, d’être resté fidèle à outes ses habitudes, ayant bu et mangé comme à ordinaire. Je lui pi dit à l’oreille : Mais vos fonc- ' ‘ons génératrices se sont-elles exécutées de la
cements pour recevoir des douches, pour lui appliquerdes sinapismes, des vésicatoires, ou de le tourner sur le dos pour lui faire des frictions sur l’épine dorsale. Tous ees mouvements sont nuisibles, parce qu’ils nécessitent des efforts de la^circulation, et c’est justement là ce qui manque chez les cholériques et qu’il fautexciter, loin d’employer les moyens qui peuvent con sommer une plus grande quantité de la force des mouvements du cœur. Aussi a-t-on vu des cholériques qui, mis sur leur séant pour être examinés par les médecins, sont morts à l’instant même. Cela s’explique par la nécessité d’un effort plus grand du cœur, puisque le sang doit pour une grande partie de sa masse aller contre son propre poids. Vous voyez qu’il y a là des indicatio'ns directes pour le traitement.
L’un des phénomènes pathologiques les plus remarquables sont les contractions spasmodiques avec crampes douloureuses dans lesquelles les troncs et les membres présentent des contorsions effrayantes, et dont la persistance est telle, qu’elles se voient encore après la mort. Mais ces spasmes violents dans lesquels les malades sont roulés sur eux-mêmes ont été rares ici. Dans l’Inde, ils sont si fréquents, qu’ils ont caractérisé la maladie sous le nom de choléra spasmodique. Cependant nous les avons observés plusieurs fois, et toujours la terminaison a été funeste.
Un autre phénomène cholérique, qui se rattache
là la contention volontaire, c’est la paralysie d’un (nombre plus ou moins considérable de muscles : tantôt ceux de la déglutition, très-souvent ceux de jla voix, d’autres fois une moitié du corps ou sim- :plemeiil un membre ont été paralysés au point de ijnous faire soupçonner une hémorrhagie cérébrale, jet cependant à l’autopsie nous n’en trouvions pas (lia moindre trace.
!\ INous signalerons enfin comme troisième modifilication importante que le choléra apporte dans les '^mouvements une adynamie telle, que'*les patient» tJpcuvent à peine écarter leurs paupières, ouvrir la :jbouehc, et que tout autre mouvement leur paraît -au-dessus de toute leur puissance musculaire.
Je dirai quelques mots des fonctions des organes de la génération. C’est un fait bien général que les ifonctions génératrices, et tout ce qui tient au rapiprochement des sexes, est singulièrement affaibli, mon pas seulement chez les cholériques, mais chez itous les individus durant l’existence de l’épidémie (Cholérique. C’est une observation faite dans le imonde et de toutes parts. Il est certain que l’appéitence vénérienne a été .singulièrement diminuée ipar 1 effet de l’épidémie. Ces jours-ci, je causais .avec un homme très-fort, qui se vanta;*it de n’avoir rien éprouvé de l’épidémie, d’clre resté fidèle à toutes ses habitudes, ayant bu et mangé comme à 1 ordinaire. Je lui ai dit à l’oreille : Mais vos fonctions génératrices se sont-elles exécutées de la
>1* LBçoir. J 3
même manière? Il a été obligé de convenir qu’il y avait eu suspension totale.
Un fait plus sérieux que celui-là, c’est ce qui arrive aux femmes enceintes; dans notre service nous en avons eu cinq à six; ou elles ont avorté, si elles n’étaient pas à terme, ou elles ont accouché d’enfants morts , quoique souvent elles-mêmes n’aient pas succombé à l’affection cholérique. Il paraît que l’influence cholérique se fait sentir jusque sur l’enfant ; cela se conçoit, puisque la vie de l’enfant ne peut s’entretenir qu’aux dépens de la circulation de la mère ; il faut même que le cœur de la mère fasse des efforts plus considérables pour pousser le sang dans l’utérus, pour le mettre en rapport avec la surface du placenta. II n’est donc pas extraordinaire que l’enfant ne trouve ras assez de ce liquide, ou: trouve un liquide altéré qui ne peut plus suffire à sa nutrition. Il est possible que ces deux causes concourent à faire cesser la vie du fœtus. Dans les cinq faits que nous avons observés, le fœtus a péri, soit pendant la grossesse par un av^tement, soit à l’époque naturelle de raccouchement.
Voilà un aperçu très-rapide sur l’ensemble des fonctions des cholériques; nous n’en voulions dire que deux mots, parce qu’il n’y a là aucune application que nous n’ayons déjà faite, et que chacun de vous a pu répéter en voyant des cholériques.
INous arrivons maintenant à l’étude des phénomènes qui succèdent au froid, à ce que les auteurs
J ont appelé la réaction, bien que ce terme ne soit pas > très-satisfaisant, puisque ce qui s’appelle réaction 1 dans beaucoup de circonstances, devrait être noin-
: iné dépression. . <*
I L’état algide du cholérique se termine, ou bien !i par la mort, ou bien par une série d autres états que
je vais vous énumérer, et dont je vous parlerai en
II particulier si le temps me le petmet.
[ La terminaison par la mort est inévitable dans I un certain mombre de cas du choléra ; il est impos- I sible de supposer que la mort ne soit le partage d’une certaine portion des cholériques cyanosés.
: Suivez le nombre des morts causées par l’épidémie depuis l’Inde jusqu’à Paris, et vous verrez que par- . tout il y a eu une grande proportion de morts dans l’état algide. Une chose remarquable, dont les médecins de l’Inde ont parlé, c’est que la mort arrive I dans ce pays dans la période de froid ; tandis qu’en ! Europe la plus grande partie de la mortalité s’est opérée pendant la période de la réaction.
