‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 62 sur 156 · INFLUENCE DE L HÉMORRHAGIE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L HÉMORRHAGIE

ce temps à une diète rigoureuse, et on lui avait soustrait chaque jour de 100 à 200 grammes de sang.

2“ expérience. — Sur un chien n’ayant encore subi aucune expérience on fait une prise de sang, et l'on y trouve 1,4 de sucre pour 1000.

Dans le courant de la journée ce chien subit, pour diverses expériences, des hémorrhagies assez considérables : recherchant alors le sucre dans le sang, nous en trouvons 2 grammes pour 1000. Nous voyons encore ici l’influence de l’hémorrhagie que nous avons constatée dans maintes autres circonstances.

Outre les conditions que nous avons précédemment indiquées, et qui nous expliquent les divergences parmi les expérimentateurs, il faut encore signaler les différences des procédés pour la recherche du sucre dans le sang.

Schmidt (de Dorpat), par exemple, donne comme quantité de sucre dansle sang, pour 1000 :

Chez le bœuf . 0,0069

Chez le chien . 0,0074

Chez le chat..... . 0,0021

Or nous connaissons la manière de procéder de Schmidt ; nous savons qu’il employait l’alcool et qu’il dosait le sucre par l’acide carbonique auquel donnait lieu la fermentation. Cette méthode renferme plusieurs causes d’erreur qui devaient fatalement lui donner des nombres trop faibles.

1“ D’abord Schmidt ne s’explique pas sur la question de savoir s’il examinait toujours le sang immédiatement n sa sortie du vaisseau.

2” Puis les traitements alcooliques qu’il faisait subir ail sang exigeaient plusieurs évaporations successives qui amenaient presque inévitablement la destruction d’une certaine quantité de sucre, surtout si l’on n’a pas eu soin d’acidifier le liquide avec quelques gouttes d’acide acétique.

3” Enfin, l’emploi de la fermentation comme procédé de dosage renferme une cause d’erreurs considérables sur laquelle nous nous sommes expliqués déjà plus haut.

Ainsi on voit que les procédés dont usait Schmidt ont dû lui donner des chiffres inférieurs aux nôtres.

Quant à la différence entre nos nombres et ceux de Lehmann, elle tient à une autre cause qu’il est facile d’expliquer : notre point de comparaison n’est pas le même. Il rapporte, ainsi que nous l’avons dit, ces nombres à 100 du résidu sec du sang et non au sang frais.

En résumé, noüs insistons sur la nécessité pour les physiologistes de se fixer à un même procédé pour les analyses du sucre dans le sang, afin d’arriver à des ré sultats comparables et exempts de cause d’erreurs. Le procédé ou la méthode que nous avons indiquée par le sulfate de soude nous paraît la plus pratique et la plus irréprochable ; c’est pourquoi nous la soumettons à l’usage et à l’appréciation des expérimentateurs.

Mais ce n’est pas encore tout que de déterminer dans le manuel opératoire, dans le choix des réactifs, des. conditions physico-chimiques identiques qui doivent amener à des résultats identiques, il faut encore que les conditions physiologiques du sang luL-même soient iden-

répartition dü sucre dans le sang. 215 tiques pour ce qui regarde le vaisseau où l’on puise ce liquide organique et l’état vital de l’animal auquel on l’emprunte.

Nous avons vu que, à l’aide de notre procédé d’analyse, nous sommes arrivés à ce résultat que le sang géoéral, c’est-à-dire le sang obtenu par la décapitation d’un animal, renferme environ \ à 1,5 de sucre pour 1000. Mais au point de vue du sucre, comme d’ailleurs au point de vue de tous ses autres éléments, solides, liquides ou gazeux, le sang ne se ressemble pas partout à lui-même, et il importe de distinguer le sang des différents vaisseaux. Ce sont là des études que nous aurons à vous exposer d’une manière très-explicite, mais sur lesquelles nous devons dès maintenant vous présenter quelques aperçus, toujours au point de vue de la critique expérimentale, qui forme pour le moment notre principal objet.

1“ Dans les artères. — Le sang des artères ne présente pas de variations sensibles sur le parcours de l’arbre artériel, au point de vue du sucre.

2“ Le sang veineux., d’une manière générale, ne renferme pas les 'mêmes proportions de sucre que le sang artériel; de plus les divers sangs veineux, selon les organes d’où ils proviennent, diffèrent entre eux sous ce rapport. Nous trouvons ici les mêmes faits que nous avons dès longtemps signalés pour la teneur en gaz, la lempérature, etc., des différents sangs veineux.

