‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 45 sur 156 · LEÇONS SUR LE DUBÈTË · texte numérisé non relu

LEÇONS SUR LE DUBÈTË

expérimentale on peut rendre les plus grands services à la science.

Cette observation faite, revenons à notre sujet et recherchons le sucre du sang chez des animaux placés dans les diverses conditions physiologiques.

Nous allons d’abord opérer sur un chien en digestion de viande. On a ouvert, comme vous le voyez, la carotide pour recueillir le sang artériel, et la jugulaire pour avoir le sang veineux. Nous mêlons à ces liquides un volume à peu près égal de sulfate de soude en petits cristaux; puis, nous filtrons le mélange. La liqueur passe limpide et décolorée. Nous versons quelques gouttes de réactif cupro-potassique, la décoloration se produit bientôt et, par le refroidissement, apparaît le précipité rougeâtre d’oxydule de cuivre.

En second lieu, nous opérons sur un chien à jeun. ■Ces animaux nous viennent de la fourrière où Ton recueille tous les chiens errants de la capitale. Souvent ils sont restés longtemps sans manger, et, en tout cas, ils ne prennent rien pendant leur séjour à la fourrière. Ce sont, du reste, des animaux sacrifiés ; il n’y a d’autre perspective pour eux que d’être pendus, et le genre de mort que nous leur imposons dans l’intérêt de la science n’est pas le plus cruel. Voici donc le sang d’un animal qui est resté pendant quatre jours sans nourriture. Le traitement ordinaire est appliqué aux deux échantillons, veineux et artériel, et nous voyons une précipitation abondante d’oxydule de cuivre qui vient trahir l’existence d’une quantité notable de sucre.

Ainsi l’abstinence prolongée ne fait pas disparaître

glycémie expérimentale, 131

le sucre dans le sang. Nous avons mis un chien à l’abstinence absolue ; on le saignait quotidiennement : après huit jours de ce régime, le sucre persistait toujours dans le sang artériel et veineux. Au moment de la mort par épuisement on en trouvait encore, mais seulement en proportion de plus en plus faible.

Voici maintenant un lapin en digestion de choux et de carottes; nous lui prenons du sang artériel dans la carotide, et nous le traitons immédiatement par le sulfate de soude, ainsi qu’il a été dit. Nous y décelons la présence du sucre avec la plus grande facilité.

Sur le sang total d’un poulet qu’on a obtenu en coupant subitement la tête à l’animal, nous constatons, à l’aide de nos moyens ordinaires, la présence du sucre de la manière la plus évidente.

Toutes ces expériences sont claires, faciles à exécuter; elles donnent toujours les mêmes résultats.

Il en ressort cette conclusion très-nette que :

La glycémie est indépendante de l’état morbide diabétique et indépendante de l’alimentation ; elle est un phénomène normal et constant de l’organisme à .l’état de santé.

Il y a déjà plus de vingt ans que j’ai annoncé ces faits et que dans mes cours je les ai rendus palpables et '’isibles par des expériences irréfutables. Cependant la mérité est si lente à se faire jour que ces résultats semblent ignorés ou très-mal compris de beaucoup de médecins. Cela tient, je le répète, au défaut de discipline dans l’expérimentation physiologique, qui fait que les expériences s’opposent contradictoirement quand elles

sont exécutées dans des conditions dissemblables et à des points de vue différents.

Il m’est arrivé de lire dans une publication médicale toute récente des assertions contraires à celles que je viens d’émettre, et qui ne s’appuient sur rien. On admet, par exemple, deux espèces de glycémie : la glycémie physiologique, qui n’est qu’un phénomène accidentel passager, et la glycémie persistante, qui' n est autre chose que le diabète.

Cela n’est pas exact. Il n’y a qu’une espèce de gly* cémie; elle est constante, permanente, soit pendant le diabète, soit en dehors de cet état morbide. Seulement elle a des degrés : la glycémie au-dessous de3 à 4 pour 1000 n’amène pas la glycosurie; mais au-dessus, la glycosurie se produit. Or, après le repas, la glycémie augmente, à jeun elle diminue d’intensité. Maintenant il peut arriver que cette glycémie, qui peut atteindre 3 pour 1000 dans l’état normal du rein sans laisser passer le sucre ne puisse pas aller jusqu’à ce point sans produire la glycosurie si le rein lui-même est malade et devient plus sensible à l’élimination du principe sucré. On le voit, ce problème est complexe, mais il ne cesse jamais d’être un problème physiologique. Le passage de l’état normal à l’état pathologique est impossible, à saisir, et aucune question plus que le diabète n’est propre à montrer la fusion intime de la physiologie et de la pathologie.

On comprend combien doivent être déroutés les médecins qui s’appuient sur des données physiologique^ erronées et incomplètes. Ce qui manque aujourd’hui aux

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médecins, ce ne sont pas les connaissances cliniques, mais bien des connaissances physiologiques exactes. On peut reprocher quelquefois à ceux d’entre eux qui ne repoussent pas les faits physiologiques, de les accepter sans discernement et d’en faire trop facilement te point de départ de leurs fragiles explications. Quelle confiance peuvent mériter des théories pathologiques fondées sur des faits physiologiques inexacts? C’est un édifice qui pèche par la base.

La clinique et la physiologie ne peuvent jamais être en désaccord : il n’y a qu’une science biologique ou science de la vie, comprenant l’état normal et l’état morbide.

Nous avons montré que l’absence du sucre dans le sang est le phénomène réellement morbide^ c’est-à-dire incompatible avec la vie. Nous vérifierons celte assertion en clinique par l’épreuve du sang de la saignée chez l’homme elles animaux malades. Nous pouvons d’autre part rendre un animal malade, donner la fièvre à un chien; et alors,' soit que l’animal continue à manger, comme cela arrive souvent aux chiens, aux chevaux ou aux bœufs fiévreux, soit qu’il refuse toute nourriture, nous constaterons que la glycémie existe toujours et qu’elle ne se modifie, somme toute, que dans la mesure où se modifient les phénomènes généraux de la nutrition. C’est à raison de cette importance de la question physiologique de la glycémie qui est en quelque sorte la clef du diabète que nous allons, dans les leçons sui- '■antes, retracer devant vous l’histoire complète du sucre dans le sang et dans les liquides des animaux.

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