‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 85 sur 156 · CI- BERNARD · texte numérisé non relu

CI- BERNARD

o22 LEÇONS SUR LE DIABÈTE.

qu’elle redeviendra saccharose de glycogène qu’elle est C'est là une simple présomption. Mais la vérification dé cette présomption, aurait une grande valeur probatoireson infirmation n’aurait qu’une valeur d’expérience négative. J’ai donc tenté l’expérience.

J’ai, dans cette vue, nourri des lapins avec de la betterave pendant un certain temps, et j’y ajoutais même des injections stomacales de saccharose. Je pensais trouver dans le foie de ces lapins du glycogène conversible en sucre interverti déviant à gauche au lieu de dévier à droite. Le résultat n’a pas répondu à mon hypothèse. Chez un lapin nourri assez longtemps avec de la betterave et du sucre de canne pour que je puisse supposer que le glycogène de son foie provenait de cette source, on a trouvé que le sucre du foie déviait très-fortement à droite et ne trahissait par aucun indice une source présumée de saccharose-. La déviation adroite paraissait même plus grande que celle de la glycose ordinaire. Nous aurons ultérieurement à vérifier si le pouvoir rotatoire du sucre de fécule est égal à celui du sucre hépatique. On pourrait encore continuer les mêmes expél’iences en nourrissant des lapins avec des topinambours, dont la matière féculeunte [inuline) donne un sucre déviant à gauche, la lévulose.

Je me garderai bien, d’après les essais qui précèdent, de conclure d’une manière absolue sur une question aussi fondamentale. Cependant on voit que le phénomène n’est pas aussi simple qu’il le paraissait. Le fait qui est indubitable, et que j’ai le premier signalé, c’est que l’injection du sucre de canne augmente considéra-

formation du glycogène dans le foie. 323 blement le contenu glycogénique du foie; mais comment le sucre agit-il dans ce cas, comme excitant nutritif ou comme principe directement transformable en glycogène ? Je penche, je dois le dire, pour la première opinion jusqu’à plus ample informé.

Ce qu’on peut encore dire, c’est que chez un animal malade l’ingestion du sucre dans l’estomac ne fait pas apparaître le glycogène dans le foie. Indépendamment (le la nature du principe alimentaire, il y a donc encore d’autres conditions physiologiques qui présideraient à son assimilation.

En un mot, la question n’est pas encore complètement résolue.

Il est certain, dans tous les cas, que le foie a une double faculté : 1“ de former de la matière glycogène à l’aide des matières sucrées ou d’autres substances alimentaires; 2” de transformer cette matière glycogène en dextrine et en sucre. Le foie ressemblerait, en cela, aux végétaux, à une pomme de terre, par exemple, qui a aussi la faculté de former de l’amidon et de le transformer ensuite en dextrine et en glycose. L’analogie pourrait même se pousser plus loin; car, si nous connaissons exactement le mécanisme par lequel la fécule et le glycogène se modifient en se transformant en glycose sous l’influence d’un ferment, la diastase, nous ignorons absolument le mécanisme par lequel des substances amylacées se produisent aussi bien dans la pomme de terre que dans l’organe hépatique.

Tout ce que nous pouvons apercevoir, c’est que les conditions de ces deux ordres de phénomènes sont d’or-^

dre inverse. Dans un cas, il se produit des réactions acides avec une élévation de température; dans l’autre il se manifeste une réaction alcaline des liquides et un abaissement de température.

Chez l’animal, le système nerveux exerce une influence très-grande sur ces deux ordres de phénomènes. L’action du système nerveux cérébro-spinal se manifeste plus spécialement dans les phénomènes de destruction du glycogène en sucre; l’action du grand sympathique, au contraire, prédomine dans les phénomènes de synthèse et de concentration de cette matière dans le foie.

Nous verrons plus loin qu’en blessant les centres nerveux, la moelle épinière, dans des régions différentes, nous obtenons à volonté ces deux effets inverses. Quand nous blessons' la moelle allongée, le plancher du quatrième ventricule, nous voyons le glycogène diminuer dans le foie, sa transformation en glycose devenir plus énergique, une glycémie intense se produire et la glycosurie apparaître. Quand, au contraire, nous blessons la moelle épinière entre la dernière vertèbre cervicale et la première dorsale, nous constatons que le glycogène se concentre dans le tissu hépatique, la glycémie diminue de plus en plus et finit même parfois par disparaître.

11 est évident, d’après cela, que lorsque nous voudrons étudier de plus près la formation de la matière glyco' gène dans le tissu hépathique, ce sera sur des animaux placés dans ces dernières conditions organiques conviendra d’opérer.

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