‹ Leçons sur le diagnostic des maladies des yeux: faite à l'Ecole pratique de la Faculté deChapitre 13 sur 17 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

DétoraiinatioB de la perception des eoulenrs

Messieurs,

Nous nous proposons aujourd'hui de faire l'étude de la perception des couleurs. C'est là, comme vous en jugerez bientôt, un des chapitres les plus importants de l'étude des fonctions de l'organe visuel, d'autant plus qu'il étend ses applications bien au-delà des limites de l'ophthalmologie pure. Son histoire n'est pas longue, elle s'est développée presque sous nos yeux.

L'antiquité ne nous a guère laissé sur ce sujet d'autre renseignement que le traité de Pline, où celui-ci reprochait à ses concitoyens d'être, en peinture, bien au-dessous des anciens, qui pourtant ne connaissaient que quatre couleurs, tandis qu'on en possédait au temps de Pline un très-grand nombre ,

Il faut arriver ensuite jusqu'au grand traité de Léonardo da Vinci sur l'art d'employer les couleurs, ouvrage dont une édition fut publiée à Paris en 1651 : cet excellent ouvrage intéresse à peu près exclusivement les peintres.

En réalité, c'est de Newton seulement que date l'étude physique des couleurs : c'est à lui et à Th. Young que nous devons d'avoir posé les bases scientifiques du sujet.

Quant aux anomalies de la perception des couleurs, elles n'étaient ni connues ni étudiées avant 1830, époque à laquelle Dalton publia ses observations sur Vachromatopsie.

Atteint Ini-méme, en effet, d*ane espèce particulière d*achromatopsie (il ne distinguait pas le rouge], il décrivit trèsexactement son état, et attira lànlessus l'attention des savants. De là le nom de Daltonisme sous lequel on a désigné trop légèrement toutes les affections de ce genre.

Remarquez, Messieurs, combien cette date est près de nous : et cependant le nombre de cas dans lesquels on a observé des troubles de la perception des couleurs est déjà, très-considérable, et Ton est chaque jour plus étonné de la fréquence de cette altération visuelle. Un fait a surtout contribué à la mettre en évidence :

On avait observé, principalement en Angleterre, une longue série d*accidents de chemins de fer survenant tous dans les mômes conditions : c'étaient des collisions de trains produites malgré la présence des signaux qui indiquaient un obstacle sur la voie. On interrogeait les mécaniciens, dont le plus grand nombre prétendait n*avoir pas réconnu les signaux : ceux-ci étaient verts quand la voie était libre, et rouges en cas d'obstacle. On eut alors l'idée d'examiner l'état de la vue des mécaniciens, et Ion reconnut avec surprise qu'il y en avait beaucoup qui, en effet, ne distinguaient pas le rouge du vert.

A partir de ce moment, tous les employés de chemin de fer furent examinés, maison en trouva un si grand nombre atteint d'anomalies de la perception des couleurs, qu'on dut imaginer des signaux d'un autre genre.

Cet examen a lieu aussi en Hollande, où je l'ai pour ma part, souvent pratiqué. Il en est de môme en France pour quelques compagnies ; d'autres ont supprimé les signaux colorés, excepté les rouges. Nous verrons bientôt si cela peut suffire. Je suis bien convaincu que peu à peu toutes les compagnies de chemins de fer en viendront à imiter l'Angleterre, et à ne plus se servir que de signaux incolores.

Mais l'examen de la perception des couleurs trouve encore une plus large application. En effet, cette fonction se trouve altérée non-seulement dans beaucoup d'affections

parement oculaires, mais aussi, chose bien digne d*intérét, dans un nombre considérable de maladies affectant d'une manière primitive ou secondaire Fencéphale et la moelle. Parmi celles-ci, je vous citerai Tataxie locomotrice, la forme d'hystéro-épilepsie si bien caractérisée par M. Charcot, Talcoolisme chronique, etc. Mais nous réservons cette ëtade pour plus tard, quand nous aurons appris à explorer toute l'étendue de la rétine sous le rapport de la perception des couleurs.

Occupons-nous d'abord des couleurs proprement' dites au point de vue physique.

