PAR M. CLAUDE BERNARD
(Extrait des Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, tome XLVIII, séance du h avril 1859.)
«Dans une précédente communication (2) j’ai établi que la matière glycogène animale apparaît dès les premiers temps de la vie embryonnaire, et qu’elle est localisée, avant le développement du foie, dans le placenta ou dans d’autres organes annexes et temporaires du fœtus. J’ai ajouté ensuite qu’à celte époque de l’organi-
1) Voyez leçon VIII% p. 220.
2) Comptes rendus, t. XLVIII, p. 77. Voyez aussi : Leçons du Collège France, 1855, 1. 1, p. 393.
ÉVOLUTION GLYCOGÉNIQUE EMBRYONNAIRE. 493 sation la matière glycogène se trouve encore répandue dans d’autres parties du fœtus; et que, quelle que soit d’ailleurs l’idée qu’on se fasse de sa diffusion, on la rencontre constamment dans les tissus embryonnaires pendant un certain temps de leur développement. Ce fait intéressant m’avait conduit à rapprocher sous ce rapport les animaux des végétaux ; car, chez les uns ainsi que les autres, les matières glycogène et amylacée semblent se présenter comme un principe constituant du protoplasma, au sein duquel s’accomplit l’évolution organique.
» Toutefois il est digne de remarque que tous les tissus de l’organisme embryonnaire animal ne soient pas dans le même cas; et les expériences dont je vais aujourd’hui communiquer les résultats ont eu pour objet de déterminer quels sout les éléments histologiques dont le développement est spécialement accompagné par la matière glycogène.
» Les organes que j’ai examinés peuvent être divisés eu deux grands groupes : i“ les organes extérieurs ou limitants, qui sont constitués par les tissus cutanés et muqueux ; 2° les organes intérieurs ou contenus, qui comprennent les tissus osseux, musculaires, nerveux, glandulaires, etc. Or, nous verrons que c’est particulièrement dans l’évolution des tissus limitants que la matière glycogène paraît appelée à jouer un rôle.
» 1° Tissus limitants; surfaces cutanées et muqueuses épithéliums. — Toutes les membranes épithéliales extérieures qui constituent soit les surfaces cutanées, soit les surfaces muqueuses peuvent contenir, pendant un cer-
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tain temps de la vie fœtale, de la matière glycogène sous diverses formes.
» Surface cutanée. — La matière se trouve à l’état d’infiltration dans le tissu même de la peau et aussi dans les cellules de Tépithélium qui la recouvre. Certains animaux présentent ce dernier cas d’une manière beaucoup plus marquée que d’autres. Ainsi, chez le porc, cette disposition est très-tranchée, tandis qu’elle est plus difficile à voir chez le lapin, le chat et même chez le veau (1). Pour constater la présence de la matière glycogène dans la peau, il suffit de racler la surface avec la lame d’un instrument tranchant chez un jeune fœtus
• (i) Oa pourrait regarder les cellules glycogènes de la peau comme une
extension des cellules que j’ai signalées précédemment sur l’amnios des ruminants et que j’ai rencontrées également sur l’amnios du porc. Ces cellules glycogènes de l’amnios du porc existent surtout sur le cordon ombilical et sur la portion de l’amnios qui avoisine le cordon. Leur matière glycogène s’altère très-vite et, pour la constater, il faut examiner les embryons trèsfrais. Je n’ai jamais rencontré de sembables cellules dans l amnios de l’homme, du chat, du chien, ni du lapin, quoique je l’aie recherché sur des fœtus très-récents.
Sans doute il est très-difficile de caractériser nettement aujourd’hui les productions épithéliales et de les distinguer absolument des éléments glandulaires. C’est pour cela que dans ma dernière communication, en signalant les cellules glycogènes du placenta et de l’amnios, je les ai indifféremment dénommées cellules glandulaires ou épithéliales; j’ai vu les cellules glycogènes renfermées dans le placenta chez des lapins; mais aussi j’ai trouvé souvent chez ces mêmes animaux des plaques glycogéniques sur la membrane muqueuse des cornes utérines à côté des insertions placentaires, comme si les cellules glycogènes semblaient être primitivement un produit épithélial. Cependant je serais porté à croire qu’on devra distinguer les cellules glycogènes d’avec les épithéliums, car on voit pour la peau les cellules glycogènes disparaître lorsque cette membrane est à peu près complètement développée et lorsque se montre son épithélium définitif. On n’éclairerait guère la question physiologique eu disant qu’il s’agit ici d'une transformation de l’épithélium. Suivant moi la fonction, c’est-à-dire la formation d’un
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et de porter sous le microscope les parties détachées. On reconnaît alors des cellules et des produits histologiques de forme variée offrant au dedans ou en dehors d’eux une matière quelquefois granuleuse qui par la teinture d’iode acidulée se colore en rouge vineux. On pourra à l’aide de ce caractère de la coloration étudier très-bien la disposition de la matière glycogène dans la peau à toutes les périodes de son développement. Je dois me hâter d’ajouter cependant qu’il ne faut jamais s’en tenir à cette seule réaction, car on arriverait, avec ce caractère unique, à croire à la matière glycogène là où elle n’existe pas et à la nier là où elle est réellement (1). J’ai constamment réuni toutes les réactions, c’est-à-dire
produit spécial et défini dans une cellule, me semble seule capable de la différencier. Par conséquent la production de la matière glycogène répond à une fonction déterminée. Chez le pigeon, au moment de l'éclosion des petits, il apparaît dans le jabot une couche épaisse de cellules qui sécrètent de la graisse et une matière analogue à la caséine. Que l’anatomiste admette en vertu de certains arguments que c’est l’épithélium du jabot qui s’est transformé, le physiologiste n’eu doit pas moins voir des organes distincts dès qu’il J a formation de produits nouveaux.
