PREMIÈRE PARTIE
des mûriers ; dans nos magnaneries, on les reçoit sur des toiles .
La plupart des éleveurs les conservent en cet état, en ayant seulement la précaution de suspendre les toiles au plafond d’une chambre exposée au nord, ou bien dans une cage d’escalier. Pendant l’hiver, ils détachent les œufs en plongeant pendant quelques heures les toiles dans un baquet d’eau froide; puis, les raclant avec un couteau à tranchant émoussé, les œufs tombent au fond de l’eau; on décante, en laissant perdre ce qui surnage ; puis on change encore d’eau deux ou trois fois ; et finalement, quand les graines paraissent bien propres, on les met à sécher sur un linge dans une chambre sans feu. Quelques jours après, on les divise par lots de 25 gram. dans autant de sachets ou de boîtes de carton percées de petits trous, ou bien on les étale en couche très mince sur des cadres à fond de toile, et on les laisse ainsi jusqu’au printemps dans une chambre exposée au nord et sans feu.
Mais ces règles sommaires ne peuvent nous suffire. En effet, pour apprécier la valeur de ces divers procédés, ne faut-il pas connaître les raisons qui les justifient, savoir modifier ces procédés quand les circonstances l’exigent, et se rendre compte des accidents imprévus, afin de les éviter dans la suite ? Il faut, par conséquent, reprendre d’une manière plus approfondie l’étude de l’œuf, et analyser les effets que produisent sur lui les agents extérieurs, notamment l’air, l’eau et la chaleur.
Structure de l’œuf.— L’œuf récemment pondu présente deux parties : une coque solide et un contenu semi-liquide.
ANATOMIE DE l’oEUF.
La coque est une pellicule mince, translucide, de consistance parcheminée ; elle est formée d’une substance chitineuse qu’on peut regarder comme composée de cellulose et d’albumine ; cette matière, ayant été sécrétée dans l’ovaire par les cellules épithéliales, n’est pas constituée en cellules, elle a seulement conservé à sa surface des empreintes qui figurent des dessins celluloïdes. La paroi de la coque est perforée de nombreux canaux microscopiques. Au petit bout de l’œuf, on voit une légère dépression : c’est la trace d’une ouverture qui existait encore dans la coque un moment avant la ponte ; par cette ouverture, appelée micropyle , le liquide fécondant a pénétré dans l’œuf, puis ce passage s’est fermé ; c’est précisément cette partie de la coque que ronge le petit ver quand il éclôt. La surface extérieure de la coque est, en outre, revêtue du vernis gommeux dont nous avons déjà parlé ; ce vernis se gonfle dans l’eau, mais ne s’y dissout que très peu, car, d’après Haberlandt, les œufs ne perdent que 0,63 pour 100 de leur poidsparles lavages à l’eau. On s’explique par là qu’on puisse les tenir impunément sous l’eau pendant plusieurs jours. Les acides faibles et beaucoup de solutions salines agissent comme l’eau. Les alcalis caustiques, au contraire, dissolvent rapidement le vernis en question et attaquent même, quoique plus lentement, la coque sous-jacente.
La surface interne de la coque est tapissée par une membrane très mince, qui enclôt tout le liquide de l’œuf: on l’appelle membrane vitelline.
Le contenu semi-fluide de l’œuf présente au microscope une infinité de globules assez semblables à ceux du jaune des œufs d’oiseaux ; ces globules sont de grandes cellules sphériques à un ou plusieurs noyaux;