On distingue des couleurs simples et des couleurs composées, celles-ci étant le mélange de plusieurs couleurs simples. Ce mélange fait dans de certaines proportions déterminées, produit la lumière blanche. On doit donc, en décomposant le blanc, pouvoir reproduire à volonté les diverses couleurs simples. Vous en avez la preuve dans Tarc-en-ciel et dans le spectre solaire.

Vous savez comment on obtient le spectre solaire : on fait tomber un faisceau de lumière blanche sur un prisme transparent, qui réfracte différemment les diverses couleurs dont la lumière blanche se compose.

Pour obtenir des couleurs spectrales vives, il faut que la lumière soit très-intense et que le spectre se produise dans un milieu absolument sombre. Or/ comme cette dernière condition est rarement facile à réaliser dans nos appartements, et qu on n'a pas toujours le soleil à sa disposition^ on a construit des instruments portatifs qui, dirigés sur un objet lumineux donnent un spectre dans l'intérieur d'an tube. On les appelle des speciroscopes.

En voici un modèle. C'est un tube métallique noirci à l'intérieur, et portant à une de ses extrémités un diaphragme qui laisse ouverte une fente de largeur variable. La lumière, après être entrée par cette fente, tombe sur un prisme qui la décompose. Un oculaire fixé à l'autre bout du tube, sert à grossir le spectre et à adapter l'œil de Tobservateur à la distance où ce spectre est produit.Ainsi,

eant le spectroscope sur un objet blanc, on voit un plus ou moina intense suivant la clarté de l'objet. s les couleurs du spectre solaire sont des couleurs elles ne peuvent plus être décomposées. Faites par exemple, un rayon vert sur un prisma; celuia gue le dévier et réfractera seulement de la ïerte. Regardez avec le spectroscope une des coul'arc-en-ciel, et voua n'aurez plus de spectre, plement une bande étroite de la couleur exa-

.mit aux couleurs qui servent aux arts et à l'industrie, a papier, desétoffea.etcceue sont que dea matières te et pulvérisées finement ; par exemple : le cinabre, ttuate de plomb, le vert de gris, le bleu de cobalt qui l'une poudre très-finedeverre de cette couleur, etc. s ces matières, de môme que les corps transparents (liquides, verres, etc.), colorent par absot-pHon. )rbent certains rayons de la lumière solaire qui les 1. Quant aux autres rayons, ils passent à travers et constituent par leur mélange la couleur propre d. Les corps colorés opaques absorbent, eux aussi, cenaiDS rayons de la lumière solaire, et ce qui leur donne leur coloration spéciale, ce sont les rayons qui n'ont pas été absorbés, et qui sont seulement réfléchis après avoir traversé une coucbe plus ou moins épaisse de la surface de cea corps.

Lea matières colorantes ne sont donc pas dut cooleora ps|«8, mais seulement un mélange de coqleurs, malgré la Fesaemblance de ces matières avec des couleurs simple. Vous pouvez voua eu convaincre facilement : regardez Hoe flpr&oe colorée quelconque à travers un prisme ou oq spectroscope, et vous verrez, que la couleur principale de cette surEace se décompose en une foule de couleuni dont l'ensemble avait fait sur l'œil une impression unique.

Voici au papier qui vous parait d'un ronge trës-poc. I^ contient, comme vous pouvez vous en assurer, oou-seu' lemeat da rouge et âea nuances du rouge, mai^ a^çofs ^n

jaune, du yiolet et même du -vert et du bleu. Ce papier vert TOUS fournit un spectre si complet, que tous ne pourriez "iw^aiment pas deyiner sa couleur en le regardant à traders un prisme.

Tout cela n'a pas grande importance pour Tart et pour X'industrie, dont le but est de produire sur la vue certaines impressions, n'importe par quels moyens. Mais pour notre examen de l'état de la perception des couleurs d'un œil âonné, il n'est pas indifférent de nous servir de couleurs simples ou do couleurs complexes.

Si, par exemple, un œil ne perçoit pas le rouge, il aura

^mane impression tout- à-fait différente pour* le rouge pur du

fispectre solaire et pour un rouge artificiel (îui contient en

X>1^^ toute une série de couleurs que cet œil peut percevoir*

Pour des expériences exactes, les couleurs spectrales

s^ont toujours les meilleures. Elles permettent des examens

x*igoureux et partout comparables. Malheureusement elles

x>e sont pas faciles à produire ni à manier, car pour avoir

<3es couleurs d'une intensité suffisante, il faut une lumière

solaire intense, une chambre obscure, un héiiostat, un

£i.pparei] spectral complexe, en un mot tout un ensemble de

oonditions qu'on peut rarement réaliser dans la pratique.