(1) En faisant bouillir dans l’eau le tissu cutané, surtout celui des fœtus, on enlève une grande quantité de gélatine qu’il est ensuite impossible de séparer de la matière glycogène, parce que j’ai remarqué que le charbon animal, qui a la propriété d’arrêter beaucoup de matières albuminoïdes, ne retient pas la gélatine. Le charbon peut néanmoins enlever la substance apte à devenir gélatine par l’ébullition. Pour cela, il faut broyer finement le tissu animal cru avec le charbon et faire une sorte de pâte, en ajoutant un peu d’eau, puis laisser en contact pendant quelques heures afin que le charbon agisse mieux. On fait cuire ensuite avec une quantité d’eau suffisante et on obtient une décoction opaline dépourvue de gélatine et renfermant la matière glycogène sur laquelle on peut faire facilement toutes les réactions convenables pour .s’assurer de sa nature. Ce procédé est applicable aux muscles ainsi qu’à tous les autres tissus animaux susceptibles de fournir de la gélatine, et on pourrait même le donner comme mode opératoire général pour l’extraction de la matière glycogène.
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que, joint à l’examen microscopique, j’ai toujours fait en même temps une décoction du tissu de la peau Quand il contient de la matière glycogène, on obtient une solution opaline colorable en violet ou en rouge vineux par l’eau iodée, précipitable par l’alcool ou par l’acide acétique crislallisable en excès. La matière offre en outre, comme caractère essentiel, la propriété de se changer très-facilement en sucre par l’action des acides énergiques et sous l’influence des ferments diastasiques animaux et végétaux. En un mot, cette matière glycogène, retirée de la peau dans ces circonstances, m’a donné tous les caractères que j’ai indiqués ailleurs pour la matière glycogène du foie et du placenta (1).
» Comme dépendance des parties épithéliales de là peau, nous avons encore les productions cornées diverses : cornes, sabots, griffes, etc. Ces organes con-
(1) Pour mettre facilement en évidence les diverses parties de l’embryon qui renferment de la matière glycogène, le procédé le plus convenable consiste à tremper l’embryon frais dans de la teinture alcoolique d’iode acidulée. On voit bientôt certaines parties se colorer en rouge vineux ou en brun. Les extrémités cornées, les orifices cutanés, anus, naseaux, paupières, se colorent avec plus d’intensité, de même que les oreilles et l’origine des cornes. On voit aussi les plaques naissantes de l’amnios se colorer, et on peut alors très-bien en étudier la distribution. On peut encore de la même manière rechercher la disposition de la matière glycogène sur les coupes de placenta. Par cette méthode j’ai constaté que, dans le placenta du lapin, la matière est très-abondante dans le pourtour de la portion maternelle du placenta et que cette substance s’enfonce ensuite en forme de radiation dans la portion foetale. On peut employer aussi le même moyen pour constater la matière glycogène sur les surfaces muqueuses intérieures des fœtus; les gencives se colorent également avec beaucoup d’intensité. Les embryons préalablement mis dans l’alcool peuvent servir pour cette investigation; seulement U faut qu’ils soient conservés dans l’alcool concentré, parce que la matière glycogène se détruirait à la longue dans de l’alcool faible.
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tiennent en efiet des cellules glycogènes et on voit peu à peu cette matière disparaître à mesure que l’organisation des tissus s’achève. Chez le fœtus de veau, de mouton, de porc, etc., la corne des pieds est molle, jaunâtre, comme macérée dans le liquide amniotique. Quand on fait des coupes très-minces, on constate que la partie molle renferme de la matière glycogène, tandis que les portions les plus organisées n’en renferment plus. C’est dans ces cas où il semble évident que la matière glycogène entre dans l’organisation des tissus. Visible au réactif iodé et susceptible d’être extraite par décoction, cette matière cesse de se montrer dans les points des organes cornés qui sont complètement organisés.
» Pour constater la présence de la matière glycogène dans la peau et ses dépendances, on peut encore dissoudre les tissus dans une solution alcoolique de potasse fraîche; la matière glycogène reste indissoute tantôt dans des cellules, tantôt sous l’aspect de granulations moléculaires sans formes déterminées (1).
(1) La matière glycogène est en effet insoluble dans l’alcool potassé, tandis que la plupart des matières albuminoïdes s’y dissolvent ou se désagrégeât. Il en résulte qu’on peut, à l’aide de ce liquide, isoler la matière glycogène et rendre ses caractères sensibles aux réactifs quand ils se trouvent naturellement masqués par les matières étrangères.
Voici commentée prépare la solution alcoolique de potasse. Je mets dans un flacon qui bouche à l’émeri de l’alcool à 38 ou 40 degrés, puis j’introduis dans ce flacon de la potasse caustique à la chaux concassée en petits fragments. J’en ajoute suffisamment pour qu’il y en ait un excès et que l’alcool soit saturé de potasse. Cette dissolution s’altère et se colore en brun plus tard, mais elle peut cependant être conservée pendant quelque temps dans un flacon bien bouché. Pour désagréger les divers tissus qui renferment de la matière glycogène, voici comment on agit : on place dans un tube fermé CL. BERNARD. 32
»La matière glycogène disparaît assez rapidement de la surface épithéliale temporaire de la peau. Dès que l’épithélium définitif se manifeste, et vers le troisième ou quatrième mois de la vie intra-utérine, sur des veaux de 25 à 30 centimètres, on ne la trouve généralement plus. Il n’y a que les parties cornées des extrémités et l’épiderme des orifices qui séparent la peau des membranes muqueuses où la matière glycogène persiste plus longtemps. Mais lorsque la matière glycogène a disparu de l’épiderme, on la constate encore pendant longtemps dans le tissu cutané, à l’état d’infiltration.
» Si actuellement nous passons de la peau aux membranes muqueuses, nous trouverons que ces dernières montrent également dans leur évolution des cellules glycogènes pendant un certain temps de la vie embryonnaire.
» Surface de la muqueuse intestinale. — Chez de jeunes embryons de veau, de mouton ou de porc, longs de 3 à 6 centimètres, on constate des cellules glycogènes à la surface de la membrane de la bouche, de la langue, du pharynx, de restomac, de binteslin grêle et des diverses portions du gros intestin. U suffit pour cela
par un bout quelques fré^ments du tissu à examiner, et on verse ensuite dans ce tube un très-grand excès de la dissolution potassique (quinze à vingt fois le volume du tissu). Ensuite on bouche exactement le tube, on le laisse à la température ambiante en l’agitant de temps à autre. Au bout de vingtquatre heures, ou plus ou moins, le tissu se trouverjdésagrégé et la matière glycogène tombe au fond du tube sous forme d’une matière grenue. A l’aide d’une pipette on prend de ce dépôt qu’on examine au microscope, en ajoutant toutefois de l’acide acétique pour saturer l’excès de potasse. On peut encore séparer le dépôt, le faire dissoudre dans l’eau et constater alors tous les caractères de la matière glycogène en dissolution.
