‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 24 sur 156 · LEÇONS SUR LE DIAÈTE · texte numérisé non relu

LEÇONS SUR LE DIAÈTE

modique, comme ils l’appellent, précipitait les liquides digestifs sur l’organe urinaire.

Mais le diabète n’est pas seulement caractérisé par une exagération de la sécrétion rénale ; la présence du sucre dans rurine, la soif, la consomption, etc,, sont également des symptômes qu’il faut expliquer. Nicolas et Gueudeville ont placé la lésion initiale du diabèle, non dans le rein, mais dans l’intestin. Voici leur raisonnement ; la nutrition a pour premier acte la digestion, et celle-ci a pour but de rendre assimilables les aliments introduits dans le corps pour le réparer. Les matériaux alimentaires, ceux d’origine végétale surtout, ont besoin, suivant Nicolas et Gueudeville, de subir une transformation qui les rende capables de s’incorporer aux tissus : ils doivent être animalisés^ pour employer l’expression des auteurs que nous citons. Ils sont suffisamment animalisés, dans les circonstances ordinaires ; mais il est des conditions pathologiques , et ces conditions sont celles du diabète, où l’animalisation n’est pas suffisante, où elle n’est pas conduite à terme ; elle s’arrête en chemin, et les matières hydrocarbonées végétales sont amenées à l’état de matière sucrée. Pour nos auteurs donc « le diabète est un trouble de la fonction digestive ». Rollo avait déjà placé la cause du diabète dans les troubles de la digestion ; il admettait que l’action de l estomac est augmentée ainsi que l’action absorbante des vaisseaux lactés; et comme les expériences de Spallanzani à celte époque venaient de démontrer l’utilité du suc gastrique dans la digestion, Rollo de son côté suppose que dans le diabète le suc gastrique a subi une

PATHOGÉNIK DU DIABÈTE.

altération spéciale, ou bien que la matière sucrée, une fois formée par un mécanisme quelconque dans l’estomac, ne se détruit plus, ne s’assimile plus. Comme ou le voit, Rollo, de même que Nicolas et Gueudeville, s’appuyaient sur les expériences physiologiques connues pour expliquer le diabète, mais ils se contentaient de fonder sur elles des hypothèses qu’ils ne cherchaient point à vérifier expérimentalement. Ce ne sont pas des expérimentateurs, ce sont des cliniciens qui cherchent à utiliser les lumières que leur fournissent les physiologistes,

Rollo, Nicolas et Gueudeville, déduisaient un traitement de leurs idées théoriques. Entre autres moyens, ils proposent d’administrer de l’ammoniaque aux malades afin de suppléer ainsi à l’insuffisance des liquides intestinaux et d’animaliser à un plus haut degré les aliments réfractaires. C’est à cette animalisation insuffisante, qui détournait vers le rein, à l’état de matière sucrée, les substances destinées à la réparation du corps, c’est à ce défaut de nutrition qu’ils attribuaient l’amaigrissement des malades, la débilité de leurs muscles et la consomption qui les minait, la phthisurie sucrée^ en un mol.

Ainsi on a d’abord supposé que le diabète était dû à une maladie du rein seul, puis à une maladie du rein et de l’appareil digestif. Mais, dans ces deux cas, on admit que c’était en vertu d’un état pathologique, d’un processus morbide, que le sucre était créé dans l’intestin. Les cliniciens s’arrêtaient à ces hypothèses ; l’observation du malade était impuissante à leur en dire davan-

tage. Il fallait une découverte physiologique pour leur permettre de faire un pas de plus.

Vers 1823, l’Académie des sciences de Paris mit au concours, pour le grand prix de physiologie expérimentale, V Étude des fjhénomènes de la digestion. Les travaux de MM. Leuret et Lassaigne (1), de Tiedemann et Gmelin (2), répondirent à cet appel. Or, il fut démontré par ces nouvelles recherches que le sucre est un produit normal de la digestion des substances amylacées. Tiedemann et Gmelin trouvèrent du sucre dans l’intestin des animaux auxquels ils avaient donné des aliments féculents.

Cette découverte jeta nécessairement une lumière nouvelle sur la théorie du diabète. Il était désormais prouvé qu’il n’était pas besoin de faire intervenir une influence pathologique pour expliquer la production du sucre dans l’intestin ; c’était, au contraire, un résultat normal et physiologique de la digestion de certains aliments.

Les explications chimiques devinrent prédominantes, parce que, dès cette époque, l’influence des travaux de M. Dumas et de M. Boussingault , de Liebig, etc., se fit sentir sur la marche de la physiologie animale et végétale.

• Oh établit ensuite que les aliments amylacés pouvaient se changer en sucre (glycose) dans l’intestin sous

(1) Leuret et Lassaigne, Recherches physiologiques et chimiques pouf

servir a V histoire de la digestion. Paris,

(2) Tiedemann et Gmelin, Recherches expérimentales physiologiques chimiques sur la digestion, traduttion de Jourdan, Paris, 1827.

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