‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 102 sur 156 · RÉSUMÉ DU COURS · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DU COURS

qui ne disparaît que lorsque celte fonction vitale s’éteint.

■2“ Le diabète, caractérisé par la glycosurie, a pour condition nécessaire l’exagération préalable de la glycémie. Le sucre du sang double à peu près de quantité.

Lorsqu’il a atteint ces proportions, il est éliiuiné, il déborde par le filtre rénal. De là résulte que chez les diabétiques, au summum même de l’état morbide, la quantité de sucre du sang n’est pas supérieure à ce maximum que le liquide sanguin peut tolérer. Le surplus, lorsqu’il se forme, disparaît immédiatement par les urines. C’est pourquoi il peut y avoir des proportions énormes de glycose dans le liquide urinaire, jusqu’à 70 pour 1000. Il n’y en a jamais normalement plus de 2 à O pour 1000 dans le sang.

3° L’action du système nerveux s’exerce sur la glyco» genèse par le foie, qui est l’organe sécréteur normal de celte matière ; elle agit 'toujours par l’intermédiaire des phénomènes de circulation.

Cette 'influence nerveuse, qu’on a longtemps considérée comme spéciale, sans analogue, entièrement

trophique, este.n réalité une influence ordinaire, une action du genre de celle qui modifie tous les phénomènes sécréteurs.

4° Nos expériences nouvelles ont établi d’une manière plus précise l’analyse quantitative du sang, au point dé vue du sucre qu’il contient. Nous avons démontré qüe dans l’état physiologique ce sucre provient du foie^ et que l’opiinion contraire est fondée sur un fait erroné, sur une expérience inexacte. Nous avons prouvé que tant qu’il y a du sucre dans le foie il y en a dans le sang et

que tant qu’il y en a dans le sang il en existe dans le foie.

Nous avons montré en quoi pouvaient pécher les recherches. Nous avons insisté sur les conditions dont l’expérience nous a fait connaître l’importance : principalement la nécessité d’agir instantanément sur le foie ou sur le sang au sortir des vaisseaux sanguins.

Nous pouvons résumer ainsi ces divers préceptes ; 1“ le dosage du sucre dans le sang doit être fait à la sortie même du vaisseau ; si l’on ne peut agir immédiatement sur le sang, nous employons pour empêcher la destruction du sucre qu’il renferme la méthode suivante : nous ajoutons au liquide sanguin son poids de sulfate de. soude en petits cristaux avec un peu d’acide acétique cristallisable, ou même simplement un peu d’acide sulfurique ou chloridrique, ou au sulfate de soude. Des essais que nous avons faits nous ont convaincu- que non-seulement le sucre par cette méthode reste longtemps sans s’altérer dans le sang, mais que, par l’addition des acides, la manifestation du dosage du sucre par les sels cupriques est rendue plus facile (1 ); 2° la fermentation est le moyen le plus sûr pour déterminer la réalité, de l’existence du sucre dans le sang; mais pour eu doser la quantité on doit avoir recours aux liqueurs cupriques.

5“ Il faut examiner à part le sang des artères.et des veines. Dans le système artériel, les proportions de sucre • .sont seiLsiblement constantes ; dans les veines, elles varient avec le point de l’économie que l’on considère.

(1) Voir mes expérieuces récentes dans C. fl, de l'Acad. des sciences. 12 et 19 juin 1876.

RÉSUMÉ DU COURS. /jOS

Le sucre se détruit à la périphérie, dans les muscles ; les veines des membres en renferment moins que les artères. Le sang veineux de la veine cave inférieure, au niveau des vemes sushépatiques, est toujours au contraire le plus riche en sucre. Le sang de la veine sousclavière droite, au niveau de l’abouchement du canal thoracique, pourrait présenter aussi une petite augmentation de sucre due à la richesse de la lymphe et du chyle qui est plus grande que celle du sang; mais cela ne saurait constituer une origine du sucre pour le sang; car ce sucre provient déjà du sang lui-même.