U y a en outre un obstacle sérieux, c'est la difficulté de

mélanger les diverses couleurs spectrales, chose qui est

pourtant indispensable pour un examen suffisant.

Les matières colorées par contre, sont à la portée de tout le monde. Elles sont très-faciles à mélanger et l'on peut en couvrir des surfaces de toutes dimensions. Pour faire des expériences rigoureuses et comparables, on doit toujours donner l'analyse spectrale de la couleur employée .

Que diriez-vous d'un physiologiste qui publierait des expériences sur une substance amère sans indiquer sa nature? « Elle produit, dirait-il, un effet tétanisant. » Un autre pourrait nier ce résultat au nom d'expériences faites avec une substance également amère. Tous deux ont cependant raison^ si le premier a employé de la str^rdmiae et l'autre de la quimiie.

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centre, à l'aide de cet appareil rotatif, vous voyez que le cercle interne reste vert, comme on devait s'y attendre, tandis que la partie extérieure vous donne une impression lumineuse unique résultant de la fusion des deux impressions venues du bleu et du jaune : or, vous avez l'impression d'une couleur rose, tout à fait opposée au vert du milieu*

Pour expliquer ce phénomène, prenons deux verres colorés, l'un bleu, l'autre jaune ; en les superposant et en regardant le soleil ou un objet blanc, on le voit coloré en vert. Or, cette couleur ne représente nullement un mélange, une addition, mais au contraire une soustraction de couleurs.

En eflTet, le verre bleu absorbe tous les rayons de la lumière blanche, y compris les jaunes y sauf les rayons bleus et verdâtres : la majeure partie de ces rayons absorbés aurait pu pénétrer à travers le verre jaune. Celui-ci, de son côté,détruit presque tous les rayons qui auraient pu traverser le verre bleu, c'est-à-dire surtout les rayons bleus. Ce qui reste, et arrive à notre œil, est la couleur qui n'a été absorbée ni par le verre bleu ni par le jaune, cette couleur est le vert. Nous n'avons donc pas combiné le bleu et le jaune, nous avons, au contraire, retranché de la lumière que nous regardions les rayons bleus et les rayons jaunes, et ce que nous voyons est le reste.

Il en est de môme dans la peinture. Aussi arriveriez- vous difficilement à persuader à un peintre que le mélange des sept couleurs simples produit du blanc. Pourquoi ? parce qu'en mélangeant ces couleurs sur sa palette il n'arriverait jamais à obtenir, je ne dis pas même du blanc, mais seulement du gris pur. Vous allez voir, au contraire, que rien n'est plus facile que d'avoir du blanc en mélangeant la lumière réfléchie par ces diverses couleurs.

La preuve directe que nous n'avons pas fait d'addition

de couleurs en superposant les deux verres est celle-ci :

Le verre jaune est évidemment beaucoup plus clair que le

bleu ; et cependant le vert que nous voyons à travers les

Landolt. it

Helmholtz. D'après cette théorie, l*œil possède trois eâpèceià aistincteë d'éléments tierveux dont chaculie perçoit une des trois couleurs fondamentales : rouge^ vert et violet (ou bleu).

La première espèce de ces éléments est excitée à uû haut degré par les rayons rouges, mais aussi un peu par les verts et faiblement par les rayons violets.

La deuxième catégorie est impressionnée par les rayons verts, et aussi à un faible degré, par les rayons rouges et violets.

Enfin les rayons violets excitent fortement les éléments de la troisième catégorie, qui sont aussi un peu sensibles aux rayons verts et très-peu aux rayons. rouges.

Chacune de ces catégories, excitée pour sa part, transmet au cerveau l'impression de la couleur fondamentale qui lui est propre.

Les couleurs intermédiaires sont données par l'excitation de deux ou trois de ces groupes d'éléments à des degrés différents.