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(Je verser sur la muqueuse de la teinture d’iode acidulée ou de racler avec la lame d’un bistouri un peu de la membrane muqueuse et d’examiner la portion, détachée au microscope à l’aide des réactions déjà indiquées. Les cellules glycogéniques présentent ici toujours les mêmes caractères, seulement dans l’intestin elles se présentent sous la forme de papilles, c’est-à-dire qu’elles sont dans l’épithélium qui entoure les villosités.
» La matière glycogène ne se rencontre jamais, ainsi que nous le verrons bientôt, dans les glandes qui sont annexées au canal intestinal. Mais on a observé ce fait remarquable que l’épithélium des conduits glandulaires en est cependant pourvu, ce qui prouverait que l’épithélium de ces conduits glandulaires est réellement une continuation de l’épithélium de la membrane muqueuse. Quand on enlève chez un embryon très-jeune une parotide, et qu’on la place sous le microscope en y ajoutant de la teinture iodée acidulée, on voit les conduits en forme d’arborisation se colorer en rouge vineux, et on peut observer très-bien comment se terminent ces canaux glandulaires. Les conduits pancréatiques biliaires et la vésicule sont sans doute dans le même cas. Mais à aucune époque du développement je n’ai trouvé de matière glycogène dans le tissu même des glandes salivaires, du pancréas, des glandes intestinales de Lieberkühn, etc. Les réactions microscopiques, la décoction du tissu glandulaire et sa macération dans l’alcool potassique m’ont également toujours donné des résultats négatifs.
» Les cellules glycogènes n’existent à la surface de la
membrane muqueuse du canal intestinal que pendant un certain temps de la vie embryonnaire, et elles disparaissent en procédant de l’extérieur à l’intérieur, c’està-dire qu’elles cessent de se montrer d’abord dans la bouche et dans les conduits salivaires ; elles ne disparaissent que plus tard dans l’estomac et dans l’intestin.
» Voies respiratoires. — La membrane muqueuse des voies aériennes nous offre encore la présence de cellules glycogènes. Lorsque sur un très-jeune embryon de mouton (long de 1 à 2 centimètres) on place sous le microscope le poumon entier et qu’on ajoute de la teinture d’iode acidulée, on voit les bronches en forme arborisée se colorer en rouge vineux et être entièrement obstruées par de la matière glycogène. Le reste de l’organe pulmonaire a l’aspect d’une sorte de substance gélatineuse qui reste incolore. A cette époque, des cellules glycogènes se rencontrent aussi sur la membrane muqueuse des fosses nasales. Peu à peu, par les progrès de l’évolution, elles disparaissent ainsi que celles des bronches, qui ne durent également que pendant une période assez limitée de la vie embryonnaire. Toutefois la matière glycogène reste infiltrée dans d’autres parties des organes respiratoires, car par la coction on trouve que cette matière glycogène persiste dans le tissu du poumon jusqu’à la naissance pour disparaître bientôt après (1).
» Voies génito-urinaires. — Elles offrent également
(1) Sur un fœtus humain de cinq à six mois de vie intra-utérine provenant d’un avortement survenu à la suite d’attaques d’éclampsie, j’ai trouvé de la matière glycogène dans le poumon, dans le foie et dans les muscles.
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chez l’embryon des cellules glycogènes pendant leur évolution, j’en ai constaté sur la muqueuse de l’utérus, des trompes, de la vessie, de l’uretère et même dans les canalicules des reins. Là comme ailleurs ces cellules glycogènes ne sont que temporaires et disparaissent lorsque les épithéliums définitifs sont formés.
» Comme conséquence des observations précédentes, ou voit que dans le fœtus toutes les surfaces limitantes extérieures possèdent ce caractère commun de présenter une évolution glycogénique pendant les premiers temps de l’organisation (1), au moment où l’épithélium définitif n’existe pas encore. Les épithéliums intérieurs ne paraissent pas’ être dans le même cas; je n’ai pas constaté de cellules glycogènes dans les membranes séreuses, telles que la plèvre, le péritoine et l’arachnoïde.
)) 2" Tissus intérieurs. Systèmes osseux., nerveux ^ musculaires et glandulaires. — Si actuellement nous examinons les tissus intérieurs ou contenus, nous verrons tout de suite qu’ils forment un groupe tout à fait à part, en ce sens que, sauf les exceptions que je signalerai, ils ne sont pas accompagnés dans leur développement par la matière glycogène.
» Systèmes osseux et nerveux. — A aucune époque de l’évolution organique, je n’ai pu constater la matière
Chez un autre fœtus mort-né ou mort peu de temps après la naissance, je n’ai point rencontré de matière glycogène, ni dans le foie ni dans les poumons (qui étaient engoués et, comme on dit, hépatisés). Mais les muscles renfermaient beaucoup de matière glycogène.
(1) C’est à la même époque qu’on rencontre du sucre dans les liquides allantûïdien et amniotique, ainsi que dans les lu-ines du fœtus. Plus tard, lorsque le foie fonctionne, le sucre disparaît de ces liquides.
glycogène dans les tissus nerveux et osseux. J’ai traité soit par la coction, soit par divers autres moyens précédemment indiqués, le cerveau, la moelle épinière et les os dépourvus de leur périoste, les cartilages chez des fœtus d’homme, de veau, de mouton, de lapin, et à aucun âge je n’ai pu y constater la moindre trace de matière glycogène.
Le tissu musculaire paraît former une exception, en ce qu’il contient de la matière glycogène, mais dans une disposition généralement différente de celle que nous avons précédemment indiquée pour les tissus limitants.
