CLASSIFICATIONS DU DIABÈTE
pathologiques île l’organe lésé, et à les vérifier par l’ouverture du cadavre. »
Toutefois, relativement au diabète, les médecins anatomo-pathologistes se sont trouvés aussi embarrassés que les médecins nosologistes qui les avaient précédés,.
Les autopsies n’ont do'nné, en effet, que des résultats très-contradictoires relativement au siège du diabète. Aussi les cliniciens modernes ne sont-ils pas d’accord sur la localisation de. cette affection. On a tour à tour signalé des hypertrophies ou des altérations du foie, des reins, de l’estomac, l’atrophie du pancréas, etc.
Rayer, après d’autres, classait le diabète dans les maladies des reins (1). M. Piorry, qui a inventé une nomenclature des maladies d’après leurs altérations anatomiques caractéristiques, appelle le diabète une sacchamrocrée ou une saccharurocrinie^ ce qui ne dit rien sur la lésion anatomique précise.
D’autres médecins ont placé le diabète parmi les maladies du sang. Un auteur anglais, M. H. Bennett, soutient cette opinion (2).
En résumé, nous ne pouvons donc aujourd’hui définir et caractériser le diabète par aucune lésion anatomique indiquant d’une manière certaine l’organe atteint dans cette affection. C’est cependant le but qu’il faut atteindre si l’on veut connaître la nature de la maladie. Dans toutes les sciences naturelles (géologie, botanique, zoologie), on a commencé par classer
(1) Rayer, Traité des maladies des reins. Paris, 1839-1841,
(2) Bennett, Leçons cliniivtes sur les principes et la pratique de la médecine. Paris, 1873.
les objets d’après les caractères extérieurs, puis on a pénétré plus avant dans les profondeurs de l’organisme. Or, je pense que les classifications anatomiques en médecine ne doivent pas non plus s’arrêter aux organes, mais descendre jusqu’aux éléments de ces organes.
On aura atteint le but lorsqu’on possédera une nosologie ou une nomenclature des maladies fondées sur l’histologie elle-même; car, ainsi que je vous l’ai déjà dit, c’est toujours à l’élément organique qu’il faut arriver si l’on veut saisir le problème vital, physiologique, pathologique et thérapeutique.
Pour le moment, les médecins en sont réduits à donner du diabète une simple définition symptomatologique; ils ne peuvent rattacher la maladie à aucune lésion organique constante. C’est à une modification de f urine qu’il faut s’en référer. D’autre part, les éléments de l’urine ne sont pas formés par le rein ; ce n’est donc pas à cet organe qu’il faut rattacher la lésion. L’élément organique atteint est encore indéterminé.
Les modifications de la sécrétion urinaire consistent dans des changements, soit de quantité, soit de qualité de ses principes. Toutefois, on a aujourd’hui beaucoup restreint le nombre des diabètes admis par les anciens. Le diabète insipide de Cullen ou polyurie simple, le diabète goutteux de Sauvage avec excès d’urée ou azotiirie^ etc., ne sont pas rangés au nombre des diabètes proprement dits. On exige aujourd’hui, pour caractériser le diabète, la présence du sucre dans l’urine. Cependant la plupart des médecins admettent que la présence du sucre dans f urine, ou glycosurie^ ne suffi"
DIABÈTE ET GLYCOSURIE-
rait pas pour caractériser le diabète; ils distinguent le diabète réel de la glycosurie, admettant que la glycosurie peut se rencontrer en dehors de l’état diabétique, mais que l’état diabétique ne peut cependant pas exister i^ns glycosurie. Nous reviendrons plus tard sur cette distinction. Nous nous bornerons à dire, pour le moment, qu’elle ne repose, en réalité, que sur la séparation que l’on croit devoir faire entre l’état physiologique et l’état pathologique, distinction fondée sur notre ignorance de la physiologie et qui disparaît de plus en plus à mesure que cette science fait de nouveaux progrès.
Quant à nous, nous dirons, pour définir le diabète, que cette maladie consiste en un trouble de nutrition que nous essayerons de déterminer plus tard, mais qui est caractérisé par l’élimination d’une quantité plus ou moins considérable de matière sucrée.
Cette définition provisoire est très-insuffisante; car c"est à la cause organique élémentaire qu’il nous faudra remonter pour caractériser véritablement la maladie.
Un autre point important sur lequel je désire appeler votre attention en terminant, c’est la nature apyrétique du diabète. Beaucoup de médecins nosologistes, vous le savez, ont divisé les maladies en deux grands groupes : \t%pyrexm, maladies avec fièvre, les apyrexies, maladies sans accompagnement fébrile. Le diabète est dans cette dernière catégorie de maladies. Je dirai môme que pour être diabétique, il faut n’avoir pas d’autre maladie; il faut se bien porter. La nutrition n’est pas arrêtée dans le diabète; elle est exagérée. Dans les pyrexies, l’assinailation nutritive, au contraire, est arrêtée, suspendue;
aussi lu cliabèlu, disparait-il Kiomenlanément dans Ies pyrexies intercurrentes, comme les médecins le savent très-bien. De même, dans le traitement du diabète, on peut parfois se tromper sur les effets d’un médicament qui fait disparaître le sucre par une altération de la nutrition . Nous aurons d’ailleurs à revenir ultérieurement sur toutes ces questions que je ne fais qu’indiquer ici d’une manière générale.
Ainsi, je le répète, il n’est pas possible aujourd’hui de caractériser le diabète par une lésion organique précise et nous eu sommes réduits à le définir par ses symptômes extérieurs.
Les symptômes fondamentaux du diabète, disent les cliniciens, sont au nombre de cinq, savoir : l’augmentation de la sécrétion urinaire ou polyurie; la modification de composition des urines, consistant dans la présence du sucre, c’est la glycosurie ou méliturie; l’augmentation de la soif ou polydipsie; l’augmentation de la faim ou polyphagie. Enfin , les anciens auteurs signalaient déjà une émaciation rapide, amenant la consomption ou autophagie.
C’est tantôt l’un, tantôt l’autre de ces symptômes qui a attiré l’attention des médecins. Les uns ont été frappés de la surabondance de la sécrétion urinaire; ils ont appelé la maladie un flux d’urine [flux diarrhœa urinœ). D’autres ont remarqué surtout la présence du sucre, la méliturie ou la glycosurie. D'autres enfin ont attaché la plus grande importance à l’amaigrissement, à la déchéance rapide de l’organisme, à la consomption qui semblait le miner. Ainsi, Nicolas et Gueudeville ont-ils appelé le diabète « phlysurie sucrée ».