ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE DES MOUVEMENTS DE L'ŒIL
g 1. — Le système musculaire, moteur du globe oculaire, est l'intermédiaire obligé et unique par lequel le centre des images rétiniennes est mis en rapport avec le sensorium ou le centre de figure de l'individu.
Messieurs ,
Le sujet dont nous allons entreprendre l'élude, dans les leçons qui vont suivre, exige que je remette préalablement sous vos yeux le résumé des lois qui président à l'exercice de la vision associée ou binoculaire.
Les principales de ces lois peuvent se résumer dans les formules suivantes :
1° Il existe , dans le sensorium, une propriété première, mnée, en vertu de laquelle sont fusionnées en une seule les doux images, àpeu près semblables, qui se peignent au fond de chaque œil, pourvu toutefois que la convergence des deuxyeux
GIRAIID-TEUI.OK. ,
2 STATIQUE ET DYNAMIQUE DU GLOBE OCULAinE.
soit dans un certain rapport avec le degré de l'accommodation de chacun d'eux;
2° La position dans l'espace du point de mire ou de l'attention est rapportée, par une seconde propriété sensorielle, à l'entre-croisement même des deux axes optiques ou polaires;
3» Un môme rapport s'établit entre l'individu et chaque point de la perspective, par la notion du lieu de l'entre-croisement des axes secondaires qui répondent à ce point quelconque du tableau.
La notion du relief est, on le sait, implicitement comprise dans la formule qui précède.
La régularité delà fonction associée ou complète, se fondera donc, en supposant chaque organe séparément à l'état normal, sur une parfaite synergie des axes polaires dans leur inclinaison respective, et sur un certain rapport de cette synergie avec le degré de la tension accommodatrice.
Mais la concordance ou congruence régulière des axes polaires est sous la dépendance première et exclusive des puissances motrices appliquées à l'organe.
Elles seules, ces puissances motrices, sont intermédiaires entre l'œil et le cerveau ou sensorium. Si l'œil était enchâssé et immobile dans le crâne, chaque sollicitation lumineuse pourrait être appréciée, dans sa direction virtuelle ou réelle, par la notion du rapport constant de position du point rétinien sollicité avec le centre de figure de l'individu; mais l'œil n'est pas immobile, il dirige de lui-même ses axes visuels vers les différents points de la demi-sphère ouverte devant lui. Le rapport de position d'un point quelconque de la réline, sollicité par un faisceau lumineux, avec l'axe de figure de l'individu, change à chaque instant; il faut donc qu'en chaque instant aussi, le sensorium puisse apprécier et connaître cette modification de position. Or, par quel organe ces modifications peuvent-elles lui être révélées, si ce n'est par celui môme qui obéit à ses ordres et effectue lesdils changements de situation relative et absolue des axes?Nous savons d'ailleurs que l'innervation du système musculaire possède cette propriété d'avertir
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le sensoriura des mouvements qu'il délermine, de leur étendue, de leur arrêt; c'est cette propriété qui a reçu les noms de sens d'activité musculaire, de sens, de conscience musculaires. Par elle les positions diverses du levier sphérique représenté par le globe de l'œil, sont constamment accusées au sensoriura, par elle, par conséquent, sont attribuées à leur véritable direction par rapport à Vindividu, les sollicitations lumineuses perçues et jugées de façon absolue par la rétine.
Le système musculaire est donc, en somme, l'intermédiaire obligé de l'appréciation de la direction réelle des objets ou des divers points de l'espace par le sens de la vue. L'étude de la fonction se lie donc essentiellement à celle de l'équilibre du globe oculaire entre ces forces motrices, que nous devrons considérer en môme temps comme révélatrices de la direction des images dans leurs rapports de situation avec l'observateur.
A ce double point de vue, la physiologie et la pathologie fonctionnelle de la vision binoculaire réclament donc impérieusement que nous soyons fixés sur les conditions de l'équilibre de l'œil, en repos et en mouvement, ou de sa statique et de sa dynamique.
§ 2. — Équilibre du globe, au point de vue de la conservation de sa forme, et de la constance de position de son centre de mouvement.
Le premier objet que nous puissions nous proposer dans cette étude, c'est évidemment l'exposition des conditions d'équilibre des forces appliquées au globe de l'œil, pendant le repos ou l'immobilité de l'organe. Nous passerons de là à l'analyse de ces conditions lorsque le globe est mis en mouvement. Permettez-moi donc, messieurs, de vous rappeler ici sommairement les conditions de la statique et de la dynani.que du globe oculaire, telles que j'ai été conduit à les établir dans un travail antérieur (1).
Dans cette analyse, j'ai dû m'appuyer d'abord sur cette
mu2TT fonctionnelle de la vision tinoculaire. Paris,
considéralion que le centre de mouvement du globe doit être constant, quant à sa position, pendant les mouvements de l'organe.
Ce centre, en effet, doit ûtre commun à la sphère extérieure et à la demi-sphère inverse que représente le tableau rétinien, si l'on veut qu'à chaque mouvement angulaire du globe corresponde un déplacement proportionnel et inverse des points de l'espace sur lesquels se fixe le regard. Le passage de l'attention d'un point à un autre supposerait une succession saccadée, et discontinue des tableaux rétiniens, si pour chaque déplacement de l'organe, si petit qu'il fût, le centre de ces tableaux venait à être déplacé. Une seconde considération doit encore nous être présente : l'inaltérabilité de la forme sphérique du tableau rétinien, c'est-à-dire de la forme môme du globe, tant pendant le repos que pendant les mouvements de l'organe.
Partant de ces principes, et avant môme d'avoir jeté un coup d'oeil sur la distribution des forces appliquées extérieurement au globe oculaire, nous avons dû prévoir que ces forces seraient groupées autour du globe, de manière à assurer la réalisation de ces conditions nécessaires : la constance du centre de mouvement, l'invariabilité de la forme de l'organe.
Et, en effet, jetant maintenant les yeux sur les dispositions mêmes adoptées par la nature, nous reconnaissons dans l'organe un sphéroïde de consistance semi-liquide, à enveloppe inextensible, suspendu dans l'orbite, entre trois systèmes de forces, distribuées de façon à se faire équilibre autour de lui, et ne pouvant lui imprimer d'autre mouvement que des mouvements de rotation autour d'un point flxe central. On peut s'en assurer par l'observation attentive des mouvements de l'œil, d'un angle à l'autre de l'orbite, entre les paupières enlr'ouvertes. Le mouvement régulier qui s'observe alors témoigne' d'un contact constant de la circonférence sclérolicalc qui passe par le bord libre des paupières, avec ce bord linéaire luimôme. Le mouvement de rotation dont on est témoin a si constamment pour centre le centre môme de la surface sclérolicale, qu'en aucun instant du mouvement le bord palpébral ne subit la plus légère inflexion. On s'en assure par l'observation