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ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE DU MOUVEMENT DE L'OEIL

on le sait, au passage de la lumière à travers les interstices à type hexagonal qui séparent les secteurs du cristallin. Or, ces apparences suivent tous les mouvements de notre tête, quelle que soit l'inclinaison qu'elle affecte, et ne laissent , pas plus que l'observation des images persistantes, de place à l'opinion qui fait exécuter aux globes oculaires un mouvement inverse de celui de la tôte.

Nous pouvons donc nous croire autorisé à ne plus revenir sur ce point condamné.

L'autre opinion a, paraîtrait-il, son origine dans les travaux de Bichat, et, par ce motif, est en possession de la faveur classique. Dans cette opinion, les muscles obliques seraient chargés du mouvement de rotation du globe autour de l'axe antéro-poslérieur, mouvement de rotation justement observé par les physiologistes, mais sans désignation des circonstances fonctionnelles auxquelles il appartient, ni de l'étendue qu'il parcourt. Enveloppé dans ce vague , le rôle attribué aux obliques n'était vraiment qu'un aperçu et non une proposition sérieuse.

Dans ses belles recherches (1), M, Jules Guérin avait reconnu aux muscles obliques ce môme effet de rotation, et en outre, leur second effet de puissance abductrice ou divergente, attributions parfaitement rationnelles si l'on se borne à considérer la direction de ces forces, mais pourtant inexactes, si l'on veut se renfermer dans l'observation pure et simple du fait physiologique.

Ce n'est qu'aux derniers travaux des écoles de Berlin, d'Utrecht et de Leipzig, travaux dont la substance se trouve résumée dans les pages qui précèdent, que nous sommes enfin redevables de notions précises sur la portée et l'étendue du rôle joué par les obliques, lors des mouvements associés et réguliers des globes oculaires, soit comme puissances divergentes, soit tfomme puissances rotatrices. Nous savons maintenant que ces actions de divergence ou de rotation ne sont

(I) Sur le Strabùme, Paris, 1843.

que des cotnposanles secondaires, éqyilibrées ou équilibrantes et n'ayant, que dans des circonslancesi bien définies, des effets d'ailleurs limités. Nous avons vu dans la discussion des §§ 7 et 8, que ces forces secondaires des muscles obliques se trouvaient constamment en opposition (nous entendons dans les cas physiologiques) avec des composantes contraires appartenant aux muscles droits supérieur et inférieur; que les obliques jouaient le rôle d'abducteurs, à peu près au même titre que les muscles droits supérieur et inférieur jouent celui d'adducteurs, c'est-à-dire en annulant le plus généralement l'action du groupe opposé. Nous avons reconnu en outre que dans les mouvements associés, les deux muscles du môme groupe n'agissaient jamais simultanément.

Sous le rapport de la rotation du globe autour de son axe antéro-poslérieur, l'opposition de ces deux groupes de muscles a un caractère plus remarquable encore. Ils agissent, en effet, chacun à leur tour comme rotateurs, suivant que l'extrémité supérieure du méridien vertical polaire doit être portée en dedans ou en dehors, et dans ce cas, l'effet constaté n'est encore dû qu'à une différence de forces. Aussi, à ce dernier égard, les mouvements de rotation, est-on en droit de considérer les muscles droits supérieur et inférieur comme des agents de rotation tout aussi complets que les muscles obliques. A ce titre, on poufrait les nommer les rotateurs de la convergence, comme les obliques les rotateurs de la divergence, et ajouter, pour être complet, que ces actions deviennent manifestes dans les seules circonstances des regards associés obliques ou diagonaux. Et on a ainsi un exposé théorique complet, et fondé sur l'observation physiologique, des mouvements des globes oculaires et du rôle de chaque groupe de muscles.

