‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 23 sur 156 · PHYSIOLOGIE DU DIABÈTE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE DU DIABÈTE

vent être atténués et rester à peu près inappréciables ; que d’autres fois ils sont plus marqués et que leur intensité peut aller croissant jusqu’à atteindre son complet épanouissement dans le diabète mortel. On conçoit, d’après cela, que les cas de glycosurie simple et passagère devront être plus bénins, et les cas de diabète confirmé plus sévères. Cette remarque est d’accord avec la clinique aussi bien qu’avec la physiologie.

Par ces considérations, la glycosurie nous semble être le signe fondamental et pathognomonique du diabète. Nous reconnaissons toutefois que ce n’est là qu’un symptôme et non la maladie elle-même; mais il en donne souvent le degré. La glycosurie fugace et peu intense caractérise le diabète léger ; la glycosurie intense, accompagnée de son cortège de symptômes, marque un diabète de plus en plus grave.

Je reviens à mou point de départ, la glycosurie : ce symptôme caractéristique, est- il d’essence morbide, sans racines dans l’état ordinaire? En aucune façon. Ce qui est vrai de la polyurie, de la polydipsie, de la polyphagie, de l’autophagie, est également vrai de la glycosurie. On peut dire qu’à l’état normal il existe dans certains cas du sucre dans les urines, et que cette quantité, compatible avec la santé quand elle est modérée, devient une cause de maladie quand elle dépasse le niveau ordinaire. Cela vérifie notre principe que l’état pathologique n’est jamais qu’un trouble, une exagération d’un phénomène physiologique ; qu’en un mot, l’étal physiologique contient l’état pathologique sous forme larvée.

Gette glycosurie, en quelque sorte normale, que les réactifs les plus délicats mettent en évidence, était inconnue des premiers médecins qui se sont occupés du diabète : ils ne reconnaissaient le sucre que lorsqu’il existait en quantité très-considérable. Aussi, croyaient-ils la maladie très-rare, tandis qu’elle est très-fréquente ; toujours mortelle, tandis qu’elle est le plus fréquemment peu grave et souvent susceptible de guérison.

Nous pouvons dire que nous sommes tous plus ou moins diabétiques : l’organisme renferme cette maladie comme toutes les autres à Tétât de germe. J’ai montré autrefois que le fœtus dans le sein maternel est fortement diabétique (1). Après la naissance, le sucre disparaît des urines ; mais alors un grand nombre de circonstances physiologiques Ty font reparaître. Supposons, par exemple, qu’on exagère l’absorption intestinale; qu’un homme, qu’un animal ait été laissé à Jeun pendant quelque temps et qu’on leur fasse prendre subitement un bon repas, dans lequel se rencontreront des aliments féculents ou sucrés en grande abondance,; alors de la glycose apparaîtra dans la sécrétion urinaire quelque temps après le repas. Ce fait se produit d’ailleurs chez les malades du diabète; quelques heures après les repas, on voit chez eux la quantité de sucre des urines subir une augmentation constante qui est sous l’influence de la digestion.

La glycosurie et la polyurie peuvent encore apparaître com.me conséquence d’une exagération des fonctions

{i) Comptes rendus de V Académie des sciences, t. XXXI, p. 959

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digestives ou absorbantes du canal intestinal. Sauvage avait déjà remarqué une espèce de diabète qui se produit chez les buveurs, le diabète a vino ou diabète du vin. Il survient surtout chez les individus qui consomment une grande quantité de vin doux ou de vin nouveau : quelquefois ce diabète reste léger et guérit bientôt, d’autres fois, il prend un caractère de gravité, et il a pu même conduire à la mort. L’usage du cidre, de la bière, sous certaines conditions, entraîne les mêmes conséquences. Le fait n’avait point échappé à Nicolas et Gueudéville, qui en avaient été fréquemment témoins dans le pays où ils exerçaient, en Normandie. Schmidt (de Dorpat) cite, lui aussi, le fait d’un brasseur qui avait vu ses chevaux devenir diabétiques en les nourrissant de certains résidus de sa fabrique.

Ces exemples et beaucoup d’autres que l’on pourrait y ajouter établissent donc que la glycosurie et la polyurie peuvent se rencontrer dans de simples conditions exagérées d’alimentation.

Le système nerveux a aussi une influence très-marquée sur la glycosurie. On a observé depuis longtemps que les personnes nerveuses deviennent glycosuriques pour un rien. J’ai visité autrefois, avec M. Rayer, un malade dont la glycosurie avait été accidentelle avant de devenir persistante et avérée. Les ébranlements nerveux; les mouvements d’humeur, les accès de colère, provoquaient chez ce malade inévitablement l’apparition d’une certaine quantité de matière sucrée. Chomel, guidé par la connaissance de ces faits, avait admis un diabète intermittent, mais la plupart des médecins ne

portent le diagnostic diabète cjue lorsque cet état in. termittent devient permanent.

