ÛÜO LEÇONS SUR LE DIABÈTE
tuants du sang. Mais vous reconnaîtrez bien vite que cette vue est tout à fait d’accord avéc ce que nous enseigne la physiologie, si vous reportez votre pensée aux troubles terribles que peut produire la présence en excès dans le sang d’un principe encore plus indispensable lorsqu’il est à dose normale, d’un principe qui caractérise le sang artériel, et qu’on peut considérer comme \<dpabulum vitœ par excellence, comme disaient les anciens. Je veux parler de l’oxygène. Vous savez, en effet, que les expériences de M. P. Bert sur l’influence dé l’air comprimé l’ont amené à la découverte de ce fait singulier et bien inattendu, à savoir que l’oxygène suffisamment condensé exerce une action des plus toxiques. Lorsqu’on place un animal, un chien par exemple, dans l’oxygène pur à la pression de 5 ou 6 atmosphères, ou, ce qui revient au même, dans de l’air ordinaire à la pression de 20 atmosphères, l’animal présente des symptômes véritablement effrayants, qui consistent en des attaques analogues à celles que produit la strychnine. Ces accidents débutent dès que le sang artériel, au lieu de la proportion normale de 18 à 20 centimètres cubes d’oxygène pour 100 centimètres cubes de sang, nn contient de 28 à 30. Si la proportion s’élève jusqu’à 35 centimètres cubes, la mort est la règle.
Si nous ne pouvons encore saisir d’une manière aussi frappante tous les troubles que doit exercer la' présence en excès du sucre dans le sang, il est quelques symptômes classiques du diabète qui s’expliquent par cette hyperglycémie et qui nous donnent une idée des conditions nouvelles créées dans le milieu intérieur. Il s’agi-
TROUBLES DE l’ HYPERGLYCÉMIE. kkX
rait de la soif intense qui tourmente constamment les diabétiques; il est des malades qui boivent 15 et 25 litres de liquide par jour, sans apaiser leur soif. C’est qu’en effet le sang du diabétiqüe étant plus riche en sucre^ c’est-à-dire plus concentré, plus riche en matériaux solides que le sang normal, le sang doit, par endosmose, attirer à lui les liquides des tissus. Cette hypothèse n’est pas purement gratuite, elle est confirmée par ce fait que chez le diabétique l’eau ingérée n’est pas éliminée de la même manière que chez l’individu sain; elle passe beaucoup plus lentement dans les urines; nous avons déjà attiré votre attention sur ce fait. L’explication en est simple et se rapporte à ce que nous disions à l’instant; c’est que lorsque le diabétique boit, l’eau absorbée vient diluer le sang, mais comme les tissus ont cédé au milieu intérieur une partie de leur eau, ils enlèvent alors par extraction exosmotique au sérum du sang la quantité d’eau qu’ils avaient précédemment perdue. C’est pour cela que la diurèse, c’est-à-dire l’évacuation abondante d’urine, ne se fait pas, après l’ingestion d’eau, aussi rapidement chez le diabétique que chez l’individu sain.
Il est un tissu particulier dans lequel il est très-facile de constater la perte d’eau que nous venons d’indiquer d’une manière générale. Ou sait que lorsque sur une grenouille on introduit dans le tube digestif une forte dose de sucre, telle que son absorption amène le sang à un haut degré de concentration, on voit bientôt le cristallin devenir opaque, parce qu’il cède une partie de son eau au sérum sanguin; dès que l’on remet l’animal
dans les conditions nécessaires pour que le sang reprenne son eau normale de constitution et rende au cristallin et aux divers tissus celle qu’il leur avait empruntée, l’opacité cristalline disparaît aussi rapidement qu’elle s’était montrée : un phénomène analogue semble se produire par le fait de l’hyperglycémie; il est connu des cliniciens sous le nom de cataracte diabétique, et dans ce cas l’opacité du cristallin doit sans doute être expliquée parla soustraction d’eau que la lentille a subie, lentement il est vrai, car la cataracte diabétique ne se montre que dans les dernières périodes des diabètes graves; mais c’est que la concentration du sang n’est pas, par l’hyperglycémie, aussi intense et aussi brutale que celle produite par l’expérience précédente sur la grenouille.
Cet exemple n’est pas le seul qui nous montre l’état de soutfranee des tissus et les lésions anatomiques qu’ils peuvent présenter, lésions qui sont toutes conséquences et non causes du diabète, c’est-à-dire de l’hyperglycémie. C’est à ces alternatives de déshydratation et d’hydratation des tissus qu’il faut peut-être aussi rapporter les gangrènes qu’on observe dans certains diabètes graves.
D’une manière plus générale, les troubles éprouvés par les tissus sous l’influence de l’hyperglycémie sont marqués par la quantité d’urée que renferment les urines. Des analyses nombreuses, ainsi que nous le verrons, semblent conduire à cette conclusion générale que l’excrétion d’urée ne se fait pas chez le diabétique comme chez le sujet sain. Si les uns ont trouvé que la proportion d’urée était diminuée, si les autres l’ont trouvée