6° Le sucre se forme pendant la vie comme après la mort ; je montrerai bientôt qu’il en est-de même de tous les phénomènes chimiques de l’organisme pour la form.ation de l’acide lactique, de l’acide carbonique, de l’urée, de la créatine, etc. Maintenant, messieurs, je désire terminer ces considérations en insistant de nouveau -sur l’idée générale qui nous a'servi constamment de guide.

Nous n’avons jamais voulu séparer, vous la savez, l’état physiologique de l’état pathologique, et nous avons vivement protesté contre cette idée erronée que la formation du sucre dans l’économie animale serait un phénomène pathologique ou cadavérique. Nous avons voulu montrer au contraire qu’elle est un phénomène physiologique qui mesure en quelque sorte l’intensité des phénomènes vitaux.

Le plus simple examen suffit pour s’en convaincre. Dans tous les êtres vivants, l’amidon, le glycogène ou la saccharose sont des réserves emmagasinées en vue de

phénomènes vitaux futurs; et toujours au moment où l’activité vitale se montre plus grande, le sucre apparaît par suite de la transformation de ces matières glycogéniques. La pomme de terre, les graines, accumulent de l’amidon dans leurs tubercules, leurs cotylédons; le bourgeon accumule de l’amidon à sa base; ils ne renferment pas de sucre tout d’abord ; mais au moment où la pomme de terre ou la graine germent, où le bourgeon pousse, l’amidon se liquéfie sous l’influence d’une diastase et le sucre apparaît. Dire que la germination, que le développement du bourgeon sont des phénomènes pathologiques, cadavériques, ce serait évidemment absurde.

La même chose a lieu chez les animaux. Les animaux à sang froid, qui s’engourdissent complètement, accumulent préalablement de la matière glycogène dans leur foie, même dans d’autres tissus.. Alors il n’y a pas sensiblement de sucre dans les liquides de l’animal. Plus tard, quand l’animal se réveille, sort de la vie latente pour entrer, dans la vie manifestée et active, vous voyez le sucre apparaître en quantité très-notable; direz-vous encore que la vie manifestée est un état cadavérique ou pathologique !

Il en est de même dans le développement organique. Dans le fœtus des mammifères, la glycogenèse n’est plus localisée, elle est généralisée ainsi que Je l’ai établi; la glycémie est extrême, et j’ai montré qu’en plein développement le fœtus est diabétique. (Voy. Comptes rendus de V Académie des sciences, t. XXXÏ, p. 659.) Les jeunes animaux chez lesquels la nutrition est plus

GLYCOGÉME EN GÉNÉRAL. [iQl

active ont plus de sucre que les animaux adultes. Les larves d’insectes, les chenilles, les vers à soie, accumulent dans leurs tissus de la matière glycogène, mais on ne constate point de sucre au premier moment ; ce n’est que lorsque le développement de la mouche, du papillon, commence à s’accomplir que le sucre apparaît comme une conséquence nécessaire des phénomènes de combustion. Dans l’œuf des oiseaux, il en est encore de même; il y a d’abord accumulation de glycogène, formation de sucre pour servir aux phénomènes d’évolution organique; direz-vous donc que tous ces phénomènes, dans lesquels la glycogenèse apparaît comme une condition indispensable, sont des phénomènes pathologiques cadavériques? Évidemment non.

La physiologie est une science beaucoup plus générale et plus étendue que la pathologie. La physiologie est la science de la vie; la pathologie n’est que la science de la maladie. Mais celle-ci montre une certaine tendance à tout mesurer à son point de vue spécialisé.

Les médecins qui ont voulu considérer la glycogenèse comme un phénomène pathologique ou cadavérique ont, d’un côté, envisagé la question par une face trop restreinte et trop étroite ; et de l’autre ils ont avancé une opinion erronée et en contradiction avec les faits.

Il est absolument inexact, et ce ne peut être que par l’emploi de procédés trop peu délicats qu’on est arrivé à dire que dans l’état de santé parfaite le sang de l’homme ut des animaux ne renferme point de sucre, ou seulement des quantités indosables. Cela lî’est vrai que pour les animaux en vie latente; dans la vie active,

hOS LEÇONS SUR LE DIABÈTE.

cette substance existe toujours et d’autant plus que Tnctivité vitale est plus grande.

