PREMIÈRE PARTIE
liquides du vitellus, à la suite duquel ce corps devient plus apte à s’oxyder; mais on ignore entièrement la nature des modifications ainsi produites. D’ordinaire, cette période de froid dure depuis novembre jusqu’à février ou mars, dans nos contrées ; mais on peut la prolonger un an et plus à l’aide d’appareils frigorifiques. On peut, d’autre part, la raccourcir, d’autant plus que la graine est plus vieille. M. Duclaux a constaté qu’il suffit de quelques jours de froid pour rendre aptes à l’éclosion les graines âgées de six mois, tandis qu’il faut cinquante à soixante jours de froid à des graines qui n’ont que deux ou trois semaines d’âge. Le même observateur a trouvé que . le degré de froid le plus convenable pour l’hivernation des graines est au voisinage de zéro.
Cependant des froids plus intenses ne font pas périr les œufs : Spallanzani, Loiseleur, Bonafous et plusieurs autres savants en ont exposé impunément à — 18°, — 20° et même — 30°.
Pendant que les graines sont en état d’iii vernation, elles sont pour ainsi dire engourdies; l’excès d’humidité, le manque d’air, les agitations mécaniques, qui à d’autres moments leur feraient subir de graves altérations, sont alors presque sans influence. C’est pourquoi on cherche à prolonger cette période et à réduire au contraire à son minimum celle que nous allons maintenant décrire.
Dans cette troisième période, qu’on pourrait appeler posthivernale , la graine est devenue capable de respirer plus activement lorsque la chaleur s’élève, et d’arriver ainsi à éclore. Aussi cette période, qui dure habituellement de février à avril ou mai, est-elle la plus difficile de toutes pour la bonne tenue des graines. Il faut que la marche de la température y soit progressivement as-
HIVERNATION DES GRAINES
cendante pour que le développement de l’embryon dans l’œuf s’effectue graduellement, sans temps d’arrêt sensible ; s’il y a au contraire des chaleurs précoces, suivies de retour de froid, l’embryon subit des accélérations et des arrêts dans sa formation, et il naît chétif ou même périt dans l’œuf. La durée minimum de celte période est déterminée par le nombre de jours qu’il faut pour passer de la température de la chambre froide à celle de l’air de la chambre d’incubation, à raison de 1/2 degré par jour à peu près. Si donc on veut commencer l’incubation à 16°, le 10 avril par exemple, et que la chambre froide soit à 5Ü, il faudra en tirer les graines le 20 mars au plus tard. Jusque-là, elles resteront au froid.
Chambres d’hivernation. — Il y a longtemps que les éducateurs soigneux ont remarqué les inconvénients d’une hivernation trop tôt interrompue. En 1814, Dandolo signalait déjà l’insuccès des graines qui avaient subi des chaleurs précoces suivies d’un retour de froid. En 1869, Duseigneur-Kléber proposait d’éviter ces accidents en hivernant les graines à une altitude assez élevée, pour leur procurer le froid nécessaire jusqu’en avril. Depuis lors, divers éleveurs ont suivi ce conseil, et avec grand succès. A Bergame, on envoie les graines dans l’Engadine. Depuis 1880, une chambre froide a été aménagée dans l’Ardèche, à Notre-Dame-des-Neiges, par les syndicats des filateurs et mouliniers de Valence et d’Aubenas. Des chambres d'hivernation sont également projetées aux observatoires météorologiques du Yentoux et de i’Aigoual.
Mais ces locaux, situés à des altitudes élevées, ont l’inconvénient d’être peu accessibles durant une partie de