ÉGALITÉ DES VERS
Tenue générale des vers. Principe de l’égalité.
— La vie de la larve se partage, comme on l’a vu, en cinq périodes d’activité, séparées par des intervalles d’inactivité qui correspondent aux mues. Durant les mues, on doit éviter de troubler l’animal, tandis que d’une mue à l’autre il faut lui apporter ses repas régulièrement, et de temps à autre enlever sa litière. Il résulte de là que, si on veut élever côte à côte sur une même claie un grand nombre de vers, comme c’est le cas dans les éducations industrielles, il no convient pas que les uns soient en mue pendant que les autres mangent, car les retardataires se perdraient inévitablement en grand nombre dans les litières. On se figure à peine combien de vers sont perdus dans le jeune âge quand on met ensemble des levées faites à des heures différentes. Pour que tous les vers puissent arriver à bien, ce qui est la condition sine qud non des rendements élevés, il faut que ceux qui sont réunis sur une claie soient parfaitement égaux en âge: cela entraîne Y égalité de taille , quand Falimentation a été bien dirigée.
La conservation de l’égalité des vers est une mesure essentiellement économique; c’est en vue d’y parvenir qu’on s’astreint à certaines règles pratiques que nous allons énumérer.
En premier lieu, on ne mêle jamais, à l’éclosion, les levées faites à des heures différentes ; chaque levée est tenue et nourrie à part, et un numéro d’ordre est inscrit sur le papier qui la supporte. Il en est de même pour les levées qu’on fait au sortir de chaque mue, car chaque sortie de mue est comme une éclosion.
En deuxième lieu, on a soin de maintenir à la même température les vers, supposés égaux, qu’on veut garder
tels, et la feuille doit leur être distribuée aussi également que possible. En effet, les vers qui seraient plus fortement chauffés et plus abondamment nourris que les autres grossiraient et avanceraient en âge plus que ces derniers.
L’uniformité dans l’alimentation ne s’obtient pas sans certaines précautions. Ainsi, on ne donnera pas aux vers jeunes des feuilles entières , car elles ne seraient pas à la portée de tous, et, de plus, en se desséchant, elles emprisonneraient sous leurs replis beaucoup de vers qui seraient perdus au délitage ; on coupera par conséquent la feuille en brins très menus, qu’on sèmera doucement sur les vers. Mais, comme la feuille ainsi coupée se dessèche assez vite, il s’ensuit forcément qu’on devra donner des repas plus fréquents.
En troisième lieu, la distribution de la feuille doit cesser absolument quand on voit que les vers vont sortir de mue : en effet, si les premiers vers sortis trouvaient autour d’eux de la feuille fraîche, ils mangeraient et grandiraient, pendant que les retardataires seraient encore immobilisés dans la mue; l’inégalité s’accuserait ainsi de plus en plus et entraînerait les inconvénients signalés plus haut. On attendra donc, avant de donner de nouveau la feuille, que la moitié au moins des vers aient achevé leur mue : ils formeront une première levée ; les retardataires formeront plus tard une deuxième levée, et, de la sorte, on aura toute facilité pour donner l’espacement qui convient. Si on avait laissé tous les vers surl’ancienne litière en laissant jeûner les premiers sortis de mue jusqu’àla sortie des derniers, les premiers auraient pâti; si d’autre part on leur avait distribué de la feuille, ils auraient été trop serrés et, de plus, inégaux.
Si, à l’éclosion ou au sortir des mues, on a deux levées