Excités tous les trois à des degrés égaux, ils donnent l'impression du blanc (ou du gris). Vous pouvez vous en convaincre par l'expérierice suivante : J'ai adapté sur Tappareil de Masson deux disques concentriques de dimensions différentes, le plus petit composé de blanc et de noir, l'au* tre de rouge,de violet et de vert. En les faisant tourner rapidement, les deux disques font l'impression du môme gris.

La figure ci-contre reproduit graphiquement cette théorie.

La courbe I exprime les différents degrés d'excitation des premiers éléments (ceux du rouge) par chaque couleur du spectre* Le maximum correspond au rouge spectral.

Les courbes II et III ont la même signification par rapport aux éléments des deuxième et troisième catégories (éléments du vert, éléments du violet).

Veut^on savoir à quels degrés divers seront excités ces trois éléments par une couleur quelconque î Elevons une ligne verticale en regard de la position spectrale de cette

Les explications qui précèdent ont pu vous paraître un peu longues pour notre cadre. Mais vous verrez combien elles étaient nécessaires pour Tintelligence de ce qui va suivre, et combien elles abrégeront notre tâche principale, l'examen fonctionnel de la perception des couleurs dans les états pathologiques. C*est cet examen qui va maintenant nous occuper.

Les troubles de la perception des couleurs sont de trois catégories :

1^ Vachromatopsie totale, état dans lequel les malades n*ont aucune sensation de couleur, et ne distinguent que des différences de clarté. Les objets sont alors vus à peu près comme dans une photographie.

Cette affection est très-rare à l'état congénital, on en compte seulement quelques cas qui aient été exactement observés.

Ce qui est plus fréquent, c'est de voir Tachromatopsie totale se développer dans le cours de maladies cérébrales ou d'atrophie du nerf optique. Dans ce cas elle est presque constamment accompagnée d'une diminution des autres fonctions de la rétine.

2<>Une seconde forme est Y achromatopsie partielle, dans laquelle manque simplement la perception d'une ou de plusieurs des couleurs fondamentales.

C'est le plus souvent le rouge qui fait défaut : d'où le nom à^anérythropes donné à ces malades. C'était le cas de Dalton, aussi appelle-t-on encore cette forme daltonisme. Mais ce mot ne saurait s'appliquer exactement aux autres formes très-nombreuses des troubles de la perception des couleurs, ni môme simplement à toutes les formes d'achromatopsie partielle. En effet, un autre élément que le rouge peut faire défaut. Le vert ou le violet peuvent n'être pas perçus.

Les symptômes de l'achromatopsie partielle découlent naturellement de ce que nous avons dit plus haut :

Dans cette affection, la partie du spectre solaire correspondant à la couleur qui n'est pas perçue, doit nécessairement paraître très-foncée.

Si catte parQe np parait pas absolument noire, cela tient 4 ce quB la couleur ^o^ perçue irrite ^ uu faillie 4egré» comme nous Tavous vu, lei? deux autres éléj:¥^ents nerve4^ admis dans la théorie*

Qaand la couleur non perçue est une couleur e:i^triême 4^ spectre, celuirci paraît raccourci spit à l'une sqit à l'autre extrémité.

On a encore constaté que, pour les achromatopes partiels * le maximum de clarté du spectre solaire se trouve souvent^ non dans le jaune comme pour Vœil porinal, ^nals dani^ une autre partie du spectre.

Un autre caractère de Tachromatopsie partielle, c'est qu'on peut produire, à l'aide des deux couleurs fondamentales qui restent perçues, toutes les nuances que le malade distingue, y compris le blanc.

Ainsi un achromatope partiel, à qui manque la perception du rouge, attribue à un certain mélange de violet et de vert une coloration grise qui, pour non^» est produite, soit par un mélange de blanc et de noir, soit par le mélange de trpjs couleurs fondamentales.

Enfin, les matières colorées qui contiennent beaucoup de la couleur non perçue paraissent plus foncées au malade que celles qui en contiennent peu.

3° La troisième catégorie des troubles de la perception des couleurs, la dyschromatopsie, est de beaucpup la plus fréquente.

Les nialades de cette catégorie perçoivent toutes les couleurs, mais elles ne font pas sur eux une impression aussi vive que sur Toeil normal. Par suite, ils ont de la difficulté à reconnaître certaines couleurs : d'où le nom de dyschromatopsie donnée à cette affection. La dyschromatopsie peut être, comme l'achroniatopsie, complète ou partielle.