Quoi qu’il en soit, quand la mort termine la scène du cholém froid, elle n’ajoute rien aux différents phénomènes qui se présentent : tout ce que nous avons décrit sur les cholériques persiste; la mort I survient souvent au milieu d’une phrase, de la déglutition d’une boisson > l’individu finit brusquement sans que rien semble l’annoncér. On observe cependant que dans le moment qui précède la mort, la respiration des cholériques devient plus rapide ;
c’est un signe très-fâcheux que l’accélération de la respiration ; quand de vingt-quatre elle arrive à trente-six , trente-huit par minute, la mort est prochaine. Il est présumable que la gêne plus grande, la sensation plus pénible, que ressent le malade, le porte à faire des mouvements plus rapides de respiration.
D'après ce que nous avons dit de l’état algide, nous n’avons'pas à parler des altérations pathologiques qu’on trouve dans les cadavres. Nous avons parlé de toutes les dispositions qui se rencontraient; nous n’avons presque rien à ajouter relativement aux altérations pathologiques qu’on peut trouver dans les cadavres des individus morts dans la période du froid. Vous savez ce qui arrive au canal intestinal, aux poumons, à la vessie pour l’absence de l’urine; ce sont-lâ les seuls points où l’on pourrait chercher quelque chose de pathologique relativement au choléra. Dans tous les autres organes, dans les systèmes nerveux , cérébral , rachydien , ganglionaire , on ne trouve aucune altération pathologique; il y a comme partout un p%u de sang noir dans le système veineux, quelquefois un peu de sang noir dans les artères, mais rien d’autre.
J’ai omis cependant de vous parler de la rate, qui offre une petitesse insolite. Cela dépend sans doute 1® du moindre volume du sang; 2® de la faiblesse de l’impulsion du cœur. Dans mes expériences sur les animaux , je fais varier à volonté les di-
lit
mensions de la rate en variant le volume du sang.
Nous avons fait beaucoup d’ouvertures de cadavres, nous avons examiné avec la plus sérieuse attention le cerveau et la moelle épinière, nous n’avons trouvé aucune altération. Le fluide céphalo-spinal avait sès quantités physiques ordinaires, quelquefois cependant, il a offert une teinte rougeâtre , qui tenait à ce qu’une fraction de la matière colorante du sang s’y était dissoute'; d’ailleurs il était limpide. ( .
Il n’en est pas'de même, comme vous le verrez, dans la période de réaction ; nous vous citerons des cas où la quantité de fluide cérébro-spinal est augmentée au-point de modifier le cerveau. Quant au cerveau lui-même, nous n’avons pas' trouvé do congestion dans la période du froid, nous avons vu rarement du sang dans les artères; dans la période de réaction on trouve une autre modification.
Quant au système ganglionaire, il est bien difficile de concevoir comment des personnes de mérite, des anatomistes distingués, ont pu parler d’altérations de ce système. Partout où l’on a examiné et disséqué le'grand-symp'athique, on a été frappé de son intégrité parfaite. Les nerfs qui en partent étaient également dans l’état le plus sain. Cependant, il faut l’avouer, d’après les fonctions attribuées au grand-sympathique par les physiologistes à conjectures, c’est une idée qui arrive tout naturellement à l’esprit, que cet organe pourrait être le
siège de la maladie. Si ce nerf préside à la nutrition, à riiématose , aux sécrétions , il doit être le système organique où le mal sévit avec le plus d’intensité. Aussi , M. Pinel fils avait- il appelé le choléra tri-splanchnie. Ce jeune médecin, en allant en Pologne, avait présumé que le siège de la maladie devait être dans le grand-sympathique; il se fondait sur l’altération de couleur des sécrétions abdominales et sur les changements qu’éprouve le sang ; mais, d’abord il faut dire à cette occasion que l’on n’est pas aussi instruit survies fonctions du grand-sympathique que l’on pourrait le penser. Il n’y a pas d’expérience directe qui montre l’influence du grand-sympathique suivies différentes fonctions. Quelques recherches ont été commencées sur cette question intéressante ; le gnmd-sympathique , diton, modifie les battements du cœur^ mais rien n’est moins certain ; il accompagne les artères sur les capillaires, mais il y a loin de ce fait anatomique, en le supposant exact, à la preuve expérimentale physiologique que le grand- sympathique influe sur la circulation dans les petits vaisseaux. Il envoie des filaments dans les intestins, et là-dessus on fait des suppositions; mais supposer h’est pas prouver, il n’y a pas d’expérience directe qui prouve que le grand-sympathique préside aux sécrétions intestinales: la chose est probable, je le veux, mais enfin il n’y a pas de preuves directes; au contraire, toutes les expériences faites sur les ganglions et
le grand -sympathique ont toujours ‘eu des résultats négatifs. Il y a quelques années ] étais trèsdésireux de savoir si l’on ne pourrait pas trouver
quelque chose sur le grand-sympathique. Eh bien, toutes les expériences que j’ai faites à cet égard ont été des expériences négatives. J’ai enlevé des ganglions du cou sur des animaux, sur des chiens, des chevaux, et je n’ai vu aucune fonction dérangée. J’ai enlevé des ganglions thoraciques sur des chevaux, je n’ai pas observé que les mouvements du cœur en fussent ralentis. C’est une expérience très-laborieuse et très-pénible que d’arracher des ganglions à la poitrine d’un cheval; l’animal en souffre beaucoup ; il en résulte des inflammations, des suppurations qui le font périr. Immédiatement après l’expérience, les 'battements du cœur pe*rsistent et même augmentent d’activité et d’énergie. Ainsila contraction du cœur ne dépend pas directement du grand- sympathique. On ne peut même pas supposer, d’après les expériences , que le grand-sympatique dirige et gouverne les contractions du cœur; surtout on ne peut pas supposer que le grand-sympathique possède la propriété exclusive de faire contracter le cœur. Ainsi dans des hypothèses on peut attribuer au grand-sympathique des fonctions relatives à lî^irculation du sang , mais on ne peut pas en conclure rigoureusement que le grandsympathique est l’agent principal des contractions du cœur. Plus tard, 'quand on connaîtra les fonc-
tîons de ce nerf, il est possible qu’on arrive à quelques données à cet égard ; aujourd’hui nous ne savons rien ou presque rien sur les fonctions du grand-sympathique ; comment alors y placer le siège de la maladie épidémique que nous étudions ?
