‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 36 sur 156 · EXAMEN DES URINES · texte numérisé non relu

EXAMEN DES URINES

polarimétrique. Le compensateur a été préalablement disposé au zéro. On interpose le tube et Ton fait mouvoir la vis micrométrique du compensateur, de façon à revenir à la teinte sensible.

Mais il y a plusieurs inconvénients qui se présentent ici et qui exigent des manœuvres nouvelles.

Il faut d’abord que le liquide urinaire soit préalablement décoloré et transparent. Ou obtenait autrefois ce résultat en traitant le liquide par l’acétate neutre de plomb, qui précipitait, entre autres substances, celles qui colorent l’ urine. Le sucre reste en dissolution. Il faut ensuite le débarrasser de l’excès de plomb. L’hydrogène sulfuré ou l’acide sulfurique le précipitent.

J’ai indiqué un moyen beaucoup plus simple et préférable sous tous les rapports (1). Il suffit de traiter l’urine par le charbon animal et de compléter l’action par la chaleur ou en attendant un temps suffisant. On filtre la liqueur, laquelle passe entièrement limpide et se prête dès lors à l’examen polarimétrique.

Malgré celte simplification qui rend très-rapide l’emploi du saccharimètre, cet instrument n’est pas en usage dans les recherches délicates. Il comporte des causes de variations personnelles. L’appréciation de la teinte de passage ne se fait pas de la même manière par tous les yeux. De plus, les indications ne sont pas extrêmement sensibles. Néanmoins cet instrument, servant à distinguer les diverses espèces de sucres et à reconnaître les modifications que peuvent éprouver certains d’entre

(1) Voyez Comptes rendus de la Société c

lOOO, ÿ.

Fig. 1. — Appareil saccharimétrique de Soleil. parties tubulaires A et B, — La lumière pénètre

ANALYSE DE l’uRINE.

eus, nous sera indispensable pour étudier plus tard la digestion et rassimilalion des principes sucrés. C’est pourquoi il importe que nous donnions sinon la théorie de l’instrument, du moins la manière de l’appliquer à ’examen d’un liquide sucré déterminé.

A l’extrémité O du saccharimètre (voy. fig, 1) on dispose une lampe qui envoie des rayons lumineux à travers un nicol (1). Le faisceau de lumière polarisée traverse ensuite le tube G, que l’on remplit d’abord d’eau distillée et que l’on place de B en A (en G, ligne poinlillée). L’œil de l’observateur étant appliqué à l’autre extrémité de l’appareil, derrière un second nicol faisant le rôle d’analyseur, on tire l’oculaire L ou on l’enfonce jusqu’à ce qu’on l’ait mis au point et qu’on aperçoive clairement un disque circulaire divisé par une ligne noire très-nette en deux parties égales de couleurs complémentaires. En faisant tourner le bouton horizontal h à droite ou à gauche, on arrive à produire des

circulaire; elle traverse dans la partie A d’abord un prisme polarisateur G', placé en p, puis en p' , une plaque de quartz G" composée de deux demidisques qui ont des pouvoirs rotatoires inverses {g, d). — F, échelle à double graduation inverse au moyen de laquelle on reconnaît le sens de la déviation, lorsque, ayant interposé en G un tube plein de dissolution sucrée, pour rétablir l’uniformité de coloration entre les deux moitiés du disque lumineux (dont l’une par exemple est rouge et l’autre bleue, comme en E), on tourne le bouton b de gauche à droite ou de droite à gauche. (Pom‘ les autres détails de construction de l’appareil, voyez : Glerget, in Annales de chimie et de physique, t. XXVI, p. 175; et A.-B. Poggiale, Traité d’analyse chimiqw, flg, 155^ p. 435.)

(1) M. Wiesnegg construit une lampe spéciale pour observer au saccharimètre. G’ est un bec de Beugel ordinaire, entouré d’une chemise en tôle, qui ne laisse passer la lumière que par une ouverture ayant le diamètre du polariseur. On élimine de la sorte toute la lumière étrangère, ce qui permet d’observer en tous lieux dans les mêmes circonstances.

teintes identiques; les demi-disques présentent exactement la même couleur. Il faut tourner alors un anneau voisin de l’extrémité L ou de l’oculaire, et qui contient le prisme de Nicol analyseur, jusqu’à ce que les àem\disques présentent la couleur qu’on appelle teinte sensible et qu’on choisit ordinairement dans la teinte uniforme bleu violet, de telle manière que le moindre mouvement à gauche ou à droite fasse passer l’un des demidisques au rouge et l’autre au vert. On note la position du zéro devant un repère fixe.