» Système musculaire. — Chez les très-jeunes embryons de veau et de mouton, longs de 2 à 4 centimètres, par exemple, lorsque le tissu musculaire n’a pas encore apparu, on ne trouve dans les muscles que des cellules embryonnaires, et j’ai constaté que ces cellules embryonnaires ne colorent pas par la teinture d’iode acidulée. Mais un peu plus tard, chez des embryons longs de 15 à 20 centimètres, quand les éléments histologiques du muscle se dessinent, la fibre musculaire apparaît sous la forme d’un tube contenant des noyaux et une substance grenue intercalée, qui n’est autre chose que de la matière glycogène. En effet, si l’on examine au microscope des fibres musculaires embryonnaires à cette période de développement, et qu’on y ajoute de la teinture d’iode acidulée (1), on voit aussitôt la matière granuleuse se colorer en rouge vineux, tandis
(1) On préparera ce réactif en mélangeant à parties égales, extemporanément et an moment de s’en servir, de la teintnre alcoolique saturée d’iode avec de l’acide acétique cristallisable, On humectera ensuite directe-
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que la gaine du tube devient légèrement jaune et que les noyaux restent incolores.
» Avec M. le docteur Kühne, dont j’ai eu l’assistance dans toutes ces recherches d’histologie chimique, nous avons examiné un très-grand nombre de fœtus et nous avons trouvé la disposition la plus nette dans les fibres musculaires du fœtus de chat. Le tube musculaire contenait des noyaux très-régulièrement espacés, et chaque intervalle était exactement rempli par de la matière glycogène. A une époque plus avancée du développement, la paroi du tube, qui était d’abord lisse, présentait peu à peu des stries sur quelques points de son étendue ; puis on voyait les noyaux devenir plus rares, la matière glycogène perdait peu à peu son apparence granuleuse, puis enfin la fibre musculaire arrivait successivement à revêtir tous les caractères d’une fibre musculaire striée complètement développée. Alors la
ment avec cette teinture d’iode acidulée la préparation microscopique sans ajouter de l’eau, parce que l’eau dissout la matière glycogène et permet son imbibition dans les parties qui normalement n’en renferment pas. Il est plus convenable d’agir sur des tissus de fœtus tout frais ; la réaction est alors bien nette, et la matière granuleuse musculaire est seule colorée. Si un temps considérable s’ est écoulé depuis la mort, la matière semble s’être dissoute en partie et imbibée dans les tissus voisins. Les pièces conservées dans l’alcool sont peu favorables à cet examen, parce que le tissu musculaire est crispé et qu’on n’aperçoit plus qu’une coloration informe. En ajoutant préalablement de l’eau ou de la glycérine à la préparation, on peut sans doute faire reparaître la forme des fibres ; mais alors la matière glycogène se dissout et la coloration est souvent diffuse. L’alcool qui m’a servi pour préparer la teinture d’iode était de l’alcool à 38 degrés. 11 m’a semblé préférable de ne pas ajouter de l’iodure de potassium ; j’ai cru remarquer fine la teinture d’iode iodurée est moins convenable et qu’elle peut quelfiuefois donner lieu à des causes d’erreur, à raison de l’intensité de la coloration qu’elle communique aux tissus.
matière glycogène n’avait pas disparu; mais elle semblait être à l’état d’infiltration dans la substance de la fibre. Néanmoins dans aucun cas la matière glycogène contenue dans la fibre musculaire ne paraît être organisée ou renfermée dans des cellules. Quand on traite les muscles à divers états de leur développement par la solution alcoolique de potasse, on voit la substance musculaire se dissoudre ou se dissocier et la matière glycogène se précipiter sous forme de granulations amorphes ou arrondies qui n’indiquent aucune organisation spéciale.
» La matière glycogène existe pendant l’évolution des muscles lisses du cœur et des intestins aussi bien que dans les muscles striés des membres du tronc et du diaphragme. Toutefois, dans les muscles lisses, il est fort difiicile de constater les caractères de la substance glycogène au microscope ; les fibres excessivement fines s’isolent mal, les réactifs agissent difficilement et ne montrent généralement la matière glycogène qu’à l’état d’imbibition et non à l’état de substance granuleuse contenue dans des tubes musculaires. Si les réactions microscopiques de la matière glycogène sont difficiles à obtenir dans les muscles lisses, il n’en est plus de même quand on opère par la coction. Elle fournit un liquide opalin dans lequel on peut constater avec la plus grande évidence tous les caractères de la matière glycogène qui est très-abondante dans ces muscles, aussi bien que dans ceux de la vie animale.
» Quant à la quantité de matière glycogène renfermée dans les muscles aux diverses périodes de leur déve-
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loppement, je ne pourrais donner aucune évaluation exacte. Je puis dire seulement que cette matière persiste dans le tissu musculaire pendant toute la durée de la vie intra-utérine (1), puis qu elle disparatt très-rapidement après la naissance sous l’influence de mouvements respiratoires et musculaires. J’ai pu constater ces faits sur une portée de jeunes chats. Au moment même de la naissance, sur un chat qui n’avait pas encore eu le temps de teter et qui était né seulement depuis quelques minutes, j’ai constaté que les muscles renfermaient de la matière glycogène comme pendant la vie intra-utérine. Mais le lendemain je sacrifiai un autre petit chat qui était né au même moment, et je m’assurai que ses muscles ne renfermaient plus de matière glycogène, et que leurs fibres, au lieu de se colorer en rouge vineux par la teinture d’iode acidulée, se coloraient simplement en jaune.
» Système glandulaire. — Le tissu glandulaire, ainsi que les tissus osseux et nerveux, ne renferme pas de matière glycogène. Sauf l’épithélium des conduits glandulaires, je n’ai trouvé de matière glycogène dans le tissu même des reins et des glandes annexées au canal intestinal à aucune époque du développement fœtal. J’ai examiné à ce sujet les glandes salivaires, le pancréas, les glandes de Lieberkühn, la rate et les ganglions lymphatiques.
(1) Ea 1854, j'avais pensé que cette matière disparaissait des muscles chez les veaux vers le cinquième ou le sixième mois de la vie intra-utérine. Cela tient à ce que je m’étais fondé sur la fermentation glycosique du muscle qui, en effet, disparaît à ce moment pour ne donner lieu plus tard qu’à la fermentation lactique. {Leçons de Physiologie, t. I».)
