FONCTIONS DE LA PEAU
s’isole ainsi du corps; à un moment donné, l'animal peut retirer sa nouvelle boîte crânienne en arrière, et, en la gonflant, pousser le vieux masque et le faire tomber; il ne lui reste plus alors qu’à sortir du fourreau qui l'enveloppe, et cette opération est facilitée par les petits crampons des fausses pattes qui maintiennent la dépouille en place, tandis que lever chemine pour s’en débarrasser.
Toute la surface du ver, au sortir de la mue, est couverte de petits cristaux provenant du liquide dont nous avons parlé plus haut . On en trouve aussi au dedans de la dépouille, surtout dans des cavités claires qui marquent les points où les muscles étaient insérés. Notons enfin que par les dix-huit stigmates sont sortis des rameaux de vieilles trachées qui font partie de la dépouille; de même aussi, à la région anale , adhère un bout de membrane qui provient de l’intestin.
Réaumur a montré que les vers à soie soumis à l’action du vide n’augmentent pas de volume. Cela prouve que leur peau est très perméable à l’air. Aussi joue-t-elle un rôle très important dans la respiration. On remarquera aussi que la raréfaction, même poussée très loin, et maintenue pendant plusieurs jours, ne fait pas périr ces animaux. Remis dans l’air ordinaire, ils reprennent leurs mouvements comme auparavant. Nous aurons à revenir plus loin sur les exhalations gazeuses de la peau (vapeur d’eau, acide carbonique, etc.).
Mais les cellules hypodermiques produisent aussi une autre sorte de sécrétions dont la découverte est due à M.Vlacovich: ce sont des urates, surtout de l’urate d’ammoniaque, qui s’y rassemble en forme de granules sphéroïdes, et en outre des cristaux tabulaires ayant la composition de l’oxalate de chaux. Ces derniers, en tout
semblables à ceux qu’on trouve dans les tubes de Malpighi, sont peut-être un produit de l’oxydation incomplète des urates ; l’oxydation complète produirait de l’acide carbonique. M. Vlacovich a fait remarquer que les urates abondent dans la peau tant que les vers ont un régime végétal ; quand ils cessent de manger et deviennent autophages , et par conséquent carnivores, les urates disparaissent de la peau. Précisément pendant la première période, les tubes de Malpighi n’offraient pas d’urates, mais seulement des oxalates ; dans la seconde, ils regorgent d’ urates; ils semblent donc avoir des fonctions complémentaires de celles de la peau.
En résumé, chitine, acide carbonique, vapeur d’eau, acide oxalique, acide urique, tels sont les produits remarquables de la vie des cellules hypodermiques de la larve.
Circulation du sang. — Température du corps. — Action du froid et de la chaleur. — On a cru
pendant longtemps que le sang, chez les insectes, étant pénétré par les ramifications des trachées, n’avait pas besoin de circuler et ne circulait réellement pas. Aujourd’hui, le fait de la circulation est hors de doute, mais on discute encore sur la manière dont l’air est mis en rapport avec le sang. Suivant M. Blanchard, il y aurait circulation du sang autour du fil spiral des trachées sous la membrane dite péritonéale ; le vaisseau dorsal servirait à l’y injecter, pour ainsi dire, par ses pulsations. Si cela était, la mue des trachées produirait un changement complet des canaux circulatoires, ce qu’il est bien difficile d’admettre.
Mais nous pouvons, sans trancher cette question, étudier
circulation du sang.
les pulsations du vaisseau dorsal; chez un ver adulte elles sont, suivant Hérold, au nombre de 30 à 40 par minute, à à des températures comprises entre 20° et 25° C. et de 6 et 8 seulement à 12° ou 15°; les larves plus jeunes ont, dit-il, les pulsations un peu plus fréquentes. J’ai observé, avec M. Bernard, qu’à des températures voisines de 20°, le nombre des pulsations, chez le ver sorti de 4° mue, est de 30 en moyenne, quand l’animal est immobile, et s’élève à 45 et même 50 quand il se meta manger ou à se mouvoir; il peut atteindre 60 à 65 lorsque le ver file son cocon. J’ai pris un ver prêt ailler et battant 55 pulsations; en le distendant légèrement avec les doigts pour mieux voir les pulsations, leur nombre s’est élevé à 94; l’animal abandonné à lui-mème en faisait encore 66 au bout de cinq minutes, et cinq minutes plus tard, 50; une heure après, 50: il avait entrepris son cocon, et, dixheures après, Je n’ai plus compté que 44 pulsations. Il y a donc des variations énormes dans l’activité des battements. En voici un autre exemple. Un ver très mûr, retiré de la légère enveloppe de soie qu’il commençait à se former, restait immobile, semblant devenir court , et ne donnait que 9 pulsations par minute, d’avant en arrière (cette inversion est un fait normal dans le passage de l’état de la larve à l'état de chrysalide); un moment après, il parut se réveiller, se mit à marcher et donna 50 pulsations par minute, dirigées d’arrière en avant.
