‹ Leçons sur le diabète et la glycogénèse animaleChapitre 97 sur 156 · LAPIN A SANG FROID · texte numérisé non relu

LAPIN A SANG FROID

Ce n’est donc pas le ferment hépatique qui a été paralysé par le refroidissement dans notre expérience ; l’effet de la section de la moelle épinière a rendu ce ferment momentanément inactif.

Sans m’étendre davantage sur les détails si pleins d’intérêt de cette expérience, qui fournirait encore matière à beaucoup d’autres développements, je conclurai en disant que dans ma pensée l’action du système nerveux a empêché le contact du ferment avec la matière glycogène. En effet, la matière glycogène a son siège dans les cellules hépatiques ; il est possible, et je dirai même probable, que le ferment siège dans d’autres cellules ou dans des espaces intercellulaires. Les choses se passeraient là comme dans l’amande amère, où le ferment (émulsine) est isolé de la matière fermentescible (amygdaline), sur laquelle il doit agir. Le système nerveux pourrait dans le foie mettre les deux substances en contact ou les éloigner l’une de l’autre, et je ne pense pas qu’il faille admettre, comme l’ont fait certains auteurs, que le ferment est un produit pathologique de l’organisme.

J’ajouterai qu’un lapin ainsi opéré donne lieu aux mêmes phénomènes que les animaux à sang froid. Notre animai a été sacrifié depuis plusieurs minutes, et nous voyons les battements du cœur persister chez lui aussi longtemps que chez les grenouilles. La patte de ce lapin peut également nous servir d’appareil galvanoscopique. Si nous isolons le nerf sciatique et que nous l’étendions sur le cœur, de façon qu’il soit en communication à la fois avec l’oreillette et le ventricule, nous voyons les

secousses musculaires répéterlerhythme dès battements du cœur.

En résumé, messieurs, vous avéz vu dans l’expérience que je viens de produire devant vous, et sur laquelle j’insistè à dessein, le sucre disparaître du sang et du foie par suite de la section de la moelle épinière. Vous avez vu la matière glycogène, au contraire, s’accumuler dans le tissu hépatique. Les physiologistes que nous combattons seraient obligés de prétendre que notre lapin est moins malade, moins pathologique, moins cadavérique, en un mot, qu’avant l’opération; vous avez vu cependant dans quel piiteux état il était; Tous comprenez par cet exemple combien peu sont fondées les idées médico-vitalistes que -nous repoussons en ce moment; vous en aurez des preuves nouvelles dans la prochaine séance, quand nous parlerons de la production du diabète artificiel.

Après avoir réalisé chez l’animal vivant les conditions -qui amènent la disparition du sucre dans le sang et l’arrêt de sa formation dans le foie, nous allons nous occuper de réaliser les conditions contraires dans lesquelles il y aura, par opposition, exagération de la glycogenèse, de la glycémie, en un mot glycosurie ou diabète artificiel. C’est toujours en agissant sur le système nerveux que nous atteindrons ces résultats, quoique les procédés paraissent au premier abord assez variés.

Les moyens de produire le diabète artificiel par influence nerveuse se rapportent d’abord à des lésions directes des organes nerveux. Il y a une vingtaiue d’années que j’ai découvert et signalé le moyen de rendre

un animal diabétique en piquant le plancher du quatrième ventricule.

D’autres moyens existent encore. Certaines altérations pathologiques du système nerveux ont eu le même résultat. Un médecin de Rouen, M. Leudet, a constaté que le diabète ou la glycosurie se produit dans certaines affections de l’encéphale (1). On a vu des blessés devenir glycosuriques à la suite de chutes sur la tête.

Un autre procédé consiste dans T administrai ion de quelques substances toxiques, du curare, par exemple. L’animal curarisé devient diabétique. Ces faits sont aujourd’hui bien connus. J’ai vu récemment que la morphine à forte dose produit le même effet.

. Nous allons examiner ces différents cas et voir s’ils peuvent se ramener à un mécanisme unique.

Il importe auparavant de faire remarquer que le mot de diabète artificiel est déjà ancien ; on le retrouve dans Sauvage. Ce médecin rapporte que Malpighi avait provoqué le diabète chez un chien en liant les vaisseaux de la rate. Nous ne savons pas ce que vaut cette observation, car elle est rapportée sans aucun détail. D’ailleurs, au temps de Sauvage, le mot diabète n’avait pas le même sens qu’il a aujourd’hui. Le symptôme caractéristique de la maladie était l’hyperexcrétion urinaire, la polyurie ; le diabète était considéré comme un flux. Avec les cas de diabète véritable se trouvaient donc confondus les cas de diabète insipide que nous en avons séparés, les médecins d’aujourd’hui ne reconnaissant pas le diabète

(1) Leudet, Clinique médicale d.e l’Eûtel-Bieu de Rouen. Paris, 1874. Du <^iabète sua-é, p. 269.

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