‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 58 sur 156 · I.EÇONS SUR LE DIABÈTE · texte numérisé non relu

I.EÇONS SUR LE DIABÈTE

tionou la précipitation complète de 1 centimètre cube de cette liqueur bleue correspond à 5 milligrammes de sucre.

C’est donc cette liqueur qui nous sert à doser le sucre dans le sang. Insistons sur ce fait, que le liquide de Febling dont nous venons d’indiquer la composition n’est pas sujet à une réduction spontanée; il se conserve sans altération surtout si on le garde à l’abri du contact de la lumière pendant des mois et des années, et nous avons des flacons conservés depuis longtemps au laboratoire dans le fond desquels il ne s’est produit aucun précipité. Du reste, l’expérience directe montre que ces liquides ont conservé le même titre que lors de leur préparation.

Récapitulons maintenant d’une manière pratique notre procédé, depuis l’extraction du sang jusqu’à la constatation de la réaction, en indiquant les calculs qui, basés sur cette réaction, nous donnent la teneur en sucre du liquide examiné.

Manuel opératoire. — Pour doser le sucre dans le sang, nous recevons 25 grammes de sang dans une capsule de porcelaine tarée. On ajoute 25 grammes de sulfate de soude en petits cristaux, ce qui fait en tout 50 grammes; on mélange, et l'on place le tout sur la flamme du gaz ou de la lampe à alcool. Nous avons déjà dit que par la cuisson il se produit un coagulum d abord rutilant, puis noir spongieux, mêlé à un liquide plus ou moins abondant. Il faut alors, comme l’évaporation a fait perdre pendant la cuisson une certaine quantité de liquide, rétablir le poids primitif en ajoutant

une quantité suffisante d’eau distillée. On peut alors filtrer ou exprimer, et c’est dans le liquide obtenu que pon dose le sucre.

A cet effet, nous nous servons d’une pipette graduée dite pipette de Moore : elle est verticalement fixée et se <;ontinue à son extrémité inférieure par un ajutage de caoutchouc, sur lequel est appliquée une pince à pression continue. On peut, en agissant sur cette pince, déterminer un écoulement du liquide qui remplit la pipette, écoulement que Ton peut graduer, de manière k le produire même goutte par goutte. Notons à ce propos que les pinces dans lesquelles la compression et la décompression se produisent à l’aide d’une petite vis, sont les mefileures, les plus précises. Le liquide auquel la pince laisse passage s’écoule par un tube dé verre.

Tel est l’appareil : c’est dans cette pipette que l’on reçoit le produit de la filtration du sang cuit avec le sulfate de soude. Si l’on opère en hiver, par une température basse, il sera bon de placer cet appareil près d’une source de chaleur, pour éviter qu’il ne soit trop froid et ne produise ainsi la cristallisation de la solution concentrée de sulfate de soude, ce qui amènerait l’obstruction de l’orifice- du tube d’écoulement de la pipette.

D’autre part, on verse dans un ballon de verre f centimètre cube de la liqueur bleue titrée : on y ajonte 15 à 20 centimètres cubes d’une solution concentrée et récente de soude ou de potasse. Alors on bouche le ballon avec un bouchon à deux trous. Dans l’un de

ces trous entre à frottement le tube d’écoulement de la pipette ; dans l’autre est placé un tube en verre recourbé, destiné à donner issue à la vapeur d’eau qui se dégagera lors de l’ébullition, et muni à son extrémité d’un tube de caoutchouc sur lequel on applique une pince à pression. Cette disposition a l’avantage suivant : lorsque le contenu du ballon est entré en ébullition, et qu’une certaine quantité de vapeur d’eau s’est échappée par le tube en question, entraînant l’air du ballon, on ferme ce tube (par la pression de la pince sur le caoutchouc) et l’on opère alors la réaction à l’abri de l’air.

