EXPÉRIENCES
rôle du foie. — prouver, j’ai imaginé une autre expérience qui consiste à soumettre à une alimentation féculente ou sucrée des chiens auxquels j’avais préalablement oblitéré la veine porte, à l’entrée du foie, de façon que le sucre ne pût plus traverser cet organe en sortant de l’intestin, mais qu’il fût obligé de passer, pour ainsi dire, directement dans la circulation générale par des anastomoses collatérales.
Sur trois chiens, j’ai opéré avec succès l’oblitération lente de la veine porte à l’entrée du foie, au moyen d’une traction graduée, à l’aide d’une petite ligature passée autour du -vaisseau. Quelques jours après l’opération, un de ces chiens, exclusivement nourri avec des pommes de terre, qu’il avait mangées avec voracité, présentait pendant la digestion une quantité notable de glycose dans l’urine, qui avait d’ailleurs acquis la réaction alcaline, comme cela a lieu en pareil cas.
Sur d’autres chiens à veine porte oblitérée, nous avons introduit une forte proportion de sucre de canne dans le canal intestinal, à l’aide d’une sonde, et nous avons retrouvé dans l’urine, au bout d’une heure ou deux, une grande proportion de sucre réduisant le réactif cupro -potassique et déviant à gauche le plan de polarisation ; ce qui prouve bien que dans ce cas c’était le sucre interverti dans l’intestin qui s’était éliminé par les urines.
Mais vous savez, messieurs, combien de fois j’ai recommandé les expériences comparatives pour se prémunir contre les causes d’erreur presque inévitables sans cela. Hé bien ! vous allez voir ici une nouvelle juslinca-
tion du précepte sur lequel je ne cesse d’insister. \\ paraissait tout naturel en voyant, après l’injection d’une forte proportion de saccharose chez les chiens dont la veine porte avait été préalablement liée, le sucre interverti passer dans le sang, d’attribuer ce passage exclusivement à la ligature de la veine porte ; car on n’avait pas signalé qu’il en fût ainsi chez les chiens à l’état normal. Cependant, en vertu de la consigne que je me suis imposée, j’ai ingéré comparativement sur des chiens de même taille et autant que possible dans les mêmes conditions, une semblable dose de sucre ; j’ai vu que l’injection dans l’estomac d’un chien normal de taille moyenne en digestion ou à jeun, de 40 à 80 grammes de sucre de canne dissous dans 50 à 100 centimètres cubes d’eau, amène. le passage d’une grande proportion de sucre interverti, absolument comme chez un chien dont la veine porte a été liée. Il faut, pour voir une différence, descendre à des proportions de sucre bien inférieures et pratiquer des ingestions fractionnées avec des dissolutions moins concentrées. Alors le sucre ne déborde plus par son excès et le passage n’est plus constaté.
Ces expériences sont d’ailleurs instructives sous plus d’un rapport. Elles montrent que probablement la circulation de la veine porte, même chez les chiens normaux, est lente et oscillante. En effet, il semble que le sang passe aussi facilement des veines hépatiques dans la veine porte que de celle-ci dans les premières. Cette circulation peut donc parfois rester en quelque sorte stationnaire, et se faire par les anastomoses»