Los dyschromatopes voient le spectre solaire de môme étendue que l'œil normal. Les erreurs commises par les achromatopes partiels sont parfaitement reconnues par les dyschromatopes. Seulement certaines couleurs ne sont pas

distinguées, à moins qu'elles ne soient très-vives. Les couleurs assez voisines sont confondues : le violet est souvent pris pour du bleu, l'orangé pour du rouge clair, le rose pour du bleu ou du violet clair, etc. Quant aux nuances très-claires, elles sont confondues avec le blanc, et celles qui sont foncées paraissent grises ou noires.

Dans les cas les moins prononcés, les malades se comportent à Texamen fonctionnel comme le feraient des personnes peu intelligentes, ou peu exercées en matière de couleurs, car, en regardant attentivement, elles parviennent quelquefois àdistinguer des couleurs d'abord confondues.

Par contre, les cas les plu? accusés rappellent souvent la véritable acUromatopsie. Je suis convaincu, du reste, que bien des observations de cette dernière affection ne sont que des dyschromatopsies mal étudiées. Il faut, pour un tel examen, plus de patience et de précautions qu'on ne saurait croire.

En effet, la perception des couleurs est influencée par un grand nombre de circonstances :

On doit tenir grand compte à la fois de Vintensité et de Vétendue de la couleur, du fond sur lequel elle apparaît, et de V éclairage général.

Si l'on méconnaît l'influence d'un seul de ces facteurs, on peut trouver de l'achromatopsie dans tous les yeux sans exception.

Voici une carte sur laquelle j'ai collé de petits papiers carrés de couleurs vives, de 2 millimètres de côté, d'une part sur fond blanc, de l'autre sur fond noir.

Plaçons cette carte à une distance d'environ 10 mètres ; vous voyez que chaque petit carré vous apparaît comme un point plus ou moins clair, mais sans aucune apparence de coloration.

Agrandissons l'étendue de ces carrés, ou, ce qui revient au même, diminuons leur distance, et vous les voyez apparaître successivement avec leur couleur propre : vous distinguez d'abord l'orange, puis le jaune, le vert, le rouge, le bleu et enfin le violet.

Toos devez fiiire aos» ime remait[iie importante : c*est que la plupart des cooleurs sont bien mieux reconnues sur &>od noir que sur fond blanc. De loin, certaines couleurs paraissent noires sur un fond blanc; telles sont le rouge, le biia et fe Ttolet ; à la m^me distance, elles sont au cou - ■traire bien reconnues sur un fond noir.

Quant aux fonds colon^, ils font surtout ressortir leurs couleurs complémentaires : sur un fond rouge, par exemple, la couleur Terte ressort bien mieux ^'aucune autre. Aussi ne doit-on jamais, pour Texamen de la perception des couleurs, se servir d'un fond coloré, mais seulement d'un fond noir.

Ce qui influe surtout sur la perception des couleurs, c'est Tintensité de la couleur et celle de Téclairage général. Tous savez. Messieurs, que, pendant le crépuscule, les couleurs deviennent de moins en moins distinctes et finissent par disparaître : c'est d'abord le violet qui n'est plus reconnu, puis le vert, le jaune et enfin le rouge et le bleu.

Pendant la nuit nous reconnaissons tout au plus la forme des objets suivant leurs différences de clarté, mais nous ne voyons [^s leur couleur.

Pour étudier Tinduence de l'intensité des couleurs sur leur perception, nous n'avons qu'à les combiner avec du noir sur le disque rotatif, et nous verrons alors quelle est la quantité minimum qu'eîùge chaque couleur pour être reconnue, n en faut souvent une proportion assez grande, jusqu'à 10* pour 360» du mélange.

Tous ces faits nous prouvent que l'œil normal lui-môme se trouve dans un état de dyschromatopsie ou même d'achromatopsie par rapport à des couleurs peu étendues, peu éclairées ou peu intenses. En d autres termes, la dyschromatopsie n'est souvent que Texagération d'une défectuosité de l'œil sain. Entre l'œil normal et l'œil achromatope, il y a, en passant par les divers degrés des troubles de la perception des couleurs , une série progressive de nuances graduelles et insensibles.

Ce fait n'est pas encore connu partout. Il résulte en partie

d^observatîons que j*ai faites sur des yeax sains et malades et qui m*ont conduit àd*autres résultats Importants.