Voilà ce que j’avais à dire sur les altérations générales de l’économie. Vous voyez, qu’excepté ce ’j que nous avons signalé à l’occasion du canal intes- ,t final et de la stagnation du sang dans le système j veineux, on ne trouve dans aucun autre organe des *, traces d’altération pathologique. Le système ner- ‘l veux, particulièrement frappé dans le choléra, ne i nous offre aucune trace de lésion, ni dans le fluide ’l qui l’enveloppe, ni dans ses vaisseaux, ni dans sa I contexjfure; sous aucun rapport, consistance, cou- j leur, apparence générale, rien ne peut mettre sur "ïï la voie du siège d^ la' maladie. " , j
Maintenant j’ai l’intention de vous parler des phé- .1 nomènes qui succèdent au froid, de la réaction dans ' ^ les individus qui ont le bonheur d’échapper à la terminaison algide. Je distinguerai un certain nombre de ces modifications. Je vous parlerai de. la réaction la plus avantageuse, celle qui s’accompagne de sueurs, quelquefois à un degré très-fort et au point de nécessiter l’emploi des, saignées; d’un second genre de réaction, dans lequel il y a faible^e avec retour alternatif de froid et de chaud, réaction incomplète.
Je vous parlerai ensuite d’une autre période, qui nous a singulièrement frappés durant le traitement
' de l’épidémie, celle que nous avons appelée période •
! typhoïde, qui cependant n’estpas un typhus, comme
1 nous l’avions cru d’abord. Nous avions pensé en effet 1 que nous allions avoir affaire en meme temps à deux épidémies; heureusementnous avons aujourd’hui la 1 preuve que l’état qui succèdeau froid, etquiressemble i au typhus, en est pourtant très-différenUNous avons j cependantcontinuéà l’appeler étattyphoïde, en nous
j réservant de vous faire remarquer la différence qui \ existe entre -cet état et le typhus proprement dit;
I puis nous vous parlerons d’une autre période, ca- ; ractérisée par l’adynamie, qui peut se prolonger ) pendant des mois entiers. Nous vous parlerons eni fin d’une autre période, dans laquelle, après le froid, il persiste une douleur aiguë à la région de l’estomac, du cœur, et qui se maintient malgré tous lesdérivatifslesplus énergiques. Nous parlerons au-ssi ' d’un fait que nous n’avons remarqué que deux fois ;
I c’est un état de réaction très- extraordinaire , une contraction continuelle de tout le système musculaire.
' Nous avons remarqué, surtout chez une femme, que ( tout son système musculaire, non pas les muscles , mais chaque fibrile était continuellement ! en oscillation; il n’y avait pas un muscle de son ' système musculaire qui ne fût dans cette vibra- ' tion continuelle. C’est un état qui a duré deux ou trois jours, que nous avons vu deux fois, et qu’il ! est important de vous signaler, parce que c’est un mode tranché de réaction qui succède à la période
Tl* LEÇON. l/j
algide. Mais l’étude de ces différents états, et des ‘ différentes circonstances qui s’y rattachent, mérite bien que nous en fassions l’objet d’une séance particulière. Nous nous en occuperons en effet dans la prochaine leçon.
(£(DILai&(B]£ IË(D17iVlL 3)12 3>lBi\9(S!2o
CHAIRE DE MEDECINE
M. M AG E N D I E , âààeu'?^.
( Second trimestre de 1832.)
Septième leçon
dUB
1 LE CHOLÉRA-MORBÜS,
Messieurs,
J’ai reçu de l’un de vous la lettre que voici, elle me paraît digue d’être rendue publique.
{Le profes$eur donne lecture d’une lettre signée Capitaine, qui contient les détails d’expériences microscopiques sur les globules du sang cholérique. Ix
résultat est que ces globules ne diffèrent point de ceux de. l état sain. ^
•Je remercie M. Capitaine d'aroir répété l’expé-
souhVt °° '"'*** I’ ««fait à
souhaiter que chacun de vous suivît 'cet exemple
” moyen plus
sftr de se graver les faits dans l’esprit que de les entendre rapporter dans un cours ; et de plus on a l’avantage de les vérifier. En faisant des observations sur le sang cholérique, j’ai cru reconnaître une modification dans les globules , et pourtant voici une expérience faite de concert avec M. Francœur, physicien fort habile, et qui ne donne pas le même résultat. Eli bien , il faut noter ces expériences, et plus tard, lorsqu’elles auront été suffisamment répétées, on verra si le nombre de fois où des globules se sont trouvés altérés est supérieur au nombre de fois où ils ne l’étaient point. C’est ainsi qu’on arrive à se faire une opinion juste, c’est ainsi que la science procède pour arriver à la vérité.
J’ai à vous faire part d’autres expériences. A la dernière séance, je vous ai rendu compte d’une injection de sang cholérique dans la veine jugulaire d’un chien; depuis , nous avons répété cet essai.
(Le professeur donne lecture du résultat de plusieurs injections de sang cholérique dans les veines de chiens qui tous sont morts plus ou moins promptement.)
La première de ces expériences n’est pas fort concluante, car le sang était altéré, dégageait de l’ammoniaque, une matière putride, ce qui a donné lieu par exemple aux vomissements noirs.
