ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE DES MOUVEMENTS DE L ŒIL
(suite.)
§8. — Mécanisme de l'inclinaison du méridien vertical polaire, lors des mouvements associés du regard oblique.
Une question secondaire, fort intéressante et des plus curieuses, se pose à la suite de celte analyse.
D'après ce que nous venons de voir, lors du regard oblique associé, c'est à la suite de la suspension d'action du muscle direct, externe ou interne, que s'observe la conservation de la verticalité du diamètre vertical propre du globe. D'où la conséquence naturelle que l'action de ces muscles est la condition ou une des conditions de l'inclinaison du méridien vertical dans le sens dont il s'agit dans les observations qui précèdent. Révélation faite pour surprendre au premier abord, quand on considère que les muscles droits externe ou interne sont, par leur situation, sans influence directe, par eux-mêmes, sur l'inclinaison du méridien vertical dans un sens ou dans l'autre.
Il y a donc lieu de penser que, par le fait de leur entrée en jeu, des composantes inattendues vont se manifester et qui seront de nature à incliner ledit méridien vertical dans les sens indiqués. La discussion suivante va nous montrer qu'il en est effectivement ainsi.
Nous n'avons jusqu'ici considéré l'aclion des muscles obliques d'une part, droits supérieur et inférieur d'autre part, qu'au point de vue de leur action, soit autour de l'axe vertical projeté en 0 (action de divergence ou de convergence), soit autour des axes de rotation MN et PQ situés dans le plan horizontal.
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Mais il est encore une autre action que peuvent déterminer ces muscles et qui, équilibrée par leur concours dans la production des mouvements directs en haut et en bas, en dehors ou en dedans, peut se manifester et se manifeste effectivement dans les mouvements obliques ou diagonaux; et celte action est précisément l'inclinaison du méridien vertical.
Si l'on jette les yeux sur la note (1) qui a pour objet l'analyse statique des forces en présence dans l'équilibre du globe, on voit qu'en sus des composantes qui représentent, dans le plan vertical, l'action élévatrice ou déprimante directe des muscles droits ou obliques, et de celles qui, projetées dans le plan horizontal, doivent produire le mouvement du globe autour de l'axe vertical 0, il reste à considérer encore une troisième composante, perpendiculaire au méridien vertical et qui, eu égard à son point d'application à l'extrémité d'un rayon de la sphère oculaire, aurait pour effet l'inclinaison du méridien auquel elle est perpendiculaire (le méridien polaire vertical), dans les directions précédemment indiquées. C'est celte composante qui, dans l'analyse ci-dessous, animerait le couple ayant pour bras de levier le rayon môme du globe, R.
Or, comme nous le faisions remarquer dans la note, lors des mouvements directs en haut et en bas, déterminés par l'action combinée d'un des droits supérieur ou inférieur avec l'oblique de nom contraire, les composantes qui, pour l'un d'eux, produiraient la convergence et chez l'autre la divergence, se neutrahsent mutuellement; il ne reste intacte que la composante dirigée dans le plan vertical, et celle-ci détermine un mouvement direct autour d'un axe de rotation horizontal ab intermédiaire aux axes MN et PQ.
Or ces composantes qui s'annulent pour la convergence ou la divergence, ce sont justement les mômes qui animeraient les couples opposés par lesquels sont inclinés l'un en dedans, l'autre en dehors, les méridiens polaires verticaux; ces couples ayant môme bras de levier, môme force appliquée et affectant
d'ailleurs des directions opposées, vont donc ainsi se faire mutuellement équilibre.
Mais imaginons maintenant qu'au lieu de se passer dans le plan direct du mouvement vertical pour lequel ces forces se font équilibre, l'un des muscles droits externe ou interne entre en jeu pour porter le regard dans la convergence ou la divergence, en même temps que le groupe élévateur ou abaisseur vient concourir au regard associé dans le sens diagonal.
Pour fixer les idées, supposons qu'il s'agisse de convergence.
L'effet premier de ce mouvement, en ce qui concerne le plan des obliques, est de rapprocher graduellement ce plan du parallélisme avec le plan du méridien polaire vertical, jusqu'à les faire enfin coïncider, quand la ligne GF en est venue à passer par le point 0, centre du globe.
Or, à mesure que ce mouvement s'est efi'ectué, l'action de la composante convergente du plan des muscles droits supérieur et inférieur a augmenté avec le sinus de l'angle de l'inclinaison du plan de ce dernier sur le plan vertical ; la composante divergente des obliques a diminué dans le même rapport, jusqu'à devenir enfin nulle.