Il y a seulement un fait important qui a pu. donner le change aux médecins et sur lequel je veux insister.

C’est qu’en effet, quand on^ trouble l’équilibre des fonctions vitales chez un animal, on voit généralement apparaître le sucre en beaucoup plus forte proportion. Ainsi, les pertes de sang augmentent la proportion de sucre dans ce liquide ; la diminution de pression dans le système circulatoire active la rapidité du courant sanguin et entraîne le sang sucré du foie en plus grande abondance pour réparer le déficit. Quoi qu’il en soit de l’explication, le fait est bien certain ; nous l’avons encore vérifié dans ces derniers jours et je veux vous rapporter quelques expériences que nous avons faites à ce sujet. On verra, par ces exemples, qu’il a une loi régulatrice des oscillations glycogénique dans l’organisme, s’appliquant à l’augmentation, à la diminution ou à la disparition du sucre, par suite de l’abstinence, de la saignée ou de la maladie. On verra, par exemple, qu’il y a d’abord augmentation de la quantité initiale, puis décroissance, diminution audessous de la quantité normale, et enfin disparition avec la mort.

A. — Sur un très-gros chien, vigoureux, nous avons fait une saignée de 80 grammes à l’artère carotide ; nous avons pris 25 grammes de sang, nous l’avons traité par le sulfate de soude et nous avons dosé la glycose.

Dans ce premier examen nous avons trouvé '

LOI DES OSCILLATIONS GLYCOCÉMIQUES. /l09 saignée : Sang artériel, 0®^,95 pour 1000.

L’animal étant toujours en bonne santé, mais soumis à l’abstinence complète, nous avons répété une nouvelle saignée à l’artère crurale après quatre jours, et nous avons trouvé les nombres suivants :

2” saignée : sang artériel, 1®^40 pour 1000.

Le lendemain, l’animal étant toujours à l’abstinence, dn fait une nouvelle saignée et l’on trouve :

3" saignée : sang artériel, 1®',47.

Le lendemain, une. nouvelle saignée est pratiquée dans les mômes conditions et l’on trouve :

II" saignée : sang artériel, pour 1000.

Le lendemain, animal toujours dans les mêmes conditions d’abstinence, on reprend du sang dans la même artère que la veille et l’on trouve :

5® saignée : sang artériel, l^LOS.

Ainsi on voit que le sucre a augmenté d’abord par l’abstinence ; il a diminué à la fin parce que le chien commençait à devenir souffrant. On lui a alors donné de la viande, et trois jours après on a pratiqué une nouvelle saignée; la proportion de sucre, au lieu de continuer à descendre juSqu’à la mort, comme cela serait arrivé si nous avions continué l’abstinence, était revenue à l^^lb ; elle tendait à reprendre son chiffre normal à mesure que l’état normal lui-même se rétablissait.

B. — Un chien de très-forte taille, bien nourri et vigoureux, présenta à la première saignée de la carotide 0”^,93 de glycose. Le lendemain l’animal fut de nouveau expérimenté ; on pratiqua le cathétérisme du

cœur; une seconde saignée à la carotide donna Isr de glycose ; deux jours après l’animal devint malade (endocardite aiguë) ; une troisième saignée à la carotide donna alors

11 résulte de ces expériences que lorsque l’animal est vigoureux et en bonne santé, il a moins de sucre dans le sang que lorsqu’il a subi des saignées répétées.

Nous avons pu d’ailleurs vérifier l’exactitude de ce fait dans maintes circonstances.

