‹ Leçons sur le ver à soie du mûrierChapitre 49 sur 98 · MAGNANERIE ROBINET · texte numérisé non relu

MAGNANERIE ROBINET

Cependant, dans la pratique, on a été rarement satisfait du fonctionnement des magnaneries ainsi installées ; dans les cas de touffe, la ventilation a été presque toujours mauvaise. Les uns l’ont attribué à l’insuffisance des dimensions du tarare, les autres à la trop faible section des gaines ; d’autres encore à l’obstacle apporté par les claies à la circulation de l’air ; mais personne, je crois, n’a remarqué la cause la plus probable de cet insuccès. Je l’attribuerais à la fermeture imparfaite des ouvertures latérales, portes et fenêtres, qui, en général, dans les magnaneries, sont mal closes, et pourtant doivent fermer hermétiquement partout dans le système de Darcet. Ces ouvertures fournissent de l’air, autant et peut-être plus que les gaines inférieures, et amoindrissent d’autant l’effet utile de celles-ci ; celles-ci, dans les cas de touffe, doivent même se trouver quasi annihilées, et la ventilation devenir très mauvaise dans la partie voisine du sol.

Magnanerie Robinet. — Si cette explication est exacte, elle rendra compte aussi de l’utilité d’une modification proposée par M. Robinet aux dispositions de Darcet. Au lieu de placer le tarare sous les combles , M. Robinet l’a établi dans la chambre à air et a mis des conduits qui amènent l’air du dehors vers l’axe de rotation de l’appareil, de sorte qu’alors le tarare agit par propulsion ; l’air est ainsi chassé dans les gaines inférieures et pénètre forcément dans la magnanerie. La ventilation avec de l’air frais se fait par ce moyen aussi énergiquement que dans le dispositif Darcet avec l’air chaud. Une autre conséquence avantageuse de la modification imaginée par M. Robinet consiste dans la suppression des gaines supérieures et de la cheminée d'appel ; il

suffit que le plafond soit percé d’orifices convenables et le comble supérieur, de quelques lucarnes.

M. Robinet 1 a donné le plan d’une magnanerie disposée pour douze onces de graine : le plancher est à

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Fig. 21. — Magnanerie Robinet.

A, Chambre d'air avec poêles et tarare. — B, Magasin pour la feuille.

— C, Salle pour l’incubation. — DD, Orifices pour l’entrée de l'air.

— EE, Orifices pour la sortie de l’air.

3m,30 du sol, et le plafond, à mi-toiture, se trouve porté à 1 0m, 60 ; les murs ont 9 mètres de hauteur ; la longueur du bâtiment est de 13m,G0 intérieurement, et sa largeur de 8 mètres. La chambre d’air a 3 mètres sur 8 ; elle est pourvue de deux poêles et d'un tarare dont l’arbre a 1 m , 2 0 de long, et les palettes 1 mètre surOm,27, le vide autour de l’arbre étant de 0ra,26. (Voir fig. 21.)

Magnanerie Aribert. — Dans les magnaneries de

1 Robinet ; Manuel de l'éducation des vers à soie. Paris, 1848.

MAGNANERIE AIIIBERT.

Darcet et de M. Robinet, l’air, qu’il soit chaud ou qu’il soit froid, est toujours dirigé de bas en haut. M. Aribert, en 1852, a imaginé d’appliquer aux magnaneries le système de la ventilation renversée : toutes les ouvertures latérales étant fermées, l’air chaud d’un calorifère est amené par un large conduit jusqu’au plafond supérieur de la salle, où il se brise et s’étale en nappe horizontale ; cette nappe, refoulée par celle qui lui succède, descend ensuite peu à peu, et finalement arrive au sol, où elle trouve le conduit d’aspiration d’une cheminée d’appel qui l’emporte au dehors. Quand la chambre à air, au lieu d’air chaud, doit fournir de l’air froid, on bouche les conduits d’air chaud, on ouvre une trappe ménagée à cet effet dans le plancher, et on débouche en même temps près du plafond une ouverture dans la paroi de la cheminée d’appel ; l’air froid est obligé de monter de la trappe à l’ouverture en question. Ce système est, comme celui de Darcet, très bon en principe, mais il a également l’inconvénient d’exiger beaucoup de précision dans les ajustements des fermetures, et, de plus, il faut que le foyer de la cheminée d’appel soit constamment allumé. Il faut, d’après M. Aribert, que chaque mètre carré de surface de claies couvertes de vers reçoive 500 mètres cubes d’air en vingt-quatre heures. En supposant 40 mètres carrés à l’once, cela fait 20,000 mètres cubes d’air, c’est-à-dire deux fois plus que n’exigent les calculs faits plus haut pour l’appareil Darcet ; aussi M. Aribert donne-t-il à tous les conduits des sections très fortes, et il porte à près de 3 mètres par seconde la vitesse d’écoulement dans la cheminée. Les éleveurs de l’Isère 4 qui ont

4 Almanach agricole public par la Société d’Agriculture de Grenoble. Grenoble, 1854.

essayé son système en ont été, paraît-il, très satisfaits.

Magnaneries économiques.— Entre tousles systèmes que nous venons d’étudier succinctement, le choix n’est pas facile quand on n’a pas égard au côté économique de la question ; mais, dans l’état actuel de l’industrie séricicole, on est obligé de tenir grand compte du prix de revient de l’installation ; dès lors le dispositif des Gévennes et celui de Dandolo offrent des avantages évidents ; viendrait ensuite celui de M. Robinet. On pourrait encore adopter une combinaison des deux premiers systèmes, qui consisterait à munir la magnanerie des Gévennes d’un plafond percé de trappes assez larges, et d’une ou deux cheminées à grande section ; le plafond aurait pour but de protéger la salle contre le froid ; les cheminées serviraient à la ventilation dans les cas de touffe.

Enfin il y a un dernier moyen, qui est à la portée de tout le monde, pour simplifier le problème de la ventilation : c’est de n’introduire dans la salle que des quantités de vers assez restreintes relativement à sa capacité ; de cette façon, sans aucune appropriation spéciale, un appartement quelconque peut servir de magnanerie. En effet, non seulement la vaste capacité de l’enceinte retarde le moment où l’altération de l’air atteint la limite tolérable, mais encore le nombre et la grandeur des portes et fenêtres rendent la ventilation naturelle plus active. La vaste surface des murs produit un effet analogue, qui n’est nullement négligeable, ainsi que nous allons le voir.

Porosité des murailles. — Auvents. — Dans un article récent de la Revue des Deux-Mondes ' , M. Radau a

1 15 juillet 1883.

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