CL. BERSAKD
Le foie a donné une décoction acide contenant du sucre et des traces de matière glycogène.
La décoction des poumons est alcaline.
Ainsi chez ces animaux chez lesquels la matière glycogène n’avait pas entièrement disparu, les muscles ont toujours la réaction acide.
3° Un lapin vigoureux et en digestion a été empoisonné par une flèche de poison du cœur (venin de crapaud). L’animal est mort en dix à douze minutes. En plaçant un thermomètre dans le rectum pendant l’empoisonnement, la température n’a pas sensiblement varié; il y avait peut-être eu un léger abaissement, mais c’est douteux. En ouvrant le thorax aussitôt après la mort, le cœur avait à peu près cessé de battre. J’ai alors pris le cœur qui n’était pas encore rigide, je l’ai vidé de son sang, et j’ai constaté que la coupe de son tissu était fortement acide. J’ai examiné successivement divers muscles de la cuisse et des autres parties du corps. J’ai bien nettement constaté qu’il y avait des muscles qui étaient acides avant d’être rigides, et il m’a même semblé que des muscles encore irritables étaient déjà acides.
h° Deux lapins albinos de la même portée, l’un à jeun depuis trois ou quatre jours, l’autre en pleine digestion, sont empoisonnés l’un et l’autre par une flèche de poison du cœur (venin de crapaud) introduite sous la peau du dos.
Le lapin à jeun meurt en sept minutes.
Le lapin en digestion ne meurt qu’en vingt et une minutes.
EXPÉRIENCES DIVERSES
Chez tous les deux il y a salivation avant de mourir ; mais d’abord, le lapin à Jeun ne paraissait rien éprouver, car il mangeait au moment où les accidents de l’empoisonnement se sont manifestés.
Après la mort, on examine la réaction des tissus chez les deux lapins, en jetant les organes dans de l’eau distillée bouillante.
Clwz le lapin à jeun.
Les urines sont acides, claires; le rein est neutre; les capsules surrénales sont acides.
Cerveau alcalin.
Glandes salivaires alcalines.
Muscles, décoction alcaline.
Rate, décoction alcaline.
Ganglion mésentérique, décoction alcaline.
Poumon, décoction alcaline.
La raideur cadavérique arrivée plus vite.
Chez le lapin en digestion.
Urines troubles, alcalines. — Rein, décoction acide.
Capsules surrénales ) , ,
^ > n ont pas ete examines.
Cerveau )
Glandes salivaires, décoction faiblement acide. Ganglion mésentérique alcalin.
Poumon, décoction alcaline.
§ VI. — EXPÉRIENCES DIVERSES
Sensibilité relative des procédés saccharimétriques (voy. leçon VIF, p. 187). — Le procédé de recherche du sucre (glycose) par les liqueurs cuivriques est le procédé de recherche et de dosage le plus sensible de tous. Les procédés optiques ou de fermentation sont beaucoup moins sensibles. C’est ce qui explique comment il a pu se rencontrer des contradictions apparentes dans cer-
taines expériences. Ainsi, dans nos premières expériences de même que dans celles de Lehmami, on avait conclu que chez animaux nourris de viande il se trouvait du sucre dans le sang des veines sus-hépatiques, mais qu’il n’y en avait pas dans le sang de la veine porte. Cela tient à ce que Lehmann et moi avions employé le procédé de la fermentation, qui ne peut pas déceler au delà d’un centième de sucre, tandis que dans mes dernières expériences, j’ai fait usage des liqueurs cuivriques, qui décèlent jusqu^à 1/5000 de glycose. On le voit, il n’y a donc pas contradiction dans ces expériences ; la critique rend compte des résultats obtenus. D’ailleurs on ne comprendrait pas que le sang de la veine porte fût absolument exempt de sucre, puisque dans cous les sangs veineux, le sucre venant des artères ne se détruit qu’incomplétemenl.
Il y a encore une autre circonstance qui avait été invoquée avec raison comme pouvant masquer la présence du glycose dans le sang; c’est la présence de matières de l’ordre des peptones, qui n’ayant pas été précipitées, auraient empêché par leur présence la précipitation de l’oxydule de cuivre. Je me suis assuré que le sulfate de soude neutre lui-même ne précipite pas les peptones complètement, surtout quand le sang a déjà subi un commencement d’altération.
