‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 57 sur 156 · CL. BERNARD · texte numérisé non relu

CL. BERNARD

plus d’albumine, mais qui renferme le sucre dans une dissolution de sulfate de soude.

Cette solution sucrée de sulfate de soude permet d’obtenir directement (1) la réduction du sel de cuivre dissous dans la soude (liqueur de Fehling).

Mais le sulfate de soude débarrasse- t-il le sang de toutes les substances qui pourrait agir de même sur le tartrate de cuivre? 11 y a en effet des substances, telles que les urates et le chloroforme, qui pourraient se trouver mêlés au sang et qui ont une action réductrice sur le sei cuivrique.

Pour ce qui est des urates, nous n’avons pas à nous en inquiéter : une épreuve directe démontre que le sulfate de soude les retient dans le caillot sanguin : si, en effet, on fait une solution d’urates dans l’eau sanguinolente, qffon fasse cuire cette solution avec un poids égal de sulfate de soude et qu’on filtre, le liquide obtenu ne produit aucune réduction du liquide de Barres-' will ou de Fehling, ce (jui prouve qu’il ne contient plus d’urate.

Le chloroforme pourrait parfois se trouver dans le sang, si l’on expérimente sur des animaux anesthésiés. On pourrait donc craindre que dans ces circonstances la réduction obtenue fût 'due non à du sucre mais à du chloroforme; il était à supposer a priori que la chaleur à laquelle on soumet le mélange du sang et de sulfate de soude suffisait pour faire disparaître tout le cblo'

(1) L’emploi du sulfate de magnésie au lieu du sulfate de soude ne permettrait pas l’essai direct, parce que le liquide cuivrique forme immédiatement un précipité qui gêne la réaction.

CRÏTIQDE EXPÉRIMENTALE. 195

roforine par évaporation, et c’est ce que montre en effet l’expérience directe. Si l^’on traite une certaine quantité d’eau chloroformée artificiellement par un poids égal de sulfate de soude avec ébullition et filtration, on n’observe plus dans le liquide obtenu aucune’ réduction du sel de cuivre ; il n’y a plus trace de chloroforme.

Ainsi, l’usage du sulfate de soude est parfaitement légitime et^nous met à l’abri de toute cause d’erreur. La nécessité de son emploi est du reste facile à prouver, si elle avait encore besoin de quelque démonstration. Si l’on prend du sérum sanguin (débarrassé de la fibrine et des globules) et qu’on cherche à y produire directement la réduction du sel de cuivre, on voit que cette réaction ne se fait pas nettement : elle est masquée par les substances albuminoïdes. Si au contraire on fait bouillir ce sérum avec du sulfate de soude et qu’on filtre, on obtient un liquide dans lequel les moindres traces de sucre donnent une réduction des plus caractéristiques.

En résumé, nous nous sommes arrêtés à l’emploi du sulfate de soude pour rechercher le sucre dans le sang. Il est nécessaire et suffisant pour obtenir un liquide où la réaction du sucre se constate au moyen du liquide cupriqne avec la plus grande facilité, sans aucune source d’erreur. Quand on laisse le liquide se cristalliser par le refroidissement, tout le sucre se trouve dans les eaux mères. Il est possible d’appliquer la fermentation à ce cas, parce que le sulfate de soude n’empêche pas la leMire de bière d’agir; en outre, si l’on veut obtenir le sucre du sang en natuTe, on pourra précipiter la liqueur par l’alcool (eaux mères) en ayant soin de refroidir le

mélange ; le sulfate de soude sera précipité et le sucre restera dans le liquide; on séparera par le filtrage, et en traitant successivement des quantités de sang assez considérables on pourra obtenir le sucre pur. Cette manière d’opérer réussit aussi très-bien pour extraire en nature le sucre du foie, ainsi que nous le verrons plus tard.

Étant maintenant fixés sur les procédés les plus pratiques et en même temps les plus sûrs pour constater la présence du sucre dans le sang, nous pourrons nous mettre à l’abri des nombreuses causes d’erreur que l’on n’a pas toujours su éviter.

Mais ce n’est pas tout que de constater la présence du sucre: cette détermination qualitative devient insuffisante dans la plupart des cas, surtout lorsqu’on veut faire des recherches comparatives sur divers sangs, ou étudier la destruction du sucre dans le milieu intérieur. Il faut alors procéder à des analyses quantitatives^ à des dosages. Dans ce but, nous pouvons employer les diverses méthodes indiquées précédemment pour constater la présence du sucre ; mais elles présentent certaines causes d’erreur- que nous avons déjà indiquées pour le procédé par fermentation (1).

Nous avons dit que c’est la liqueur cuivrique qui nous fournit le meilleur procédé de dosage (voir p. 114 à 1 16} ; c’est Barreswill qui a le premier employé ce moyen de dosage eu reconnaissant que les quantités d’oxydule oe cuivre réduit étaient en proportion directe avec la

(1) Yoy, p.,122.

quantité de sucre contenu dans le liquide à l’épreuve. Barreswill a proposé un liquide dont nous avons déjà donné la formule (voy. p. llà).

Le reproche qu’on pouvait adresser au liquide de Barreswill, c’est qu’avec le temps il se réduisait spontanéraeut; lorsqu’on avait préparé cette liqueur titrée, elle n’était vraiment titrée que pour le jour même; le lendemain elle s’était déjà altérée, et pour servir en vue d’un dosage précis, il fallait commencer par déterminer de nouveau son titre en l’éprouvant au moyen d’une solution connue de sucre. On conçoit combien cette altération du liquide compliquait et entravait les manœuvres de laboratoire et jetait de doutes sur les dosages comparatifs.

A la liqueur de Barreswill on a substitué, ainsi que nous l’avons déjà dit, celle de Fehling, qui n’en diffère que peu, et qui cependant ne présente aucun’des inconvénients précédents.

Nous rappellerons ici la composition de la liqueur de Fehling d’après la formule d’une liqueur titrée de ce genre telle que me l’a communiquée M. Peligot :

Sulfate de cuivre . 363'^,40

Sel de Seignette . . 200

Lessive de soude (24“ B) . 300 cent, cub.

Il faut dissoudre le sel de Seignette dans la lessive de soude, ajouter de l’eau en quantité suffisante pour faire un litre à 15”.

Cette liqueur est préparée de manière que son titre ast exactement déterminé par le fait même; et, en effet,, comme le prouve l’expérience, de contrôle, la décolora-

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