Lorsqu’on approche du corps d’un ver à soie un ther* momètre très délicat, on constate que sa température ne diffère pas sensiblement de celle de l’air ambiant ; M. Girard a trouvé que les écarts en plus ou en moins atteignent au plus un degré. Il y a donc compensation presque exacte entre la chaleur dégagée par la combus-
tion respiratoire et la chaleur utilisée pour les exhalations qui ont lieu à la surface du corps. Ces quantités de chaleur sont probablement très différentes aux diverses températures auxquelles peuvent vivre les vers à soie ; elles ont été évaluées par MM. Régnault et Reiset pour la température ordinaire des mois de juin et de juillet, c’est-à-dire environ 20°; dans ce cas spécial, elles sont aussi grandes que pour des animaux à sang chaud. Voici en effet les quantités d’oxygène qu’ils ont trouvées consommées en une heure pour des poids d’un kilogramme des animaux suivants :
Chien lgr, 243
Lapin 0 985
Poule 1 239
Vers à soie au 3e âge 1 170
— à maturité 0 840
On no possède pas d’expériences faites à des températures qui s’écartent notablement de 20°.
C’est d’ailleurs de 20° à 25° que la plupart des éleveurs ont l’habitude de gouverner leurs vers ; la durée de la vie de la larve est alors de 30 à 35 jours. Mais cette période pourrait être prolongée jusqu’à 40, 50 jours, et même plus longtemps, en tenant les vers à 1 8°, 1 6° ou audessous: le froid en effet ralentit l’activité de l’insecte, sans porter de préjudice visible à sa santé, au moins quand ce froid ne dépasse pas certaines limites d’intensité et de durée.
Ces limites sont plus reculées qu'on ne pourrait le croire. En 1753, Justi a exposé des vers à un froid tel que leur corps durci se brisait comme du verre ; en les
circulation du sang.
réchauffant lentement, il les a vus revivre, manger et filer leur cocon '. En 1837, Loiseleur-Deslonchamps a fait la même épreuve sur des vers pris au sortir de l’œuf ; ils ont supporté une température de — 5° pendant 10, 15 et 20 minutes; ceux qui furent exposés à ce froid pendant 25 minutes succombèrent. Le même expérimentateur prit 200 de ces vers après 8 minutes de séjour à — 5° ; il les ranima en les portant à 17°; puis, sans rien leur donner à manger, il les tint pendant dix jours à 4° : après ces épreuves, ces vers, nourris comme d’habitude, donnèrent encore 97 cocons. Une autre fois, il laissa 160 vers fraîchement éclos, sans nourriture, à zéro, puis les porta à 24° et les alimenta régulièrement : il eut 50 cocons. Enfin M. Charrel assure qu’il a vu les vers à soie pendant le premier et le deuxième âge se mouvoir et manger à partir de 7° à 8°, et pendant les âges suivants à partir de 10° à 12°; mais il reçonnaît qu’il leur faut de 15° à 20° pour développer leur agilité et leur appétit.
En élevant la chaleur au-dessus de 25°, on exalte ces fonctions de plus en plus ; les vers mangent plus souvent et la durée de leur vie diminue en conséquence. L’abbé de Sauvages a fait des éducations très bien réussies entre 30° et 37°, et qui n’ont duré que 24 jours. Camille Beauvais a répété cette épreuve et, en multipliant le nombre des repas, a fini l’élevage en 21 jours. Enfin, au Congrès do Rovereto, on a cité un cas d’éducation à 45° terminée en 14 jours. M. Cantoni a porté des vers à 47° dans une étuve sans voir chez eux aucun signe de souffrance.
Fonctions respiratoires. — Les vers à soie ont besoin d’air pour respirer. Cet air entre par les stigmates.
1 Dunder; Seidenzucht. Vienne, 1854.