Toutefois, si l’on fait de fortes saignées à un animal, ce n’est pas immédiatement que l’augmentation de glycose se manifeste* J’ai souvent fait périr des animaux par une hémorrhagie rapide et la première partie du sang qui s’écoulait des vaisseaux, comparée à la dernière, souvent ne présentait pas de grande différence. Il faut attendre un certain temps pour que l’effet soit bien marqué. Cette expérience devient très-évidente quand après avoir, par exemple, pratiqué une légère saignée à la crurale chez un chien vigoureux et dosé lè sucre, on détermine ensuite une perte de sang allant jusqu’à la syncope. On trouve le lendemain une dose plus considérable de sucre dans le sang qui a dû se renouveler.

Les animaux sur lesquels on a fait de longues expériences et provoqué de grandes hémorrhagies présentent cette augmentation de sucre dans le sang, au point parfois de paraître glycosuriques. Un chien qui, au début, avait présenté de glycose dans le sang de la carotide, subit ensuite diverses expériences, et fut laissé affaibli et étendu pendant plus de trois heures sur la gouttière à expérience ; le sang pris dans le même

LOI DES OSCILLATIONS GLYCÉMIQUES. ÛH

vaisseau, la carotide, donna alors à l’analyse 3-', 80 de glycose.

Il y a donc dans la teneur en sucre des différences qui pourraient dépendre de rexpérience. D’où ce précepte important que pour faire des expériences compa-, ratives très-concluantes, il faut opérer rapidement et simultanément, sur deux vaisseaux à la fois; enfin, retirer à l’animal le moins de sang possible.

Beaucoup de médecins voudraient voir dans ces faits la preuve que la glycémie est un état morbide. Cette interprétation est inexacte : elle excède la portée des expériences qui ne comportent pas une pareille conclusion, et elle en méconnaît la véritable signification.

Nous voyons simplement la glycémie être en rapport avec l’intensité des phénomènes nutritifs, de développement et de rénovation organique.

Or, chez un animal vigoureux, bien nourri, qui n’a pas à réparer, il est bien naturel que. les phénomènes dénutrition, absolument connexes avec les phénomènes de développement, soient en quelque sorte équilibrés et qu’il y ait en conséquence très-peu de glycose formée.

Mais dès que l’animal a subi un affaiblissement, qu’il a éprouvé une perte sanguine, il doit réparer cette perte; le phénomène de régénération devient plus actif et aussitôt le sucre apparaît en plus grande quantité et proportionnellement au déficit qu’il faut combler. La saignée dont on ignore encore l’influence physiologique, a pour effet certain de provoquer ou d’accélérer dans le corps les rénovations organiques.

J’ai encore fait une observation importante relative-

/ll2 LEÇONS SUR LE DIABÈTE.

ment aux oscillations de la glycémie, c’est que nonseulement les saignées ou d’autres affaiblissements augmentent la glycémie, mais qu’elles accentuent en même temps les différences entre les quantités relatives de sucre dans le sang artériel et les divers sangs veineux. •

A l’état normal, tes différences glycémiques des diverses

régions sont aussi faibles .que possible.

Quelques expériences que je n’ai pas encore assez répétées m’autorisent cependant à penser qu’il y aurait, dans quelques cas, de la matière glycogène circulant eu faible proportion dans le sang. Le contenu du vaisseau reçu dans une solution bouillante de sulfate de soude acidulée avec l’acide acétique, ainsi que je le recommande maintenant, fournirait la proportion normale du sucre. On verrait ensuite dans des échantillons du même sang retirés et abandonnés à eux-mêmes, la glycose augmenter d’abord puis diminuer jusqu’à disparaître. Le sang mourrait pour ainsi dire en perdant ses propriétés glycogéniques comme les autres tissus meurent en perdant leurs propriétés vitales. 11 y aurait d’abord accroissement au- dessus du point normal, puis descente et diminution jusqu’à disparition complète en repassant par le chiffre initial. Nous avons vu bien clairement cette dernière partie du phénomène chez des chiens soumis à l’abstinence et saignés chaque jour jusqu’à la mort.

D’après tout ce qui précède, on pourrait exprimer ainsi la loi qui préside aux variations glycémiques du sang ; la glycémie, ainsi que toutes les autres propriétés des liquides ou des tissus, manifeste une oscillation

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