Si eu effet on extrait en même temps le sang arfériel et le sang veineux correspondants, par exemple '^ola carotide et de la jugulaire, ou de la veine et de

l’artère crurales, on trouve les différences indiquées plus bas, qui montrent toujours moins de sucre dans le san^ veineux que dans l’artériel, c’est-à-dire qu’une partie de cette substance a été détruite au niveau des capillaires (1). Ainsi nous avons trouvé :

Pour le membre supérieur {artère et veine axillaires) ;

Sang artériel. Sang veineux.

1,20 1,09 pour 1000

Pour le membre inférieur {artère et veine entrâtes) :

Pour la tête {carotide et jugulaire) :

On voit que de tous les sangs veineux, celui de la tête contient la plus faible proportion de sucre; il faut cependant en excepter le sang de la veine porte, qui est tellement pauvre en sucre, que cette substance n’y est réellement pas dosable.

Nos expériences ont été faites sur des chiens (carnivores), mais il en est de même chez d’autres animaux. Nous allons rapporter des expériences de M . Chauveau (2) qui montrent que chez le cheval la différence est la même

(1) Cette destruction du sucre a lieu probablement par suite d’une fermentation lactique. J’ai montré ailleurs {Comptes rendus de la Société de biologie) que les muscles et les autres tissus ne deviennent acides que sur les animaux qui ont du sucre dans le sang. Nous verrons en outre, après la mort, la matière glycogène musculaire subir une fermentation lactique instantanée en quelque sorte, et sans passer par la fermentation sucrée.

(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXII, p. 1008.

INFLUENCE DE l’aBSTINENCE, 217

au point de vue du sucre entre le sang artériel et le sang veineux. Quant à la valeur absolue des chiffres, notons que Chauveau laisse coaguler le sang et dose le sucre pour 100 de sérum. Or comme le sucre se concentre dans le sérum et non dans le caillot, il en résulte que les chiffres obtenus par cet expérimentateur sont trop considérables, ou que du moins ils ne peuvent pas être comparés aux nôtres. Mais ils n’en sont pas moins significatifs pour le point qui nous occupe relativement à la différence entre le sang artériel et le sang veineux.

PowrlOO de sérum chez le cheval {cheval h jeun depuis vingt-quatre heures)'-

Sang artériel. ' Sang veineux.

Gr. . Gr.

Cheval à jeun depuis trois jours :

Cheval à jeun depuis six jours :

Le tableau que nous venons d’emprunter à Chauveau montre de plus que l’abstinence, loin d’amener la diminution du sucre dans le sang, en produit plutôt l’augmentation.

En comparant le sang de l’aorte et celui de la veine cave (au-dessous du foie), nous avons trouvé de même nne plus forte proportion de sucre dans l’artère (pour 1000 de sang total) :

Aorte. Veine cave inférieure.

Si nous vous présentons dès ce moment ces résultats

expérimentaux, sur lesquels nous aurons à revenir du reste, c’est à fin de vous faire remarquer une condition importante, à savoir que dans ces dosages comparatifs entre le sang artériel et le veineux, il faut toujours, ainsi que nous l’avons déjà indiqué, agir sur la première prise de sang opérée d’une manière simultanée, carie temps qui s’écoulerait entre deux saignées successives pourrait modifier les résultats, ainsi que le font les hémorrhagies elles-mêmes.

Nous allons vous montrer ce résultat sur le chien que vous voyez étendu dans cette gouttière à expérience.

Nous plaçons une canule dans l’artère carotide gauche, et une autre canule un peu plus forte dans la veine jugulaire droite. Nous extrayons ainsi simultanément :

Sang veineux . 36 grammes

Sang artériel. ..... 37 —

On ajoute dans chaque capsule un poids de sulfate de soude égal à celui du sang contenu, on fait cuire le tout, etc.-, en suivant la marche que nous avons indiquée. On procède au dosage du sang artériel et à celui du sang veineux, et nous obtenons après les calculs et les corrections nécessaires ;

Pour le sang artériel 1,48 pour 1000

Pour le sang veineux .. . 1,25 —

Quelques instants après, nous recommençons le même dosage, dans les mêmes conditions. Nous recueillons simultanément 32 grammes de sang veineux et 52 grammes de sang artériel : ici, l’influence d’une opération, d’une forte saignée antérieure, a modifie la

analyses simultanées du SAN&. 219

teneur du sang en. sucre, et effacé la différence précé- ^Jemment si évidente entre les deux sangs en en augmentant la proportion, car nous trouvons :

Pour le sang veineux . 1,56

Et pour le sang artériel . 1,56

D’après cela, on voit combien sont délicates toutes ces expériences; ce qui ne leur enlève rien cependant de leur précision quand on a pu se rendre compte des conditions qui les font varier.

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