» Foie. — Un seul organe classé parmi les organes glandulaires fait exception, et cette exception mérite d’être spécialement signalée, car il s’agit de la glande qui, par une prédestination particulière, va devenir le réceptacle de la matière glycogène chez l’adulte lorsque tous les organes glycogéniques temporaires auront disparu. Cette glande, nous savons déjà que c’est le foie. Or il est remarquable que le foie, comme tous les organes glanduleux, ne soit pas primitivement accompagné par la matière glycogène dans son évolution. Ce n’est que vers le milieu de la vie intra-utérine environ, lorsque son développement histologique est achevé, que le foie commence à fonctionner comme organe biliaire et comme organe glycogénique. Je ne pourrais pas dire exactement si les deux fonctions débutent en même temps ; toutefois il m"a semblé que la formation biliaire commençait avant la formation glycogénique. Mais à mesure que la fonction glycogénique hépatique se développe, on la voit disparaître dans tous les organes temporaires du fœtus, successivement dans les enveloppes placentaires et dans les organes limitants de son corps; et parmi ces derniers tissus, c’est dans l’épithélium de l’estomac et de l’intestin grêle, que là matière glycogène disparaît en dernier lieu; elle dure quelquefois encore lorsque le foie fonctionne déjà (1). Enfin, à la naissance,' toutes les dispositions fonctionnelles passa-
(1) Oa pourrait jusqu’à ua certaia point considérer les cellules glycogéniques extérieures du fœtus et ceUes de l’intestin comme les analogues de celles du foie, puisque ceUes-ci ne cessent d’exister que lorsque ceUes du foie fonctionnent. L’anatomie comparée semblerait confirmer cette vue. J'ai constaté que chez les insectes, par exemple, où il n’y a pas de foie con-
ÉVOLUTION GLYCOGÉNIQUE EMBRYONNAIRE. 507 gères de la vie intra-utérine disparaissent, et le foie, comme plusieurs autres organes nutritifs, remplira désormais sa fonction déterminée pendant toute la vie. Mais ici il ne faut pas oublier que le foie paraît différer d’autres organes glandulaires en ce que la fonction glycogénique qu’il accomplit chez l’adulte ne s’est pas montrée seulement au moment où elle lui a été dévolue. Gette fonction glycogénique existait déjà avant dans d’autres organes temporaires, et elle lui a été èn quelque sorte transmise pour qu’il en devienne l’agent chez l’adulte. Il résulte de là que le foie semble être destiné à continuer dans l’adulte une fonction fœtale qui était primitivement localisée d’une manière plus ou moins diffuse, suivant les animaux, soit dans le placenta et d’autres organes temporaires qui précèdent la formation des organes définitifs.
» En résumé, d’après ce qui a été dit dans ce travail, il est permis de penser que chez le fœtus cette matière glycogène a un rôle important à remplir dans le développement organique. D’autre part, chez l’adulte (1), la
gloméré, il existe des cellules glycogènes dans l’intestin ; de même chez les lombrics terrestres il y a de la matière glycogène dans la surface intestinale et peut-être aussi diffuse dans les tissus. Il y aurait là une disposition permanente qui représenterait un état transitoire chez les mammifères.
(1) Les faits que j’ai signalés ici ne se rapportent qu’à la vie embryonnaire. Chez l’adulte, ainsi que je l’ai dit depuis bien longtemps, la formation de la matière glycogène est concentrée dans le foie et ne se retrouve plus dans les organes où l’on en rencontre chez le fœtus. Cependant il y a encore deux tissus, le musculaire et le pulmonaire, qui, dans certaines circonstances déterminées, peuvent présenter chez l’adulte de la matière glycogène infiltrée. Chez les animaux hibernants ou engourdis dans la saison froide, on trouve une très-grande quantité de matière glycogène accumulée dans le foie et contenue dans les cellules hépatiques. En outre on trouve de
fonction glycogénique est liée directement à l’accomplissement physiologique des phénomènes de la nutrition. Nous savons en effet que la matière glycogène cesse de se produire dans le foie aussitôt qu’une influence morbide vient arrêter les phénomènes de la nutrition.
La substance qui accompagne l’évolution des organes chez le fœtus continue donc à se manifester dans leur nutrition chez l’adulte. Ce fait établit une liaison évidente entre le développement organique et les phénomènes nutritifs qui, sous divers rapports, n’en seraient que la continuation. Il serait inutile, dans un sujet encore si obscur, de nous livrer à des considérations théoriques qui seraient prématurées. Il faut attendre patiemment que de nouvelles expériences viennent éclairer ces questions que nous ne pouvons encore qu’à peine entrevoir. Pour aujourd’hui, je n’ai voulu constater que des
la matière glycogène non organisée, mais infiltrée dans les tissus musculaire et pulmonaire. Aussitôt que l’animal se réveille, qu’il se meut et respire plus activement, la matière glycogène est consommée et disparaît de ces tissus pour continuer à se former dans le foie. Chez les mammifères et oiseaux bien nourris, quand le tissu musculaire est au repos soit spontanément, soit artificiellement en coupant un nerf d’un membre, on voit également la matière glycogène s’accumuler quelquefois dans les muscles inactifs pour disparaître plus tard par la fonction. La question de savoir comment cette matière serait déposée dans les muscles et dans le poumon me semble difficile à résoudre pour le moment. Je dirai seulement que chez le fœtus rien n’empêcherait de penser que la matière glycogène de l’intestin ou même du placenta soit absorbée quand le foie n’agit pas encore. J’ai trouvé chez des veaux des plaques amniotiques glycogènes dans l’estomac, et j’ai vu que le liquide stomacal de ces animaux dissout la matière glycogène sans donner toujours une teinte opaline à la liqueur. Chez l’adulte, la matière glycogène en excès dans le foie pourrait-elle être transportée dans l’organiane à cet étal? C’est une question qui reste à résoudre. Je me borne seulement à rappeler que chez l’adulte, pas plus que chez le fœtus, la maüère ne paraît être organisée dans les muscles ou dans les poumons.
ALIMENTATION ET GLYCOGENÈSE. 509
résultats d expériences et indiquer que les phénomènes de la nutrition chez l’adulte me paraissent susceptibles d’être élucidés par l’étude des phénomènes de l’évolution fœtale. »
§ I. — EXPÉRIENCES RELATIVES A l’ INFLUENCE DE l’ ALI¬ MENTATION SUR LA GLYCOGENÈSE (1);
PAE M. CLAÜDE BEKNARD.