On avait toujours cru que les parties périphériqjies de la rétine étaient achromatopes. On basait cette opinion sur .ce fait, vrai en lui-môme, que des morceaux de papiers, colorés, vus sous un angle de8(y>, paraissent tous incolores, et que, pour être reconnus, il faut les approcher plus ou moins du point de fixation.

Mais j'ai pu constater qu'il suffit d'augmenter assez leur intensité ou leur éclairage, pour que toutes les couleurs soient reconnues jusqu'aux limites extrêmes du champ visuel.

De là ressortent, pour l'examen de la perception des couleurs, des indications importantes, et vous voyez qu'il est indispensable, dans cette exploration, de tenir compte non-seulement de la composition des couleurs dont nous nous servons, mais encore de leur étendue, de leur intensité, et de l'éclairage ambiant.

Après tout ce que nous venons de dire, peu de mots suffiront pour vous exposer les méthodes d'exploration. Elles découlent pour ainsi dire directement de ce qui précède.

Il ne suffit évidemment pas de montrer au malade une série de couleurs en l'engageant à les désigner, ni de lui faire reconnaître les différentes parties d'un spectre solaire.

Un achromatope partiel peut très-bien arriver à appeler par leurs noms les couleurs mômes qu'il ne voit pas comme nous, il les distingue alors, soit par leurs différences de clarté, soit par d'autres indices que l'usage lui a appris.

On fait bien cependant de présenter au patient une série de couleurs diverses pour se fixer tout d'abord sur le genre des troubles qui sont en jeu. Mais il faut disposer de nuances ^ nombreuses et variées. La série dont je me sers se compose,par exemple/de 350 échantillons diff'érents.

On engage la personne examinée à choisir dans ce nombre les échantillons qui lui paraissent de la môme couleur, opération qu'un œil normal fait en quelques minutes.

difflenlté et hésitade différente^

Col ^KàuRMBttigit fttrtHi farm eftcore de plus grosse^ «enntrsw <c nagsn^ |ttr csasple. les étofies Tertes à côt^ Ai^ ruQ^sek I» lîiiiiaKi <s»î^ dk» jamae^, etc.

C^îa ikKt was» iùrv éiyà nr foelles cooleors tous ay^^

T>/ie fiiiiviK «ts^cjfe lUBltrer a« ajel on spectre solaire fraÈtt. O s^Ktri^ est-îl ut ax^c sqa éteadae normale ? tanC^nl rtcoHtcci i Tvie lie «as extrémités f A.-t-il dan^ «OL t;tei»r»«fe* porCî» càtsc^r^s? Le maximum de clarté fiurtctsi ^CK jl:i MuNae «btnnt fom poor Fceil normal ? Ce »ml( IkI JlClci:!: J» «I^Ziisc^oa^ fù TiXcs pi»mettront de décider ;si ToKi exaMtM est acàjtuautli^pe pâurtieâ oa non.

Kxi:r ^^2;s ie $ànK^. ti>s2s po«Tei dieicher à produire sur k i::^!^ rv^Oitif iul stjeiux^ «te (Uwpeoul^trs fondamentj::*fs v(x. âifSsstKi: ^xr loeîl ex3JUM le même e£kt qu'un mé- Ito^ di^ b^3C et %ie b;^. Si Ti>as ne pouTez y parvenir, ciK <âHl OL^est f^K ^ncfiàoLl d acturanalK^e.

V^jutai i U <t}n3CÎin>ai;ttapi$£e, je ne sers« pour la déter- Miaier. vit? bwi Bfcèûode des viiensités minima. Je cherche, atn Kio^rea du dbque ivtttif« quel est hi minimum d'une CK^^iHHir donnée qu^U Càut atjoulnr au noir pour que cette c^Hileur soît reconnue.

Cette méthode est simple et d'autant plus rationnelle qu elle donne des résultats tnè:$Hftet$ par eux-mêmes et qui ne s appuient sur aucune idée théorique préconçue. Quand il s'agira de compléter ou de réformer la théorie de Young- Uelmholtz« de tels fitits. fidèlement constatés sans aucune interprétation, auront toujours une valeur réelle pour la ' solution de ce grand proùème d'optique physique et physiologique.

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