Ainsi, j’ai constaté avec M. Berthelet que du sang de bœuf pris à l’abattoir, dans lequel on avait laissé le sucre se détruire, afin d’y retrouver une nouvelle quantité de glycose qu’on y aurait ajouté; nous avons constaté, dis-je, que le sulfate de soude neutre laissait non
EXPÉRIENCES DIVERSES
précipitées des matières peptoniques qui pouvaient, comparativement avec de l’eau distillée, masquer jusqu’à 1 /lOOO de sucre. Dans ce cas le sous-acétate de plomb, ou bien un mélange de sulfate de soude et de chlorure de sodium, ou du sulfate de soude neutre, plus un peu d’acide chlorhydrique, ou mieux encore du bisulfate de soude, précipiterait toutes ces matières peptoniques, de telle sorte que rien ne masquerait plus la réaction des liquides cuivriques. — Le charbon animal ne produirait pas le même résultat, et en outre il entraînerait toujours une certaine proportion de matière sucrée.
La fermentation alcoolique peut avoir lieu dans des liquides sucrés dont on a précipité les matières albuminoïdes par le sulfate neutre de soude ou par le charbon animal, mais elle n’a pas lieu dans les liquides sucrés précipités par le chlorure de sodium ou le bisulfate de soude.
De même, le sucre (glycose) se détruit assez rapidement dans les liquides précipités par le sulfate de soude neutre et par le charbon animal, tandis qu’il ne se détruit pas d’une manière sensible dans les liquides précipités par le chlorure de sodium et par le bisulfate de soude.
Diabète artificiel (voy. leçon XY% p. 370). — Le diabète se rattache étroitement au système nerveux, ainsi que le prouve la possibilité de faire apparaître le sucre dans les urines en blessant le plancher du quatrième ventricule (diabète artiflciel), et ainsi que le démontrent les observations cliniques dans une foule de
circonstances. Car il est impossible que la clinique et la physiologie soient en désaccord. Si ce désaccord existait cela prouverait seulement, que la science physiologique n’est pas encore assez avancée pour résoudre le problème pathologique.
Je crois qu’il faut considérer cette influence du système nerveux dans le diabète comme une action vasodilatatrice ou plutôt histo-calorifique exercée par l’influence de la moelle épinière. J'ai déjà montré qu’il y a une sorte d’antagonisme entre les nerfs vaso-dilatateurs calorifiques et vaso-constricteurs frigorifiques. J’ai fait voir que dans la glande sous-maxillaire les nerfs vasodilatateurs calorifiques (corde du tympan) viennent du système cérébro-spinal, tandis que les nerfs vaso-constricteurs frigorifiques viennent du système ganglionnaire sympathique. Je possède un grand nombre de faits inédits qui me permettent de généraliser cette vue, et de placer l’origine des nerfs vaso-dilatateurs calorifiques dans le système cérébro-spinal, et l’origine des nerfs vaso-constricteurs frigorifiques dans le système ganglionnaire du grand sympathique. Le système nerveux cérébro-spinal est en réalité le système excitateur du système ganglionnaire, et quand on supprime l’action de la moelle allongée, l’action du nerf frigorifique domine et il y a refroidissement du corps.
Or, tous les organes du corps reçoivent les deux ordres de nerfs qui sont en rapport avec les deux ordres de phénomènes d’assimilation et de désassimilation qui s’y accomplissent.
Les nerfs vaso-dilatateurs calorifiques président aux
EXPÉRIENCES DIVERSES. 567
actes du fonctionnement organique, et leur intervention se traduit par une sorte d’excitation paralytique par interférence ou par substitution des nerfs vaso-constricteurs. Le tissu du foie alors devient plus chaud, fonctionne avec plus d’activité, le sucre s"y produit en plus grande abondance, etc. C"est là une loi pour tous les autres organes. Le système nerveux vaso-constricteur frigorifique, ainsi que je l’ai déjà longuement développé ailleurs, fait, au repos, l’office d’une espèce de frein qui, dès qu’il vient à cesser, met momentanément l’organe en fonction. La température s’élève alors, le sang devrait être plus chargé d’acide carbonique s’il y a réellement une combustion plus active. Toutefois, je dirai ici ce que j’ai déjà dit bien souvent (voy. Leçons sur la chaleur animale, p. 172), ce n’est pas une combustion proprement dite, c’est un phénomène chimique d’une autre nature plutôt analogue aux fermentations. En effet, si, quand un muscle entre en contraction, le sang artériel s’appauvrit en oxygène, et si le sang veineux s’enrichit en acide carbonique, il ne faut pas croire que ce soit la preuve qu’il y a eu combustion directe dans le muscle; ce serait une aussi grande -illusion que de croire qu’il y a combustion dans le poumon parce qu’il y disparaît de l’oxygène et y apparaît de l’acide carbonique. L’oxygène se fixe dans le muscle, sans doute, mais l’acide carbonique qui apparaît provient d’oxygène préalablement fixé dans le tissu musculaire. Ce qui le prouve, c’est que le muscle produit de l’acide carbonique et de la chaleur en se contractant sans l’intervention du sang. Dans les glandes, comme je l’ai prouvé depuis longtemps, la cha-