La première pensée qui dut venir à l’esprit, pour juger l’influence des divers aliments sur la formation de la matière glycogène dans le foie, fut de mettre des animaux à jeun pendant un même temps, puis de les nourrir avec des aliments déterminés. L’autopsie devait ensuite montrer dans quelle alimentation le foie s’était chargé de matière glycogène en plus forte proportion. J’ai reconnu que cette méthode est sujette à de graves erreurs, parce que les animaux conservent dans leur foie des quantités de matière glycogène fort différentes après un même temps d’abstinence. En général, chez les jeunes animaux maigres, la matière glycogène disparaît plus vite que chez les animaux plus vieux et gras. Suivant la race, la taille, l’état de vigueur ou de débilité des sujets, il y a encore des différences nombreuses qui se manifestent dans la résistance à l’abstinence et dans la rapidité de la disparition de la matière glycogène du foie. En un mot, il est impossible de trouver deux animaux absolument comparables. J’ai
(1) Voyez leçon XX1% p. 462, 469.
pensé avoir un terme de comparaison plus rigoureux en agissant sur un même animal, dont j’examinerais la teneur du tissu hépatique en glycogène avant et après une alimentation déterminée. Cette méthode, plus exacte en théorie, présente encore des difficultés et des incertitudes dans les conclusions, à cause de l’influence perturbatrice de l’opération qui rend l’animal malade. Néanmoins j’ai obtenu dans ces conditions des résultats qui me paraissent intéressants à connaître, ne fût-ce que pour montrer les difficultés de ces sortes de recherches, que je me propose de reprendre par des méthodes plus simples et plus concluantes.
Extirpation dim lobe du foie. Ingestion de diverses substances alimentaires.
1"® expèr. Juin 1859. — Gélatine. — Après dix jours d’abstinence complète, un chien jeune pesait 3350 grammes. 11 pesait primitivement 4150 grammes.
A dix heures du matin : incision abdominale sur la ligne blanche, — extirpation d’un morceau de foie après ligature. — Ou recoud la plaie et on ingère dans l’estomac 50 grammes de gélatine en dissolution dans 250 grammes d’eau tiède.
La décoction d’une partie du foie enlevé est alcaline, louche, et, après l’action de la salive, donne des traces de réduction par le réactif de Barreswill.
A six heures du soir, c’est-à-dire huit heures après, on découd la plaie du ventre et on extirpe un autre lobe du foie après ligature. La plaie était devenue sensible; il y avait un peu de liquide dans le péritoine et déjà
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uue tendance à la péritonite. (Pendant l’été les animaux sont plus sensibles à la péritonite que pendant l’hiver.) On a recousu la plaie.
Immédiatement on jette dans l’eau bouillante une partie du foie enlevé en second lieu. La décoction est alcaline et louche, elle donne directement une réduction faible du liquide de Barreswill; mais, si on y ajoute de la salive, la réduction devient très-considérable.
Le lendemain matin le chien était mort. L’abdomen, renfermant un liquide purulent, était le siège d’une péritonite intense; le tissu du foie était ramolli et altéré. On prit aussitôt une portion de ce foie que l’on fit cuire, et l’on obtint une décoction jaunâtre, limpide, qui ne réduisait pas le réactif cupro-potassique, ni directement, ni après addition de salive.
On fit alors une décoction des trois échantillons de foie : avant l’ingestion de la gélatine a, après l’ingestion de la gélatine ô, et après la mort de l’animal c. Ou prit 5 grammes de foie à chaque échantillon. On le broya très-exactement, on le fit cuire dans un peu d’eau bouillante, et on exprima chacun des tissus hépatiques dans un linge, de manière à avoir 10 centimètres cubes de liquide pour chaque portion de foie. Chacune de ces décoctions était acide. Toutefois la décoction du tissu hépatique après la mort l’était plus fortement que les deux autres.
Alors on ajouta environ 1 gramme de levùre de bière dans chacun des tubes gradués «, c, qui contenait les 10 centimètres cubes de décoction et on mit fermenter.
La fermentation commença très-vite dans le tube b tandis qu’elle n’était pas encore sensible dans les deux autres tubes; on laissa fermenter jusqu’au lendemain, et, la fermentation terminée, on trouva :
Dans le tube a, 1/2 centimètre cube de gaz ;
Dans le tube é, 10 centimètres cubes de gaz;
Dans le tube c, pas de traces de gaz.
On enleva le gaz qui était contenu dans le tube b et on constata qu’il était absorbable par la potasse.
Cette expérience semble de nature à montrer que la gélatine a servi à produire de la matière glycogène dans le foie. En effet, avant l’ingestion de la gélatine, nous ne trouvons que des traces de matière glycogène dans le foie, tandis que huit heures après cette ingestion, nous trouvons clairement de la matière glycogène qui, changée en sucre par la salive, a fermenté et nous a donné 10 centimètres cubes de gaz.
Nous voyons en outre que la matière glycogène et le sucre, qui étaient plus abondants après l’ingestion de la gélatine, ont ensuite disparu sous l’influence de la péritonite qui s’est, développée. Ce qui prouve que la formation de la matière glycogène est en rapport avec l’état physiologique de l’animal, et qu’il est important de bien tenir compte de cette condition.
On a encore observé, en conservant par un temps chaud des portions crues des trois échantillons indiqués précédemment, que l’échantillon c s’altérait le plus vite, ensuite l’échantillon b ; enfln l’échantillon a s’altéra le moins rapidement.
2® eœpér. — Gélatine. — Une petite chienne, jeune,
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fut mise à jeun pendant cinq jours, après quoi on fît sur elle Topération suivante :
On pratiqua une incision sur la ligne blanche, immédiatement au-dessous de l’appendice xyphoïde, on attira deux lobes du foie, on fit une ligature sur la base de chacun d’eux de manière à les isoler du reste du foie. Puis on rentra le tout dans le ventre et on recousit la plaie.
Ensuite on ingéra dans l’estomac, avec une sonde œsophagienne, une dissolution tiède de 30 grammes environ de gélatine dans 200 centimètres cubes d’eau.
Quatre heures après, on fit encore une nouvelle injection d’une quantité à peu près égale de gélatine; puis quatre heures après cette dernière injection, c’està-dire huit heures après le commencement de l’opération, on sacrifia l’animal par la section du bulbe rachidien.
A l’ouverture de l’abdomen, on trouva que les parties du foie, cernées par la ligature, étaient molles, noires, comme ecchymosées. Leur décoction donna un liquide clair et non sucré, ne contenant ni matière glycogène ni sucre.