Ainsi, en elle-même, l’existence du sucre dans les urines ne constitue pas le diabète. C’est la proportion de cette matière qui en fait l’importance. Si la production sucrée dépasse les oscillations physiologiques ordinaires, l’état maladif est constitué. Cette disproportion, cette désharmonie, ce trouble de l’équilibre physiologique, cette perturbation fonctionnelle, voilà ce qui constitue la maladie. Ce n’est point l’apparition du sucre, puisque cette substance n’est pas nouvelle : c’est la proportion dans laquelle elle se manifeste qui constitue le véritable caractère morbide. La maladie est une disproportion, une altération des rapports harmoniques des fonctions de l’économie, se liant; bien entendu, d’une manière constante avec une lésion organique : car nous ne sommes pas de ceux qui admettent des lésiom fonctionnelles ou des lésions de propriétés vitales sans altération matérielle. Ce sont là des opinions surannées et complètement antiscientifîques.

Chez les diabétiques, la présence du sucre se constate non-seulement dans l’urine, mais aussi dans d’autres sécrétions ou émonctoi res. Le sucre a été constaté dans la sueur, dans les liquides stomacaux à la suite de vomissements, dans les expectorations bronchiques ; mais je n’en ai jamais trouvé dans la salive ni dans les larmes. Nous verrons plus tard qu’en injectant du sucre en grande proportion dans le sang des animaux, il ne passe pas non plus dans la salive, ni dans le suc pancréatique, ni dans les larmes.

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Si le débordement du sucre daus Furine ou dans d’antres liquides excrétés est le symptôme essentiel du diabète, il ne faudrait cependant pas croire que la disparition ou l’absence de ce symptôme annonce la guérison ou la cessation du diabète. Nous avons déjà dit que chez les diabétiques la disparition du sucre trahit souvent l’entrée en scène de quelque affection intercurrente. Loin d’être une amélioration, elle est une aggravation, car la cause du diabète n’a pas disparu, et il est venu s’adjoindre à elle un auxiliaire dans l’œuvre de destruction de l’organisme. Lorsque, comme cela se voit souvent, la phthisie vient terminer la série des désordres et amène la conclusion mortelle, le diabète, cause réelle du mal, est dissimulé. Il n’y a plus de sucre, et des médecins inexpérimentés auraient pu croire que le patient était guéri de cette maladie qui, le tue* /

Les médicaments produisent quelquefois un effet ana-t logue en apportant des troubles morbides dans l’organisme. Lugol, ancien médecin à l’hôpital Saint-Louis, avait préconisé l’usage de l’iode dans un grand nombre de maladies. L’iode parut réussir à Lugol dans certains cas de diabète ; le sucre diminuait ou disparaissait. Toute médication énergique, quelle qu’elle soit, produit le même effet passager, mais ne guérit pas le mal. Il ne faudrait pas substituer une maladie à l’autre, mais remonter à la cause qui exagère la formation du sucre, 6l en la modérant ramener l’équilibre troublé de la fonction.

Vous le voyez, messieurs, la symptomatologie du dia-

bète présente ce fait singulier et en apparence paradoxal que la disparition de la glycosurie, symptôme caractéristisque, peut être à la fois un signe de guérison et à la fois un signe d’aggravation et un pronostic de mort.

DEUXIÈME LEÇON

SoMMAiKE : Pathogénie du diabète ; anciennes théories. — Gullen; RollO’ Nicolas et Gueudeville; Bouchardat; Mialhe. — Découverte de la glycooenèse animale. — Etudes cliniques et études de laboratoire. — Médecine empirique. — De la statistique en'médecine. — Empirisme dans le traitement du diabète. — Définition du problème physiologique relatif au diabète.

Messieurs,

Après avoir observé et défini les symptômes principaux du diabète, on a essayé d’en donner une explication. C’est toujoui s ainsi que l’esprit humain procède; il observe, puis veut expliquer. Les médecins qui ont tenté cette œuvre ne possédaient pas tous les éléments pour la mener à bien. Il faut qu’à l’observation faite au lit du malade s’ajoute l’analyse expérimentale de la maladie faite dans le laboratoire. C’est pourquoi toutes les explications pathogéniques données par les cliniciens ne furent d’abord que des hypothèses physiologiques sur lesquelles ils fondèrent cependant leur traitement, prouvant encore une fois par leur exemple que la physiologie est inséparable de la pathologie. Indiquons quelquesunes de ces hypothèses.

Pour expliquer le flux exagéré du rein, la diarrhée urinaire, Cullen le premier a parlé d’un état spasmodique des vaisseaux. Nicolas et Gueudeville ont repris cette hypothèse en admettant que cette déviation spas-

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