ANCIENNES THÉORIES DU DIABÈTE
l’influence d’une sorte de diastase, comme cela a lieu pour la fécule pendant l’acte de la germination; mais on admit de plus que les autres aliments étaient incapables de fournir de la matière sucrée dans la digestion. On reconnut encore que ce sucre de fécule (glycose) pouvait subir la fermentation lactique sous certaines influences de ferment ou bien se détruire sous l’influence des alcalis.
Dès lors, le symptôme diabétique essentiel, le passage du sucre dans Furine, fut autrement interprété. On regarda comme phénomène morbide non plus la formation du sucre dans l’intestin, mais son passage dans les urines. On supposa que le sucre formé passait anormalement dans l’urine, par suite de sa non-destruction en d’autres principes dans le canal intestinal ou dans le sang. M. Bouchardat (1) admit la première opinion, en supposant que le sucre devait normalement se changer en acide lactique dans l’intestin; M. Mialhe soutint la seconde en attribuant la destruction normale du sucre à l’action des alcalis du sang.
On supposait, en outre, ainsi que je l’ai déjà dit, que le sucre de l’organisme animal ne pouvait avoir qu’une seule Origine : la digestion des aliments sucrés .ou féculents ; on regardait comme impossible que, par un autre procédé, il y eut formation de glycose dans l’orga*» nisme. On admettait sans réserve, et comme un axiome, cette proposition : que le règne.végétal seul peut créer les principes immédiats sucrés, et que l’animal s’en nourrit
(1) Bouchardat, Du diabète sucré ou glucosurie, son traitement hygiénv^ g««. Paris, 1852;
iSO LEÇONS SUR LE DIABÈTE.
seulement en les détruisant par une combuslion incessante qui se passe en lui.
Les choses en étaient là, lorsqu’en 1849 j’entrepris une série de recherches expérimentales desquelles il résulte que l’organisme animal a non-seulement la faculté de produire du sucre dans la digestion des substances féculentes, mais qu’il possède la puissance d’en former en dehors de cette condition; de telle sorte que la production du sucre (glycose) est un phénomène normal et constant de la nutrition, phénomène auquel j’ai donné le nom de gly cogenèse animale, me suffit d’indiquer le fait ; je n’irai pas plus loin pour aujourd'hui dans cette question , car je veux la reprendre devant vous avec soin et dans tous ses détails.
J’ai voulu vous montrer seulement par ce bref historique que tous les progrès qu’on a pu faire dans l’explication des phénomènes du diabète sont venus de la physiologie et non de la clinique, qui est complètement impuissante à ce point de vue. Nous ne disons pas cela pour coiitester rutilité, la nécessité de la clinique, bien au contraire : nous voulons seulement préciser ses limites afin de mieux en faire ressortir l’importance. La clinique nous donne la base ou les premiers matériaux sur lesquels doivent se porter toutes nos investigations. Mais la clinique ne peut ellemême élaborer ces matériaux, en remontant à la causé des phénomènes. Comment la clinique eût-elle trouvé qu il se forme du sucre dans l’intestin par les agents digestifs et par les autres procédés de glycogenèse que j’ai fait connaître? Cela eût été tout à fait impossible;
la clinique et l’expérimentation. 81 et cependant il faut, pour arriver à une explication exacte du diabète, connaître à fond le mécanisme de cette glycogenèse physiologique.
Nous avions précisément en vue cette succession des rôles de la clinique et de la physiologie, quand nous vous disions, dans une de nos précédentes leçons, qu’au sortir de la salle d’hôpital le médecin devait entrer dans un laboratoire, au lieu d’aller s’enfermer dans son cabinet et d’interroger ses livres pour chercher dans ses prédécesseurs la solution des problèmes médicaux. 11 faut qu’il s’adresse à l’expérimentation, qui seule peut lui donner le moyen de pénétrer , dans l’analyse et dans l’explication de ce qu’il a vu chez son malade.