Pour opérer, on se sert de la flamme d’une lampe à alcool ou d’un bec de gaz au-dessous du ballon contenant le liquide bleu additionné de soude ou de potasse, et l’on chauffe. Dès que l’ébullition se produit, on note la division de la pipette où s’arrête le niveau supérieur du liquide (liqueur provenant du sang) qu’elle contient, et l’on agit sur la pince à pression continue de manière à déterminer l’écoulement de ce liquide, d’abord en un petit filet, puis goutte a goutte, à mesure que l’on approche de la fin de la réaction. Il est inutile de maintenir, comme nous le faisions autrefois, en ébullition la liqueur bleue du ballon, dans lequel vient tomber le contenu de la pipette. La présence du bouchon à deux ouvertures, dont nous avons donné la description, nous permet, par la fermeture du tube qui communique avec l’extérieur, d’opérer à l’abri de l’air. Du reste, dans ces circonstances, en retirant la lampe à alcool, on voit l’ébullition se continuer (dans le vide).

Voici ce qui se produit alors : le sucre contenu dans le liquide de la pipette réduit et décolore le sel de cuivre contenu dans le ballon ; mais vu la présence d’un alcali puissant, delà soude ou de la potasse ajoutées en excès à la liqueur de Fehling, le précipité d’oxydiile de cuivi’e est redissous à mesure de sa formation, de telle sorte qu’il n’y a pas dé coloration jaune ou rouge : il y a simplement décoloration de la liqueur bleue. Si l’on ne maintenait pas le réactif en ébullition ou si l’on n’opérait pas à l’abri de l’air, on verrait la liqueur bleue se reformer, et c’est là une cause d’erreur contre laquelle on ne saurait trop se tenir en garde.

Il faut une certaine habitude pour juger du moment où la décoloration est parfaite et ne pas dépasser ce point : une excellente précaution est de placer de l’autre côté du ballon une feuille de papier blanc verticale, de sorte qu’il est facile, sur ce fond blanc, de juger de l’instant précis où les dernières traces de bleu ont disparu : on arrête alors l’écoulement du liquide de la pipette, et l’on note le degré où est descendu le niveau supérieur de ce liquide. Dès lors, l’opération est finie ; il ne s’agit que d’en interpréter le résultat par le calcul.

. Supposons qu’au début de l’opération le niveau supérieur dû liquide sucré fût à 2ù,8, et qu’après la décoloration du liquide bleu il soit descendu à 18,3. Comme ces divisions indiquent des centimètres cubes, nous dirons qu’il a fallu 2ù,8 — 18,3, c’est-à-dire 6,5 cent, cubes de la liqueur du sang pour décolorer 1 cent, cube de notre liqueur bleue. Or, comme„ 1 cent, cube de,

cette dernière liqueur correspond, avons-nous dit, à 5 milligr. de sucre, nous en concluons que 5 milligr. de sucre sont contenus dans 6,5 cent, cubes de la liqueur que renfermait la pipette: tel est le résultat brut de l’opération.

Mais de cette donnée numérique il en faut déduire une autre relative au sang lui-même. Rien n’est plus simple que le calcul qui nous donnera ce résultat.

Si 6,5 cent, cubes du liquide contiennent 5 milligr. de sucre, 50 cent, cubes du liquide (25 de sang, 25 de sulfate de soude) contiendraient 0,046.

Mais ces 50 cent, cubes représentent 25 gr. de sang et 25 gr. de sulfate de soude. Nous avons donc les 6,046 de sucre contenus uniquement dans les 25 gr. de sang.

Une nouvelle proportion nous permet de conclure que si 25 gr. de sang contiennent 0,046 de sucre, 1000 gr. en renfermeront 1,53.

Donc, dans la détermination prise pour type, le sang contient S = l®%5o pour 1000.

Les chiffres obtenus par le calcul que nous venons d'indiquer sont suffisants pour les expériences comparatives-, car, obtenus dans les mêmes circonstances et par les mêmes procédés, ces chiffres sont parfaitement comparables entre eux. Mais ces chiffrés ne représentent pas la quantité absolue de sucre contenu dans le sang. Or, nous voulons évaluer cette quantité absolue lorsque nous devons comparer nos résultats non plus seulement entre eux, mais encore avec ceux obtenus par d’autres expérimentateurs.