Quelle. peut être la conséquence de ce double fait, si ce n'est la manifestation de la composante convergente du plan des droits supérieur et inférieur, que ne contre-balance plus la composante équilibrante des obliques dans le sens de la divergence.
A mesure que le droit interne agit davantage, portant en dedans le point d'attache mobile des droits supérieur et inférieur, et en dehors celui des obliques, l'action de convergence propre aux premiers se manifeste davantage, s'ajoute ainsi aux effets du muscle direct (le droit interne), dont le bras de levier diminue avec le mouvement déjà produit.
Mais il reste encore à considérer l'effet du couple appliqué au méridien vertical polaire. Les conséquences de l'action du muscle droit interne sont les mômes en ce qui concerne l'inclinaison du méridien vertical qu'en ce qui regarde la convergence. Avec l'action en dedans et en haut, la composante de
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rinclinaison en dedans et en haut va croître dans la môme proportion que diminue son antagoniste; et réciproquement. Voir figure 2.
Le méridien vertical polaire, qui éprouve les effets de ce couple, doit donc s'incliner du môme côté, dès le commencement du mouvement et d'autant plus que le mouvement se prononce.
Et voilà comment, impuissant à incliner le méridien vertical polaire et môme à le porter franchement dans la convergence, quand il est réduit à lui-même, le plan du muscle droit supérieur et inférieur détermine au contraire ces effets au fur et à mesure que l'action du muscle droit de la convergence augmente les bras de levier de ce système au détriment de celui des obliques. Et voilà comment, en môme temps, la môme composante du droit supérieur agit sur le globe comme puissance rotatrice du méridien vertical, inclinant ce méridien (dans le cas qui nous a occupé), son extrémité supérieure en dedans.
Ce que nous venons de dire s'appliquerait, mot pour mot, au mécanisme de l'inclinaison du méridien vertical polaire, sous l'influence des obliques, lors du mouvement de divergence.
En un mot, pendant les mouvements diagonaux ou obliques, le droit supérieur ou le droit inférieur, s'il s'agit d'un mouvement en dedans; l'oblique supérieur ou l'inférieur, s'il s'agit d'un mouvement en dehors, se manifestent par leurs composantes secondaires ; produisant alors un mouvement additionnel de convergence dans le premier cas, de divergence dans lie second et en outre une inclinaison dans le môme sens du méridien polaire vertical.
§ 9. — Mouvements de convergence mutuelle, en haut et en bas, dans le
plan vertical médian.
La méthode deDonders, appliquée à l'étude des positions du méridien vertical polaire, dans les mouvements de convergence mutuelle, doit ôtre encore une fois consultée. Elle nous apprend que, dans ces mouvements, soit qu'ils se passent dans
le plan horizontal de l'orbite, soit qu'ils aient lieu en haut ou en bas, les deux méridiens polaires restent encore verticaux; et cela quel que soit le degré de convergence. L'interposition d'un prisme de 20° à sommet interne n'altère pas celle verticalité, môme après le fusionnement des images doubles premièrement accusées.
On peut être surpris de ce fait en le comparant aux enseignements qui ressortent de la discussion précédente, et dans laquelle nous avons vu que le simple fait de la convergence ou de la divergence mettait en évidence la composante qui détermine rinclinaison du méridien principal ou la rotation de la pupille sur elle-même.
On se rendra cependant compte de cette apparente dérogation à une loi de mécanique, en observant que le mouvement associé de convergence mutuelle n'approche jamais, pour prononcé qu'il puisse être, des mouvements associés obliques vers l'horizon ou les objets quelque peu distants de l'œil. Alors on conçoit que le plan des obliques, n'arrivant jamais jusqu'à ce point de se confondre avec un des méridiens verticaux de l'œil, conserve toujours une composante perpendiculaire à ce plan méridien. Or on peut supposer, sans faire violence aux éléments de la question, que la loi de synergie qui préside au mouvement de convergence mutuelle affecte à celui des obliques appelé à entrer enjeu, une dose d'action suffisante pour que sa composante, perpendiculaire au méridien principal, ait l'énergie nécessaire pour maintenir, contre son antagoniste du niuscle droit congénère, la verticalité de ce méridien.
