SEIZIÈME LEÇON
SOHMAÎBE : Gbitditiôns expéHînéiitttles üécès^àires poür produire le diabète nerveux artiflcieL --- liifluence de Liuânition. Manuel opératoire. — Dans le diabète artificiel y a-t*il arrêt de la destruction, ou bien exagération dé la production du sücrë^ — Lë diabète artificiel ëst toujours teniporàiré..— Y â^t-il iiornialeniertt dti §ü6re dâns Lutine? — Causes qui donnent au diabète artificiel la forme temporaire. — Des nerfs vasomoteurs dans le diabète artificiel.
Mëssiëüiis,
Le succès des expériences physiologiques exigé que l’on tienne compte des conditions particulières présentées par ranimai sur lequel on opère. Ges conditions sont trop rréquemment négligées. Toute une école d’expérimentateurs qui prétendent pourtant à la rigueur se préoccupent uniquement de perfectionner leurs instruments ou le manuel opératoire, et oublient de cousidérer le sujet même de leurs Vivisections, d’apprécier les circonstances où il est placé, circonstances Capables de renverser souvent d’une manière complète le sens de l’expérience. G’est de là que procèdent la plupart des contradictions que l’on peut relever dans les recherches physiologiques. Je vous ai toujours, chemin faisant, signalé les exemples qui confirment cette opinion. Les Conditions de santé et de maladie, de rusticité ou de délicatesse, de jeûne ou dé digestion, d’hibernation ou d’activité vitale chez les animaux, exercent une influence souvent prépondérante sur le résultat de l’épreuvé.
Cette considération a déterminé la ligne de conduite
que j’ai suivie dans mes cours et qui consiste non-seulement à décrire scrupuleusement les détails d’une opération, mais à déterminer les circonstances où doit se trouver l’animal. Ce principe trouve ici son application. Nous avons procédé aux expériences de diabète artificiel, soit en pratiquant directement une lésion du système nerveux, soit en administrant un poison, le curare.
Or, pour que l’épreuve réussisse, il importe que le chien ou le lapin soient en digestion. Les animaux à jeun deviennent diabétiques avec beaucoup plus de difficulté, ou même ils ne le deviennent à aucun degré si le jeûne dure depuis longtemps.
Nous avons voulu insister sur ces faits parce qu’ils nous paraissent de la première importance au point de vue de l’expérimentation physiologique. Ainsi que nous l’avons déjà dit, un chien quiaservi à une de nos dernières expériences était resté à jeun tandis que nous le croyions alimenté. Avant de lui administrer le curare, nous avions analysé son sang, au point de vue du sucre qu’il contenait, et nous avions trouvé :
Sang artériel Sang veineux
(artère crurale) (veine crurale)
de sucre pour 1000 13%3/i de sucre pour 1000.
L’animal étant sous l’influence du poison, nous avons recueilli son urine, et tandis que nous nous attendions à la trouver riche en glycose, nous n.’y avons pas trouvé de cette substance. Ainsi, le chien n’était pas devenu glycosurique : il n’était pas diabétique.
Est-ce à dire que les conditions du phénomène aient été changées du tout au tout par le jeûne? En aucune
façoü : et vous allez comprendre que l’opposition des résultats présentés par l’animal repu ou affamé tient à une simple question de degré ou de quantité.
Nous avons constaté, en effet, en examinant le sang artériel de ce chien pendant l’empoisonnement, qu’il contenait :
2®“^, 24 de sucre pour 1000,
c’est-à-dire que la teneur du sang en matière sucrée avait considérablement augmenté, presque doublé, mais pas assez augmenté pourtant pour que cet excès s’échappât dans les urines. Il y a donc eu glycémie exagérée, mais cette exagération n’a pas été suflSsante pour entraîner la glycosurie. Il s’en faut de quelques centigrammes seulement que la matière ne déborde et ne s’élimine par le trop plein ou le filtre rénal.
Le chien étant remis de cette première épreuve, nous l’avons renouvelée le lendemain. Cette fois nous avions alimenté l’animal. Le sang artériel analysé avant l’administration du curare contenait :
13*', 75 de sucre pour 1000,
c’est-à-dire, à peu de chose près, la quantité qui existait au début, avant toute intervention de notre part. Ainsi, l’empoisonnement n’avait pas laissé de traces, le rétablissement était complet.
Après curarisation, nous avons examiné les urines et nous y avons constaté la présence évidente du sucre. L’animal cette fois a été bien diabétique, glycosurique.
L’examen du sang artériel nous a donné à ce moment :
23%60 de sucre pour 1000,
38‘i LEÇONS LE DIABÈTE.
La glycémie était donc exagérée, ce qui est, comme nous le savons déjà, la condition sine guâ non de la glycosurie.
Cette expérience, comparée à la précédente, nous fournit une conclusion intéressante, La quantité de pour 1000 pouvait exister dans les vaisseaux sans être expulsée par le rein *. la quantité 2®', 60 ne le peut pas, La limite extrêm^e de sucre que je sang puisse tojé^ rer et garder est donc comprise entre ces deux nombres. C’est environ 2^",§0 pour cet animal* Lus proportions de sucre contenu dans le liquide sanguin peuvent subir des oscillations I mais si elles ne dépassent pas 2^',50 pour 1000, elles ne sont pas aeeusées par luriue, Si au contraire elles dépassent ce chiffre, la glycosurie, le diabète se manifestent.
