U DEUXIÈME PARTIE
Si en effet on bouche ces ouvertures en les enduisant d’huile à l’aide d’un pinceau, comme l’a fait Malpighi, l’animal meurt au bout de peu de minutes.
Il peut au contraire rester sous l’eau pendant plusieurs heures sans périr. On explique cette différence en remarquant que l’eau ne mouille pas les orifices stigmatiques, qui sont gras et revêtus de poils, de sorte que les bulles d’air logées dans ces orifices suffisent à l’entretien de la respiration.
Néanmoins on ne peut s’empêcher d’être surpris de la promptitude avec laquelle périt l’animal dont les stigmates sont mouillés d’huile ' .
‘ De Filippi a fait quelques recherches intéressantes à ce propos. Il a remarqué que si l’on bouche les stigmates de trois anneaux consécutifs, l’anneau du milieu devient complètement paralysé ; si l’on bouche tous les stigmates, le ver doit par conséquent être totalement paralysé, et c’est de là que vient sa mort rapide.
Le même savant a observé que si l’on bouche tous les stigmates de l’un des flancs, en laissant ouverts ceux de l’autre, aucune altération n’a lieu ni dans les mouvements ni dans la sensibilité du ver. Cependant les masses musculaires d’un côté tout entier sont privées de la libre circulation de l’air, car l’air des trachées, venant du côté non huilé, ne peut pas aller aux trachées de l'autre côté par les rameaux interstigmatiques, ceux-ci ayant, aussi bien que ceux d’un même flanc, un manchon, où le fil spiral est remplacé par des poils qui obstruent le passage de l’air. Il n’y a qu’une série d’organes où il y ait des anastomoses libres entre les trachées de droite et celles de gauche : c’est sur les ganglions nerveux ; chaque ganglion reçoit en outre quelques ramifications trachéennes venues des ganglions les plus voisins.
Il résulte évidemment de là que la paralysie produite par l’oblitération des stigmates résulte de ce que l’afllux d’air aux ganglions nerveux a été empêché.
De Filippi a fait voir en outre que la paralysie partielle ou totale provoquée comme on vient de le dire, s’étend aux muscles
RESPIRATION
L’expiration de l’air paraît avoir lieu, non seulement par les stigmates, mais par toute la superficie du corps, car Réaumur a fait voir qu’en plongeant dans l’eau ou dans l’alcool un ver à soie vivant, des bulles d’air se forment sur tout son corps, sans que les stigmates en donnent plus que toute autre partie.
En 1849, MM. Régnault et Reiset ont recherché la quantité d’oxygène absorbée par les vers à soie dans l’acte de la respiration. Ils ont trouvé que pendant une heure, les vers pesant un kilog. avaient consommé :
Exp. 1 . Vers au 5e âge (423 vers prêts à filer) 0gr,840 d'oxygène.
— 2. — — (461 id. id. ) 0 687 —
— 3. — 3e — (1050 id.) 1 170 —
D’après cela, les vers d’une once supposés au nombre de 30,000 (correspondant à 60 kilog. de récolle), consommeraient dans les trois cas précédents, en une heure, 59 grum., 44 gram. et 33 gram. d’oxygène, ce qui représente, en 24 heures, 983 litres, 733 litres et 550 litres, quantités moindres que 1 mètre cube.
En partant de ce chiffre de 1 mètre cube, qui, comme on le voit, est exagéré, et en suppposant encore que cet oxygène soit complètement remplacé, au bout des vingtquatre heures, par de l’acide carbonique, combien faudrat-il fournir d’oxygène aux vers pour qu’ils vivent dans de bonnes conditions de santé ? Il serait difficile de répondre avec précision à une telle question, parce qu’on ignore la dose d’acide carbonique que ces insectes peuvent tolérer. Cette dose est certainement plus élevée que celle que supporterait l’homme, car on voit les vers insen-
volontaires et au vaisseau dorsal, mais non pas aux fibres du tube intestinal, lesquelles continuent à se contracter violemment, surtout dans la région de l’œsophage.
sibles à des proportions d’acide sulfureux, de chlore, etc. , qui nous feraient vivement souffrir. Mais comme le service des vers est fait par des ouvriers, il est clair que, dans la pratique, il faut traiter ces insectes à notre point de vue et comme s’ils avaient les mêmes besoins d’air pur que nous. Or il est de règle, dans la ventilation de nos chambres d’habitation, qu’on ne doive pas tolérer plus de un litre d’acide carbonique sur 1 ,000 d’air. On devra par conséquent fournir aux vers d’une once 1,000 mètres cubes d’oxygène en vingt-quatre heures, c’est-à-dire environ 5,000 mètres cubes d’air. Si la salle qu’ils occupent a 100 mètres cubes de capacité , l’air en sera donc renouvelé intégralement à peu près chaque clemi-heure.
Il est nécessaire encore de faire remarquer que les expériences de MM. Régnault et Reiset plaçaient les vers dans des conditions peu favorables au bon exercice de leurs fonctions. Les vers, en effet, étaient logés dans un gros tube de verre fermé à ses deux bouts par des montures de laiton bien mastiquées ; de ces montures partaient quatre tubes, dont deux conduisaient à un réservoir contenant de la potasse exactement dosée, destinée à absorber l’acide carbonique produit par la respiration, et les deux autres à deux tubes manométriques dont l’un contenaitde l’oxvgène qu’on refoulait au fur à mesure du besoin dans l’atmosphère des vers, et dont l’autre servait à recueillir les gaz à analyser. Le tube des vers était donc saturé de vapeur d'eau, circonstance fâcheuse pour leur santé.
Malgré cela, nous croyons utile de rapporter ici les nombres trouvés dans ces trois expériences, en y joignant ceux d’une quatrième qui a porté sur des chrysalides ; pour cette dernière, on s’est borné à analyser l’air dans lequel elles avaient séjourné.
Chiffres des expériences de MM. Régnault et Reiset.
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