VENTILATION
exhalaisons diverses des vers et des litières. Nous avons, à ce propos, signalé les avantages que présente un air sec ; c’est un point sur lequel nous croyons à propos d’insister encore.
L’utilité d’un air sec, pour le bon succès des vers à soie, est reconnue par tous les praticiens éclairés ; voici, par exemple, ce qu’en dit Dandolo dans son excellent traité sur Y Art de gouverner les vers à soie.
« Si l’on voit tant de persistance chez les paysans à loger leurs vers dans des locaux détestables, c’est peutêtre parce qu’ils y obtiennent parfoisd’excellentes récoltes. Ils n’ont pas réfléchi que ces succès de hasard résultent de causes physiques exceptionnelles. Ce sera, par exemple, une année où la saison sera belle et surtout sèche parce que les vents soufflent du nord ; alors il est bien difficile que les vers n’aillent pas bien, tout en étant mal gouvernés. En ce cas, il règne toujours dans l’atmosphère une forte sécheresse, et justement cette sécheresse est le premier fondement d’une bonne hygiène pour les vers (è appunto questo asciutlo il fondamento primario del buon governo de ’ bachi ) ; l’air balsamique qui souffle alors se renouvelle partout, même dans les locaux fermés, et s’insinue parmi les vers amoncelés ; le ver respire et transpire suffisamment bien, et la litière ne peut fermenter parce qu’elle se dessèche beaucoup. Ainsi la sécheresse de l’air occupe une grande place dans l’hygiène des vers. Nous voyons l’effet de cet air sec et toujours agité, dans les chaumières où on tient les vers; dans les pays montagneux, les vers y réussissent toujours mieux qu’à la plaine. Donc les paysans, ayant dans une pareille année de sécheresse fait une grande récolte de cocons, puis l’année d’après en ayant une très mauvaise , ne
veulent pas croire, peut-être même ne peuvent pas croire que cela puisse tenir à ce local dont ils ont cru la bonté éprouvée par leur premier succès. Mais, pour nous, nous devons vouloir que les bonnes récoltes ne puissent jamais manquer, quelles que soient les influences météoriques.»
On ne peut pas mieux démontrer la nécessité de disposer les magnaneries pour que la ventilation en soit parfaite. Ce n’est en effet que par l’action dissolvante de l’air qu’on peut emporter au dehors d’une façon économique
les masses d’eau exhalées par les vers et les litières.
Quelques éleveurs ont pensé que des substances desséchantes, telles que la chaux vive, pourraient quelquefois être employées pour suppléer à l’insuffisance de la ventilation : plusieurs ont semé en effet de la chaux sur les vers et les litières après la quatrième venue, dans le but de prévenir la muscardine ; les bons effets qu’ils ont obtenus de ce procédé s’expliqueraient donc simplement par la dessiccation de l’air et des litières.
Mais en général de tels moyens seraient trop coûteux ; on préfère, à l’aide du feu, provoquer le mouvement de l’air et augmenter son pouvoir dissolvant de la vapeur d’eau.
Magnanerie des Cévennes. — Les dispositifs employés sont très divers. Tantôt on introduit l’air du dehors et on le chauffe sur place, tantôt on le chauffe à l’avance au moyen d’un calorifère.
Le premier système est le plus simple.
Voici comment il est pratiqué dans les Cévennes. Les magnaneries sont en générai établies sur un cellier voûté, et s’élèvent de cette voûte jusqu’au toit ; le bâtiment est haut et étroit ; aux quatre encoignures, on installe autant
MAGNANERIE DES CEVENNES.
de fourneaux rustiques en maçonnerie où l’on brûle des mottes formées de débris de bouille agglomérés avec l’argile ; les murs ne sont percés que d’étroites fenêtres,
Fig. 18. — Magnanerie des Cévennes, d’après L. Pasteur.
dont les vitres sont remplacées par des feuilles de papier ; le toit, formé de tuiles en gouttière, est à claire-voie sur une largeur de 50 ou 60 centim. le long du faîte, de façon que l’air chaud et les vapeurs, en s’élevant, puissent s’échapper par les interstices des tuiles; quelques lucarnes peuvent aussi s’y ouvrir à volonté (flg 18).
L’air frais s’introduit par des trappes percées dans la voûte du cellier. On voit que tout l’ensemble est assez comparable à un énorme tuyau de cheminée dans lequel seraient logés les vers. La ventilation s’y effectue donc de bas en haut, et d’une manière d’autant plus facile que la température du dehors est plus froide. Mais quand elle dépasse 25° centigrades et que l’air est lourd, stagnant, on est fort embarrassé pour le faire circuler ; la plupart des magnaniers se décident alors à surchauffer, pour obliger l’air à reprendre un mouvement ascensionnel.
On évitera soigneusement de faire du cellier situé sous la magnanerie un magasin pour la feuille, parce que
cette feuille serait une source d’humidité.
Magnaneries du Japon. — D’après une communication faite au Congrès sôricicole de Milan par M. Sasaki, voici comment une magnanerie est installée au Japon.
Elle est au premier étage ; au milieu de la pièce, une brasière reçoit l’air en dessous, du rez-de-chaussée ; le plafond est percé de cinq trappes qu’on met à volonté en communication avec un lanterneau ; celui-ci peut d’ailleurs s’ouvrir, soit au nord, soit au midi, suivant que le vent souffle du midi ou du nord. Quant à l’introduction de l’air, elle se fait aussi largement qu’on veut, car les parois de la salle ne sont que de minces paravents glissant dans des coulisses, et qu’on peut enlever, de façon à ne laisser en place que les poteaux supportant la toiture ; celle-ci, comme le montre la fig. 19, s’étend sur une galerie qui règne tout autour de la salle, et qu’on peut fermer aussi extérieurement par des cloisons, quand le vent ou le froid rendent cette protection nécessaire.