Vous avez ici sous les yeux le chien qui a servi à la seconde expérience. Il ne présente rien de fort remarquable; vous voyez quelque chose de rougeâ-
i tre dans les intestins, peut-être dans les poumons,, i du sang noir dans le côté droit du cœur; quelques ( phénomènes en un mot qui se pourraient rattacher 1 au choléra, mais qui n’établissent pas d’une maj nière certaine l’existence de cette maladie. Ces expériences sont bonnes à noter, quoiqu’on ne puisse pas en déduire de conséquences. Il faut continuer j les recherches, et je me propose de le faire, si mali heureusement il arrive de nouveaux cas de cho- 3 léra qui m’en fournissent les moyens.
Noua allons poursuivre notre étude. Les faits sur I lesquels je vais appeler votre attention n’étant pas pu- : rement scientifiques, mais se composant d’observa- ' tions sur le traitement, la guérison ou la mort des cholériques, toutes choses pour lesquelles je n’ai rien à mettre sous vos yeux, en parler longuement,
! ce serait maL employer le temps que vous voulez ' bien me consacrer.
Dans la séance dernière nous avons passé en revue tout ce qu’il y a de physiologique et de » médical touchant la période algide du choléra.
Je suis loin de croire que nous ayons décrit tous ' les phénomènes que cette maladie peut présenter; ' î mais au- moins nous avons énuméré tous ceux que nous avons observés nous-mêmes et que nous pouvons affirmer. Lorsqu’un jour on fera l’histoire du choléra, il faudra bien en tracer une physiologie à part : ce sera une sorte de science nouvelle qui s’appliquera spécialement à l’individu frappé de cette
maladie , puisque chez lui toutes les fonctions sont modifiées. On recueillera alors tous ces phénomènes que chacun aura observés, et l’on fera ce que nous avons presque fait sans nous en douter, la physiologie du choléra, non une physiologie que j’appellerai spéculative ou doctrinaire, mais expérimentale, c’est-à-dire basée sur des faits bien constatés.
La période algide, sur laquelle j’ai besoin de ramener un moment votre attention, quelquefois fort longue, est aussi quelquefois si rapide, qu’elle a pris l’épithète de foudroyante. Des individus sont morts en un quart d’heure, beaucoup dans une heure ou deux et un fort grand nombre en moins de douze heures. Ce fait a été observé partout. Il paraît même que dans l’Inde la mort est plus rapide, plus instantanée qu’en Europe. Les médecins de cette contrée citent une multitude de cas où des individus frappés du choléra sont morts subitement. Par exemple lorsque des régiments couchaient durant leur marche dans des localités favorables au développement de cette maladie, le lendemain un certain nombre de soldats manquaient à l’appel; ils étaient morts sans avoir fait aucune plainte, aucun mouvement qui eût pu réveiller leurs camarades, ni annoncer qu’ils étaient frappés.
Eu Europe, dans les pays les plus froids même, le mal a été en général moins intense, il a eu plus de durée. Nous avons vu dans notre hùpital le choléra froid, sans réaction, se prolonger jusqu’eà trois et
quatre jours, èt cela sans qu’aucun moyen ait pu modifier la cadavérisation que je vous ai décrite.
Cette période algide se termine inévitablement par la mort pour un certain nombre de cas. Ainsi se comportent toutes les épidémies. La mortalité prend son cours , quels que soient les efforts faits pour la prévenir.
Si la mort ne survient pas dans la période algide,, la maladie change d’aspect; il arrive alors ce que les médecins ont appelé réaction , c’est-à-dire une transformation des phénomènes morbides, variar ble suivant l’espèce. Le mot réaction vient sans doute de ce qu’il est dans les lois de l’organisation qu’en général , après un froid pathologique prononcé, il se développe ensuite une grande chaleur j je n’approuve point, cette expression appliquée à la seconde période du choléra , j’aimerais mieux appeler transformation l’état qui succède à la période algide, car dans la plupart des cas il diffère fort d’une réaction. En effet, le plus souvent, les phénomènes adynamiques persistent; je dirai même que cette seconde période vient quelquefois ajouter à la prostration des forces, et qu’elle produit l’adynamie complète.
Après avoir soigné plus de cinq cents choléri-' ques, je crois pouvoir distinguer en six espèces particulières la transformation qui succède à la période algide. Je déclare que je n’ai pas la prétention de vous décrire toutes les nuances possibles de cette
transformation ; plusieurs sans doute m'auront échappé : je ne veux vous parler que de ce que j'ai vu personnellement, soit à l’hôpital, soit en ville. Si chaque médecin publie ses observations , et nous pouvons l'espérer, car dans ces temps de calamité publique ceux qui ont eu le bonheur d’y échapper racontent volontiers les événements et la fortune qui lui sont échus, il sera facile, comme je vous le disais plus haut, de tracer l’histoire générale du choléra, soit dans la période algide, soit dans la période de réaction. Ainsi, quand je signale ce que j’ai vu., je suis loin de prétendre que tous les médecins ont dû faire les mêmes observations et n’ont pas vu autre chose.
La transformation la plus simple , celle qu’on peut appeler véritable réaction, ramène avec 'elle tous les phénomènes qui avaient disparu durant le froid, la circulation, et toutes les conséquences qui en découlent, les diverses fonctions et sécrétions. Lorsqu’un individu , qui a été durant •trois heures, six heures, dans le choléra froid, le choléra-asphyxie sent la chaleur renaître, éprouve une certaine moiteur à la peau, il entre en réaction, son cœur bat vivement, la circulation reparaît avec tous les phénomènes qui dépendent de la contraction des ventricules du cœur; c’est un malade susceptible de traitement, et non plus un cadavre que le médecin a sous les yeux.