Aujourd’hui beaucoup de médecins comprennent celte nécessité, et des laboratoires physiologiques se fondent à côté des services de malades. Il est bien clair qu’en agissant ainsi on n’abandonne pas la clinique ; au contraire, il est toujours nécessaire de venir confronter et éclairer l’une par l’autre l’observation clinique et l’expérimentation physiologique. — L’expérimentation qui n’est pas sans cesse retrempée dans l’observation clinique marche à l’aventure et court le risque d’expliquer des choses qui n’existent pas ou de les expliquer autrement qu’elles ne sont.
C’est peut-être dans l’élude du diabète que la physiologie expérimentale a le plus à faire. Les symptômes 9^ycosurie^ polydipsie^ polyurie^ sont inséparables de l’étude des fonctions digestives, glycogénésiques et des fonctions sécrétoires du rein. C’est par la voie physiolo-
gique seule qu’on pourra arriver à donner une base scientifique à la pathogénie et à la thérapeutique qui s’en déduira comme la conséquence directe. ^
La clinique, nous ne cesserons de le répéter, est la partie fondamentale de la médecine, mais elle ne saurait suffire pour constituer la médecine scientifique à elle seule. La médecine scientifique est une médecine dans laquelle la, pratique doit se déduire dans tous les cas d’une manière sûre de la théorie. Or, la clinique ne fondera jamais à elle seule une théorie médicale semblable. .Elle ne peut aboutir qu’à l’empirisme dans les cas même où, elle va aussi loin que possible. Dans le cas, par exemple, où un médecin a devant lui un malade atteint de fièvre intermittente, il reconnaît avec certitude la maladie et il lui applique un remède efficace, le sulfate de quinine. Il peut donc dire que, dans cette circonstance, le problème de Pitcairn a été résolu: une maladie étant donnée, on l’a reconnue et l’on a trouvé son remède. Mais ce n’est là que de la médecine empirique pure. On n’explique rien. Qu’est-ce que la fièvre ? Comment agit le sulfate de quinine ? Ce sont des questions restées absolument obscures^ sur lesquelles on n émet que des hypothèses sans preuves. On ne déduit donc pas sûrement ici la pratique de la théorie. Il y ^ bien des exceptions à la guérison , même dans cet exemple que j ai choisi à dessein comme étant un des plus favorables aux médecins qui repoussent l’intervention de la physiologie. Néanmoins, beaucoup de médecins cliniciens, très-éminents d’ailleurs, s’en contentent et
g’en tiennent comme satisfaits; iis pensent que la médecine ne peut pas aller au delà, et ils traitent d’utopistes les physiologistes qui rêvent de voir se fonder une médecine scientifique telle que nous la concevons.
Tous ces arguments ne sauraient ébranler nos convictions, et nous pouvons trouver dans la pratique médicale actuelle même dès preuves en faveur de notre opinion. En effet, il y a encore bien peu de maladies, mais il y en a pourtant, où la pratique est déjà sortie de fempirisme et peut se déduire avec certitude d’uné théorie vraie. Le traitement delà gale est un exemple à citer sous ce rapport. Il y a peu d’années, à peine trente ans, que la cause delà gale était parfaitement ignorée. On l’attribuait à un vice hérpetique ou psorique, dont on admettait la ditfusiou par contagion, le déplacement par métastase et auquel on attribuait une foule de propriétés hypothétiques. On lui opposait un traite-^ ment interne et externe, des purgatifs, des pommades, et l’on établissait, par la statistique des guérisons, la plus grande efficacité relative de ces différents modes de traitement. Aujourd’hui, les études microscopiques appliquées à l’étude delà maladie ont appris qu’elle avait pour cause un acare, un parasite. On, a étudié ses Mœurs, sa reproduction, son habitat dans la partie sous-épidermique de la peau. Dès lors, on l’a attaqué ^vec des substances capables de le tueri Aujourd’hui, il n’y a plus de statistique à. établir sur guérison de: la gale. vLes, giiérisons sont certaines fiuand on se met dans les conditions voulues. A l’ hôpital Saint-Louis, tous les malades sortent guéris sans