Dorénavant, et pour tous les mouvements directs cardinaux, c'est-à-dire dans le plan horizontal ou dans le plan vertical, les obliques antérieurs ou divergents, comme les obliques postérieurs ou convergents (nous demandons la permission de désigner ainsi les muscles droits supérieur et inférieurs), ne sont que des élévateurs ou des abaisseurs de la pupille; et agis-

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sent toujours par synergie croisée, un droit supérieur ou inférieur avec l'oblique de nom contraire; jamais ensemble dans les mouvements associés.

Cette action résultante se combine alors simplement avec un des droits externe ou interne pour produire un des mouvements diagonaux : et c'est alors seulement que, lors de la convergence, apparaît la composante rotatrice des obliques postérieurs — et dans la divergence, la composante de même ordre des obliques classiques.

Ainsi formulé, le mode d'action des obliques et des droits est des plus simples à comprendre et à se représenter; et nous tirerons de cette exposition un secours extrêmement puissant pour l'intelligence des phénomènes subjectifs des paralysies de ces muscles.

S 11- — Des axes optiques, principaux ou polaires. — La. macula lulea est le centre de l'attention et du tableau. — Divergence physiologique de l'axe de la cornée avec l'axe optique proprement dit.

Ayant décrit et étudié le globe oculaire au point de vue de son équilibre statique et dynamique, nous sommes naturellement conduit à appliquer ces données de mécanique à l'étude générale des lois de leurs mouvements associés dans l'acte et pour l'accomplissement de la vision parfaite ou binoculaire.

Deux principes vont gouverner cette seconde partie de notre travail : D'une part, la nécessité d'une harmonie complète entre les mouvements de l'un et de l'autre globe, obéissant ainsi ;\ une synergie, à une sympathie entière; de l'autre, le rapport constant ou variable, que cette môme synergie paraît avoir avec nn autre élément mécanique de la fonction, à savoir : l'adaptation de chaque organe aux distances variables des objets.

Ces deux points nous occuperont séparément. Parlons d'abord de l'harmonie mécanique extérieure.

Elle se résume dans le concours constant (dans l'état phy- •s.ologique) des deux axes optiques principaux ou polaires •sur le point où se fixe l'attention.

, GIRAUD-TEUI-ON.

En d'autres termes, dès qu'un objet appelle et fixe, fût-ce pour un seul instant, l'attention, en ce moment les deux axes optiques, les deux axes antéro-postérieurs qui partent de la macula lutea, se rencontrent exactement sur l'objet.

La précision de la notion qui résulte de ce croisement et nous révèle la position exacte du point de mire par rapport à nous, ne permet guère de douter de la nécessité de ce fait physiologique.

II peut cependant être mis en plus grande lumière encore par l'expérience de Donders sur les impressions persistantes. Si nous fixons un certain temps une bande verticale lumineuse, croisant une bande horizontale, et que nous conservions ainsi sur nos rétines une croix de couleur complémentaire, quand nous porterons alors les regards vers différents objets, cette croix apparaîtra toujours unique sur le point de mire que nous aurons ainsi fixé quelques secondes, marquant par là la superposition constante, dans l'état physiologique, du centre de la macula avec le centre de l'image de l'objet qui a fixé notre attention .

Il conviendra cependant de mettre, dans son esprit, une différence entre le point de mire de l'attention et l'unité de sensation qui fournit un seul jugement pour deux images. En dehors du point de mire, les objets paraissent simples, quoique leurs images appartiennent à des parties latérales du champ périphérique de la vision. Mais l'attention, passant d'un de ces objets à l'autre, y transporte à l'instant la croisée des images persistantes. Il est évident que c'est en ce point que nous plaçons le point correspondant de notre centre propre de figure à nous-mêmes ; c'est à lui que nous rapportons les notions de haut, de bas, de droite et de gauche des régions de l'espace qui Tentourent.

On s'en assure encore par une expérience inverse.

Répétons l'expérience de M. Donders, en faisant tomber les images de la bande lumineuse destinée à marquer sur le fond des rétines des images persistantes, sur des régions latérales du champ de la vision et des rétines. Il n'y a rien de plus aisé :

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on n'a pour cela qu'à viser attenlivement, pendant un certain temps, un point fixe à droite ou à gauche, à quelque 20" de distance angulaire, de la bande lumineuse.