Car, c’est une position bien pénible pour un
médecin que de se trouver en présence d’un homme vivant et qui n’offre point les phénomènes fondamentaux de la vie, un homme dans un état tel que tous les moyens médicaux sont impuissants. Ayez affaire à un malade quelconque , vous pourrez agir de diverses manières; vous pourrez choisir entre plusieurs une médication qui aura ses effets plus ou moins marqués ; ici le malade privé de circulation est réellement intraitable. Les médicaments les plus actifs semblent n’avoir aucune action appréciable.
Soit qu’on ait fait un traitement , soit qu’on n'en ait pas fait , ce qui montre que , comme toutes les épidémies, cette maladie a une marche qui lui est propre le malade passe de l’état froid à l’état de réaction. La circulation reparaît , lès battements du cœur et des artères deviennent plus intenses, il se développe un peu de fièvre , la transpiration et les diverses sécrétions reprennent leur cours.
, Un des signes les plus importants de la réaction, c’est la réapparition de l’urine ; et cè n’est pas une urine altérée , une urine qui a séjourné dans la vessie , comme cela se voit dans certaines maladies; c’est une urine claire, franchement sécrétée, parce que les reins ont recouvré la circulation. J’ai fait analyser cette urine de cholériques, mais je n’ai pas encore reçu le résultat; je dirai pourtant qu’elle ne paraît pas différer de l’état sain. Un autre signe, c’est la présence des gaz intes-
ci est remplacée par une nouvelle réaction incertaine et fugitive, malgré le traitement mis en > usage. Ces états algides secondaires sont dangereux; il y a peu de malades qui ne succombent: pas à ces réactions avortées. Dans cet état, les rna-^ lades sont désespérants ; vous croyez avoir obtenu i. quelque résultat en les traitant d’une. certaine ma-nière, vous continuez le même traitement, et bientôt ' le froid reparaît , qui détruit toute espérance. J’ai n vu jusqu’à trois et même quatre collapsus se sur-céder. ,
Dans cette espèce de réaction incomplète on re-marque encore la sueur visqueuse dont» j’ai parlé, . elle existe avec la chaleur à la peau. Ce signe est i des plus défavorables. J’aime mieux traiter un cho-lérique à sueur visqueuse sur des membres froids, . qu’un cholérique à sueur visqueuse avec chaleur à a la peau. J’en ai peu vu échapper à cet état.
C’est dans cette réaction incomplète qu’on trouve i après la mort des congestions veineuses. Examinez la veine cave, la veine porte, les sinus du cerveau, les veines de ce viscère , elles contiennent beau- coup de sang, et sont le siège d’une congestion réelle. Les efforts du cœur durant la réaction, font que le sang s’introduit dans tous les tissus vasculaires, y compris les tissus érectiles, et y cause une congestion. Ce n’est pas que je reconnaisse là une inflammation; je ne pqjs appeler inflammation une congestion qui se forme sous nos
lyeux. Comme je vous l’ai dit déjà , la congestion , et non la simple stagnation du sang veineux » ap- ’partient à cette période.
I II est vrai que j’ai eu peu occasion de voir des jhommes morts du choléra, mon service était comjposé de femmes ; cependant au début de l’épidémie jj’ai.eu, comme tous les médecins de l’Hôtel -Dieu , ll’occasion de faire des autopsies sur des hommes ; jje me rappelle avoir une fois observé l’état de de- , mi-érection du pénis d’un cholérique ; cet organe létait gorgé d’une assez grande quantité de sang Inoir ; l’homme était mort après une réaction inicomplète dans un second collapsus. J’en conclue que . la demi-érection était l’effet de la congestion sanguine veineuse. Le pénis dans l’état sain contient du I sang qui y circule comme dans les autres vaisseaux ; •car le pénis est un véritable vaisseau. Depuis, j’ai •trouvé une seconde fois le pénis dans un état de demi-' iérection, ce qui me ht songer qu’il pourrait y avoir • une altération particulière du cervelet. Vous savez •que quelques personnes pensent que les affections du cervelet coïncident avec l’érection, même après -la mort : j’ai constaté moi-même cette coïncidence (dans un cas de gangrène du cervelet chez un jardiinier. J’ai vu depuis d’autres affections aiguës ou !chroniques du cervelet qui n’étaient pas accomipagnées de ce phénomène. Toujours est -il que il’ayant remarqué chez un cholérique, nous avons examiné le cervelet, où nous n’avons rien trouvé ; il
y avait seulement congestion peu considérable au cerveau. Cet homme offrait donc abondance de sang- dans le système caverneux du pénis ; c’était une congestion comme il y en existait dans les autres parties du système veineux.
Voilà une espèce de transformation de la période algide qui diffère beaucoup de celle dont j’avais parlé précédemment.^ Je n’ai pas ici la prétention de décrire complètement ces diverses périodes; plus tard, quand je les écrirai, je tâcherai d’en donner des descriptions plus complètes.
Vient maintenant une autre nuance que nous avons appelée typhoïde; elle s’est manifestée malheureusement trop souvent. Elle a été appelée typhoïde parce qu’il y a coloration du visage, vague des yeux, congestion apparente du cerveau, trouble dans les fonctions de l’intelligence, caractères qui semblent appartenir au typhus. Mais nos remarques ultérieures nous ont donné la preuve que ces phénomènes, bien que pouvant se confondre avec ceux du typhus, sont propres au choléra.
L’effroi s’était un moment répandu dans Paris; le public craignait qu’un second fléau ne vînt s’ajouter au choléra, et qu’échappé à l’un on ne fût victime de l’autre. Cette crainte avait frappé plus d’un médecin ; car le typhus est pour eux plus grave que le choléra. Si le typhus se fût joint à l’épidémie, les exemples des médecins morts auraient été beaucou{) plus nombreux; nous en avons eu des preu-
h-es bien douloureuses à Paris en i8i4 , et surtout ]dans la fameuse campagne de Russie , où presque [tous les médecins de l’armée ont été victimes du «typhus. Vous concevez donc que le public et les méj decins étaient fondés à éprouver de l’effroi en voyant „une maladie aussi terrible que le typhus s’ajouter ,au choléra, mal suffisamment redoutable.