Si l’on remplit alors le tube d’une solution-type de sucre candi contenant 16?^ 35 de matière sèche et la quantité d’eau distillée nécessaire pour compléter 100 centimètres cubes, les demi-disques prennent des couleurs différentes. Pour les ramener à la teinte sensible, il faut tourner le bouton b; et alors, si l’appareil est bien réglé, c’est le numéro 100 de l’échelle qui coïncide avec le repère.

On voit par là que chaque degré de l’échelle représente un poids de sucre candi pur égal à dissous dans 100 centimètres cubes d’eau. Dès lors, pour faire une analyse de liquide sucré, on en remplira le tube (100 centimètres cubes), et l’on notera le déplacement du zéro. Le poids du sucre saccharose sera obtenu en multiplant le nombre des divisions par 0^‘‘,1635, Pour la glycose, qui nous intéresse surtout, nous verrions que chaque division de l’échelle correspond à 0s‘‘,2o97 de cette espèce de sucre : cela résulte de la lecture de la table de M. Clerget annexée à l’appareil.

ANALYSE DES UllINES.

jfous allons analyser ici l’urine d’un diabétique. On recommande dans certains ouvrages de précipiter l’urine par le sous-acétate de plomb afin de la décolorer, sanf à tenir compte, par des corrections convenables, de la quantité du réactif dont on a étendu le liquide urinaire. Nous faisons usage, ainsi que nous l’avons dit plus haut, (l’un procédé bien plus simple et qui n’exige aucune correction; nous ajoutons, comme vous le voyez, du noir animal à l’urine en proportion plus ou moins grande, suivant le degré de sa coloration. Au bout de quelques instants, même à froid, la décoloration est complète et nous recueillons par la filtration le liquide incolore que vous voyez ici. Nous introduisons l’urine décolorée dans le tube T de 20 centimètres, que nous substituons au tube d’eau distillée; nous trouvons une coloration rouge très-nette du demi-disque droit et nous ramenons ensuite à la teinte sensible en faisant tourner le bouton h. Nous constatons qu’il a fallu un déplacement de 5 degrés pour ramener la teinte sensible. Or nous savons, d’après les tables de M. Clerget, que l degré de l’appareil équivaut à 0s'',2397; nous avons donc dans le tube 5 -f 0s'',2397 = i®'',198 de sucre et nous concluons qu’un litre d’urine contient près de 12 grammes de sucre.

Le sucre qu’on rencontre dans l’urine des diabétiques dévie toujours le plan de polarisation à droite, comme le sucre de fécule et le sucre candi. Mais le sucre candi, interverti par les acides, dévie le plan de polarisation à gauche. Nous verrons plus tard que le cas pourrait se présenter chez l’homme; et nous signalerons avec soin les circonstances dans lesquelles il peut avoir lieu.

L’albumine, qui peut se rencontrer parfois dans l’urine, dévie à gauche le plan de la lumière polarisée. C’est une complication qu’il est bon de connaître : on précipite préalablement l’albumine par un acide ou par la chaleur, ou plus simplement encore par le charbon animal, qui opère en même temps la décoloration du liquide urinaire; de Turine sanguinolente, par exemple, est très-bien débarrassée par le charbon à froid ou à chaud de la matière colorante et de l’albumine.

Nous avons dit que l’emploi du saccharimètre de Soleil comporte des variations personnelles. En effet, ce saccharimètre, reposant sur la distinction des couleurs, sa sensibilité devient illusoire pour les personnes affectées de chromatopsie.

M. Jellet, à Dublin, a cherché à remédir à cet inconvénient en créant un nouveau saccharimètre à pénombre, où l’œil, comme dans le photomètre, n’a plus à raccorder que deux teintes grises.

Nous ne décrivons pas cet instrument dont la théorie est d’ailleurs très-simple. M. Duboscq en a donné la pratique, et, sans aucun doute, il est destiné à rendre des services à la physiologie et à la clinique.

Les procédés polarimétriques, les meilleurs cependant des procédés physiques, sont insuffisants, avons-nous dit, toutes les fois qu’il s’agit de travaux délicats ou de recherches d’investigation ; ils peuvent suffire à la pratique des hôpitaux où l’on ne rencontre et où l’on n’adinet ordinairement que les diabétiques dont la maladie est bien caractérisée.

Mais la constatation du sucre à l’état physiologique

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