VINGT ET UNIÈME LEÇON
Sommaire : Exposé critique des théories actuelles sur la pathogénie du diabète. — Ces théories reposent toutes sur la glycogenèse animale, mais elles supposent résolues des questions que la physiologie laisse encore indécises. — Difficulté des expériences. — Nos tentatives expérimentales relativement à l’origine alimentaire du glycogène (expériences sur les larves de mouches, asticots). — La glycosurie etl’azoturie.
Messieurs,
Nous consacrerons c*ette dernière leçon à une indication rapide des opinions que les médecins contemporains ont émises relativement à la théorie du diabète et de son traitement. Cette revue sera destinée à vous montrer que la doctrine médicale du diabète est aujourd’hui entièrement entrée dans la voie physiologique de la glycogénie, mais qu’en même temps on se hâte trop souvent de combler par des vues purement hypothétiques les lacunes que laissent encore subsister les recherehes physiologiques : cette tendance toutefois n’est blâmable que lorsqu’elle en arrive, après avoir développé ces hypothèses, à les considérer comme des faits établis et pouvant se passer du contrôle de l’expérience. Examinant les opinions de quelques-uns des auteurs qui ont écrit récemment sur ce sujet, nous vous signalerons, au point de vue critique, les parties de leurs théories qui nous semblent encore hypothétiques.
Seegen (1) pense que le diabète consiste en une transformation exagérée du glycogène du foie en sucre, sous l’influence de causes nerveuses. Pour lui, les difierentes formes du diabète tiendraient à des variétés qualitatives du contenu glycogénique du foie,' le glycogène formé par les hydrocarbures différant de celui fourni par les • albuminoïdes. Les faits sont contrai res à cette vue; car, quel que soit l’aliment ingéré, il produit toujours un seul et même glycogène. D’ailleurs vous voyez que Seegen est d’accord avec nous pour placer dans le foie l’origine première du sucre formé en excès par le diabétique; mais il ne s’appuye que sur des hypothèses pour assigner au sucre pathologique des sources chimiques spéciales.
Gantani (2) avance que, dans le diabète, il n’y* a pas seulement excès de sucre dans le sang, mais que de plus le sucre du sang diabétique diffère qualitativement du sucre des urines diabétiques en ce qu’il ne dévie pas la lumière polarisée. Ce sucre neutre constituerait une nouvelle espèce de sucre que l’auteur nomme 'paraglycose [op. c/L, page 202); mais eu analysant le compte rendu des expériences (page 284), nous ne trouvons pas que Gantani se soit mis suftisamment à l’abri des causes de destruction du sucre pendant le temps qui s’est écoulé entre le moment où à été faite la constatation des réactions chimiques du sucre du sang, et le moment où l’on a recherché ses caractères
(1) Seegen, Der Diabètes mellttus auf Grundlage zahlreicher Beohachtungen. (Berlia, 1876.)
(2) Arnoldo Gantani, Le diabète sucré et son traitement diététique. Tra-^
duit par H. Charvet. Paris, 1876. • '