II. — Maladies de la Chrysalide
Chrysalides muscardinées. — Les mêmes altérations pathologiques qui se rencontrent chez les larves peuvent aussi exister chez les chrysalides.
Si, par exemple, peu de temps avant sa maturité, un ver est envahi par le botrytis de la muscardine, il fait néanmoins son cocon, lequel est plus ou moins étoffé, suivant le degré plus ou moins grand de développement des glandes soyeuses. Mais, dans ce cocon, l’animal est invariablement tué par le champignon ; son cadavre s’y
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dessèche, y devient dur comme un petit caillou ou une dragée , ce qui lui a valu ce nom. Si l’air n’est pas très sec, ce cadavre se revêt d’efflorescences d’une blancheur éclatante. Jamais le papillon n’arrive à naître.
Le cocon fait par une larve saine protège efficacement sa chrysalide contre le botrytis ; il faudrait faire exprès d’ouvrir le cocon et de semer des spores dessus, pour communiquer la muscardine à l’animal dans cet état.
Dandolo a reconnu que, pour former un kilogramme, il faut jusqu’à 1,442 cocons muscardinés ; sur ce poids, il y a 358 gram. de coques soyeuses, tandis que dans 1 kilogr. de cocons sains, pris au huitième jour de la montée, on n’en trouve que 154 gram. environ. Il y aurait donc, entre les valeurs de ces cocons, le rapport de 7 à 3. Mais il faut remarquer qu’au dévidage, les cocons muscardinés, à cause de leur extrême légèreté, font beaucoup de déchet, ce qui en diminue le prix.
Chrysalides pébrinées. — De même que la muscardine, la pébrine ne peut attaquer l’insecte à travers l’enveloppe du cocon ; si donc une chrysalide a des corpuscules, c’est à l’état de larve qu’elle a contracté ce mal. Mais, malgré tout le développement que peut prendre le parasite, un très grand nombre de chrysalides, même dans les lots les plus infectés, arrivent au papillonnage. Les corpuscules peuvent ainsi se transmettre d’une génération à la suivante en passant dans les œufs. M. Pasteur a reconnu que quand l’envahissemenl des larves par les corpuscules remonte avant la quatrième mue, les chrysalides en sont chargés dès le début ; un grand nombre des œufs des individus femelles sont, en ce cas, corpusculeux eux-mêmes. Si au contraire les vers n’ont ingéré
les germes de la maladie que peu d’heures avant la montée, on a beaucoup de peine à reconnaître l'existence des corpuscules dans les chrysalides avant un délai de 8 à 10 jours; en pareil cas, lorsqu’on en aperçoit avant ce terme, ils ont en général la forme renflée en poire ; c’est alors un indice qu’on en trouvera dans la suite à profusion ayant la forme ovale, et chez un nombre de sujets dix fois fois plus considérable qu’au début ; cependant les œufs seront relativement peu infectés, et un bon nombre, dans chaque sujet, ne le seront pas du tout. Cette circonstance explique comment des lots dont les papillons sont en grande majorité corpusculeux peuvent donner parfois des graines assez peu infectées, et d’autres fois au contraire des graines absolument détestables.
Nous verrons plus loin comment, par le grainage cellulaire et la sélection des papillons, on n’a pas à se préoccuper de ces différences et on se soustrait à toute incertitude sur la qualité des œufs.
Lors donc qu’on veut déterminer exactement, dans un lot de cocons, la proportion des sujets corpusculeux, il faut opérer sur des chrysalides âgées, proches du papillonnage, ou, mieux encore, sur des papillons ; ceci oblige, dans la pratique, à mettre à l’étuve le lot échantillon afin de hâter de 2 ou 3 jours le développement de ces insectes.
Les corpuscules n’ont pas de siège de prédilection dans les tissus; on en trouve partout, absolument comme chez les larves.
Cocons fondus par grasserie. — La grasserie est une autre affection dont l’intensité peut être assez faible
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chez la larve pour ne pas l’empêcher de coconner et même de devenir chrysalide; mais la vie de l’animal ne va pas plus loin ; ses téguments brunissent, puis se déchirent ; tout le corps est réduit en une bouillie noire qui tache le dedans du cocon. Cette variété de fondus se distingue des fondus par flacherie, en ce que le microscope y montre les granules polyédriques caractéristiques de la grasserie et point du tout de ferments, ni de vibrions.
Chrysalides affectées de flacherie . — Une quatrième maladie, la flacherie, peut se manifester chez les chrysalides. Il y a en effet dans les chambrées où cette maladie a fait des dégâts plus ou moins considérables, des individus plus robustes ou moins atteints par le mal, qui poursuivent le cours de leur existence; ils font des cocons; ensuite certains périssent avant ou après avoir revêtu la forme de chrysalide, donnant ainsi des cocons fondus; d’autres vont jusqu’au papillonnage; ils s’accouplent; ils donnent des graines.
