DANGERS DES POUSSIÈRES
pour tout perdre l’année d’après. On ne saurait trop se pénétrer du danger qui peut provenir de ces vieilles poussières.
A ce sujet, il est bon de signaler la différence de vitalité des germes des diverses maladies. M. Pasteur a reconnu qu’au bout d’un an , ceux des corpuscules de pébrine sont devenus inertes. Les spores ou kystes provenant des vibrions de la putréfaction vivent un nombre d’années indéfini ; du reste, leur présence est constante dans toutes les poussières, et, dès que ces germes rencontrent un milieu chaud et humide propre à leur développement, ils mettent en liberté des vibrions-bâtonnets qui se multiplient rapidement par scissiparité ; il résulte de là qu’on peut obtenir la flacberie en faisant manger à des vers de la feuille souillée de vieilles poussières corpusculeuses ; ces vieilles poussières contiennent des germes de vibrions, qui sont seuls à se développer.
Ce n’est pas assez que les locaux soient propres quand on y installe les vers. Il faut encore les maintenir propres pendant la durée de l’élevage. Ainsi, il ne faut pas balayer en faisant des tourbillons de poussière, surtout pendant que les vers mangent : le mieux serait d’éponger le sol de proche en proche et de ne pas se servir de balais. Il ne faut pas non plus déliter en précipitant les vieilles litières du haut en bas des claies, ni les emporter dans des corbeilles d’osier qui sèment des poussières partout. Mieux vaudrait ne pas déliter du tout. Pour bien procéder, il faut qu’un papier sans fin, ou au moins en grandes feuilles, soit étendu sur les claies, afin que, lorsque les vers ont été levés et qu’il ne reste que la litière, cette litière soit roulée avec le papier, en commençant par un bout de la claie et allant jusqu’à l’autre bout. Le rouleau
ainsi fait est déposé doucement dans une caisse faite exprès, bien jointée, qui sert à l’emporter hors de la magnanerie. Dans ses recherches au Pont-Gisquet, M. Pasteur s’était astreint à emporter toujours hors de la magnanerie et à déliter au dehors, un par un, tous les paniers qui contenaient ses divers lots ; c’était le meilleur moyen d’éviter la contagion par les poussières.
Il ne faut pas non plus laisser s’approcher des vers les personnes qui sortent d’une magnanerie où il y a des vers malades. Elles peuvent apporter sur leurs vêtements et disséminer autour d’elles des germes de maladie.
Enfin, recommandons encore une fois le large espacement des vers, pour éviter la contagion, en cas de maladie.
Chauffage des magnaneries. — Nous avons vu que, dans des limites assez étendues, ni le froid ni la chaleur ne portent préjudice à la santé des vers. Mais cela ne veut pas dire que dans la pratique il soit indifférent de les tenir à une température quelconque.
En effet, au-dessous de 20°, les éducations se prolongent trop longtemps ; il y a beaucoup de journées d’ouvriers à payer, beaucoup de feuilles restent perdues sur les claies ; et si quelque maladie à marche lente, comme la pébrine ou la muscardine, intervient, on risque de perdre beaucoup de vers. On ne peut pas davantage conseiller de hautes températures, qui s’écarteraient trop de la température ambiante, surtout pendant la nuit; les ouvriers seraient trop exposés à des variations brusques de chaud et de froid ; quant aux vers eux-mêmes, dans ces conditions, la moindre négligence au point de vue de l’alimentation leur serait très préjudiciable ; enfin,