‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 43 sur 156 · QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LEÇON

Sommaire : La glycosurie n’est que la conséquence de la glycémie. Recherché du sucre dans le sang. — Expériences démontrant la glycémie physiologique. — Conditions expérimentales dont il faut tenir compte. — L’ahsence du sucre dans le sang est un phénomène morbide.

xMessieurs.

Maintenant que nous possédons des moyens de déceler la matière sucrée et la possibilité d’en déterminer les proportions partout où elle existe, nous pouvons revenir à notre problème, l’étude physiologique du diabète, et en aborder la solution d’une manière fructueuse. Il s’ agira' d’abord de suivre la production et la circulation de la matière sucrée dans l’organisme.

■ Le diabète, nous l’avons vu, se caractérise par la présence du sucre dans le liquide urinaire. La glycosurie, en un mot, est le symptôme pathognomonique de cette maladie. C’est un signe net, précis, que nous savons reconnaître facilement, mais c’est en outre uu symptôme dont nous devons rechercher le sens et donner l’explication. Pour cela il nous faut remonter à la source du phénomène et savoir d’où vient cette matière sucrée que l'6n voit apparaître dans la sécrétion urinaire. La glande qui sécrète l’urine, c’est le rein. On sait que cet organe est un appareil purement excréteur, c’est-à-dire qu il n’élabore pas lui-même la matière qu’il rejette : sa fonction est principalement celle d’un filtre.

GLYCOSURIE ET GLYCÉMIE. 1 25

Ainsi, le sucre qui est éliminé par les reins, ne doit pas être attribué à cet organe. Il existe préformé dans le sang, comme tous les autres éléments de F urine. La glycosurie n’est que la conséquence de glycémie.

Cette vue théorique est absolument vérifiée par l’expérience. Le sucre existe réellement dans le sang, avant de se montrer dans l’urine. Le rein l’élimine comme il élimine d’autres substances. D’autres sécrétions que Furine peuvent d’ailleurs se comporter de la même façon.

Nous serons donc entraînés à pénétrer plus profondément dans l’organisme et à rechercher le sucre dans le sang. Nous étudierons d’abord la glycémie ou la mé^ litémie.

La première question que nous ayons à nous poser est celle-ci : Pouvons-nous déceler le sucre dans le sang, et constater sa présence avec exactitude? A cette question, je réponds par l’affirmative.

Le procédé que je vais employer devant vous pour déceler la présence du sucre dans le sang est celui que j’ai donné il y a plus de vingt ans (i), et que beaucoup d’expérimentateurs ont employé pour son exactitude et sa commodité. Je prends, ainsi que vous le voyez, 25 grammes de sang artériel qu’on vient de retirer de la carotide d’un chien, j’y ajoute 25 grammes de sulfate de soude en petits cristaux, et sans aucune addition deau. Je fais cuire avec les précautions convenables, à feu nuj dans une capsule de porcelaine, en remuant le

(1) Voyez leçons au Collège de France, 1855, p. 45.

mélange pour que la cuisson soit bien égale partout. L’ébullition s’établit, le caillot sanguin se crispe, devient noir et j’obtiens un liquide limpide qui passe sur le filtre, et qui n’est autre chose qu’une dissolution de sulfate de soude sucrée.

En mêlant ce liquide (maintenu chaud pour éviter la cristallisation du sulfate de soude) avec un peu de liqueur de Fehling, on voit un précipité d’oxydule rouge se manifester.

Si l’on a de plus grandes quantités de sang à sa disposition, on peut encore précipiter le sang par l’alcool, filtrer et évaporer la solution alcoolique sucrée. On re^ prend le résidu par l’eau et on y constate la présence du sucre par la fermentation ou par d’autres réactions appropriées.

Nous verrons plus tard comment j’ai établi que la glycémie est un phénomène physiologique constant chez l’homme et les animaux, soit à jeun, soit avec une alimentation quelconque.^

Avant mes recherches, on avait signalé sans doute la présence du sucre dans le sang, mais seulement à titre d’exception, comme la conséquence d’un état morbide.

Les premières analyses du sang que l’on trouve dans la science sont muettes sur la question de la présence du sucre. On ne l’avait pas recherché, et du reste on ne possédait pas encore de moyens pour cela. C’est, dans des temps relativement très-rapprochés de nous que les médecins et les chimistes se sont préoccupés de ce problème. Mais^ dans tous ces cas, l’apparition du sucre dans le sang fut considérée comme un nouveau

GLYCÉMIE ALIMENTAIRE.

symptôme de l’afTection diabétique, comme un phénomène morbide, conséquence du même état pathologique.

D’un autre côté, on trouva que certaines conditions physiologiques pouvaient réaliser accidentellement le même phénomène de glycémie.

On put ainsi attribuer à l’alimentation une influence considérable sur la production du sucre dans l’organisme et son passage dans le sang. La matière sucrée est en effet une étape dans la transformation des matières féculentes. La digestion des substances amylacées, pain, pomme de terre, farineux, conduit à la dextrine, puis au sucre. Quant aux transformations ultérieures, elles sont moins régulières et moins certaines.

Dès lors on fut tenté d’attribuer l’apparition du sucre à un arrêt dans l’évolution digestive des matières amylacées qui, au lieu d’atteindre au terme de leur transformation, étaient fixées dans une des phases intermédiaires. Une perversion de fonctions digestives arrêtait suivant eux f animalisation ou la transformation des féculents; le sucre persistait au lieu de se détruire ; le diabète en était la conséquence.

En résumé, tous les auteurs s’accordaient à attribuer au sucre du sang une origine alimentaire. La glycémie soit normale, soit diabétique était- toujours rapportée à l’alimentation.

Tel était l’état de la question lorsque je commençai mes recherches en 1847. Je montrai, ainsi que je l’ai déjà dit, que la glycémie est indépendante de l’ali^ Daentation ; qu’elle se rencontre chez l’homme et chez

les animaux nourris de viande ou soumis à rabstinence. Je prouvai que la présence du sucre dans le sang est un fait normal coincïdant toujours avec l’état de santé et ne disparaissant que lorsque la nutrition était arrêtée. De sorte qu’au lieu d’admettre, comme mes prédécesseurs, que la glycémie fût un fait pathologique ou accidentel, je fis voir que la proposition contraire était vraie, et que c’était l’absence de sucre dans le sang qui constituait le véritable fait anormal.

Il s’agira plus tard de vous démontrer expérimentalement cette dernière proposition ; rien ne sera plus facile, et vous verrez que les expériences physiologiques ont, quand elles sont placées dans leur déterminisme spécial, la netteté et la rigueur des expériences physicochimiques.

Je vous rappellerai tout d’abord une recommandation essentielle, c’est qu’il faut toujours opérer extemporanément. Si, ayant tiré le sang de la veine ou de l’artère, on abandonnait le liquide sanguin à lui-même, remettant la constatation à plus tard, l’expérience ne réussirait plus : elle donnerait des résultats différents de ceux qu’elle doit donner. La recherche du sucre, je le répète, a besoin d'être faite immédiatement : elle ne doit jamais être renvoyée au lendemain. Il airive, en effet, que le sucre fermente et se détruit dans, l’intervalle, plus ou moins vite, suivant la température ambiante, de telle sorte que bientôt on n’en trouve plus aucune trace malgré l’emploi des procédés les plus parfaits. On comprend par là l’importance de notre prescription, puisque le résultat de l’expérience en dépend,

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