‹ Leçons sur le ver à soie du mûrierChapitre 56 sur 98 · ÉCONOMIE DE LA FEUILLE · texte numérisé non relu

ÉCONOMIE DE LA FEUILLE

D’après M. Ottavi, qui a expérimenté h ce point de vue le système Cavallo, la consommation d’une once ne serait que de 500 kilog., au lieu de 800; cette économie n’étant fondée que sur une meilleure utilisation de la feuille par les vers, qui la trouvent toujours aérée et propre; est parfaitement admissible, et si on considère en outre le grand avantage qu’il y a de ne pas déliter quotidiennement, on ne peut que conseiller l’essai de ce système. La taille annuelle des mûriers fût-elle même un peu plus préjudiciable à leur durée que la taille bisannuelle, ce qui n’est pas prouvé, on pourrait bien accepter cet inconvénient en faveur du profit immédiat qui en résulterait.

Mais, d’autre part, on objecte contre l’élevage aux rameaux, qu’il est fort pénible de transporter des branchages qui pèsent autant que les feuilles, qu’il est presque impossible de faire provision de ces rameaux pour le lendemain, parce que la feuille s’y flétrit bien plus vite que détachée; dès lors, en cas de pluie, on est presque forcément à court de feuille. On ajoute enfin que les vers, ne quittant pas tous à la fois les vieux branchages, deviennent inégaux, ce qui prolonge fort longtemps la durée de la montée à la bruyère.

Il n’est donc pas encore prouvé que ce système vaille mieux que celui des claies, au moins dans nos contrées*

Propreté de la feuille. — Ce n’est pas tout d’avoir fait choix de beaux mûriers, d’en avoir cueilli et conservé la feuille avec tous les soins voulus; il faut encore veiller à ce que cette feuille soit propre et reste propre pendant qu’on la distribue aux vers et que les vers la mangent. La feuille peut en effet être revêtue de poussières appor-

tées par l'air, et qui renferment, outre les substances minérales, dont l’action sur le ver est généralement insignifiante, des germes organisés capables de lui porter grand préjudice : par exemple, des spores de muscardine, des corpuscules de la pébrine, des ferments et même des germes de vibrions.

Si l'on considère la feuille prise sur les mûriers, et s’il s’agit de mûriers en plein champ, le nombre des germes organisés qui peuvent la souiller est d’ordinaire tout à fait négligeable : ce qui le prouve, c’est que les vers mangent cette feuille sans aucun dommage pour leur santé. lien est autrement des mûriers voisins des habitations ou près desquels on a jeté des litières de magnaneries; on fait bien de cueillir la feuille de ces arbres dès qu’elle est sortie du bourgeon, ou d’attendre qu’une longue pluie l’ait bien lavée.

Mais ce n’est pas au dehors que la feuille de mûrier se charge le plus de poussières nuisibles : c’est d’habitude dans la magnanerie elle-même. Il est rare de trouver, dans les campagnes, des locaux nettoyés à fond, c’est àdire blanchis au lait de chaux, puis soumis à d’énergiques fumigations d’acide sulfureux. Les claies, paniers, montants et ustensiles de toutes sortes servant aux vers ont besoin aussi de lavages, soit au lait de chaux, soit au sulfate de cuivre, soit à l’eau phéuiquée. Les corridors, greniers, celliers, d’où l’air peut venir dans la magnanerie, doivent être aussi nettoyés. Quand il y a eu de la muscardine surtout, les moindres recoins peuvent recéler les spores du fatal champignon. On aurait dû brûler de suite ou enfouir toutes les litières et bruyères ; au contraire, on les garde comme à plaisir dans l’angle d’une cour ou sous quelque hangar voisin : cela suffit

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