Pour arriver au chiffre absolu, nous devons faire subir à ceux que nous avons obtenus certaines corrections. IVous avons, en effet, dans les calculs précédents, transformé des poids en volume sans tenir compte de ce que la densité des liquides en expérience n’est pas la même que celle de l’eau. Cette première correction est facile à .effectuer. Nous avons pris 25 gr. de sang et 25 gr. de sulfate de soude, et nous avons calculé comme si la somme de ces deux poids était, en volume, équivalente k 50 cent, cubes : or rappréciation directe montre que le mélange de 25 gr. de sang et de 25 gr. de sulfate de soude occupe seulement un volume de 38 cent, cubes.

Nous arrivons donc au raisonnement suivant :

— 25 grammes de sang 25 grammes de sucre donnent 38 centimètres cubes d’un liquide qui contient tout le sucre (des 25 grammes de sang).

— D’autre part, 1 centimètre cube de notre liqueur titrée (liqueur de Fehling) répond à 5 milligrammes de sucre.

Soit n le nombre de centimètres cubes du liquide ffe la pipette nécessaire pour décolorer 1 centimètre cube de la liqueur de Fehling; nous pouvons dès lors poser l’équation : •

ne. c. = 5 milligr. de sucre,

«t par suite :

5 milligr.

1 c. c. (de la liqueur de la pipette) = - ; -

Donc

20i LEÇONS SUR LE DIABÈTE.

Mais o8 centimètres cubes nous représentent 25 gr. de sang, et par suite ^ nous indique la teneur en sucre

de ces 25 grammes de sang. La teneur d’un litre de de sang {kO fois plus) sera représentée par

190miUigr. 7600 milligr.

Telle est la formule générale qui nous permettra d’évaluer la quantité absolue de sucre contenu dans un litre de sang.

Voici un tableau donnant la^proportion du sucre normalement contenu dans le sang de l’homme et de divers animaux. Le sang de la première analyse provient du sang de la veine du bras d’un homme de soixante ans environ, bien portant, ce sang veineux est toujours plus pauvre que le sang artériel. Le sang du bœuf, du veau, du cheval, du mouton, a été pris à l’abattoir sur des animaux tués pour les besoins de la boucherie; c’est un mélange de sang artériel et veineux. Les sangs du marsouin et du squale ont été recueillis par mon préparateur au collège de France, M. le docteur Picard, qui l’a analysé sur place à Concarneau. Le sang de la poule est du sang mixte qui a été obtenu en coupant la tète à l’animal.

Hommfi . 0,90 p. 1000

Bœuf . 1,27

Veau . 0,99

Cheval . . . o,91

Mouton . . . ; . o,50

Marsouin (s. du cœur) . 1,20

Squale . . 0,51

Poule . 4 44

dosage du sucre du sang. 205

iSous constatons que ces chiffres ne sont pas les mêmes pour tous les animaux pris au hasard et dans des auditions indéterminées; mais nous verrons qu’ils diffèrent encore, selon les circonstances, pour un même animal C’est qu’en effet, ainsi que nous l’avons déjà dit, et comme nous ne saurions trop le répéter, le sang, en sa qualité de liquide organique, est d’une composition relativement très- variable; les échanges qui se font entre lui et les divers tissus modifiant sans cesse la proportion de ses éléments. Mais malgré cela, le sucre est toujours retrouvé dans lé sang; il en est un élément constant : la proportion seulement est variable, suivant des circonstances que l’expérience peut préciser.

Voici, à ce propos, quelques exemples de la proportion de sucre contenue dans d’autres liquides sucrés de l’économie.

Liquide céphalo-rachidien. — Sur un gros chien bien portant et bien nourri, on niet à nu l’espace entre l’occipital et l’atlas; on opère la ponction de la membrane occipito-atloïdienne au moyen de la canule piquante d’une seringue, on aspire 15 grammes de liquide céphalorachidien dont les dernières parties sont légèrement teintes de' sang. Le liquide mélangé à un poids égal de sulfate de soude représente un volume de 30 centimètres cubes.

On dose le sucre d’après le procédé précédemment décrit. On obtient comme résultat la proportion absolue du sucre 0,82.

