‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 70 sur 156 · DIGESTION DE LA SACCHAROSE · texte numérisé non relu

DIGESTION DE LA SACCHAROSE

de canue iDj'ecté dans le tissu cellulaire d’un lapin que vous avez sous les yeux ; nous trouvons eu faisant uriner le lapin que cette substance a passé dans les vaisseaux saos éprouver de modification. Elle a traversé le sang artériel et s’est éliminée en arrivant aux reins. La saccharose s’élimine par ces organes, ën nature, c’est pourquoi, si nous examinons l’urine de l’animal, nous n’y trouvons pas de glycose, mais bien de la saccharose. L’urine ne réduit pas directement la liqueur cuivrique mais nous ajoutons à cette urine quelques gouttes d’acide sulfurique; nous chauffons; puis la liqueur est neutralisée par le carbonate de soude. L’essai est fait alors avec le réactif bleu cuivrique. La décoloration se produit et la précipitation de l’oxydule de cuivre est évidente. Ainsi, la saccharose a passé dans les urines, elle a été rejetée, éliminée ; elle n’a fait que traverser l’organisme comme un produit inerte et inutile, sans prendre aucunement part aux échanges de la nutrition.

Au lieu de sucre de canne, injectons maintenant du sucre de glycose en même quantité (2 grammes), et de la même manière. L’examen des urines ne décèle pas de sucre d’aucune espèce. La quantité introduite est donc utilisée tout entière dans l’économie et non point rejetée au dehors; elle y est détruite en servant aux opérations de la nutrition. Le sucre de fécule est un produit utile et non un produit inerte.

Voilcà donc le premier point auquel nous a conduit l’expérience : permanence du sucre de can/zesans altération dans le sang; destruction et utilisation du sucre de fjlycose dans l’organismei

Nous avons parlé du sucre de canne, introduit directement dans les vaisseaux de la circulation.

Il nous reste à examiner comment se comporte le sucre de canne introduit dans l’intestin, le sucre alimentaire, en un mot.

- Nous ingérons 5 grammes de sucre de canne pour 5 centimètres cubes d’eau. L’animal, le lapin, ayant ingéré cette eau sucrée, nous examinons les urines.

L’examen par le réactif cuprique, après ou avant addition d’acide sulfurique, ne donne aucun résultat. Im liquide bleu conserve sa coloration et sa limpidité. Il n’y a aucune espèce de sucre dans l’urine.

La situation est donc bien différente, suivant que le sucre a été introduit par les veines ou par le tube digestif. Cependant il y a eu absorption du sucre dans l’un cl l’autre cas. Le sucre intestinal n’est pas rejeté avec les excréments ; il est absorbé.

Nous pourrions ajouter dans l’intestin une plus grande proportion de sucre de canne sans le voir passer dans les urines, si on ne le retrouve pas, c’est que ce sucre aura été modifié et détruit quelque part, en un point du trajet qu’il parcourt dans l’économie. En quel lieu se produit celte modification? En quoi consiste-t-elle? Voilà les deux questions qui s’offre maintenant à notre examen.

Il était naturel d’imaginer que le sucre de canne se transformait dans l’intestin et que cette transformation était de. même nature que chez les végétaux, où l’on a constaté dans les fruits que la saccharose devenait sucre interverti. L'interversion, au lieu d’être due aux acides

FERMENT INVERSIF.

minéraux, pourrait être imputée ici aux acides du tube digestif ou aux ferments du suc gastrique de la bile, du suc pancréatique et du suc intestinal.

Ces hypothèses ont été faites, elles ont été proposées. Nous avons cherché si elles avaient une consécration expérimentale, et nous avons vu que le suc gastrique n’agit que très-lentement et très-faiblement sur le sucre de canne, presque comme de Teau; de même la bile, le suc pancréatique, la salive, n’agissent pas sur le sucre de canne pour l’intervertir, le sang n’a pas non plus d’action et l’on peut laisser plusieurs jours du sang en contact avec le sucre de canne, sans y voir survenir d’altération inversive. Les infusions des glandes salivaires, du pancréas, des ganglions lymphatiques, celles des membranes muqueuses de la bouché, de l’œsophage, de l’estomac, du gros intestin, de la vessie, n’ont aucune action inversive sur les solutions de saccharose.

