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HISTOIRE CRITIQUE DE LA GLYCOGÉNIE

sur la vache, avec les mêmes phases contradictoires (1); mais enfin ces théories exclusives furent ébranlées et abandonnées par ceux mêmes qui les avaient d’abord' soutenues; MM. Milne-Edwards et Dumas reprirent les expériences d’Huber sur la formation de la cire par les abeilles (2). L’expérience montra avec la plus grande' netteté que ces insectes pouvaient former de la cire^ c’est-à-dire une sorte de matière grasse, avec du sucre, c’est-à-dire sans que leurs aliments en présentassent des traces. Ce résultat fut bientôt confirmé et généralisé par les expériences de M. Boussingault sur les porcs (3), et celles de M. Persoz sur les oies (4).

En résumé, la théorie du passage des principes immédiats gras tout formés des végétaux dans les animaux est en désaccord avec l’expérience ; la production de la graisse par l’organisme animal est universellement admiseaujourd’hui parles chimistes et les physiologistes. Il en est de même pour le sucre, après nos travaux. Toutefois, nous aurons plus tard à revenir sur cette théorie primitive de la nutrition directe à propos du mécanisme de la formation de la glycose, et nous verrons que bien que nous soyons d’accord aujourd’hui avec l’un des illustres, auteurs de cette théorie, M. Boussingault (5), sur 1er fait principal de la présence du sucre, nous nous en séparerons encore relativement au procédé de produc-

(1) Comptes rendus, t. XVI, p. 558, 568 et 653.

(2) Comptes rendus, t. XVII, p. 531.

(3) Boussingault, Comptes rendus de P Acad, des sciences, t. XX,p. 1728.

(4) Persoz, Comptes rendus, t. XXI, p. 20.

(5) Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1876.

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tion de ce principe immédiat. Les chimistes veulent toujours voir chez les animaux un produit de dédoublement d’une matière complexe,, d’un composé albumi. noïde, par exemple. Nous pensons au contraire qu’il existe des actions chimiques synthétiques chez les animaux comme chez les végétaux, peut-être pas aussi énergiques chez les premiers que chez les derniers, mais qui, chez les uns comme chez les autres, sont liés intimement à ce que nous pouvons appeler l’état vital. En effet, chez le végétal, l’amidon peut, par une action de fermentation ou d’hydratation, se changer en glycose dans la plante morte, mais l’amidon ne se fait que pendant la vie; de même, chez l’animal, la matière morte, glycogène, peut se transformer en sucre ou en d’autres produits par des actions de dédoublement ou d’hydratation qui s’exercent sous l’influence de ferments déterminés, mais la matière glycogène ne se forme que pendant la vie. Ainsi, nous pouvons le dire- par avance, dans les animaux comme dans les végétaux, il y a deux ordres de phénomènes chimiques, les uns de fermentation, de dédoublement, et qui se passent pendant la vie et après la mort, les autres phénomènes de synthèse organique ou d’organisation, qui ne s’accomplissent que pendant la vie. La découverte de la glycogénie hépatique et de la glycogenèse animale n’a fini toutefois par triompher qu’après de nombreuses objections.

On fit d’abord des objections théoriques : au nom de la doctrine chimique, on objecta que le sucre que j avais constaté dans le foie pouvait provenir de l’ali-

histoire critique de la glycogénie. 175 mentation (1). Or, pour prouver que le sucre vient du foie et non de l’intestin, j’avais établi que, chez des chiens longtemps nourris de viande ou à jeun, le sang des veines hépatiques est très-sucré, tandis que celui de •la veine porte ne l’est pas ou beaucoup moins. On voulut prouver le contraire, et on chercha à démontrer par des expériences mal instituées que, contrairement à ce que j’avais annoncé, le sang de la veine porte contient toujours beaucoup de sucre. Il est vrai que lorsqu’on ne prenait dans cette veine que 35 à 80 grammes de sang, on n’y trouvait que des traces de sucre; mais on expliquait ce résultat en disant que la quantité de sang examiné était trop faible; on recommençait l’opération sur 200 à 300 grammes de sang et on y constatait alors les réactions d’une matière sucrée. Cette dernière manière d’opérer était essentiellement vicieuse. Lehmann (2) fit observer avec juste raison que dans ces circonstances, en tirant une si grande quantité de sang, on faisait réellement une hémorrhagie générale par la veine porte, et qu’on n’avait plus le sang pur de la veine porte. Il insista eu outre, comme il l’avait déjà fait (3), sur l’importance de faire les recherches sur l’extrait alcoolique du sang. Lehmann n’eut donc pas de peine à réfuter ces objec-