) Quoi qu’il eu soit, la réaction typhoïde n’est pas le typhus ; il y a bien trouble de l’intelligence,
0 prostKAtion des forces, mais il n’y a pas cette con- 5' gestion réelle vers le cerveau, et surtout cette qua- \ lité de sang qui caractérise le typhus. Cependant • il y a dans cette période typhoïde, la fétidité de l’haleine qui se trouve dans le typhus, une odeur de transpii»tion cutanée très-désagréable : vous avez d’ailleurs tous flairé ces malades dont l’odeur est caractéristique : tous ceux qui la présentaient étaient . dans ce que j’appelle réaction typhoïde.
Dans ce mode de réaction , on a vu fréquemment les malades, dans une agitation extrême, chercher à s’élancer hors de. leur lit , et même à se jeter par la fenêtre. Aujourd hui même il est arrivé à l’Hôtel— Dieu un evenement tres-fàcheux.
1 Un homme frappé du choléra est sorti de son lit, et est allé se précipiter dans la Seine ; heureuse- I ment il a été tiré aussitôt de l’eau par un infirmier I qui était à la rivière à laver du linge. Je ne doute : pas que ce ne soit un homme dans l’état de reaction typhoïde. J’ai vu nombre de fois des individus
typhoïdes, avoir un besoin de mouvement, d'agitation, tel que par précaution je fermais autour d'eux les fenêtres, parce que je savais leur tendance à s’y précipiter. Ce caractère rapproche, il faut le dire, l’état typhoïde du typhus véritable.
Nous avons vu en effet souvent dans le typhus des malades chercher à se précipiter par les fenêtres, et même accomplir leur résolution ; quelquefois des malades se sont bien trouvés de l’avoir fait. Après une chute très -forte, s’être cassé quelques membres, nous en avons vu se trouver beaucoup mieux, et entrer dès lors en voie d’une guérison qu’ils achetaient un peu cher, car ils auraient pu se tuer au lieu de se guérir.
Dans cette période nous avons observé •teouvent le délire, et même l’aliénation. J’en puis malheureusement parler plus pertinemment que beaucoup d’autres médecins, car j’ai eu dans mes salles une grande quantité de cas de cette espèce terminés presque toujours d’une manière funeste. Ces malades ont déliré sur certains objets différents; ils tombaient d’autrés fois dans une véritable aliénation, soit dans une espèce de fureur, soit dans une terreur panique, soit dans d’autres modes d’aliénation. Dans cette sorte de réaction, il faut noter que le sang artériel reste presque toujours noir; la circulation ne se rétablit qu’imparfaitement. C’est le fait le plus fâcheux qu’on puisse signaler dans l’état cholérique.
I En effet, tous les individus chez lesquels le sang restait noir, chez lesquels la peau conservait la teinte bleuâtre, ont vécu quelquefois huit à dix jours, mais nous en avons très-peu sauvé. Quand, après vavoir passé par la période de froid, les cholériques csont tombés dans l’état typhoïde, quels que soient les moyens employés, nous n’avons que rarement pu amener une terminaison favorable. Je sais que ■mes confrères n’ont pas été plus heureux que moi. :On a' cru que cet état avait lieu lorsqu’on n’avait -pas saigné dans la période de froid ; l’expérience )a prouvé que la forme typhoïde se jnontrait après ' toute espèce de traitement. •
L’autopsie des cholériques typhoïdes démontre quelques modifications qui ne se rencontrent pas dans le choléra algide. Par exemple, tout le canal intestinal est beaucoup plus rouge, plus foncé que idans l’état algide.
i Les personnes qui ne regardent que superficiellement, qui concluent l’inflammation de la rougeur du tissu, peuvent affirmer qu’il y a là inflammation ; mais ce n’est ici qu’un mot pour un autre. Toujours est-il que la plupart des cholériques morts ont I montré cette rougeur très-prononcée.
! Nous avons prouvé précédemment par des expériences faites devant vous que cette rougeur est due à la présence du sang cholérique dans les vaist seaux artériels et veineux des intestins, et qu’elle disparaît complètement par un simple lavage.
l'JO
typhoïdes, avoir un besoin de mouvement, d’agitation, tel que par précaution je fermais autour d'eux les fenêtres, parce que je savais leur tendance à s’y précipiter. Ce caractère rapproche, il faut le dire, l’état typhoïde du typhus véritable.
Nous avons vu en effet souvent dans le typhus des malades chercher à se précipiter par les fenêtres, et même accomplir leur résolution ; quelquefois des malades se sont bien trouvés de l’avoir fait. Après une chute très -forte, s’être cassé quelques membres, nous en avons vu se trouver beaucoup mieux, et entrer dès lors en voie d’une guérison qu’ils achetaient un peu cher, car ils auraient pu se tuer au lieu de se guérir.
Dans cette période nous avons observé%ouvent le délire, et même l’aliénation. J’en puis malheureusement parler plus pertinemment que beaucoup d’autres médecins, car j’ai eu dans mes salles une grande quantité de cas de cette espèce terminés presque toujours d’une manière funeste. Ces malades ont déliré sur certains objets différents; ils tombaient d’autrés fois dans une véritable aliénation, soit dans une espèce de fureur, soit dans une terreur panique, soit dans d’autres modes d’aliénation. Dans cette sorte de réaction, il faut noter que le sang artériel reste presque toujours noir; la circulation ne se rétablit qu’imparfaitement. C’est le fait le plus fâcheux qu’on puisse signaler dans l’état cholérique.