Or, l’expérience a appris que ces graines, élevées l’année suivante, ont rarement un bon succès; les vers qui naissent de ces graines, bien que n’ayant aucune maladie caractérisée, sont, par suite de leur débilité constitutionnelle, prédisposés à contracter la flacherie. C’est pourquoi, dès qu’on voit trace de flacherie à la montée dans une chambrée, on agit sagement en l’excluant de la reproduction.
Mais quand on n’a pu voir les vers à la montée, et qu’on dispose seulement des cocons , ne peut-on pas tirer de l’observation des chrysalides des indices certains sur l’état sanitaire de la chambrée ? Oui, on le peut dans une certaine mesure.
D’abord on constate qu’il y a dans le lot un nombre de fondus plus ou moins grand; le microscope y montre les organismes de la putréfaction; souvent la mauvaise odeur des cocons suffit à déceler leur présence.
Ensuite, on peut, comme le fait M. Guisquet, compter le nombre de fondus qu’il y a dans 500 cocons, au jour de la récolte d’abord, puis 8 ou 10 jours plus tard; si ce nombre a augmenté notablement, c’est que la flacherie existe dans le lot.
On peut encore, comme l’a indiqué M. Bellotti, ouvrir un certain nombre de cocons et voir s’il y a une proportion plus ou moins forte de chrysalides ayant les étuis des ailes ou même tout le corps de couleur brune ou noire; cette couleur est un indice de flacherie.
Enfin, on peut recourir à l’étude au microscope des matières contenues dans la poche stomacale des chrysalides. M. Pasteur a observé que, dans les lots où la flacherie a détruit une quantité de vers, beaucoup de chrysalides ont leur poche stomacale plus volumineuse qu’à l’état normal, et dans ce contenu on trouve en abondance des ferments en chapelets de grains; beaucoup plus rarement y a-t-il des vibrions. Les chrysalides à ailes noires notamment sont riches en organismes. Quand on trouve une forte proportion de chrysalides ayant ainsi des organismes, on peut à coup sûr préjuger qu’il y a eu flacherie dans la chambrée. Mais si l’on n’en trouve qu’en très petit nombre, ou pas du tout, on ne peut plus rien conclure. En effet, MM. Tasteur et Raulin ont trouvé que dans d’excellents lots, dont la montée avait semblé irréprochable, il y avait quelques chrysalides à chapelets. Et d’autre part, dans des lots faiblement atteints, le plus grand nombre des chrysalides sont exemptes
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d'organismes ; il s’est opéré chez elles une sorte de digestion ou de résorption de ces organismes qui existaient certainement chez les vers. Ce dernier fait a été démontré par M. Pasteur, en étudiant les crottins émis à la montée par certains vers : il y a trouvé des ferments; et plus tard, ayant ensemencé dans un milieu de culture approprié une portion des matières de la poche stomacale des chrysalides, il n’y a eu aucun développement.
L’étude de l’estomac des chrysalides, au point de vue pratique, devient donc à peu près inutile, puisque le seul cas où elle serait concluante, celui d’une flacherie très intense, est facile à reconnaître sans l’aide du microscope.
Maladie de l’oudji. — Pour terminer ce qui a rapport aux maladies des chrysalides, nous dirons quelques mots d’une affection parasitaire dont elles sont fréquemment victimes dans les contrées d’Orient, mais qui est, heureusement, inconnue dans nos pays. Au Japon notamment, une certaine mouche appelée oudji, du genre Tachina , pond ses œufs, en avril et mai, sur les feuilles de mûrier que les vers à soie dévorent. Les œufs, qui n’ont que 1/5 de millim. de long sur 1/10 environ de large, éclosent dans l’estomac des vers; les petites larves apodes qui en sortent se fraient une route à travers les tissus de leur hôte, dévorent ses lobules graisseux, et s’établissent près du vestibule d’un stigmate afin d’y respirer.
Si le ver loge deux ou trois oudjis , il meurt; s’il n’y en a qu’un, le ver arrive en général à faire son cocon et à se chrysalider, mais sa chrysalide meurt toujours. La larve d’oudji, devenue assez grande, en se repaissant du corps
de la chrysalide, perce le cocon et se laisse tomber à terre; si elle peut s’enfoncer dans le sol, elle s’y chrysalide sous forme d’un petit tonnelet de 13 millim. de de long sur 6 de large. Au printemps suivant, la mouche adulte s’en échappe.
L’oudji, au Japon, est la cause de dégâts comparables en intensité à ceux que fait laflacheriedans nos contrées.