‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 82 sur 156 · MATIÈRE ÉMULSIVE DU FOIE · texte numérisé non relu

MATIÈRE ÉMULSIVE DU FOIE

« La décoction du tissu hépatique chez un animal nourri de matières féculentes et sucrées présente toujours une apparence lactescente éraulsive. Deux chiens ont été nourris, pendant trois jours, l’un exclusivement avec de la chair musculaire cuite de mouton, l’autre avec des matières féculentes (pommes de terre). Les décoctions hépatiques chez les deux chiens réduisent également le réactif cupro-potassique. Le dosage donne is^,25 pour 100 dans le foie chez le premier chien; et 1®',88 chez le second. Mais tandis que la décoction du foie du chien à la viande est légèrement opaline, celle de l’animal nourri avec des féculents a, au contraire, tout à fait une apparence laiteuse et émulsive qui fait penser à une matière particulière qui existe en plus dans ce liquide... »

« Ainsi l’alimentation féculente, apportant au foie du sucre venu de l’extérieur, n’en donne pas davantage dans le tissu de cet organe, mais elle fait apparaître une matière nouvelle restant en suspension dans la décoction... »

« A l’état physiologique, on doit considérer le foie comme un organe destiné pour ainsi dire à établir un certain équilibre dans la constitution du sang. En effet, si vous examinez le sang des animaux dont l’alimentation est si différente, les uns se nourrissant de matières ^'égétales, les autres de matières animales, et si vous analysez leur sang, dans le cœur par exemple, vous trouverez chez tous une composition à peu près identique de ce liquide vivant. » (Voyez Leçons de physio-

logie expérimentale au Collège de franco^ t. I, p. 149^

L’alimentation féculente n’a donc pas une influence bien marquée sur la production du sucre. Les proportions de cette substance, qu’on trouve dans le sang, varient d’une manière presque insensible. La quantité de glycogène, au contraire, est notablement augmentée dans le foie ; la décoction du tissu hépatique est tout à fait blanche et laiteuse.

Le foie paraît arrêter les substances sucrées, les empêcher de se verser brusquement dans le sang; il semble les emmagasiner dans son tissu pour en régler la distribution. A ce point de vue, on peut dire que cette glande a un rôle dans la digestion : elle sert de barrière entre les aliments et le sang.

Ainsi, le glycogène paraît être en relation avec les aliments amylacés ou mieux avec le sucre, puisque c’est sous forme de sucre que ces aliments sortent de l’intestin pour pénétrer dans les vaisseaux d’absorption. Dès lors, on est fondé à se demander si la transformation du sucre en glycogène est possible, si elle contribue réellement à la création de la réserve de cette matière qui existe dans le foie.

Nous connaissons la transformation inverse à celle-là.

Nous savons que l’amidon animal, comme l’amidon végétal, passe par suite d’une série de métamorphoses à l’état de glycoses. Ces phénomènes, par lesquels l’ami don se détruit, ne présentent aucune obscurité ; nous les réalisons à volonté.

SYNTHÈSE GLYCOGENÈSIQÜE. 31 2

Il est loin d’en être de même pour les phénomènes opposés. Nous pouvons les soupçonner, mais nous n’avons pas de preuves directes de leur réalité, encore moins sommes-nous maîtres de les reproduire.

Un certain nombre de faits rendraient probable cette métamorphose ascendante chez les végétaux. Il semble que dans quelques circonstances le sucre devienne amidon. Le passage de l’amidon au sucre et aux produits de combustion de cette dernière substance est, physiologiquement parlant, un phénomène de destruction, de désorganisation, qui aboutit en fin de compte à la minéralisation. La métamorphose inverse, qui conduirait du sucre à l’amidon, à la cellulose,' serait un fait d’organisation, un acte de complication, un changement ascendant, que la synthèse chimique n’a pas encore su reproduire, mais que la nature paraît avoir réalisé dans la végétation. On trouve des graines, des haricots, des petits pois qui, riches en sucre dans les premiers temps de leur formation, deviennent brusquement féculents, la disparition du sucre coïncidant avec l’apparition de la fécule.