Les portions saines du foie étaient d’une couleur moins foncée et d’une consistance plus ferme. Leur décoction donna un liquide nettement opalin. On ne fit cette dernière décoction qu’environ une demi-heure après la mort de l’animal. Elle réduisait le liquide cupropotassique avec une certaine difiBculté et fermentait mal, ce qui semblait dû à la présence d’une sorte de matière animale unie au sucre dans la décoction ; car,
après l’avoir traitée par le charbon animal, cette décoction réduisait plus clairement et fermentait beaucoup mieux.
Cette même décoction opaline, qui avait été traitée par le charbon animal, fut traitée par l’alcool à 40 degrés, ce qui donna lieu à un précipité. Le précipité, recueilli, séché, fut redissous dans l’eau et y forma un liquide opalin qui ne réduisait pas le réactif cuivrique, mais qui, après avoir été mêlé à de la salive, le réduisait très-abondamment.
On a essayé la fermentation sur le tissu même du foie ; mais les résultats qu’on a obtenus n’ont pas été concluants, parce qu’on avait gardé du tissu du foie en contact avec le liquide.
Il faut remarquer que la réintroduction dans le ventre de la portion liée du foie est une mauvaise condition qui pourrait faire disparaître le sucre. Il vaut mieux, comme on l’a pratiqué dans les autres expériences, retrancher la partie liée.
3® expér. — Gélatine — Conditions des expériences. — Chienne très-vieille et très-grasse, à l’abstinence complète depuis six jours.
On fit sur la ligne blanche, au-dessous de l’appendice xyphoïde, une incision par laquelle on retira un lobe du foie. On le lia et on retrancha la partie isolée par la ligature. On ingéra de la gélatine avec une sonde œsophagienne, et quatre heures après on sacrifia l’animal par hémorrahgie.
En examinant ensuite les deux portions du foie, on constata que là portion retranchée, aussi bien que le foie
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lui-même, renfermait encore de grandes quantités de matière glycogène. Il était difficile de saisir une différence entre la quantité de la matière dans ces deux portions du foie.
Cela prouve que l’animal n’avait pas été soumis à l’abstinence pendant un temps assez long, pour que la matière qui existait d’abord dans son foie ait pu disparaître suffisamment et rendre ainsi plus sensible la production d’une nouvelle quantité de cette matière; cela tient à l’âge de l’animal.
En effet, les vieux animaux perdent beaucoup plus lentement leur matière glycogène par l’abstinence que les jeunes.
Chez une autre chienne, également très-vieille, au bout de quatorze jours d’abstinence et de repos, il y avait encore dans le foie une grande quantité de matière glycogène et de sucre, tandis que de jeunes animaux dans les mêmes conditions ne contenaient plus que des traces de sucre ou de matière glycogène dans leur foie.
La taille peut encore avoir de l’influence sur la disparition de la matière glycogène, et, toutes choses égales d’ailleurs, les animaux de grande taille perdent plus lentement leur matière glycogène que les petits.
L’état de repos ou de mouvement peut avoir encore une influence, et les animaux en repos perdent, toutes choses égales d’ailleurs, leur matière glycogène plus lentement que ceux qui prennent du mouvement.
La température est encore dans le même cas : à une température élevée, les animaux perdent plus lentement leur matière glycogène que par une température basse.
On peut dire que dans ce cas la disparition de la matière glycogène est en rapport avec l’activité des mouvements respiratoires.
4® expér. — Gélatine. — Un jeune chien gras, pesant Û150 grammes, fut mis à l’abstinence complète de liquides et de boissons pendant onze jours. Alors l’animal ne pesait plus que 3350 grammes.
A dix heures du matin, on pratique une incision en haut de la ligne blanche. Par un effort que fait l’animal, un lobe de foie sort entre les lèvres de la plaie; on en fait la ligature et on excise la partie liée en deçà de la ligature. Ensuite on recoud la plaie.
Puis on ingère dans l’estomac de l’animal, avec une sonde œsophagienne,- 15 grammes de gélatine dissoute dans 200 grammes d’eau.
La portion excisée du foie pesait 22 grammes.
Cinq heures après, on sacrifie l’animal par la section du bulbe rachidien.
Le lendemain on examine comparativement les deux foies avant et après l’injection de la gélatine.
La décoction des deux foies est alcaline. Celle du foie enlevé avant l’injection de la gélatine ne réduisait pas directement le liquide cupro- potassique; après l’addition de la salive, il n’y avait que des traces de réduction. Toutefois ce tissu additionné de salive devenait acide.
La décoction également alcaline du foie resté dans l’animal ne réduisait pas directement par le liquide cuivrique, alors même qu’elle avait été, comme la précédente, traitée par le charbon animal, mais, en ajou-
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tant de la salive, cette décoction réduisait d’une manière très-nette.
On a pilé 10 grammes de foie enlevé avant l’injection de la gélatine, on j a ajouté un peu de salive; puis au bout d’un certain temps de contact, on l’a fait cuire et on a' constaté que la réaction était devenue acide.
On a agi de même pour le foie extrait de l’animal après l’injection de la gélatine, et la réaction est également devenue acide et limpide. Alors on a mis ces deux décoctions, et le tissu, dans des tubes, le tout faisant 15 centimètres cubes ; puis on a ajouté environ 1 gramme de levûre de bière à chaque tube, et on a fait fermenter. On a laissé la fermentation aller deux jours et on a obtenu 9 centimètres cubes de gaz pour le foie extrait après l’ingestion de la gélatine et 3 seulement pour le foie enlevé avant.
5* expér. — Injection de gélatine dans la veine porte. — Sur deux lapins, on a injecté par un rameau de la veine porte de la gélatine dans le sang après avoir lié un lobe du foie. On a sacrifié les animaux deux heures après, et on n’a pas constaté d’une manière évidente qu’il y ait une formation de matière glycogène dans le foie. Un phénomène singulier s’est montré dans ces expériences : les animaux, aussitôt après l’injection, parurent essoufflés, comme s’ils étaient très-fatigués. La respiration était très-accélérée et l’animal se tenait couché sur le ventre, les membres postérieurs étendus. Peu à peu cet essoufflement disparaissait, et, après une demi-heure ou trois quarts d’heure, les animaux étaient redevenus calmes.
