‹ Leçons sur le ver à soie du mûrierChapitre 72 sur 98 · DÉVIDAGE DU COCON · texte numérisé non relu

DÉVIDAGE DU COCON

qui, en s appuyant sur un tambour tournant, lui emprunte son mouvement : il suffît de soulever ce disque à l’aide d’un levier pour arrêter net le volet. Les cocons étant battus et les baves assemblées en nombre convenable pour faire deux üls de grège, on passe l’un de ces bouts dans la filière de droite, l’autre dans celle de gauche, puis on les entortille l’un autour de l’autre, de sorte qu’ils fassent jusqu’à 150 ou 200 tours de spire avant d’arriver aux barbins ; c’est par cette croisure que la forme cylindrique est obtenue, et elle persiste parce que le grès se fige sur chaque faisceau. Des barbins, les fils vont à l’asple en pressant les guides du va-et-vient. Mais dans ce passage, on les croise encore une fois, afin que si l’un d’eux casse, le second soit rejeté sur l’axe du volet ; en effet, l’écartement des barbins est un peu plus large que le volet ; sans cet artifice, le bout non cassé continuerait à s’enrouler en entraînant l'autre ; cet accident, appelé mariage , entraînerait une perte de temps pour la recherche du bout cassé. Eu général, on maintient l’eau de 70 à 80° centig. pendant le dévidage, et l’asple, qui a un périmètre de 2 mètres environ, tourne avec une vitesse de 80 à 120 tours à la minute.

Il faut qu’en arrivant sur l’asple les bouts soient assez secs, sans quoi il y aurait des adhérences ou gommures ; aussi met-on les asples assez loin des bassines ; d’autres fois on les enferme dans une caisse où circule de l’air chaud .

Quand le cocon est épuisé, il coule à fond, et on le rejette, à l’aide d’une écumoire, parmi les rebuts qu’en appelle bassinés. La soie qui reste dans les bassinés s’appelle télette ou estras ; elle est utilisée, ainsi que les frisons, pour le cardage. La chrysalide est séchée, pulvérisée et employée comme engrais.

Ce système de filature à deux bouts se croisant l'un sur l’autre porte le nom de système Chambon K

Il y en a un autre, très répandu en Italie, et qu’on appelle filature à La tavelle. Chaque bassine est pourvue de quatre, cinq et môme six filières, devant fournir autant de bouts, et chacun de ces bouts prendra sa croisuresur lui -même. Pour cela, devant chaque filière est une petite potence munie de trois poulies légères ou tavelettes ; de la filière, le bout monte à une des poulies supérieures, redescend à la seconde qui est située plus bas, et ensuite, en se rendant à la troisième, se croise sur la première partie ascendante du fil. Une seule ouvrière surveille le tout, mais il faut, pour qu’elle puisse y suffire, qu’on lui fournisse les cocons tout battus, et que, de plus, les asples tournent beaucoup moins vite que dans le système Chambon ; en revanche, le battage se faisant à part, il y a moins de frisons ; l’eau chaude est économisée, et le tirage peut s’effectuer à 50 ou 60 degrés seulement, ce qui laisse la soie plus chargée de grès et, par suite, plus pesante. Le système des tavelettes donne à une fileuse 25 à 28 grammes de soie par heure, tandis que le système Chambon n’en donne que 18 à 20, mais ce dernier fil est beaucoup p lus net et plus cylindrique que l’autre.

Netteté de la soie grège. — Les qualités qu’on doit considérer dans une grège sont : la netteté, la régularité,

i II y a en France environ 400 ateliers de ce genre comprenant 18,000 bassines; la plupart sont établis dans le Gard, la Drôme, et l'Ardèche. Les cocons récoltés en France ne font guère que 75 0/0 de leur approvisionnement ; le reste vient du Levant. Ce3 ateliers préparent ainsi chaque année environ 86,0000 kilog. de soie grège, dont le prix moyen est aujourd'hui 60 fr. le kil.

Page 1