(1) Fi guier, Sur la fonction glycogénique du foie {Gaz, hebd. de méd., année 1855, p. 82, 122, 236, 290, 301, 753 et 11^).— Nouveaux faits et considérations nouvelles contre l’existence de la fonction glycogénique du foie (in Gaz. hebd., 1857). — Expériences qui prouvent qu’il ne se forme pas de sucre après la mort dans le foie des animaux {in Gaz. hebd., 1857).

■ (2) Lehmann, Lettre à propos de la glycogénie {Gaz. hebd., 26 octobre 1865).

(3) Lehmann, Traité de chimie, t. I, p. 198.

tioDs, et à montrer qu'elles n’atteignaient aucunement la théorie de la glycogénie hépatique.

Toutefois Lehmann ne se contenta pas de réfuter ces^ expériences, mais, dans une série de recherches trèsprécises (1) , il confirma avec moi la présence du sucre dans les yeines sus-hépatiques et son absence relative dans la veine porte. Il ne trouva par exemple (2), sur un chien nourri de viande de cheval, mis en expérience cinq heures après son dernier repas, aucune trace appréciable de sucre dans la veine porte, tandis que les. veines sus-hépatiques en donnèrent 0,81/1 pour 100.

Il importe de remarquer dès à présent que Lehmann énonce les proportions de sucre en les rapportant au résidu sec du sang. Si l’on ne tenait compte de ce fait, ou ne saurait s’expliquer la différence entre les nombres donnés par Lehmann et ceux donnés par Schmidt.

L’importance des travaux de ces deux derniers auteurs mérite que nous fassions plus que les mentionner; nous donnerons le détail de leurs procédés d’analyse, car ils nous fourniront de précieux documents pour l’étude critique à laquelle, ne l’oublions pas, nous voulons aboutir.

Lehmann s’attacha donc à bien préciser les conditions d’une bonne expérience sur le sucre du sang : voici la méthode qui lui servit dans ses recherches :

« On traite le sang par trois fois son volume d’alcool,

(1) Lehmann, Untersuehungen ûber die Constitution des Bluts verschiedener Gefgsse und Zuekerbehalt derselhen imbesondere. Beri{chte d-:r kôn~ Sachs. Gesellschaft der Wissenschaften, 17 nov. 1855.)

(2) Op. cit, p. 106.

histoire critique de la glycogénie.

en évapore à siccité et reprend de nouveau ce résidu par l’alcool. Cette dissolution alcoolique est alors traitée par une lessive alcoolique de potasse caustique : le sucre, s’il existe dans ce liquide, doit former avec la potasse une combinaison insoluble qui se dépose. Ce précipité .est recueilli, puis dissous dans l’eau, et la dissolution aqueuse est partagée en deux parties : l’une d’elles est soumise à l’action du réactif cupro-potassique, qui indique, par la réduction du sel de cuivre, la présence du principe sucré ; l’autre, préalablement saturée par l’acide tartrique, est mise en contact avec la levure de bière pour produire la fermentation alcoolique. »

Quant à Schmidt, il dose le sucre dans le sang par la méthode suivante : il reçoit le sang dans de l’alcool, évapore et concentre l’alcoolature, ajoute un peu d’acide acétique pour empêcher la destruction du sucre, puis il fait fermenter avec de la levûre : du chiffre de l’acide carbonique obtenu il déduit le chiffre de sucre contenu dans le sang (1),

Sans insister ici sur la valeur de procédés opératoires que nous jugerons plus tard en vous faisant assister à nos expériences, achevons Thistoire de ces controverses en rappelant seulement qu’à cette époque la doctrine de la glycogénie hépatique rencontra encore d’autres défenseurs dans MM. Poggiale, Leconte, et dans les commissaires de l’Académie des sciences. En constatant le fait de la glycogénie hépatique, M. Poggiale voulut Rller au delà et entrer dans le mécanisme de la forma-

(1) Schmidt, Characteristik der epidemischen Choiera, Leipsig, 1850, P. 161.

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