J’ai vu que chez les lapins à jeun il ne faut pas injecter plus de 15 centimètres cubes de liquide dans la veine porte; sans cela, on amène, en général, la mort des animaux.
6® expèr. — Injection de gélatine dans le sang. - Empois dans l’estomac. — Deux chiens de taille on peu au-dessous de la moyenne, l’un jeune, l’autre presque adulte, furent mis à jeun dans la cave pendant quatorze ou quinze jours.
1“ Chienne presque adulte.
On enlève, comme à l’ordinaire, un lobe de foie; puis on essaye d’injecter par les rameaux de la veine porte une dissolution tiède de gélatine. Mais l’expérience n’ayant pas pu réussir, on fit l’injection par la veine jugulaire. L’animal avait été très-fatigué par les tenlatives de la première opération, et il présenta une assez grande agitation après qu’on eut recousu la plaie du ventre.
Neufheures après, l’animal fut sacrifié et l’on examina le foie avant et après l’opération.
En examinant comme d’ordinaire le foie pris avant, on y trouva de la matière glycogène en très-petite quantité, quoique d’une manière évidente.
Le foie pris trois heures plus tard ne contenait ni sucre ni matière glycogène; cela tient évidemment à ce que l’animai s’était trouvé, par suite de la difficulté de l’opération, dans un état maladif qui avait fait disparaître la matière glycogène qui existait avant l’opération.
Cette expérience ne suffit donc pas pour prouver que 1 injection de gélatine dans les veines est incapable de
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faire développer de la matière glycogène dans le foie, tandis que son ingestion dans l’estomac produit ce résultat. Dans tous les cas, cette expérience prouverait que si l’état morbide agit pour empêcher la formation de la matière glycogène, ce n’est pas en empêchant l’absorption de la substance ingérée.
2° Le second chien, le plus jeune, fut opéré comme le précédent, et on lui ingéra 25 grammes d’empois peu cuit d’amidon qui avait été préparé en jetant 25 grammes d’amidon dans 200 grammes d’eau bouillante et laissant ensuite refroidir. L’animal a bu une partie de ce mélange; on lui a injecté le reste dans l’estomac ; toutefois il en a un peu rendu parle vomissement. L’opération fut faite régulièrement et rapidement. Là portion de foie extirpée fut examinée aussitôt. On la jeta dans l’eau bouillante, on la broya; il en résulta une décoction • louche, qui par le refroidissement devenait transparente, et qui après l’addition de salive ne donnait que des traces de réduction du liquide de Barreswill, ce qui prouve que la matière glycogène avait disparu à peu près complètement dans le foie de ce chien ; tandis que chez le premier qui était à peu près de même taille, le même temps d’abstinence n’avait pas fait disparaître aussi complètement la matière glycogène. Cette différence tient sans doute à ce que le premier chien était plus vieux.
Le foie de ce dernier chien était d’une coloration moins foncée que celui du premier ; il était aussi plus ferme.
Après quatre ou cinq heures on sacrifie l’animal et on prend le foie que l’on traite de la même manière. Il en
l.EÇONS SUR LE DIABÈTE.
résulte une décoction d’abord louche qui passe ensuite transparente par le refroidissement, et qui, traitée par le liquide cupro-potassique, donne directement une réduction extrêmement abondante. Le foie recueilli après l’injection contient donc beaucoup de sucre; mais il ne contient pas plus de matière glycogène que celui enlevé avant r injection.
Le lendemain, on refît deux décoctions de deux morceaux de foie, l’un pris avant l’injection de l’amidon, et l’autre cinq heures après. On retrouva la même chose, c’est-à-dire que les deux décoctions ne renfermaient ni l’une ni l’autre de matière glycogène ; mais que la décoction du foie pris en dernier lieu renfermait du sucre très-évidemment. Ce jour-là les décoctions étaient acides, tandis que la veille elles étaient alcalines.
En résumé, cette expérience montrerait que, l’amidon ingéré dans l’estomac chez un animal à jeùn depuis longtemps, et chez qui l’absorption se fait avec activité, il y a pénétration de sucre dans l’organisme et dans le tissu du foie , mais non formation de matière glycogène. De sorte que, d’après cela, il ne paraîtrait guère possible d’admettre que l’amidon peut servir directement àla formation de la matière glycogène. On voit seulement que dans ce cas il peut se trouver dans le foie du sucre qui ne serait pas le résultat de la transformation de la matière glycogène dans cet organe, mais bien du sucre provenant de l’extérieur.
7® expér. — Gélatine dans le sang. — Graisse. — (Novembre 1859.) Deux chiens à jeun depuis la veille sont pesés :
ALIMENTATION ET GLYCOGENÈSE. 521
1“ Un chien noir, à longs poils, pèse 6500 grammes; il est vif, gras, luisant, bien portant.
2“ L’autre chien, rouge, à longs poils, pèse 5100 grammes. Il est moins gras, moins vif. Les deux chiens sont ensuite mis à l’abstinence pendant huit jours.
Le 23 novembre, on les pèse de nouveau. Le chien noir pèse 5700 grammes, le rouge pèse M50 grammes; ce dernier aurait donc proportionnellement perdu davantage. Le même jour, on ingurgite au chien rouge 30 grammes de gélatine dissous dans 150 grammes d’eau environ. Au chien noir, on ingère 30 grammes de saindoux (graisse de porc) avec 150 grammes d’eau tiède.
Les 25, 27 et 29 novembre 1859, on répète les mêmes ingestions.
Le 30, à neuf heures et demie du matin, on fait une semblable ingurgitation (la dernière avait été faite la veille au soir) : à une heure, c’est-à-dire neuf heures et demie après, les deux chiens sont sacrifiés par la section du bulbe rachidien, et aussitôt, en incisant les parties molles du cou, on recueille le sang qui s’écoule.
Avant de sacrifier les chiens, on les avait pesés. Le chien noir pesait 6500 ; le chien rouge pesait 4200.
Ou avait remarqué que pendant toute la durée de l’expérience le chien noir avait été plus vif et plus vigoureux; il avait plus de voracité, s’agitait et cherchait constamment à manger. Le chien rouge n’était pas aussi vif; son poils semblait hérissé et ses yeux un peu enfoncés. Il ne s’agitait pas autant que le noir; cepen-