Les quelques centièmes qui constituent le profit de l’étal de digestion suffisent à faire apparaître un symptôme, la glycosurie, qui faisait défaut précédemment. On voit donc que la manifestation dn diabète dans le cas présent, ou son afigence, s’interprètent, non par une différence radicale dans les conditions organiques, mais par une simple nuapce, par une question de plus ou de moins, et peut-être aussi par une tendance plus grande à la polyurie chez l’animal en digestion que chez l’anima) àjeun.
Les observations que nous avons faites relativement à l’état de jeône ou de digestion de l’animal s’appliquent aussi bien au cas où l’on rend l’animal diabétique par une lésimi directe du système nerveux.
Nous allons aujourd’hui vous entretenir de cette nou^
velle manière de rendre les animaux diabétiques par la piqûre du plancher du quatrième ventricule.
pour piquer le plancher du quatrième ventricule au lieu convenable, voici les précautions qu’il faut observer. On prend pour point de repère une tubérosité qui existe à la face postérieure de l’occipital chez le lapin. Gette tubérosité et les deux tubercules auriculaires également faciles à sentir déterminent un plan suivant lequel doit être enfoncé l’instrument piquant, jusqu’à ce qu’il soit arrêté par les planchers osseux de la base du crâne. J’emploie un instrument piquant et tranchant à la fois, assez résistant pour traverser la voûte crânienne et assez étroit pour ne produire que les lésions strictement nécessaires (1).
Quoique ranimai soit fortement maintenu, il peut arriver que rjiistrument dévie un peu et que la piqûre ne soit pas faite seulement au point convenable, mais qu’elle ait atteint les parties yoigines. Dans les cas de ce genre, l’animal succombe à l’opération OU bien, si l’on a blessé les pédoncules du cervelet, il présente des accidents et des complications auxquelles on pourrait attribuer à tort ini cerlain rôle dans la production du diabète : le lapin est soiiyent pris de çonvulsions ou bien il a une tendance à tourner sur lui--inème d’un seul côté.
Nous avons fait deux expériences, une hier et une aujourd’hui dont vous avez le sujet devant les yeux. Je vais vous en donner les résultats :
IJier, sur un lapin nourri de choux, pesant 2^»*, 300,
(1) Voir pour les détails du procédé nos Leçons sur le système nerveux, P. 440 et fig. 60 (t. l)i
nous avons pratiqué la piqûre du plancher du quatrième ventricule. L’animal, immédiatement après l’opération a été pris de convulsions qui avaient pour effet de le faire tourner à droite. Ces convulsions se sont reproduites pendant toute la durée de l’observation.
L’urine recueillie avant la piqûre est alcaline, peu colorée et sans action sur la liqueur de Fehling.
Une heure un quart après la piqûre, on recueille de l’urine qui est de même alcaline, peu colorée, mais qui cette fois réduit fortement le liquide cupro-sodique.
A partir de ce moment, les urines sont recueillies de vingt minutes en vingt minutes ; elles présentent toutes les mêmes caractères; toutes réduisent fortement la liqueur de Fehling.
A six heures, les urines cessent de contenir du sucre et l’urine, devenue moins abondante, n’a plus aucune action sur le réactif cupro-sodique.
Pendant la durée de l’état diabétique, la température du rectum était de 34 degrés.
Nous avons laissé vivre l’animal jusqu’à aujourd’hui. Nous avons constaté de nouveau ce matin que l’urine était sans action sur la liqueur de Fehling, et nous avons sacrifié l’animal par hémorrhagie. Nous trouvons dans son sang artériel i®C3 de sucre pour 1000. La décoction du foie est opaline et contient de la matière glycogène ainsi que de la glycose.
Avant le cours, à midi quarante-cinq, nous avons pratiqué de nouveau l’opération sur un autre lapin de 2’"^, 200, en digestion d’herbe, afin de vous rendre témoins de l’état diabétique de l’animal. Cette fois, le lapin
n’a pas de convulsions, ainsi que vous le voyez; la piqûre a été mieux faite.
Avant l’opération, l’urine alcaline n’avait aucune action sur la liqueur deFehling. L’urine que nous recueillons maintenant réduit fortement la liqueur cupro-sodique.
Nous faisons une prise de sang à la carotide de l’animal, et nous dosons le sucre qu’il renferme. Nous opérons sur 25 grammes de sang. Le résultat est : 2®%30 pour 1000.
Nous réunissons les urines sucrées de ce lapin avec celles du lapin d’hier ; nous les décolorons par le charbon et nous constatons au polarimètre' une déviation à droite de 4 degrés. Cette môme urine, mise en contact avec de la levûre de bière, entre en fermentation.
Nous avons donc ici tous les caractères des urines diabétiques, et nos expériences ne peuvent laisser aucun doute dans l’esprit.
Il s’agit maintenant d’aborder l’explication du mécanisme par lequel se produit le diabète artificiel.
Les deux moyens que nous avons indiqués : lésion du système nerveux, empoisonnement par le curare, par la morphine, paraissent très-différents au premier abord. Mais à considérer les choses de plus près on voit qu’ils ont des points communs ; ces mécanismes se ramènent à une influence sur le système des nerfs. C’est sur le système des nerfs que le curare, la morphine et la piqûre portent aussi leur action. Le problème se simplifie par cette remarque préalable.
La glycosurie, symptôme caractéristique du diabète,