ORIGINE DU GLYCOGÈNE
tifiques qu’elles exigeraient. Toutefois, parmi ces hypothèses, il eu est une que nous ne saurions laisser passer sans une discussion approfondie. C’est l’hypothèse qui est relative à la nature des substances aux dépens desquelles le foie peut former de la matière glycogène. D’après cet auteur, ainsi que pour beaucoup d’autres, il serait démontré que la matière glycogène ne pourrait être formée dans les cellules hépatiques qu’avec des hydrocarbures; que, cependant, quelques espèces de sucres (mannite, etc.) ne donneraient pas de glycogène ; que la graisse, par l’intermédiaire de la glycérine, serait propre à en fournir, mais seulement lorsque cette substance pénètre dans l’économie par la voie intestinale, et qu’il en serait tout autrement quand elle est introduite par une injection sous-cutanée faite dans le tissu cellulaire; enfin qu’aucune substance albuminoïde, sauf la gélatine, n’est apte à fournir de la matière glycogène.
Toutes ces questions, nous ont également préoccupé depuis longtemps et nous avons institué des expériences pour les résoudre; nous avons obtenu des résultats indiquant des probabilités dans tel ou tel sens, mais jamais nous n’avons pu encore les élucider d’une manière définitive.
C’est qu’en effet les expériences à ce sujet sont on ne peut plus délicates. Nous les avons d’abord instituées en mettant des animaux en état d’inanition, puis en leur ingérant les substances dont nous voulions étudier l’influence sur la production du glycogène ; mais alors nous avons observé que, chez l’animal à jeun, le glycogène,
primitivement existant dans le foie, ne disparaît jamais complètement; il diminue seulement, et diminue dans des proportions variables selon l’âge et la race de ranimai, de telle sorte qu’il est impossible de faire des expériences exactement comparatives. Nous avons voulu opérer ensuite comparativement sur un seul et même animal, dont nous analysions un fragment hépatique avant et après l’ingestion de diverses substances; mais alors l’inflammation du péritoine vient souvent entraver l’expérience, car dès que l’animal devient malade, sa fonction glycogénique n’est plus comparable à celle de l’animal sain (l) .
D’après toutes ces expériences, nous n’hésitons donc pas à dire que les auteurs précédemment cités, admettent comme résolues des questions qui sont encore enveloppées de doutes,, et qu’il faut, au nom de la physiologie expérimentale; protester contre des théories que peut-être l’avenir confirmera, mais qui, pour le moment, sont absolument hypothétiques quoiqu’elles s’affirment avec un certain caractère apparent d’autorité expérimentale.
Un grand nombre des éléments de ces théories, nous le répétons, ont été fournis par nous-mêmes, mais nous avons toujours insisté sur ce que nos résultats expérimentaux laissaient encore d’incertain à cause des difficultés de l’expérimentation et des conditions délicates dans lesquelles il faut l’apprécier. Du reste, pour vous montrer toute la complexité de ces recherches, je vais
(1) Dans V Appendice qui termine ce volume, on trouvera encore une série d’expériences relatives aux sujets que nous examinons ici» •
ORIGINE Dü GLYCOGÈNE.
VOUS rapporter en détail toute une série d’expériences que nous avons instituées dans l’année 1858, et dont quelques résultats généraux ont seuls été publiés jusqu’à ce jour.
Par des expériences faites sur des chiens soumis à des alimentations déterminées, nous avions montré depuis longtemps que l’alimentation par la viande exclusivement entretient la formation de la matière glyco- . gène dans le foie, tandis que celle par la graisse seule, par exemple, n’était pas dans le même cas.
C’est alors que voulant rendre les conditions de l’expérience plus précises, nous avons, sur des chiens soumis pendant un certain temps à l’abstinence, enlevé un lobe du foie, puis séparé une portion du même organe après l’ingestion de diverses matières alimentaires ingérées; nous fûmes alors conduit à cette conclusion que la gélatine ingérée seule donnait naissance à de la matière glycogène dans le foie, tandis que des substances’uon azotées, également ingérées seules, ne paraissaient pas être dans le même cas.
Mais à côté de ces démonstrations qu^’on peut appeler artificielles, en ce sens que les conditions en sont créées par la vivisection, nous en avons cité d’autres dans lesquelles les conditions de l’observation établies par le physiologiste, n’exigeant aucune mutilation, fournissaient des résultats plus concluants.
Chez le veau et le mouton, on voit se former et se développer sur l’amnios la matière glycogène animale, et on peut la suivre dans son développement; et là même on peut trouver des preuves que les cellules
liQfi LEÇONS SUR LE DIABÈTE,
naissent et se développent en formant de la matière glycogène en quelque sorte sous les yeux de l’observaleur. Dans l’oeuf de poule, qui ne peut plus avoir aucune communication avec la mère, puisque c’est un organisme qui en est séparé, on' voit également la matière glycogène se former sur la paroi interne du sac vitellin. Dans ces deux cas la matière glycogène ne saurait se former là qu’aux dépens de blastèmes environnants qui, primitivement, ne renferment pas de matière glycogène ainsi qu’on peut le constater.
Enfin, il est un autre moyen qui permet d’isoler encore mieux les conditions du phénomène. Ce moyen consiste à utiliser la propriété que possèdent certaines larves de produire de la matière glycogène, afin devoir, en variant leur alimentation, quelles sont les substances qui favorisent ou empêchent cette formation de matière amylacée animale. C’est dans cette vue que nous avons fait des expériences sur l’alimentation des larves de mouches vulgairement désignées sous le nom d’asticots.
1° Les asticots se développent très-bien, ainsi que cela est connu, dans les matières complexes telles que les organes parenchymateux, la chair musculaire, etc.
Or, ces larves contiennent énormément de matière glycogène, ainsi qu’on peut s’en assurer en l’extrayant par un procédé que nous n’avons pas à indiquer ici.
Mais on pourrait dire, avec raison, que le foie, que les muscles, peuvent contenir chez les animaux, pris dans les conditions ordinaires, du sucre ou même de la matière glycogène. D’un autre côté, on pourrait aussi
répondre que la cuisson ou la décomposition organique à l’air qui doit accompagner le développement des asticots, détruit ce sucre ou cette matière glycogène. Afin d’éviter ces objections, nous avons choisi, pour nos expériences, des muscles ou du foie complètement privés de sucre ou de matière glycogène, par le lavage, et nous avons eu également des asticots qui se sont trèsbien développés et qui contenaient beaucoup de matière glycogène. Nous avons ensuite pris les divers organes, foie, muscles, etc., d’animaux morts de faim ou de maladie, et chez lesquels la matière glycogène et le sucre avaient complètement disparu. Or, les tissus de ces animaux donnaient naissance à des asticots également pourvus abondamment de matière glycogène. Nous avons encore fait développer des asticots dans des tissus tels qiie le rein, le cerveau, le pancréas, dans lesquels il n’est jamais possible de saisir la moindre trace de sucre ou de matière glycogène, et nous avons de même observé que les asticots développés dans ces tissus contenaient de la matière glycogène en grande abondance.
Enfin, nous avons essayé de faire développer des asticots dans des principes immédiats, séparés, et nous avons confirmé ce que nous avions déjà vu dans nos expériences sur les animaux plus élevés, que les matières azotées, quand elles sont employées isolément, permettent seules aux asticots de faire de la matière glycogène.
Voici le résumé de ces expériences qui remontent à 1858 :
Nous avons placé, soit dans des verres à pied, soit dans des fioles, de l’empois d’amidon, de la gélatine, de