En effet, tous les individus chex lesquels le sang ^ restait noir, chez lesquels la peau conservait la teinte ) bleuâtre, ont vécu quelquefois huit à dix jours,
; mais nous en avons très-peu sauvé. Quand, après - avoir passé par la période de froid, les cholériques , sont tombés dans l’état typhoïde, quels que soient -, les moyens employés, nous n’avons que rarement pu amener une terminaison favorable. Je sais que mes confrères n’ont pas été plus heureux que moi.
I On a' cru que cet état avait lieu lorsqu’on n’avait pas saigné dans la période de froid ; l’expérience a prouvé que la forme typhoïde se jnontrait après ( toute espèce de traitement.
L’autopsie des cholériques typhoïdés démontre J quelques modifications qui ne se rencontrent pas 5 dans le choléra algide. Par exemple, tout le canal ( intestinal est beaucoup. plus rouge, plus foncé que dans l’état algide.
Les personnes qui ne regardent que superficiellef ment, qui concluent l’inflammation de la rougeur 1 du tissu, peuvent affirmer qu’il y a là inflammation ; i: mais ce n’est ici qu’un mot pour un autre. Toujours ». est-il que la plupart des cholériques morts ont i. montré cette rougeur très-prononcée.
Nous avons prouvé précédemment par des expé- >i riences faites devant vous que cette rougeur est I due à la présence du sang cholérique dans les vais- ; seaux artériels et veineux des intestins, et qu’elle i disparaît complètement par un simple lavage.
L’n autre fait, c’est la congestion légère qui s’observe vers le cerveau. D’après l’état de l’intelligence de ces individus typhoïdés, on pourrait croire qu’il y a une congestion considérable ; au début de l’épidémie, j’en étais tellement persuadé, que j’ai moi-même cherché à la combattre. Mais quand j’ai eu fait un certain nombre d’autopsies, j’ai pu me convaincre qu’il n’y avait pas congestion très-grande. J’ai trouvé du sang dans lesémMs du cerveau, mais les veines et les artères cérébrales en contiennent très-peu : il y a stagnation plus grande que dans la période de froid, mais pas de congestion cérébrale, telle que nous en voyons souvent dans d’autres maladies; il n’y a pas enfin proportion entre le sang qui se trouve dans le cerveau et l’état apparent de l’intelligence.
Dans deux circonstances particulières j’ai trouvé une accumulation remarquable du fluide céphalospinal; comme les médecins ne font pas une attention spéciale à ce fluide, qu’ils n’en tiennentpas compte, il est possible que des cas de cette nature aient échappé aux observateurs.
Encore aujourd’hui, les médecins font ouvrir les têtes en cassant le crâne à coups de marteau, ils enlèvent le cerveau et le coupent ensuite par tranches, sans s’inquiéter du fluide céphalo-spinal. Je suis une méthode opposée. Dans la plupart de nos autopsies, nous ouvrons d’abord le saa'um, de manière à voir la dure-mère rachydienne, et à re-
cueillir le liquide rachydien dans un vase séparé. En étudiant ce liquide extrait d’un assez, grand nombre de cholériques, nous n’avons pas remarqué qu’il différât de l’état ordinaire ; mais dans deux
!' circonstances particulières nous en avons trouvé une quantitéplus considérable que d’habitude. Nous ^ jugeons de la .proportion du liquide en le mesurant ou en le posant, mais il n’est même pas besoin de ï le recueillir pour savoir combien il y en a dans le n cerveau , la position de la glande pinéale , la lar- D geur de la cloison interventriculaire en indiquent fi suffisamment la quantité.
) Quand il existe dans les ventricules du cerveau une 'grande quantité de fluide, le septum lucidum double, triple, décuple rnême d’étendue.
Or, toutes les fois que le liquide céphalo-rachyi dien augmente, il presse en tous sens; les ventri- >lcules s’agrandissent, et la glande pinéale recule s’vers les tubercules quadrijumeaux postérieurs. La ï glande pinéale ne persiste dans sa position au-desisus del’||iverture antérieure de l’aqueduc Sylvius^ '.’qu’autant qu’elle n’est pas^ pressée par la liqueur ! des ventricules, Mai si cette liqueur devient plus (abondante, la glande pinéale se trouve quelqueffois reculée jusque vers le cervelet; beaucoup d’entre vous pourront facilement vérifier ce fait.
1 Dans les deux cas dont je vous ai parlé, il est •très-probable que l’abondance extraordinaire du Oliquide cérébro-spinal a été pour quelque chose
vu* LEÇOK.
dans l'état d’affaiblissement où se trouvaient les facultés intellectuelles.
Après la réaction ou plutôt la transformation typhoïde en vient une autre que j’ai appelée réaction adynamiqm. Elle est fort singulière, elle ressemble beaucoup à cette espèce de choléra dont j’ai parlé au commencement de ces leçons, qui a pour résultat l’anéantissement de toutes les foroes vitales. Son caractère spécial est une prostration complète et générale; les facultés cérébrales, digestives, de circulation, de mouvement, sont dans un état de faiblesse extrême. Les malades, après être sortis de la période algide, sont étendues dans leur lit , ne pouvant faire aucun mouvement, ayant à peine la volonté et l’énergie nécessaires pour ouvrir la bouche et recevoir quelques boissons. Nous avons vu une femme que nous avons conservée six semaines dans un état d’anéantissement complet; ce n’est qu’à force de soins, de frictions toniques , de vin de Malaga, que nous sommes parvenus à la rétablir ; encore avons-nous manqué de la p^dre par un accident fâcheux. Aujourd’hui l’événement est heureux pour la science, en ce sens que c’est un fait de plus à ajouter à l’étude du choléra. Un jour son anéantissement sembla se compliquer d’une congestion cérébrale ; l’élève de garde crut bien afire en lui appliquant des sangsues au nombre de douxe. Cette femme , qui allait déjà beaucoup mieux, dont nous espérions la convalescence pro-
chaiiTê, retomba dans un anéantissement si profond, que nous crûmes qu’elle allait périr. Ce n’est qu’en redoublant de soins et par des moyens les plus énergiques, que nous sommes parvenus encore à la sauver.