Quand on a ainsi obtenu les deux impressions persistantes sur des régions correspondantes des rétines (nous ne disons pas sur des points identiques), on observe alors que quelque soit l'objet que l'on fixe ensuite, l'image persistante fusionnée garde toujours, par rapport à ce point nouveau, la môme position relative qu'occupait la bande lumineuse, par rapport au premier objet fixé.

Dans les développements qui vont suivre, nous regarderons donc comme un fait physiologique général, la constante identité de position du centre delà macula lutea, avec le pôle postérieur de l'axe optique, de l'axe de l'atlenlion.

Nous nous sommes longtemps demandé si cette constance de rapports était bien positivement invariable ; en un mot, si le centre de l'attention, le point qui, dans les organes, est en correspondance avec le centre de la perspective, était toujours anatomique et non le fait de l'éducation et de l'habitude.

Quelques faits pathologiques, entre autres certaines observations de strabisme alternatif double, nous avaient, à ce sujet, inspiré de grands soupçons, et nous avouons qu'il nous reste encore sur ce point quelques inquiétudes de physiologiste. Cependant, eu égard à la grande généralité du phénomène que nous avons formulé ci -dessus, considérant, d'ailleurs, ses grandes raisons d'être, au point de vue des rapports qui doivent exister entre le mécanisme musculaire extérieur et les directions rétiniennes, nous ne craindrons pas, dans les discussions qui vont suivre, de le regarder comme bien établi.

Notre illustre confrère, M. Donders, nous a rapporté à cet égard une expérience qui a, pour la solution de ce doute, une valeur non moindre que ses premières observations.

Examinant à l'ophlhalmoscope un œil sain et invitant le sujet à fixer son attention sur l'image môme de la lampe que l'on projette au fond de cet œil, on reconnaît que cette image se peint toujours exactement sur la macula lutea.

Pour faire celte observation, il faut, après avoir bien observé la région de la macula par l'éclairage ordinaire, s'éloigner, avec le miroir, en ligne droite, jusqu'au moment oîi le cône de lumière se réduit, sur la réline, à l'image môme de la lampe.

On peut encore, éclairant l'œil à l'ordinaire, mais modérément, prier le sujet de viser avec attention une petite flamme très-brillante, éloignée, et dont la direction rase la surface de la tête de l'observateur. Si la pupille est très-dilatée, on observe alors que cette image se peint sur la rétine exactement sur la macula.

Pour justifier notre réserve nous invitons le lecteur à porler son attention sur les faits pathologiques signalés dans nos §§ 29 et 82 (Incongruence des rétines), et que nous avons empruntés à M. de Graëfe; M. J. Guérin avait aussi rencontré des faits analogues.

Quoi qu'il en soit, s'il est encore incertain que le point fixe de l'attention, le point de mire central du tableau rétinien, soit bien piosilivement un point anatomique, il n'est pourtant pas contestable qu'il n'ait, dans chaque œil, son siège constant et invariable. En d'autres termes, les axes optiques de l'attention sont ou ne sont pas déterminés par le centre de la macula (tout porte cependant à faire penser qu'il en est ainsi); mais ils sont toujours constants pour le même œil ; ils correspondent assurément à des points fonctionnellement identiques.

On ne considérera pas, nous nous en assurons, celte dernière expression comme un rappel de l'ancienne théorie des points identiques avec laquelle elle n'a de commun que l'apparence.

Dans l'ancienne théorie classique, tous les points de la rétine étaient, deux à deux, anatomiquement identiques ou correspondants pour créer la sensation d'unité. Dans noire opinion, les points de l'une et de l'autre rétine, sauf la macula, ne correspondent que fonctionnellement et d'une façon variable (ce qui exclut l'idée de correspondance anatomique ou fixe).

Il ne reste de doute que pour le point de mire, le point cen-

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