Mais.il en est tout autrement de l’intestin grêle, dans toute son étendue, depuis le pylore jusqu’au cæcum; c’est au suc intestinal qu’est particulièrement dévolue cette transformation de la saccharose en sucre interverti. Il suffit, pour faire l’expérience, de prendre du suc intestinal contenu dans l’intestin grêle d’un animal en digestion, ou bien un peu de la membrane muqueuse de l’intestin et de la mettre en contact, elle ou son infusion, avec une dissolution de sucre candi bien pur.

voit au bout de très-peu de temps, presque instantanément, surtout si l’on maintient le mélange à une douce température, que le liquide réduit énergique-

ct. berxabe. 17

ment les liquides cupro-potassiques, et que le même liquide décoloré par le charbon et examiné au polariraètre dévie fortement le plan de la lumière polarisée à gauche.

Ceci nous oblige à nous arrêter un instant sur l’étude du suc intestinal. Nous n’insisterons que peu sur celte question.

Il existe dans l’intestin grêle, implantées dans les parois de ce tube, un grand nombre de glandes qui se rapportent, comme l’on sait, à deux types ; d’une part, les follicules isolées et les glandes de Peyer ou follicules agminées; de l’autre, les glandes de Lieberkühn. Deux liquides sont sécrétés par ces deux sortes d’organes : un mucus et le suc, intestinal.

L’expression du suc intestinal ne présentait à l’esprit qu’une idée vague, car le liquide que l’on recueillait dans l’intestin, dans une anse séquestrée par deux ligatures, était un liquide complexe. Le mélange du liquide pancréatique et des sucs qui le précèdent avec. les matières alimentaires et les résidus d’absorption constituait la plus grande partie de la masse recueillie. Le suc gastrique étant annulé et neutralisé par la bile, c’était surtout un composé de bile et de suc pancréatique qui jouissait de l’activité attribuée au suc intestinal; c’était un produit ancien qui était confondu avec un produit spécial qui mérite un nom nouveau.

On a essayé, dans ces derniers temps, de recueillir véritablement le produit de la sécrétion des glandes de Lieberkübn, le suc de l’intestin proprement dit. L’expérience consiste à diviser l’intestin et à rétablir ensuite

FERMENT INVERSIF.

sa continuité, en laissant à part une portion du canal. Cette portion conserve ses connexions avec l'organisme par les vaisseaux et les nerfs mésentériques qui ont été respectés. Dans ces conditions, la sécrétion de l’organe persiste, et l’animal continue à vivre et à remplir ses fonctions digestives.

Le liquide isolé que l’on a ainsi obtenu aurait une action peu énergique sur la plupart des aliments albuminoïdes; il n’attaquerait que la fibrine; il agirait trèsfaiblement sur les amylacés; mais j’ai découvert qu’il possède une action inversive très-puissante sur le sucre de canne.

J’ai remarqué autrefois que l’extirpation des ganglions nerveux du plexus cœliaque augmente considérablement la sécrétion du suc intestinal. Budge et d’autres expérimentateurs ont observé le même fait. M. Armand Moreau a reproduit le même résultat par uneexpérience qui consiste à cerner une anse d’intestin entre deux ligatures et à diviser les rameaux nerveux qui s’y rendent. Il y a alors accumulation de suc intestinal dans l’intestin énervé. .

Un moyen plus simple se présente pour l’examen du liquide intestinal. Il consiste à faire une infusion de la muqueuse et à séparer le liquide par décantation ou filtration.

J’ai constaté que le suc intestinal, de quelque façon qu’il soit obtenu, joue un rôle très-important dans la digestion. Il contribue exclusivement à digérer des substances bydrocarbonées, et en particulier le sucre de canne qui entre pour une part considérable dans l’ali-

nientalioii. H conlient à cel effet un ferment spécial présentant les propriétés de tous les ferments solubles d’èlre précipités par l’alcool et redissous par l’eau. Ce ferment transforme le sucre de canne, substance que l’organisme est incapable d’utiliser sous sa forme actuelle, eu sucre de raisin ou glycose ou plutôt en sucre interverti qui est un mélange de deux glycoses utilisables par l’économie. C’est le ferment auquel j’ai donné le nom de ferment inversif.

