‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 68 sur 156 · DIGESTION DE LA FÉCULE · texte numérisé non relu

DIGESTION DE LA FÉCULE

Il n’en est rien pourtant. L’expérience précédente nous a montré l’existence de la fécule en nature dans le chyme stomacal, tandis que c’est dans l’intestin où la réaction était alcaline que la fécule subissait sa transformation complète en sucre.

Il a donc fallu renoncer à la première manière de voir. J’ai déjà eu l’occasion de m’élever contre les tendances des chimistes physiologistes à assimiler les procédés de la nature vivante à ceux de l’expérience in vitro. C’est là un abus, une erreur; les chimistes nous expliquent comment les choses pourraient être, au lieu de nous montrer comment elles sont réellement.

Sans doute, les mêmes lois chimiques régissent les phénomènes des organismes et ceux qui s’accomplissent en dehors d’eux. Il n’y a pas deux physiques, ni deux chimies : les mêmes principes gouvernent les faits, que ces faits aient pour théâtre le corps vivant ou tout autre scène. Cette vérité est la base de toute recherche : c’est un axiome physiologique, en dehors duquel il n’y aurait plus de science.

Mais, ce point établi, il faut reconnaître que si les actions sont de même essence, elles ne s’accomplissent point généralement par des procédés identiques. Ainsi, 'les acides transforment l’amidon en sucre en dehors de l’être vivant ; l’agent de la transformation créé exprès pour ce but, c’est un réactif particulier, propre à l’orgaiiisme, la diastase., un ferment qui se trouve très-répandu, mais à son summum d’activité dans le tissu pancréatique.

Le suc pancréatique, et non point les acides de Tes-

tomac, transforme donc l’aliment féculent en matière sucrée. Son action est très-énergique et aussi efficace que celle des acides minéraux. Elle s’accomplit parfaitement en dehors de l’être vivant et ne suppose aucune intervention quelconque venant influencer sponte suâ les phénomènes, à la façon du principe vital des anciens. Il suffit pour s’en convaincre de faire une infusion du pancréas, pour voir l’amidon se digérer et se transformer en sucre très-rapidement s’il a été hydraté préalablement, plus lentement si la fécule est à l’état non hydraté.

Le sucre de fécule ainsi formé dans l’intestin passet-il dans le sang? Et comment y passe-t-il?

De ce qu’il y a du sucre de fécule formé dans l’intestin, certains auteurs ont pensé que ce n’était pas une raison pour admettre qu’il passe nécessairement dans le sang. M. Bouchardat (1) a soutenu autrefois que la glycose, poursuivant son évolution, se détruisait dans l’intestin où elle avait apparu. Suivant lui, le sucre se changeait en acide lactique d’une façon à peu près complète. Dans le cas de maladie seulement, dans le cas de diabète, la destruction n’aurait pas eu lieu et l’absorption aurait entraîné des quantités de sucre dans le sang.

Pour trancher les doutes, il faudra examiner les voies d’absorption et constater si oui ou non elles renferment du sucre.

(1) Voy. Bouchardat, Supplément à l’Annuaire de thérapeutique de p. 99 et 100. Id., De la glycosurie ou diabète sucrée Paris, 1875, p. 137.

DIGESTION DE L.\ SACCHAROSE, 249

Mais avant d’aborder cette question nous avons à reprendre et à résoudre la seconde partie de notre sujet, c’est-à-dire le problème de la digestion de la saccharose et de la lactose dans le canal intestinal : ceci doit faire l’objet d’une étude particulière.

En effet, vous le savez, Messieurs, l’alimentation introduit dans l’organisme des quantités plus ou moins considérables d’une espèce de sucre particulière, la saccharose ou sucre de canne ou de betterave dont nous faisons usage ordinairement. Or, la saccharose se distingue facilement de la glycose : elle ne réagit pas sur la liqueur cupro-potassique; elle ne fermente pas immédiatement. La saccharose est soluble; elle est absorbable, et cependant elle ne passe pas dans le sang ; à moins qu’on en fasse ingérer à l’homme sain ou à l'homme diabétique de grandes quantités, jamais on n’en a signalé dans le liquide sanguin ni dans les urines.

Que devient donc la saccharose alimentaire? se transforme-t-elle en glycose dans le tube digestif, comme font les matières féculentes, et à partir de ce moment éprouve -t -elle la même fortune ?

Il y a trente ans que j’ai déjà, dans ma thèse de doctorat en médecine, examiné cette question. J’ai montré ce fait important à connaître, que la saccharose introduite directement dans le sang par une injection veineuse ou par le tissu cellulaire ne reste pas dans le sang et s'y comporte comme une substance étrangère qui, à très-faible dose, passe dans les urines; au contraire, la saccharose qui a traversé l’intestin ou qui a été mise en contact préalablement avec les liquides intestinaux se

comporte comme le sucre ordinaire du sang et se détruit dans l’organisme.

Il doit donc y avoir mutation de la saccharose en gly. cose dans le canal intestinal. Mais cette mutation de la saccharose en glycose se fait aussi chimiquement, industriellement en dehors de l’organisme. Le procédé naturel est-il ici le même que le procédé artificiel? C’est la question que je me suis posée.

La saccharose, ou sucre de canne, est

changée par les acides en sucre interverti. Celui-ci est un mélange à parties égales de glycose ordinaire et d’une autre variété, la lévulose.

La lévulose, comme la glycose, a pour formule . gpg très-fermentescible ; elle a les caractères chimiques généraux de la glycose. Elle se distingue de la glycose par un caractère physique important : elle possède un pouvoir rotatoire considérable, déviant à gauche la lumière polarisée, au lieu de présenter comme la glycose ordinaire une déviation droite. Le mélange des deux sucres dévie à gauche, parce que le pouvoir rotatoire gauche de la glycose est le plus considérable.

En résumé, ces deux substances, glycose et saccharose, quoique très-voisines, à certains égards, se distinguent pourtant d’une manière nette par leurs propriétés chimiques, physiques et physiologiques.

Chimiquement, elles diffèrent par leur composition, par leur réaction sur les alcalis, sur le réactif cupropotassique.

Physiquement, par leur action sur la lumière polari-

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