Il faut évidemment, pour cela, que le muscle oblique reçoive une somme d'influx nerveux supérieure à celle qui lui est naturellement dévolue dans le regard associé parallèle correspondant i\ la môme inclinaison du plan des obliques sur le plan vertical médian. Cette circonstance devra être présente à l'esprit quand on voudra se rendre compte de la fatigue musculaire ressentie à la suite des mouvements de convergence mutuelle soutenus ou exagérés, au-dessus ou au-dessous du plan horizontal ou équatorial. C'est une circonstance qui doit,
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si nous ne nous trompons, jouer un rôle dans l'asthénopie musculaire et môme dans la production du staphylôme postérieur, si cette altération anatomique est , comme on paraît disposé à le croire, la conséquence d'un excès de pression, déterminé par l'excès de convergence- , '
L'excès de force imposé aux obliques pour le maintien de la verticalité du méridien principal, ne peut avoir lieu sans peser sur la pression subie par le globe, dès lors, sans changer les conditions économiques de circulation et de nutrition dans les m^embranes profondes.
Il y a là matière à méditation.
§ lO. — Anciennes opinions sur le rôle des muscles obliques dans les mouvements de l'œil.
Au nombre des conséquences de la formule que nous venons de donner de la statique et de la dynamique du globe oculaire, une assurément des plus importantes et des plus longuement attendues sera l'avantage d'être désormais édifiés sur le rôle et le jeu des muscles obliques. De tout temps ces muscles obliques ont eu le privilège d'attirer l'attention des physiologistes; et la fonction qu'ils remplissent dans l'économie des mouvements de l'œil a été, depuis l'enfance de la myologie, l'objet de controverses incessantes. Parmi les diverses opinions qui ont eu le plus de faveur, nous en retiendrons deux qui paraissent, en définitive, s'être partagé les noms les plus sérieux dans la physiologie. La première, due à Hunter, repose sur la considération suivante : le grand physiologiste anglais, trompé sans doute par une observation mal assurée (et difficile d'ailleurs, car plusieurs s'y sont trompés encore depuis), Hunier, disons-nous, avait cru voir que lors des mouvements de la tête s'inclinant sur l'une ou l'autre épaule, les deux globes oculaires maintenaient, pendant ces mouvements, leur méridien horizontal dans le plan même de l'horizon. Les deux globes, dans cette circonstance, eussent donc fait subir à ce méridien, autour de l'axe optique, un mouvement angulaire égal et contraire à l'angle du mouvement du plan des deux centres optiques sur Thorizon.
Sans entrer dans une explication plus détaillée du mécanisme exécuté pour cet objet, les muscles obliques avaient été en bloc investis de cet ofQce.
Cette opinion a été reprise depuis, et plusieurs essais de démonstration ont été proposés en sa faveur. Nous n'avons pas besoin de rappeler la lutte soutenue devant la société de médecine de Gand par MM. Szokalski et Hueck, ni les conclusions de la savante compagnie. Nous ne reviendrons pas non plus sur d'autres essais plus récents, publiés à l'appui de cette opinion désormais jugée.
Deux méthodes expérimentales , dont les conclusions excluent sur ce point toute possibilité de doute, ont fait justice ' d'une erreur échappée à un grand homme, et qu'il eût certainement relevée lui-mAme, s'il était permis au génie plus qu'au reste des mortels d'assister au développement de ses propres idées.
L'une de ces méthodes expérimentales appartient à M. Donders. C'est celle que nous avons rappelée au commencement de ce travail, et qui consiste à observer ce que deviennent, dans les différents mouvements des yeux ou de la tête, les méridiens verticaux et horizontaux des globes, en suivant les modifications de position éprouvées pendant ces mouvements, par des impressions lumineuses linéaires persistant dans les rétines. M. Donders a fait voir que deux traces lumineuses, dessinées linéairement dans le méridien horizontal des rétines, dans la position droite et régulière de la tête, suivaient celleci dans tous ses mouvements et affectaient la môme inclinaison sur l'horizon que la tête elle-même.
Dans notre Traité de la Vision binoculaire^ au § 283, nous avons également insisté sur la signification, dans la question qui nous occupe, d'un fait d'observation qui conduit aux mômes conséquences que celles de M. Donders. Nous voulons parler des apparences étoilées que prennent les points lumineux brillants éloignés, en peignant leur image sur notre rétine, quand celle-ci n'occupe pas le foyer mathématique exact de l'appareil réfringent. Ces formes stellaires sont dues.