Ce ferment existe dans toute l’étendue de l’intestin grêle : il disparaît dans le gros intestin, comme font, du reste, les phénomènes chimiques de la digestion.

Une expérience très-simple mettra en évidence cette propriété inversive de l’intestin grêle. *— Nous sacrifions un lapin et nous injectons dans différentes portions de l’intestin, cernées et isolées par des ligatures, une certaine quantité de sucre de canne dissous. Nous faisons, en particulier, une injection dans l’intestin grêle et une injection dans le gros intestin. Le liquide de l’intestin grêle est retiré au bout de très-peu de temps : on en fait l’essai avec un réactif cupro-potassique. Tout à l’heure, ce liquide bleu n’éprouvait aucune réduction, car la saccharose est sans action s'fir lui. Maintenant, nous observons, au contraire, un changement de coloration du bleu au rouge, lequel nous traduit l’existence de la glycose. — Dans le gros intestin, rien de tel : l^' solution sucrée, ainsi que vous le voyez, n’a pas subi d’inversion.

On peut préparer un suc intestinal artificiel

et le conserver avec quelques gouttes d’acide phénique.

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C'est donc un nouveau ferment soluble digestif qu'il faudra ajouter à ceux qui étaient déjà connus, mais qui p’en diffère aucunement par ses propriétés générales. le suc inversif artificiel agit plus lentement que le contact de la membrane muqueuse intestinale. ■

Ainsi, de même que la cliastase (ferment glycosique) peut transform.er l’amidon hydraté en glycose, de même il y a un ferment saccharosiqiie, que j’appellerai ferment inversif, qui transforme la saccharose en deux glycoses : lévulose et glycose ordinaire. La diaslase et le ferment saccharosique ou inversif n’existent donc pas seulement chez les végétaux ; ils se rencontrent tous deux dans les animaux, le ferment glycosique surtout dans le pancréas, le ferment saccharosique dans le liquide intestinal. Une infusion de pancréas et une infusion de la membrane muqueuse intestinale renferment chacune un de ces ferments qu’on peut séparer et isoler par l’alcool, suivant la méthode de préparation des ferments diastasiques.

En résumé, nous sommes maintenant édifiés sur la digestion du sucre de canne, au moyen du ferment inversif que j’ai découvert dans le suc intestinal et dans la membrane muqueuse de l’intestin grêle, et que j’ai isolé à l’aide de l’alcool, comme tous les autres fermente analogues. C’est là un point désormais acquis à la science. Dans la prochaine leçon, nous examinerons ce que devient le sucre alimentaire en passant dans le sang.

DIXIÈME LEÇON

Sommaire : Absorption des glycoses de l’intestin. — Leurs transformations ultérieures. — Rôle du foie. — Considérations historiques. — Analyses comparées du sang de la veine porte et de celui des veines sus-hépatiques. — Le foie agit d’une part en retenant le sucre. — Expériences d’oblitération de la veine porte à son entrée dans le foie. — Observations cliniques. — Rôle du foie comme source constante de sucre.

Messieurs,

Si nous résumons ce que nous avons vu dans les leçons précédentes , nous conclurons que la glycose se forme dans l’intestin grêle sous l’influence du ferment pancréatique, et que du sucre interverti se produit sous l’influence du ferment intestinal. Il y a donc réellement digestion des matières féculentes et saccharoïdes, et cette digestion donne naissance à des glycoses qui seules sont aptes à se détruire dans le sang pour les besoins de la nutrition. Nous ajouterons comme remarques que les glycoses fraîchement digérées sont plus destructibles que du sucre de fécule ordinaire. Nous reviendrons ultérieurement sur cette question et sur celle de savoir si la lévulose est plus destructible dans le sang que la glycose, ou si c’est le contraire qui a lieu.

Maintenant, que deviennent toutes ces matières sucrées transformées dans l’intestin grêle? Elles sont absorbées nécessairement par les vaisseaux intestinaux

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