Chyle. — Recherche du sucre dans le chyle et dans

le sang (28 mai 181 1\). ~ Chien vigoureux et en pleine digestion ; on l’étend sur la gouttière à expérience, pour procéder à la recherche du canal thoracique à son abouchement dans la veine sous-clavière. Après une recherche assez longue et pénible, on parvient à l’isoler du tissu dense et serré qui entoure les vaisseaux, et l’on découvre un canal plein de liquide blanc ; on y introduit une canule à fistule salivaire; un petit tube de caoutchouc prolonge cette canule et donne écoulement au chyle. Le chyle s’écoule lentement, assez fortement teinté en rose. A l’orifice du tube de caoutchouc, il se forme constamment un petit caillot, comme si le contact de l’air déterminait la coagulation; le coagulum contient des globules sanguins; il est rouge et cette couleur s’accentue davantage par le contact du sulfate de soude.

On recueille le chyle, et le dosage y fait découvrir une proportion de sucre de 1,70 pour 1000.

On fait à l’animal une prise de sang artériel, dans lequel le sucre = 1 ,78 pour 1 000.

Ainsi, dans ce cas nous avons trouvé à peu près les mêmes proportions de sucre dans le sang artériel et dans le chyle.

Deux heures après une prise de sang veineux est faite : on y constate sucre = 1,90 pour 1000. Notons, pour le moment, que cette proportion, relativement considérable, n’a été constatée que deux heures après le début de l’expérience; nous verrons plus tard, à propos de cas semblables, l’explication de ce phénomène^ d augmentation du sucre. Du chyle recueilli à ce même

CRITIQÜE EXPÉRIMENTALE. 207

xnoment nous donne le chiffre 1,60 pour sa teneur en sucre.

Le lendemain, ce même chien est malade et fébricitant, à la suite des opérations subies la veille : il n’a ni mangé, ni bu depuis lors. Ou trouve dans son sang veineux, comme proportion de sucre == 1,70.

A raide des études que nous venons de faire nous nou» trouvons en état de nous poser la question suivante et de la résoudre.

Comment peut-il se faire que tous les expérimentateurs n’aient pas reconnu la présence constante du sucre dans le sang? Cela tient à des circonstances que nousrévélera la critique de leurs expériences. Nous possédonsaujourd’hui toutes les données nécessaires pour entreprendre cette étude critique.

Parmi les causes qui ont pu tout d’abord s’opposer à ce que certains physiologistes ou chimistes aient reconnu la présence constante du sucre dans le sang, il faut placer en première ligne le temps qu'ils ont laissé s’écouler entre l’extraction et l’analyse du sang ; ils ne se sont pas souvenus que le sang est un liquide organique essentiellement mobile et altérable. Nous savons, au contraire, que le sucre se détruit d’une manière incessante dans le sang, surtout si la température est voisine de celle du corps, de 35 à 40 ; le tableau suivant donnera du reste une idée de la rapidité de cette destruction : du sang de chien est abandonné à lui-même, dans le laboratoire, à une température de 15 degrés environ ; dosé tout de suite après sa sortie du vaisseau, il renfermait, pour 1000 :

Sucre au moment de l’extraction du sang . 1,07 p. looo

Après 10 minutes . 1,01

Après 30 minutes . , 0,88

Après 5 heures . 0,4A

Après 24 heures . 0,00

Ainsi, il faut au moins vingt-quatre heures, avec une température assez basse, pour faire disparaître toute trace de sucre dans un sang qui en contient les proportions normales. Dans rexeraple que nous venons de citer, un expérimentateur qui aurait remis au lendemain le dosage du sucre, n’en aurait plus reconnu la présence tandis que celui qui aurait dosé à l’instant même y avait trouvé i^^07 pour 1000,

Il est donc de la plus haute importance de procéder immédiatement à la recherche et au dosage du sucre dans le sang.

Celte nécessité n’est pas sans causer parfois un certain embarras; il est telles circonstances de lieu et de temps qui rendent cette rapidité dans les opérations presque impossible, surtout lorsqu’on veut étendre les recherches à la clinique, et étudier les modifications de la teneur du sang en sucre selon les états morbides. Mais ici nous ne sommes pas désarmés ; nous connaissons heureusement un certain nombre de substances qui, mêlées au sang, y entravent ou du moins y retardent la destruction du sucre.

Nous citerons X acide phénique et le sulfate de soude, qui peuvent retarder la destruction du sucre ; mais un agent qui rend cette destruction encore moins rapide, et qui doit eu général être préféré aux précédents, au point de vue de la conservation du sucre, c’est Xudde

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