La même modification ne se produirait-elle point chez les animaux? C’est une question qui mérite examen. Il y a quelques années, avant mes travaux, cette question u’eût pas fait l’ombre d’un doute; elle eût été résolue négativement. Il régnait alors, relativement au rôle des végétaux et des animaux, certaines idées trop arrêtées et hop absolues. On accordait au règne végétal la faculté d’organisation, la reconstitution des corps compliqués; au règne animal était réservé, croyait- on, la désorga-

nisation des principes élaborés par les plantes, léuf destruction, leur combustion. Le partage des rôles était ainsi bien tranché ; les métamorphoses ascendantes ap. partenaient aux plantes, les métamorphoses descendantes aux animaux (1). Mais ces conceptions, je le répète, étaient trop étroites, trop absolues; elles n’ont qu’une vérité relative; aussi ne doivent-elles pas faire obstacle aux faits qui tendraient à infirmer non leur généralité et leur valeur philosophique, mais leur absolue rigueur et leur limitation exclusive dans les deux règnes.

Nous voyons que les expériences particulières que nous poursuivons dans le but d’éclairer un point obscur de la pathologie, nous mettent tout à coup en présence d’une des théories les plus importantes de la physiologie générale.

Revenons au problème spécial qui nous intéresse et cherchons si réellement le sucre ne pourrait pas se transformer dans le foie en matière glycogène.

Considérons d’abord le sucre de canne

L’expérience de la ligature de la veine porte m’avait paru devoir jeter un jour très-vif sur l’évolution de cette matière dans l’organisme. Nous savons déjà que le sucre de canne, introduit dans le tissu cellulaire et en général par une veine quelconque, n’éprouve pas de modification dans l’économie et qu’il est expulsé par les urines. Les choses se passent de la même manière hors de l’économie, et le sucre peut séjourner pendant trèslongtemps, huit jours par exemple, au contact du sang

(1) Voyez ci-dessus, p. 271, Leçon X®.

FERMENT INVERSIF.

âî5-

extrait de l’animal, sans disparaître et sans manifester notablement d’altération.

Au contraire, si ce sucre traverse l’intestin grêle et se trouve absorbé par la veine porte, il est détruit ou tout au moins il disparaît, et la sécrétion des reins n’en contient plus la moindre quantité.

A quel agent est imputable cette disparition. Est-ce au foie lui-même? A l’intestin? Est- ce à quelque propriété particulière inhérente au sang de la veine porte?

Pour nous, il n’y a aucun doute à cet égard, c’est au foie lui-même.

Nous vous avons montré, dans une des leçons précédentes, que la digestion du sucre de canne a lieu spécialement dans l’intestin grêle, et nous avons reconnu que cette digestion se fait par une interversion du sucre en glycose et en lévulose. D’où il résulte- que le sucre de canne, qui avant d’être digéré ne réduit pas les réactifs cuivriques et dévie à droite la lumière polarisée, la dévie à gauche et réduit les réactifs cupro-potassiques après avoir été digéré dans l’intestin.

Je vous ai montré que cette transformation du sucre dans l’intestin s’opère à l’aide d’un ferment inversif(\m se rencontre . spécialement dans le suc intestinal et dans l’infusion de la membrane muqueuse de l’intestin grêle. L infusion de pancréas n’agit pas pour intervertir le sucre, pas plus que l’infusion des membranes muqueuses de l’estomac et du gros intestin, qui sont à peu près inactives. Il en est de même de la bile, du sang, etc.; seule l’infusion de l’intestin grêle est active et efficace pour intervertir le sucre de canne.

Le ferment intestinal inversif du sucre qui se distinf^ue nettement des autres ferments digestifs, gastriques et pancréatiques, se prépare cependant de la même manière. Soluble dans l’eau, il en est précipité par l’alcool On peut le recueillir sur un filtre, le redissou'dre dans l’eau, et constater sa propriété inversive rapide et énergique sur le sucre de canne.

Lorsqu’on ingère du sucre de canne dans le canal intestinal, c’est donc spécialement dans l’intestin qu’il est digéré et absorbé; mais il est absorbé par la veine porte et charrié dans le foie, où il peut s’arrêter sous forme de matière glycogène, qui le fixe dans les cellules hépatiques.

Il en est de même pour la glycose provenant de la digestion des aliments amyla'cés.

Je vous ai déjà parlé des opérations de ligature de la veine porte ; nous devons y revenir ici, car ce mode d’expérience éclaire singulièrement les phénomènes que nous avons en vue. Cette ligature, vous le savez, n’est pas une opération mortelle, à condition qu’on observe certaines précautions. Je vous présente ici un chien qui a subi cette épreuve et qui est complètement rétabli.

Si l’on fait brusquement la ligature, la mort en est la conséquence inévitable. L’animal périt une demiheure ou trois quarts d’heure au plus après celle ligature faite. Le mécanisme de la mort est facile à comprendre. Tout le sang tend à s’accumuler dans les vaisseaux de l’intestin, où les artères l’apportent sans cesse sans qu’il soit emporté ensuite. Le cerveau et les autres

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