DIX-HUITIÈME LEÇON
Sommaire : Nouvelles expériences. — La glycémie normale, dans toutes les espèces animales, est indépendante de l’alimentation. — En est-il de même à l’état pathologique? — Traitements fondés sur le mode d’alimentation : leurs résultats. — Analyses du pain de gluten.
Messieurs,
Dans quelques leçons supplémentaires nous allons discuter des questions qui se rattachent encore au diabète dont nous avons traité dans notre cours précédent. Nous pourrons ainsi compléter quelques points particuliers et mettre notre sujet au niveau des recherches les plus récentes.
Parmi les points les plus importants à discuter relativement à la théorie du diabète, nous devons aborder tout d’abord la question du rôle de l’alimentation. La nature des aliments introduits dans le tube digestif a-t-elle une influence sur la fonction glycogénique normale, sur la glycémie physiologique? En a-t-elle sur la glycémie pathologique et sur sa traduction symptomatique, le diabète? Vous concevez l’importance de cette question, puis que jusqu’tà ce jour les traitements les plus préconisés contre le diabète se réduisent à des règles de régime, à un choix . d’aliments empruntés de préférence à tel ou tel ordre de substances animales ou végétales.
La présence du sucre dans l’urine est, vous le savez,
GLYCÉMIE ET ALIMENTATION. 419
liée à la glycémie : ces deux termes de la question sont inséparables l’un de l’autre, et, au point de vue des recherches expérimentales, nous pouvons ne nous occuper que de la recherche de la glycémie : nos résultats en seront plus précis. La question se réduit donc à chercher si l’alimentation peut exercer une influence seusible sur. la teneur glycémique du sang.
toutes les expériences produites dans les leçons précédentes vous ont montré que le sucre existe dans le foie, et par suite dans le sang de bhomme et des animaux, quelle que soit leur nourriture, à jeun ou même dans l’état de vie foetale. Il était du reste facile de prévoir qu’un phénomène aussi général et aussi fixe ue pourrait pas être soumis à l’éventualité d’une alimentation essentiellement changeante. Dans les conditions normales, rien de plus diflérent que le mode d’alimentation des diverses espèces animales, et cependant rien de plus constant que la composition de leur milieu intérieur, de leur sang, surtout au point de vue de la présence et de la quantité de sucre; les uns, les herbivores, introduisent dans leur appareil digestif une grande quantité de substances féculentes ou sucrées, tandis que les autres, les carnivores, n’en prennent généralement pas; et cependant nous trouvons que les quantités de matière sucrée sont exactement les mêmes dans le sang des uns et des autres.
En effet, si nous résumons en un tableau quelques expériences, prises en quelque sorte au hasard et dont nous aurions pu multiplier lés exemples jusqu’à l’infini, nous trouvons :
Lapins en digestion (herbes) .
Chiens en digestion (viande) .
Lapin à jeun . . .
Chien à jeun, bien portant .
Chien à jeun et fébricitant .
Homme bien portant (alimentation mixte)
Ainsi, vous le voyez, quelle que soit la nature de l’alimentation, chez les herbivores aussi bien que chez les carnivores, pendant la digestion, pendant l’abstinence, et même pendant la fièvre, le sang renferme toujours à peu près les mêmes proportions de sucre. Ces faits doivent vous paraître assez nets pour réfuter les théories qui ont placé dans l’alimentation la source de la matière sucrée du sang, et assez clairs pour démontrer, même à priori et en dehors des résultats expérimentaux précédemment exposés, qu’il doit exister dans l’organisme vivant une fonction glycogénique qui entretient et règle la quantité de la matière sucrée dans le sang et la rend indépendante des conditions variables de la digestion.
Du reste, cette indépendance de la composition constante du sang, par opposition à la variété infinie Je la composition des matières alimentaires, cette constance de la teneur en sucre du sang, n’est qu’un cas particulier des grandes lois qu’il nous est déjà permis d’entrevoir sur la nutrition, l’absorption et la digestion. La digestion et l’absorption sont bien dis-
Quantité de sucre pour 1000 de san-, ( 18^25 1 40 f 1 32 ) 1 45 ‘ 1 10 I 1 24 ■