■ Vous voyez que cette espèce de réaction n’en mérite guère le titre, puisqu’après la période de froid , il y a un anéantissement plus adynamique que l’état algide même ; dans ce dernier état il y a parole, intelligence,’ souvent même activité trèsgrande, tandis qu’ici il n’y a rien de tout cela : loin d’être une réaction ce serait un nouveau degré de dépression des forces qui succéderait à l’état algide. Je dois dire que les cholériques qui passent par cette forme de réaction, surtout s’ils sont soumis à des traitements bien appropriés, succombent rarement ; de sorte que cette réaction est une de celles qu’il faut considérer comme présentant de bons caractères ; d’ailleurs ici le sang reprend ses qualités physiques ordinaires, ce qui est un point fondamental sous le rapport de l'issue de la maladie.
La cinquième espèce de réaction est caractérisée par la persistance des vomissements et les douleurs aiguës dans la région épigastrique et cardiaque. Dans toutes les autres réactions les vomissements cessent après le froid; en général, ce n’est que par exception que les vomissements persistent lorsque la réaction est établie , il n’est pas nécessaire de recourir à des moyens spéciaux pour faire cesser cet
accident. Mais, dans l’espèce dont je parle , les - vomissements, les diarrhées , l’anxiété épigastrique, les douleurs de cœur quelquefois le hoquet augmentent même beaucoup après la période de froid. C’est surtout par ce caractère-là que ce mode de réaction est tranché. Cette forme est une des plus pénibles et des plus fâcheuses de la réaction cholérique. Je n’ai presque jamais vu de ces malades ne pas succomber après plusieurs jours de douleurs atroces, malgré les soins et les essais de tous genres que nous avons faits pour tâcher de modifier et tout au moins de diminuer quelque peu l’intensité de la douleur. Nous avons eu , dans nos femmes, plusieurs cas de cette persistance cfaccidents de vomissements et d’évacuations, et surtout d’oppression extrême , qui ont tous été terminés par la mort. Nous avons toujours trouvé dans ce cas une rougeur intestinale et une injection des vaisseaux de l’estomac plus considérables que dans l’état ordinaire du choléra; dans ce cas, ceux qui confondent la rougeur et l’inflammation, peuvent affirmer la gastro - entérite ^ observons cependant que toutes les fois que dos vomissements avec des efforts considérables ont persisté long-temps sur un sujet, et nous le voyons également dans nos expériences sur les animaux, on trouve accumulation de sang dans les vaisseaux de l’estomac, apparence d’inflammation, occasionée par les seuls efforts du vomissement.
Nous arrivons enfin à une dernière forme de i réaction , la réaction fibrillaire « palpitante. Cette 3 espèce est caractérisée par une contraction, une r palpitation continuelle , non pas de chaque muscle ) du corps, non pas de chaque faisceau, mais pour c ainsi dire de chaque fibrille musculaire. Examinez i la surface d’un muscle , vous y verrez une agita- 1 tion, un trouble, une contraction qui semblent I venir de chacune des fibres, et cela pour tous les i muscles du corps, pour ceux du visage, des joues,
) des jambes, etc.; ce singulier phénomène ne césse i ni nuit, ni jour, il persiste même pendant le ^ sommeil.
Je citerai comme exemple une fille qui avait été ( laissée comme moribonde dans son lit; elle avait » été traitée par les affusions, par le galvanisme, j puis abandd^inée à nos soins par son médecin.
1 Nous l'avons mise à l’usage d’un traitement excir tant. Elle est entrée bientôt en convalescence ;
: après être restée quinze jours à l’hôpital, elle a eu
i une rechute cholérique à la suite d’une indigestion; cette fille nous a montré le premier exemple d’une transformation avec palpitation de toutes les fi- < brilles musculaires ; état qui a duré deux ou trois i jours ; il a cédé enfin aux moyens que nous avons
I mis en usage ; cette femme est sortie de l’hôpital
parfaitement guérie, elle est même venue ces joursci me voir pour me demander des secours.
C’est lj\ nn genre de réaction tout particulier,
dans lequel il y a circulation, réapparition de la chaleur, surtout sang rouge dans les artères, et sang noir dans les veines, caractère qui annonce généralement la guérison.
Voilà les six espèces de réaction que je puis présenter comme les ayant vues; les unes sont trèscommunes , les autres sont très-rares ; les unes sont terminées d'une manière heureuse , les autres d’une manière fâcheuse. C’est ainsi que la réaction forte et franche est toujours heureuse; que presqu 'aucun malade n’échappe au contraire à la réaction typhoïde. La réaction adynamique est encore une forme heureuse. L’anxiété et la continuation des vomissements est une issue fâcheuse. Quant à la forme palpitante, les deux malades que j’ai vus dans cet état ont guéri, nous ne devons pas alors la classer dans les cas dangereux. #
Vous dirai-je maintenant pourquoi chez, un cholérique froid telle transformation arrive plus tôt que telle autre, pourquoi la mort dans beaucoup de cas arrive avant que la réaction s’opère ; vous me connaissez assez pour savoir que je ne parle que des choses que je sais ou que je crois savoir. Or ici, je suis (et je ne suis pas le seul) dans une ignorance complète. Je dois donc me taire, et terminer cette séance déjà trop longue.
Dans la séance prochaine nous vous ferons connaître les moyens que nous avons mis en usage
pour combattre la maladie. Nous nous occuperons du traitement : d’abord celui de la période algide, ensuite celui de chacune des transformations qui. nous ont occupés aujourd’hui.
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CHAIRE DE MÉDECINE
M. MAGENDIE, ^o/eàdeur.
(Second trimestre de 1832.)
Huitième leçon