ENSlilGNEMliNT DE LA. MtoEGlNE
tomie, d’histoire naturelle des corps inorganiques el des corps organisés, enfin d’embryogénie, etc. Eh bien ! il en a été de même de la physiologie. Cette science, pendant longtemps confondue avec l’anatomie, et enseignée en même temps dans des chaires d'anatomie et de physiologie^ en est aujourd hui tout a fait séparée. C est seulement depuis vingt-cinq ans que cette séparation s’est effectuée d’une manière complète à cause des progrès considérables de la physiologie. Aujourd’hui, en Allemagne, en Danemark, en Suède, en Italie, il ne reste plus une seule chaire d’anatomie et de physiologie réunies ; partout la physiologie a été séparée de l’anatomie dans sa culture et dans son enseignement, dans ses moyens d’investigations et ses laboratoires (1). Elle a, en un mot, acquis la situation d’une science indépendante, au même titre que la physique et la chimie, dans l’ordre des sciences inorganiques.
Le progrès a donc amené la division du travail scientifique, et quoiqu’en théorie la physiologie et la médecine soient intimement unies, il faut, au point de vue de la culture de la science, séparer le physiologiste du médecin. La médecine, à proprement parler, est la science de la maladie; la physiologie est la science de la vie. Cette dernière science est donc beaucoup plus générale que la première. C’est pourquoi la physiologie doit être la base scientifique de la médecine. Le médecin. est celui qui étudie l’homme malade et se sert de la physiologie pour éclairer et faire avancer la science de la
(l) Voyez Revue des cours scientifiques, tome VII, Cours de médecine expérimentale au Collège de France.
AU COLLÈGE DE FRANCE. ,Î33
maladie. Lq physiologiste est celui qui étudie la science de la vie et cherche à y faire rentrer la science des maladies, Le physiologiste se place au point de vue de la théorie pure et se désintéresse delà pratique immédiate, quoiqu’il cherche à la servir et à la rendre scientifique. Le médecin, au contraire, se préoccupe surtout de l’application et cherche à la rendre scientifique en l’appuyant sur des données physiologiques,
Dans les sciences, c’est toujours la théorie qui éclaire la pratique et lui donne la puissance. Il en sera de même pour la médecine; elle ne pourra se constituer comme science aujourd’hui que par les physiologistes. Dans les hôpitaux, au lit du malade, il y aura toujours assez de médecins pour perfectionner le diagnostic et faire avancer les études cliniques. Ce qu’il faut maintenant co sont des physiologistes qui nous dévoilent des phénomènes physiologiques nouveaux, et jettent la lumière sur les obscurités encore si profondes de la pathologie.
En conséquence, je conclus que dans la chaire de médecine scientifique, au Collège de France, il faut en ce moment un physiologiste^ c’est-à-dire un professeur qui mette au premier raug de ses préoccupations l’avancement de la physiologie, c’est dans cette voie que je m’efforce de marcher depuis vingt-cinq ans.
Mais ce n’est pas seulement à l’enseignement du Collège de France que j’applique ces idées, je les porte na-r turellement, comme des convictions inséparables de mes actes, dans les corps savants auxquels j’ai l’honneur d’appartenir.
^ l’Académie des sciences, il y a une section de mé-
5/i LA PHYSIOLOGIE ET LA MÉDECINE.
decine et de chirurgie, composée de six membres. Or, je pense qu’à l’Académie des sciences, le sanctuaire des sciences pures, la physiologie, en tant que base scientifique de la médecine, doit avoir sa place bien marquée. Dans une discussion récente, j’ai eu la satisfaction de me trouver d’accord en ce point avec un membre illustre de la section. « J’ai passé ma vie au lit des malades, disait M. Andral devant l’Académie avec sa grande autorité, et après avoir épuisé tous les moyens d’information que peuvent fournir les études cliniques, je dois déclarer que ce n’est qu’à l’aide de l’expérimentation physiologique que nous pouvons aller au delà et pénétrer dans l’organisme où se trouvent cachés les éléments du problème médical que nous poursuivons.»
Il est impossible de résumer plus clairement l’état de la question, qui peut se traduire ainsi : la clinique indique le problème, 'mais c’est à la physiologie de le poursuivre et de le résoudre, en revenant se retremper sans cesse dans l’observation clinique pour ne pas s’égarer.
A l’Académie de médecine, où la médecine pratique doit avoir une beaucoup plus large part, je pense également que la physiologie pure doit y être représentée, surtout dans la section spéciale de physiologie.
Vous connaissez, maintenant, messieurs, quelles sont mes convictions scientifiques, et vous comprenez quelle sera la direction de mon enseignement. Dans la prochaine séance, je vous exposerai le programme de notre cours, et vous verrez que j’ai choisi pour cette année un sujet d’études propre à démontrer par des faits les idées générales que je viens d’exposer devant vous.