ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE DES MOUVEMENTS DE L'OEIL
cas. Voilà ce que nous dirait l'induction. Or, l'observation pathologique, que seule nous pouvons invoquer ici, nous révèle exactement la môme chose. Prenons pour exemple l'analyse du mouvement des deux yeux da*ns le regard en haut et en dehors à droite. On a appris, par l'observation citée de M. Donders, que lors de ce mouvement, le méridien vertical de chaque œil se porte par son extrémité supérieure vers la droite, c'est-à-dire dans la même direction que le regard. Supposons maintenant le mvscle droit externe, du côté droit, paralysé. (Nous choisissons ce muscle-là parce que, étant animé par un nerf spécial et exclusif à lui, les caractères de sa paralysie sont nettement définis et sans risque de confusion avec la paralysie des autres muscles.) Eh bien ! dans ce cas qu'arrivet-il? Sous l'empire de la loi fonctionnelle instinctive, l'influx nerveux est jeté sur les organes propres à procurer le mouve-' ment binoculaire associé; l'œil gauche, parfaitement sain, se dirige dans le sens indiqué, et porte son méridien vertical dans l'inclinaison en haut et en dedans, ainsi que sa pupille dans la diagonale voulue, à une certaine hauteur au-dessus du plan horizontal. L'œil droit a reçu la même impulsion ; mais il n'a obéi que partiellement à cette impulsion; que s'est-il passé de son côté? Le voici : Sa pupille s'est élevée à la même hauteur que celle de l'œil sain, accusant par là très-nettement l'action élévalrice du système que la volonté a tendu à mettre en mouvement. Quant à la composante horizontale externe, elle a fait défaut : l'observateur reconnaît que les yeux sont en état de strabisme convergent. Les impressions subjectives du sujet révèlent le même fait; l'objet visé est vu double, et les images sont homonymes. En outre, celle de l'œil droit est inclinée sur celle de l'œil gauche, son extrémité supérieure s'écarte sensiblement de l'extrémité supérieure de l'image correspondant à l'œil gauche. Les enseignements subjectifs sont donc ici les mômes que ceux fournis par l'observation extérieure; ils nous apprennent, comme les premiers, que le méridien vertical dans l'œil droit paralysé est resté vertical. Ainsi le démontre, d'une part l'élévation directe de la pupille
de l'œil droit jusqu'à la hauteur h laquelle est parvenue la pupille de l'œil gauche. Ainsi le démontre également l'inclinaison relative des images de la diplopie. Les sensations fallacieuses de l'œil droit, partiellement paralysé, sont jugées par les nolions apportées par l'œil sain, le gauche. Ce dernier voit l'image droite et son méridien vertical s'est incliné à droite. L'image, dans l'œil droit, est bien droite également; mais le méridien vertical est demeuré vertical, tandis que les notions monitrices apportées par le système nerveux le représentent au sensorium comme s'étant mis, avec son congénère, dans l'état de parallélisme physiologique, c'est-à-dire incliné en dehors par son extrémité supérieure. Supposons que cette inclinaison ait dû être, par exemple, de 20°. Le système musculaire de l'œil droit, dont le diamètre vertical est demeuré vertical, trompé par la paralysie, représente faussement au sensorium ce méridien dans la position inclinée de 20° en haut et en dehors (l'extrémité supérieure); l'image dessinée dans cet œil, sur ce méridien même, est donc rapportée à la position erronée attribuée à ce méridien, c'est-à-dire son extrémité supérieure (à elle image) inclinée en haut et en dehors de 20°.
Mais si les impressions oculaires sont projetées au dehors renversées, les diamètres de l'image et de l'objet sont toujours dans le même plan, passant par l'axe optique. Les directions du diamètre longitudinal ou vertical de l'objet seront donc vues par l'œil gauche dans la direction verticale, mais par l'œil droit, dans cette direction inclinée de 20° (le pied en dedans) ou en dehors par en haut.
Comme d'autre part les images sont homonymes, puisque le strabisme est convergent, les deux images extérieures seront donc appréciées dans ce même sens, s'écartant en haut de 20°, dans l'hypothèse admise.
L'observation des effets de la suspension pathologique de l'action du muscle droit externe, nous révèle donc le genre de mouvement que ce muscle a pour effet de produire. Elle nous démontre de façon évidente que le mouvement oblique, ou en diagonale, dans l'un des angles de l'espace, est la consé-
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quence résultante de l'action combinée du muscle direct de la convergence ou de la divergence franches, avec celle du groupe du mouvement direct, en haut ou en bas, puisque l'absence du droit externe laisse le méridien vertical dans sa direction première. Ce groupe représentera donc toujours pour nous une seule force, la force directe en haut ou en bas.
Cette même proposition a été démontrée aussi par l'analyse mécanique et l'ophthalmolrope, par l'école physiologique de Leipzig et en particulier par son illustre chef M. Ruete (1).
(1) Thèse soutenue à Leipzig le 22 sept. 1857 (Ruetii Smguli oculorum sex musculi quid valeant ad eorum motus?).
STATIQUE ET DYNAMIQliE DU GLOBE OCULAIRE.
DEUXIÈME LEGON