URINES ET NUTRITION
féculents: et inversement, on peut rendre l’urine du lapin transparente, acide, riche en urée, en en faisant un carnivore, en le nourrissant avec du bœuf bouilli. On peut donc rendre l’urine semblable chez les animaux en les soumettant à un régime alimentaire semblable. Mais le meilleur procédé pour les ramener à cette identité de régime alimentaire, c'est de les mettre à jeun. Voici comment :
Le travail de la nutrition est un phénomène constant qui ne s’interrompt jamais. Lorsque Cuvier a dit que la circulation était permanente et la nutrition intermittente, il voulait parler, sans doute, de la digestion et non de la nutrition. En effet, lorsqu’on ne donne point d’aliments à un animal, il ne meurt pas immédiatement pour cela, la nutrition ne s’interrompt pas, elle s’accomplit encore aux dépens des tissus mômes ; c’est une autophagie véritable, l’ animal se mange lui -même. Tout animal est ramené alors à être un carnivore, car il vit de sa propre substance. Si dans ces conditions on examine ses urines, on les trouve acides et transparentes. Vousallez êtretémoinsde l’expérience.
Voici des urines d’un chien et d’un lapin soumis l’un et l’autre à l’abstinence depuis quarante-huit heures ou peut-être plus; les deux urines sont ambrées, acides, claires et contiennent beaucoup d’urée. En ajoutant de l’acide nitrique à l’urine, et en faisant refroidir l’urine, on voit, dans l’un et l’autre cas, l’urine se solidifier en quelque sorte par le dépôt d’une grande quantité de cristaux de nitrate d’urée. Chez les chevaux soumis à une longue abstinence, j’ai observé le même phéno-
mène, et l’urée de\'ient si abondante, que, par le refroidissement, les cristaux se forment spontanément eu masse.
On peut dire, en un mot, que toutes les urines sont égales et semblables devant l’abstinence.
Ces considérations sont applicables à l’homme. Chez lui, comme chez les animaux, l’urine donne des réactions diverses, selon l’alimentation : acide ou alcaline, suivant que l’alimentation est fortement animale ou végétale. Je l’ai observé sur moi-même; j’ai rendu mes urines alcalines par un régime végétal exclusif. Linnée avait déjà signalé le fait, lorsqu’il avait fait remarquer que l’urine de l’homme devient alcaline après l’ingestion d’une grande quantité de cerises.
Toutefois il faut un excès dans l’alimentation végétale pour amener chez l’animal ou chez l’homme une modification appréciable des urines. Becker a fait des expériences qui ne lui ont pas donné de résultats, parce qu’il employait une trop petite quantité d’aliments féculents. Il se contentait de 25 à 30 grammes de fécule de pomme de terre, proportion insuffisante pour amener l’alcalinité des urines.
On attribue l’alcalinité des urines, dans le cas d’une alimentation herbacée ou frugivore exagérée, aux sels organiques de potasse (malates, lartrates, citrates) que renferment les substances alimentaires. Cependant, quand l’urine devient fortement alcaline, chez un chien nourri avec des pommes de terre et un peu de graisse, comme je l’ai vu souvent, on ne peut pas, dans ce cas, faire intervenir autre chose que les féculents. On doit
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Jire d’une manière générale que les aliments qui donnent des cendres alcalines rendent l’urine alcaline, ceux qui donnent des cendres acides rendent l’urine acide. Les graines, le blé, l’avoine, donnent des urines acides, quoique ce soient des substances végétales.
Il y a un autre fait dont je me suis autrefois préoccupé et dont l’explication ne me paraît pas encore connue, c’est la formation du dépôt qui rend trouble l’urine des herbivores. Dans les expériences que j’ai faites à ce sujet, je me suis assuré que le trouble survient dans le bassinet même de l’uretère ; mais comment et par quelle réaction ce trouble a-t-il lieu? Il y a des cas dans lesquels ce trouble ne se présente pas; ainsi chez les chiens, nourris de pommes de terre, l’urine alcaline est pâle, très-claire et transparente ; chez les lapins nourris de choux exclusivement, l’urine alcaline abondante est pâle et transparente, et chez ceux nourris de carottes exclusivement, elle offre la même réaction, mais est trouble et comme laiteuse.
J’ai encore observé que la réaction des liquides de l’intestin grêle suit en général celle des urinés. Ainsi, quand les urines sont alcalines, l’intestin grêle est alcalin, et quand les urines sont acides, l’intestin grêle est acide (1).
A parties faits de réaction chimique des urines dont nous venons de parler, il en existe d’autres dans lesquels le mécanisme de l’alcalinité ne doit pas être le même.
(1) Cl. Bernard, Comptes rendus de l’Académie des sciences, tome XXII , 26 mars 1846.
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J’ai observé que souvent, chez les chiens nourris à la viande, les urines sont rendues alcalines par de l’ammoniaque; l’évaporation ou la dessiccation du papier réactif fait disparaître l’alcalinité. J’ai observé cette réaction alcaline des urines chez les chiens qui, mis à l’abstinence, étaient ensuite nourris avec de la viande. Au début delà digestion, les urines se montrent douées d’une réaction alcaline très-manifeste, puis elles redeviennent acides plus tard.
Nous avons dit que chez les animaux à jeun , la quantité d’urée augmente considérablement dans le liquide urinaire ; mais c’est à la condition que les animaux ne soient pas malades, car s’il y a une maladie qui entraîne l’arrêt de la nutrition, l’urée cesse d’apparaître pour faire place à d’autres substances.
Nous n’avons pu donner ici qu’une indication trèssommaire des modiflcalions incessantes qu’éprouve lé liquide urinaire, sous l’influence des mutations nutritives de l’organisme. Nous avons voulu seulement montrer qu’il existe des rapports intimes entre les variations de la coniposition du liquide urinaire et la mobilité des phénomènes de la nutrition, de sorte que si ces rapports étaient bien déterminés, on pourrait avec certitude juger des uns par les autres. L’analyse des urines présenté donc en médecine une grande importance, et l’on conçoit que c’est le sentiment intuitif de cette importance qui à porté des médecins des urines à prendre ce liquide comme base exclusive de leur diagnostic. Maisdl faut établir scientifiquement ce que l’observation empirique ad abord fait pressentir. Or, la physiologie vient de nous