‹ Leçons sur le strabisme et la diplopieChapitre 36 sur 40 · OBLIQUITÉ DES IMAGES · texte numérisé non relu

OBLIQUITÉ DES IMAGES

le mouvement vertical, en haut ou en bas, que doivent porter les premiers efforts du chirurgien. 11 pratiquera donc la ténotomie partielle ou totale du muscle droit supérieur ou inférieur, ou môme de celui des obliques (voir cependant le § 81), antagoniste du muscle paralysé, et, à cet effet, se conformera, pour le diagnostic.différentiel, aux règles que nous aurons l'occasion de poser plus loin.

Les opérations pratiquées sur les muscles droits, supérieur ou inférieur, exigent une étude toute spéciale pour bien calculer la portée de leur effet; cela est d'autant plus nécessaire que ces images doubles gônent bien plus que celles des déviations latérales.

Une déviation d'une ligne, en haut ou en bas, est déjà trèsapparente, tandis qu'une déviation en convergence, de môme étendue, est à peine apparente. Il y aura donc lieu à redouter les ténotomies complètes.

Ce sujet est ouvert aux recherches des ophthalmologistes. Il est à peine exploré.

§ 84. — Cas de déviations de l'axe optique persistant lors du regard

monoculaire.

Dans le chapitre que nous avons consacré à l'étiologie du strabisme, nous avons exposé comment le strabisme permanent était, dans le plus grand nombre des cas, la conséquence et la terminaison du strabisme intercurrent ou périodique. II ne s'ensuit pas cependant que le strabisme intercurrent doive toujours et fatalement engendrer un strabisme permanent. II est, en effet, des strabismes périodiques qui persistent pendant un espace de temps indéterminé, sans jamais arriver à l'état de strabisme permanent. Ainsi, on voit des malades chez lesquels il n'existe pas de déviation appréciable à l'état de repos de la vue, mais chez qui elle survient quand ils contemplent fixement un objet, qu'il soit éloigné ou rapproché de l'œil. Et cette déviation atteint quelquefois jusqu'à deux lignes, deux lignes et demie et plus, c'est-à-dire depuis 26° jusqu'à 40°. Et ce qu'il y a de singulier et de jusqu'ici inexplicable,

c'est que cette déviation se manifeste môme quand on couvre un œil et qu'on fait fixer l'autre. On aurait pu croire, au premier abord, que ces déviations étaient uniquement la conséquence de la diplopie et de notre horreur pour les images doubles. Mais la circonstance que ce fait se manifeste môme quand on voile un des yeux, montre qu'il faut aller chercher ailleurs la cause de cette déviation.

M. de Graëfe pense que l'état d'éréthisme de l'œil, nécessaire à l'exercice de la vision, agit sympathiquement sur celui qui est isolé, malgré l'absence de la vision binoculaire; il y aurait alors un balancement anormal des muscles, créé parles nécessités de la vision par l'œil sain, et qui détermine dans l'œil malade, un état semblable à celui qui s'établit pendant la vision associée.

D'après les termes un peu vagues de la question posée par M. de Graëfe, nous ne sommes pas convaincus que l'étude de ces cas, en quelque sorte paradoxaux, soit encore bien complète. Nous ne voyons pas qu'ils aient été scrutés au point de vue de la rectitude ou de la non-rectitude des axes optiques de l'appareil dioptrique. N'y aurait-il pas là quelque déviation de l'axe principal du cristallin, quelque cause, en un mot, amenant une anomalie angulaire, par excès ou par défaut, de la direction de l'axe principal du cristallin sur celui de la cornée ? 4r

Nous soumettons humblement ce doute au savant physiologiste, qui est peut-être déjà fixé sur ce point, car il a souvent dirigé ses recherches du côté des inclinaisons du cristallin. Mais dans son mémoire sur les paralysies, nous ne trouvons pas d'indice que cette supposition ait été examinée dans ses rapports avec l'anomalie qui nous occupe.

Une anomalie de position de la macula répondrait encore à la môme hypothèse théorique.

Il y a là un desideratum que les observations futures ne tarderont pas, nous le pensons, à combler.

Page 1