LEÇONS SLR LE DIABÈTE
thèse organique ; l’autre, la production du sucre, est un phénomène de destruction ou de désorganisation. Je ferai remarquer que ces deux caractères opposés se rencontrent dans tous les actes de la vie, de quelque nature qu’ils soient (i).
Ainsi la formation du sucre a pour condition préalable la production, la sécrétion du glycogène. C’est donc ce dernier phénomène qui s’impose actuellement à notre étude.
Quelles influences régissent la production du glycogène ? Comment cette substance se forme-t-elle?
Ces questions présentent des difficultés particulières qui ont empêché jusqu’à présent d’en obtenir la solution complète. On possède toutefois un certain nombre de résultats dont la connaissance est un acherainemeDt vers la théorie définitive.
J’ai cherché depuis longtemps si l’alimentation avait une influence déterminée sur la formation de glycogène dans le foie.
S’il eût été possible de faire disparaître complètement, à un moment donné, la matière du tissu hépatique, l’expérience aurait été facile et la solution du problème serait considérablement simplifiée. En variant les régimes qu’on imposerait à un animal et én analysant dans chaque alimentation le sang et le tissu hépatiques, on pourrait obtenir des renseignements précis, catégoriques, et être mis sur la voie des sources du glycogène. Malheureusement il n’en est pas ainsi. Les expériences
(1) Voyez mes Leçons sur la chaleur animale, p. 350. Paris, 1875; m#ii Cours du Muséum {Revue scieyitifique, 1874).
GLYCOGEÜŒSE.
ne peuvent donner que le sens général du phénomène mais non fournir des résultats absolus.
Et d’abord, si l’on soumet un animal à une abstinence prolongée, le glycogène persiste toujours. La quantité seule est sujette à variation : elle diminue d’autant plus que l’animal est resté plus longtemps sans nourriture, qu’il est plus jeune ou qu’il est plus maigre : chez les animaux très-gras ou très-vieux la diminution est moins rapide.
J’ai eu recours, lorsqu’il s’est agi de pousser plus profondément l’investigation, à un procédé qui paraît rigoureux en théorie, mais qui présente de grands inconvénients pratiques. Chez un animal à jeun depuis plusieurs jours, chez le chien, par exeuiple, dont le foie comprend plusieurs lobes, j’enlevais un lobe en faisant une ligature en masse à sa base; j’isolais et je dosais la matière glycogène de ce lobe. J’ingérais alors dans l’estomac de l’animal une substance alimentaire particulière, telle que sucre, graisse, gélatine, et enlevant ensuite, au bout de deux ou trois heures, par exemple, un autre lobe du foie, j’examinais comparativement la quantité de matière glycogène. Mais dans cette manière d’opérer, il n’est pas possible d^afïîrmer que sauf la nature de l’alimentation toutes les autres conditions sont identiques d’une expérience à l’autre. L’opération avait créé un trouble dont l’influence sur la production du glycogène est trop considérable pour être négligée.
Je dois dire que dans les essais que j’ai faits de cette manière, j’ai plusieurs fois constaté une augmentation
de matière glycogène chez des chiens, dans l’estomac desquels j’avais ingéré de la gélatine.
Il convient encore mieux, je le reconnais, de prendre des animaux aussi comparables que possible, des jeunes mammifères (chiens, lapins, cobayes), de la même taille et de la même portée ; des oiseaux (pigeons, moineaux) de même taille, de même âge et de la même couvée; de laisser ces animaux soumis à l’abstinence pendant le même temps, après quoi on les nourrit avec des aliments de natures diverses. Il faut encore avoir soin de ne pas donner aux animaux un genre d’alimentation qui leur soit trop antipathique ou trop en désaccord avec leurs instincts ou la conformation de leurs organes digestifs. Car si les phénomènes digestifs étaient troublés dans leurs conditions, ce trouble retentirait nécessairement sur la formation du glycogène dans le foie.
Si dans les expériences que j’ai faites à ce propos les comparaisons rigoureuses ne sont pas possibles, néanmoins la concordance des résultats, ainsi que je le disais, a jeté la lumière sur le sens général du phénomène. Par exemple, j’ai constaté que la décoction du foie est plus louche, plus chargée de flocons opalins et de matière glycogène, lorsqu’on nourrit l’animal avec des matières féculentes ou sucrées.
J’avais déjà fait cette observation en 1855, bien avant d’avoir découvert la matière glycogène. Voici ce que je disais dans une leçon du 13 janvier 1855 dont le sujet était ^influence de ï alimentation sur la production du sucre dans le foie :